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Nous nous sommes efforcĂ© non seulement de remonter, dâaprĂšs des communications dignes de foi, aux causes qui ont donnĂ© naissance au Sonderbund, mais encore dâexposer avec fidĂ©litĂ© et vĂ©ritĂ©, dâaprĂšs des documents authentiques que nous avons recueillis avec beaucoup de peine et de persĂ©vĂ©rance, tous les Ă©vĂ©nements qui se sont produits pendant la guerre. â Chacun, en lisant cet ouvrage, pourra juger des peines nombreuses quâil nous a coĂ»tĂ©es. Nous tĂ©moignons nos remerciements ardents et sincĂšres aux honorables officiers de lâĂ©tat-major ainsi quâaux commandants de troupes qui ont bien voulu nous honorer de leur concours. Ils verront que nous avons su tirer un parti utile des documents quâils nous ont fournis pour Ă©laborer un ouvrage qui tĂ©moignera aux contemporains et Ă la postĂ©ritĂ© que les neveux de nos glorieux ancĂȘtres ont donnĂ© une nouvelle preuve de leur courage hĂ©roĂŻque, quâils sont encore dignes dâeux â et que le peuple suisse est capable de dĂ©fendre sa libertĂ©, de sacrifier mĂȘme pour elle ses biens et sa vie. Câest dans la connaissance de la haute valeur de ce bien prĂ©cieux que gisait la force active qui a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©e pour remporter une victoire Ă©clatante, saluĂ©e avec acclamation par tous les peuples qui font des efforts pour la conquĂȘte de leur libertĂ© propre. Quel puissant stimulant a donnĂ© la victoire de la Suisse libre pour lâexpulsion du jĂ©suitisme, lâanĂ©antissement de lâobscurantisme et la dissolution du Sonderbund parjure ! DĂ©jĂ une rĂ©publique, qui est notre sĆur, sâest Ă©levĂ©e en France; le roi de ce pays et son ministĂšre Guizot, qui voulaient sacrifier la Suisse Ă lâĂ©tranger et mĂȘme opĂ©rer son morcellement, sont tombĂ©s. Avec lâaide de Dieu et par la valeur de nos braves milices, cette honte, ce grand malheur ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s de votre patrie, qui vit aujourdâhui au milieu des douceurs de la paix, tandis que les trĂŽnes de ceux qui voulaient nous assujettir sont chancelants; leurs peuples eux-mĂȘmes se soulĂšvent pour rĂ©clamer leurs droits sanctifiĂ©s par Dieu et la nature. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas de suivre ce mouvement des peuples. Nous nous contenterons ici dâexprimer au peuple suisse notre reconnaissance et la joie que nous Ă©prouvons de ce quâil nous a trouvĂ© digne dâĂȘtre lâhistorien dâune Ă©poque glorieuse dans laquelle il a dĂ©ployĂ© une si grande activitĂ© et conquis complĂštement son indĂ©pendance Ă lâintĂ©rieur et vis-Ă -vis de lâĂ©tranger, ce que peut-ĂȘtre nâa jamais fait un peuple dont lâĂ©tendue du territoire est aussi restreinte. Nous avons eu le plaisir de nous occuper de la publication dâune seconde Ă©dition de cet ouvrage, qui sera probablement suivie dâune troisiĂšme, dĂ©jĂ pendant que la premiĂšre, qui a Ă©tĂ© tirĂ©e Ă 7,000 exemplaires, Ă©tait sous presse. Le contenu de toutes ces Ă©ditions est le mĂȘme , car nous osons dire en toute modestie que nous avons travaillĂ© avec circonspection et persĂ©vĂ©rance, et quâen consĂ©quence il ne nous resterait rien Ă changer. Parcours, laborieux produit de nos veilles, les vallĂ©es de la libre HelvĂ©tie. Nous tâavons donnĂ© le jour; opĂšre le bien, encourage, enthousiasme, instruis, entretiens tout le monde â et fais dĂ©verser sur nous des Ă©loges pour les soins que nous tâavons donnĂ©s avec un cĆur vraiment suisse et un esprit patriotique. Zurich, fin mars 1848. L'auteur. TABLE DES MATIĂRES. Pages. CHAPITRE I. â Le Sonderbund, sa fondation, son essence et son action, sa violation du pacte fĂ©dĂ©ral et ses tendances sĂ©ditieuses. . 1 CHAPITRE II. â ArrĂȘtĂ© de dissolution du Sonderbund; protestation contre cet arrĂȘtĂ© ; prĂ©paratifs militaires des cantons du Sonderbund et leurs CHAPITRE III. â Nouvelles instructions des grands conseils dans lâaffaire du Sonderbund ; prĂ©paratifs militaires rĂ©ciproques et Ă©vĂ©nements ultĂ©rieurs jusques et y compris l'arrĂȘtĂ© dâexĂ©cution pris par la CHAPITRE IV. â Suites de lâarrĂȘtĂ© dâexĂ©cution .... 84 CHAPITRE V. â LâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale, son effectif et sa force . 91 CHAPITRE VI. â LâarmĂ©e du Sonderbund et sa composition . 118 CHAPITRE VII. â DĂ©ploiement de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale ; irruptions de lâarmĂ©e du Sonderbund ; combats livrĂ©s prĂšs dâAirolo, dans le centon du Tessin, prĂšs de Lunnern et de Ricken- bach, de Geltwyl et de CHAPITRE VIII. â Campagne contre Fribourg; prise et occupation de la ville et du canton par les troupes fĂ©dĂ©rales ensuite de la CHAPITRE IX. â OpĂ©rations ultĂ©rieures de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale contre Zug, Lucerne et les autres Ătats du Sonderbund. Combats prĂ©s dâEscholzmatt et de CHAPITRE X. â Mouvements offensifs contre Gislikon et Meiers- ltappel, et combats qui y furent livrĂ©s .... 212 CHAPITRE XI. â EntrĂ©e des troupes fĂ©dĂ©rales Ă Lucerne. Mouvements de lâextrĂȘme aĂźle gauche et ses suites. Capitulation des autres Etats du CHAPITRE XII. â Applaudissements des peuples Ă©trangers Ă lâheureux succĂšs des armes fĂ©dĂ©rales, et tentatives des puissances Ă©trangĂšres de sâimmiscer dans les affaires de la Suisse ..264 CHAPITRE XIII. â RĂ©veil de la dĂ©mocratie Ă NeuchĂątel et installation de la TABLEAU des morts et des blessĂ©s de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale . . 290 RELEVE des morts et des blessĂ©s de lâarmĂ©e du Sonderbund . 310 RAPPORT GĂNĂRAL du commandant en chef des troupes fĂ©dĂ©rales sur lâarmement et la campagne de 1847 . . . 311 -J 3^3 Breni et consorts sur la guerre civile, sur le sang des citoyens et tout lâĂ©pouvantail de lâanarchie, une majoritĂ© de 76 voix contre 71 dĂ©cida le 12 juin, sur la proposition du gouvernement, que lâalliance sĂ©parĂ©e des sept cantons serait dissoute. Les mesures nĂ©cessaires Ă©taient rĂ©servĂ©es Ă la diĂšte dans le cas oĂč lâon sâopposerait Ă cet arrĂȘtĂ©. Il ne fut pas encore possible de prendre un arrĂȘtĂ© dâexĂ©cution. A la fin de juin , GenĂšve avait Ă©galement donnĂ© des instructions pour la dissolution du Sonderbund, et les cantons qui avaient dĂ©jĂ volĂ© dans ce sens lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente maintinrent leurs instructions. La partie libĂ©rale du peuple suisse et avec elle tous les citoyens de lâEurope qui sont partisans du progrĂšs, sâattendaient cependant Ă ce quâon donnerait des instructions pour lâexpulsion positive des jĂ©suites non seulement de Lucerne, mais encore de la Suisse entiĂšre, et que la diĂšte prendrait un arrĂȘtĂ© dans ce but. Cette question Ă©tait un peu dĂ©licate Ă traiter dans les cantons mixtes notamment; cependant on pouvait se contenter du rĂ©sultat des instructions qui avait donnĂ© 12 2 /2 voix pour la dissolution du Sonderbund, car on pouvait prĂ©voir quâun arrĂȘtĂ© de celte nature entraĂźnerait simultanĂ©ment lâexpulsion des jĂ©suites. On Ă©tait donc certain que la diĂšte prendrait un arrĂȘtĂ© pour la dissolution du Sonderbund. Dans cet intervalle la diplomatie Ă©trangĂšre voulut influencer la diĂšte par des moyens de terreur, notamment le ministĂšre Guizot, dont lâambassadeur, Bois-le-Comte, avait des relations particuliĂšres avec le Sonderbund, mais qui nâest pas connu dâune maniĂšre avantageuse, comme il sera dĂ©montrĂ© plus tard, Bois- le-Comte fut courroucĂ© lorsque le grand conseil de Berne, quelques jours avant lâouverture de la diĂšte, eut nommĂ© le conseiller dâĂlal Ochsenbein, alors directeur des affaires militaires, prĂ©sident du conseil exĂ©cutif du canton , qualitĂ© qui lâinvestissait en mĂȘme temps des fonctions de prĂ©sident de la diĂšte. Ensuite de cette nomination , lâambassadeur français remit Ă M. Ochsenbein une note Ă©crite, qui semblait commencer par des paroles de fĂ©licitation, mais qui trahit bientĂŽt toute la haine de ce diplomate. Celte note ridicule disait entre autres Un peuple, jugeant que son gouvernement est trop lent ou trop faible Ă lui rendre justice, se la fait sans lui, les armes Ă la main, le mĂȘme principe peut sâappliquer aux rapports avec les Ătals Ă©trangers comme aux rapports avec dâautres cantons. Les 1 S,000 Français qui vivent en Suisse sur la foi des traitĂ©s peuvent se trouver un jour al- ĂŻ-e'mts par cette justice populaire ou les frontiĂšres françaises compromises, etc.» Puis lâambassadeur parle de lâacte du congrĂšs de Vienne et sâexprime ainsi Lâacte de Vienne reconnaĂźt non pas une Suisse unitaire {singuliĂšre politique Ă©trangĂšre, mais une Suisse fĂ©dĂ©rative, composĂ©e de 22 cantons. Si un ou plusieurs de ces cantons viennent donc un jour nous dire que lâon menace leur existence indĂ©pendante, quâon la veut contraindre ou dĂ©truire, quâon marche Ă 31 substituer une Suisse unitaire Ă la Suisse cantonale que reconnaissent les traitĂ©s, que par lĂ nos traitĂ©s sont atteints, nous examinerons si en effet nos traitĂ©s sont atteints.» 11 est dit plus loin dans la note Nous nous sommes arrĂȘtĂ©s Ă cette seule rĂ©solution, Ă ce seul mot Nous examinerons. Je suis complĂštement en mesure dâajouter que nous le ferons dans un parfait accord dâesprit et dâintention avec les puissances signataires des mĂȘmes traitĂ©s, et plus particuliĂšrement avec lâAutriche, placĂ©e envers la Suisse dans une position analogue Ă la nĂŽtre par la contiguilĂ© de ses frontiĂšres.» Le lendemain, M. Oclisenbein, prĂ©sident du directoire, remit la rĂ©ponse suivante Ă lâambassadeur français Monsieur le Comte! En remerciant Votre Excellence des vĆux quâelle a bien voulu former pour la Suisse, Ă lâoccasion de mon entrĂ©e en fonctions, je dois lui faire les observations suivantes sur la note verbale quâelle mâa remise. Cette note rappelle des faits qui me sont particuliers et dont je nâai Ă rendre compte quâaux autoritĂ©s et Ă lâopinion publique de mon pays, et elle prĂ©voit des Ă©ventualitĂ©s sur lesquelles je nâai Ă mâexpliquer ni personellement, nâĂ©tant pas dâaccord sur les consĂ©quences qui en sont dĂ©duites, ni au nom du directoire ou de la ConfĂ©dĂ©ration, nâayant pas qualitĂ© pour rĂ©pondre officiellement Ă de pareilles communications sans y ĂȘtre autorisĂ©. Je me fais cependant un devoir dâassurer Votre Excellence que les autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales ne porteront aucune atteinte aux traitĂ©s exislans, et quâelles auront dans tous les cas la volontĂ© ferme et le pouvoir de faire respecter lâordre public et les droits des citoyens Ă©tablis sur le territoire suisse ; mais quâen mĂȘme temps elles sâopposeront avec non moins de force Ă toute tentative dâintervention Ă©trangĂšre dans leurs affaires intĂ©rieures, et quâelles ne reconnaĂźtront Ă aucune puissance ni Ă aucune minoritĂ© des cantons le droit dâinterprĂ©ter le pacte fĂ©dĂ©ral, droit qui nâappartient quâĂ la ConfĂ©dĂ©ration elle-mĂȘme.» Le jour de lâouverture de la diĂšte, Bois-le-Comte demanda une nouvelle audience au prĂ©sident du directoire, probablement pour lui servir une nouvelle panacĂ©e du ministre Guizot; mais le prĂ©sident de la diĂšte ajourna cette audience jusquâau lendemain, 6 juillet. n Le prĂ©sident de la diĂšte rĂ©pondit avec Ă©nergie Ă la dĂ©pĂȘche de Guizot dont lâambassadeur français venait de lui donner lecture et releva les inexactitudes quâelle renfermait. DâaprĂšs les expressions de lâhonorable prĂ©sident, Bois-le Comte a pu conclure quâil nâavait aucune envie de soumettre aux autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales la dĂ©pĂȘche de M. Guizot. A la demande sâil nâavait pas lâintention de le faire, le prĂ©sident de la diĂšte rĂ©pondit quâil ne se voyait pas obligĂ© de donner aux autoritĂ©s connaissance de ce rescrit ministĂ©riel, sur quoi Bois-le-Comte rĂ©pliqua que, dans ce cas, il le livrerait lui-mĂȘme Ă la publicitĂ©. Le prĂ©sident du directoire rĂ©pondit Je ne suis pas dans le cas de vous prescrire ce que vous devez faire ou ne pas faire ; mais aussi je ne me laisserai pas non plus prescrire ce que je dois faire. » Bois- ie-Comtc Ă©leva la voix en insinuant quâon pourrait facilement se tromper sur les â11116011003 des puissances alliĂ©es relativement Ă lâintervention. Le prĂ©sident de la diĂšte rĂ©pondit dâun ton sĂ©rieux Si les puissances alliĂ©es veulent jouer Ya-banque, nous jouerons avec elles.» Le peuple suisse et lâĂ©tranger ont dĂ©jĂ portĂ© leur jugement sur le langage de M. Guizot et sur les notes de M. Bois-le-Comte; nous nâavons rien Ă ajouter sous ce rapport ; mais au moins devons-nous dire que le langage patriotique de M. Ochsenbcin mĂ©rite les plus grands Ă©loges. MalgrĂ© toutes les inquiĂ©tudes qui ont Ă©tĂ© manifestĂ©es avant et aprĂšs son Ă©lection Ă la charge de prĂ©sident de la diĂšte, le grand conseil de Berne a compris la noble mission qui lui Ă©tait dĂ©volue dans des temps si difficiles. 11 a senti quâun homme de cĆur et dâesprit devait ĂȘtre placĂ© Ă la tĂšte de son gouvernement, de lâautoritĂ© directoriale et de la diĂšte, et par lâĂ©lection de M. Oclisen- bein Ă ces hautes fonctions, il sâest acquittĂ© de sa lĂąche dâune maniĂšre honorable et heureuse pour la patrie tout entiĂšre. Les jĂ©rĂ©miades des libĂ©raux prĂ©tendus modĂ©rĂ©s nâont pas trouvĂ© dâĂ©cho, et ce magistrat Ă nobles sentiments sâest acquis Ă un haut degrĂ© l'estime et la considĂ©ration quâil mĂ©rite rĂ©ellement. Ochsenbein , quoiquâon ait voulu mettre Ă sa charge des actes blĂąmables, a agi mu par de nobles intentions et avec dĂ©vouement,» nous a dit le D r Steiger aprĂšs lâexpĂ©dition des corps francs, et ces paroles sont devenues une vĂ©ritĂ©. La note Ă©crite de Bois-le-Comte a Ă©tĂ© tellement censurĂ©e partout mĂȘme par les feuilles françaises, que lâambassadeur a cherchĂ© Ă sauver en quelque sorte sa rĂ©putation par une note effective de M. Guizot qui concorde avec la fameuse note » Nous examinerons» et qui a Ă©tĂ© remise le 2 juillet au prĂ©sident de la diĂšte. La sociĂ©tĂ© suisse des carabiniers avait fait parvenir le 22 juillet une adresse Ă la diĂšte, dans laquelle cette sociĂ©tĂ© exprimait son indignation de ce que des puissances Ă©trangĂšres, et notamment le gouvernement français, avaient lâaudace de sâimmiscer dans nos affaires intĂ©rieures, et elle exhortait la diĂšte Ă se tenir strictement collĂ©e au bon droit de la Suisse. Les carabiniers suisses dĂ©claraient en outre quâils sacrifieraient leurs biens et leur vie pour appuyer les rĂ©solutions de la diĂšte sâil sâagissait de dĂ©fendre lâhonneur et lâindĂ©pendance de la patrie. La menace Nous examinerons » nâeffraya ni le prĂ©sident ni la majoritĂ© libĂ©rale de la diĂšte et ne les empĂȘcha pas de viser au but vers lequel les poussaient leur devoir et leur honneur. Outre les braves citoyens Kern, Munzinger, Druey et dâautres, M. le bourgmestre Furrer, de Zurich, prit particuliĂšrement dans la question du Sonderbund et des jĂ©suites une altitude Ă©nergique qui lui valut la haute reconnaissance de la patrie entiĂšre. Cette conduite dâun magistrat ordinairement prĂ©voyant et scrupuleux Ă©tait un encouragement pour tous ceux qui flottaient encore entre la crainte et lâespĂ©rance. Lâaurore de la ConfĂ©dĂ©ration rajeunie pointait Ă lâhorison. La diĂšte ordinaire de 1847 venait dâouvrir sa session le 5 juillet. II, ArrĂȘtĂ© de dissolution du Sonderbund; protestation contre cet arrĂȘtĂ©; prĂ©paratifs militaires des cantons du Sonderbund et leurs suites. Le prĂ©sident de la diĂšte, M. Ochsenbein , avait ouvert lâassemblĂ©e par un discours empreint de franchise et dâĂ©nergie, 34 dans lequel il exposait ses principes et le but vers lequel tendait la Suisse libĂ©rale. 11 disait entre autres ConfĂ©dĂ©rĂ©s, nous voulons regarder en face la rĂ©alitĂ©, nous voulons lâaborder franchement, ouvertement. Il sâagit des intĂ©rĂȘts les plus prĂ©cieux de lâhumanitĂ©, des conditions essentielles de toute vie libre et de toute pensĂ©e; il sâagit du choix Ă faire entre le progrĂšs et lâimmobilitĂ©; il sâagit enfin de lâissue dâune lutte aussi ancienne que lâhistoire du monde, dâune lutte qui sâest frĂ©quemment rĂ©pĂ©tĂ©e, tantĂŽt sous une forme, tantĂŽt sous une autre, et qui peut-ĂȘtre nâagita jamais Ă un si haut degrĂ© lâEurope quâelle Ă©branle aujourdâhui sur sa vieille base.» M. Ochsenbein fit entendre plus loin ces paroles dâencouragement DĂ©jĂ lâorage approche, des nuages menaçants se montrent Ă lâhorison, et la tourmente pourrait bientĂŽt fondre sur nous. Ces lourmentes-lĂ , lâhistoire nous lâapprend, Ă©clatent avec la rapidilĂ© de lâĂ©clair au sein des peuples quâelles enflamment , et si lâon nâa pas pris toutes ses mesures, quand on veut les prĂ©venir, on vient toujours trop lard. Câest pourquoi la prudence nous conseille avifc instance de mettre immĂ©diatement la main Ă lâĆuvre. Tout retard serait une perte de temps irrĂ©parable et ferait peser une grave responsabilitĂ© sur les hommes dâĂtat qui tiennent en leurs mains les destinĂ©es de la patrie. Leurs contemporains et la postĂ©ritĂ© les jugeraient. On insinue, ou plutĂŽt on prĂ©tend que les puissances qui ont fait le traitĂ© de Vienne sont loin dâĂȘtre disposĂ©es en faveur dâune rĂ©vision du pacte fĂ©dĂ©ral, et lâon a depuis longtemps recours au moyen usĂ© dâune menace dâintervention Ă©trangĂšre. Mais, quoiquâon dise, les intĂ©rĂȘts de ces puissances nâont pas changĂ© depuis quâelles faisaient la dĂ©claration pacifique suivante LâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral des Ătats exige la reconnaissance de la neutralitĂ© perpĂ©tuelle de la ConfĂ©dĂ©ration suisse.» Le prĂ©sident de la diĂšte terminait son discours par le remarquable passage que voici Le droit positif interdit aussi aux puissances Ă©trangĂšres toute intervention dans nos affaires intĂ©rieures, car ce nâest pas en vertu du traitĂ© de Vienne que la a le droit de se constituer elle-mĂȘme, mais en vertu de sa propre souverainetĂ©. Ce nâest pas le pacte fĂ©dĂ©ral qui a Ă©tĂ© garanti par les puissances dans le traitĂ© de Vienne, mais tout 35 simplement lâintĂ©gritĂ© du territoire de la ConfĂ©dĂ©ration. Si, malgrĂ© ces faits incontestables, nous nous trouvions dans lâerreur ; si une intervention Ă©trangĂšre devait avoir lieu dans notre patrie, alors le monde apprendra que la Suisse, forte par son bon droit, grande par les sympathies de tous les peuples qui luttent pour la libertĂ©, saura faire usage de sa force et verser jusquâĂ la derniĂšre goutte le sang de ses enfants. Elle prouvera qu elle est capable encore de conserver lâindĂ©pendance achetĂ©e dans tant de combats par le sang de nos pĂšres et quâelle saura la lĂ©guer intacte aux gĂ©nĂ©rations futures. Dieu prĂ©serve notre chĂšre pairie!» Tandis que tous les vrais ConfĂ©dĂ©rĂ©s Ă©taient unanimes Ă reconnaĂźtre dans le discours dâouverture du prĂ©sident de la diĂšte un langage dictĂ© par un esprit purement fĂ©dĂ©ral, les feuilles Ă la dĂ©votion du Sonderbund, et parmi celles-ci la Gazette prĂ©tendue fĂ©dĂ©rale qui paraĂźt Ă Zurich , vomissaient feu et flammes contre lui. Celte derniĂšre feuille alla jusquâĂ qualifier le discours du prĂ©sident de Manifeste de la Suisse rĂ©volutionnaire en faveur de lâunitarisme,» et de DĂ©claration de guerre du radicalisme dĂ©mocratique contre les monarchies de lâEurope.» Donnant cours Ă sa colĂšre, celte feuille ajoutait Ocbsenbein veut dĂ©truire la Suisse fĂ©dĂ©rative pour Ă©lever sur ses ruines une Suisse unitaire ; il veut courber lâindĂ©pendance et la souverainetĂ© des Ătals sous le joug dâun directoire helvĂ©tique.» Cependant, lorsquâon lit attentivement ce discours dâouverture, on trouve quâil dit tout le contraire de ce qui lui imputent les feuilles jĂ©suitiques. En parlant de la rĂ©vision du pacte fĂ©dĂ©ral, M. Och- senbein dit expressĂ©ment Les principes admis et reconnus dans les constitutions des divers cantons devront naturellement former la base dâun nouveau pacte qui, sans absorber la souverainetĂ© cantonale et lâexistence particuliĂšre des cantons, reprĂ©sentera toutefois une totalitĂ©, une vĂ©ritable ConfĂ©dĂ©ration.» Voici les noms des dĂ©putĂ©s Ă la diĂšte de I8ft7, qui a Ă©tĂ© si importante par suite des rĂ©solutions qui y ont Ă©tĂ© prises. Berke Son Excellence M. Ochsenbein, prĂ©sident, et MM. les conseillers d'Ălat D r Schneider et StĂ mpfli. Zurich Son Excellence M. le bourgmestre Furrer et M. le conseiller dâĂlat RĂŒltimann. Lucerne MM. Bernard Meier, secrĂ©taire dâĂtat, et Vincent Fischer, membre du grand conseil. Uri MM. Ant. Schmid, ancien landammann, et Vincent Muller, ancien landammann et lieutenant-colonel. Schvvyz MM. DĂŒggeli, prĂ©fet cantonal dĂ©lĂ©guĂ© simplement Ă cause du rang et bientĂŽt remplacĂ© par M. l'avocat Oethiher, de Laclien, et C. Schorno, ancien landammann. Ănterwald-le-iiaut M. Hermann, ancien landammann. Unterwald-le-bas M. François Durrer, directeur de la police. Glaris M. Blumer, landammann. Zug MM. Bossard, landammann, et Hegglin, ancien landammann. Fribourg MM. Fournier, avoyer , et Ammann, prĂ©fet. Soleure MM. Jos. Munzinger, landammann, et Schmid, prĂ©sident du tribunal dâappel. Bale-Ville MM. Sarrasin , bourgmestre , et Pierre Merian, prĂ©sident du grand conseil. Bale-Campagne MM. le D r Malt, membre du landrath, et Spitteler, secrĂ©taire dâĂtat. Schaffhouse MM. BĂŽschenstein et Ehrmann, conseillers dâĂtat. Appenzell M. le D r Oertli, vice-prĂ©sident du gouvernement. Appenzell M. le D r Fassler, landammann. St-Gall MM. NĆff, landammann, et Steiger, secrĂ©taire dâĂtat. Grisons MM. Ahys*, bourgmestre, et Ch. Ă Marca, prĂ©sident de ligue. Argovie MM. le colonel Frei-Herose, landammann, et Ph. Weissenhach, juge dâappel. Thurgovie MM. le juge dâappel Kern, prĂ©sident du grand conseil, et GrĂąflein, juge dâappel. * RemplacĂ© dans la seconde rĂ©union de la diĂšte par M. Caflisch, prĂ©sident de ligue, parce que M. Abys a Ă©tĂ© revĂȘtu des fonctions de commissaire des guerres de la ConfĂ©dĂ©ration avec rang de colonel. 37 Tessin MM. le colonel Luvini, membre du grand conseil, et Jauch, membre du grand conseil. Vaud MM. Druey, conseiller dâĂtat, et Eytel, membre du grand conseil. Valais MM. Adrien de Courten, et C. de Werra, membres du grand conseil. NeuchĂątel MM. Calame, conseiller dâĂtat, et de Meuron, chĂątelain du Landeron. GenĂšve MM. le colonel Rilliet-Constant, conseiller dâĂtat, et Carteret, prĂ©sident du grand conseil. DĂšs sa premiĂšre sĂ©ance la diĂšte fit comprendre quâelle voulait avoir partout table nette. DĂ©jĂ les 12 2 /2 Ătats montrĂšrent lâunion Ă©troite qui rĂ©gnait entre eux en nommant secrĂ©taire dâĂtat fĂ©dĂ©ral M. le D r Schiess, de IlĂ©risau, en remplacement de M. de Gonzenbach, dĂ©corĂ© de plusieurs ordres Ă©trangers et trĂšs-grand partisan du Sonderbund. M. Letter, secrĂ©taire du conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre , donna sa dĂ©mission par Ă©gard Ă ses relations avec le Sonderbund, et fut remplacĂ© par M. von Arx, secrĂ©taire du gouvernement de Soleure, officier actif et capable. En revanche, Valais demandait que le major Maurice Barman promu depuis lors au grade de lieutenant-colonel , qui avait Ă©tĂ© chassĂ© de sa patrie par trahison, fĂ»t rayĂ© du cadre de lâĂ©tat-major fĂ©dĂ©ral ; mais cette proposition resta en minoritĂ©. Le Valais, ce canton coupable, avait lâaudace de faire cette proposition par lâorgane dâAdrien de Courten. La diĂšte avait dĂ©jĂ tenu huit sĂ©ances et la majoritĂ© de la population suisse, ainsi que les citoyens de lâĂ©tanger qui avaient de la sympathie pour les intĂ©rĂȘts politiques de la Suisse, attendaient avec impatience la rĂ©solution que prendrait lâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale dans la question du Sonderbund. Enfin elle fut mise Ă lâordre du jour pour la sĂ©ance du 20 juillet, et aprĂšs une vive discussion dans laquelle les dĂ©putĂ©s du Sondevbund firent entendre un langage grossier et provocateur, mais oĂč ils durent cĂ©der le terrain Ă la force du droit et de la vĂ©ritĂ©, une majoritĂ© de 12 2 /2 voix prit lâarrĂȘtĂ© suivant Art. 1 er . Lâalliance sĂ©parĂ©e des sept cantons de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwald, Zag, Fribourg et Valais est dĂ©clarĂ©e incompatible avec le pacte fĂ©dĂ©ral et par consĂ©quent dissoute. »Art. 2. Les cantons sus-nommĂ©s sont rendus responsables de lâobservation de cet arrĂšlĂ© et la diĂšte se rĂ©serve, si les circonstances lâexigent, de prendre les mesures ultĂ©rieures pour le faire exĂ©cuter. » Les dĂ©putĂ©s du Sonderbund se dĂ©masquĂšrent alors en protestant, au nom des sept Ătats de la confĂ©rence, contre cet arrĂȘtĂ© de la diĂšte; ils osĂšrent mĂȘme contester Ă la diĂšte le droit de prendre une semblable rĂ©solution, consĂ©quemment ils firent voir que le Sonderbund se rĂ©volterait contre toutes les dispositions prises par la dicte. DĂ©jĂ alors on apprit que le gouvernement de Fribourg faisait des achats de chevaux; que le conseil de la guerre du Sonderbund siĂ©geait Ă Lucerne, quâil faisait des prĂ©paratifs militaires, mettait des Iroupes de piquet, organisait le landsturm et avait donnĂ© lâordre dâĂ©lever des retranchements; quâon fanatisait le peuple par tous les moyens possibles et que celui-ci se rendait en pĂšlerinage au tombeau du bienheureux Nicolas de Fluc, Ă Saxcln, portant en tĂȘte une banniĂšre sur laquelle Ă©tait empreint le portrait de Leu. Pendant quâeffectivement les cantons du Sonderbund Ă©levaient des retranchements et faisaient des pĂšlerinages pour implorer une victoire sur leurs frĂšres, les chanteurs dâArgovie et de BĂąle-Campagne cĂ©lĂ©braient des fĂȘles joyeuses et sacrifiaient aux douceurs de la paix. Ces fĂȘtes furent prĂ©cĂ©dĂ©es du tir fĂ©dĂ©ral qui eut lieu Ă Claris â la semaine des carabiniers. â Pendant le tir ont Ă©tĂ© prononcĂ©es bien des paroles qui relevaient le cĆur, mainte bonne rĂ©solution y a Ă©tĂ© prise et des vĆux ardents y ont Ă©tĂ© Ă©mis pour le salut de la parlrie. DĂ©jĂ sous la date du 10 juillet lâAssociation populaire bernoise avait adressĂ© un appel aux libĂ©raux de tous les cantons; cet appel avait pour but de fonder une grande Association populaire suisse qui aurait eu pour tĂąche de veiller au bien-ĂȘtre de la patrie suisse et de travailler principalement Ă la dissolution du Sonderbund , Ă lâexpulsion des jĂ©suites et dâamener une fois la rĂ©vision du pacte fĂ©dĂ©ral. La sociĂ©tĂ© helvĂ©tique poursuivait aussi le mĂȘme 39 but. Les sections de lâAssociation populaire voulurent se lier Ă©troitement entre elles et sâorganiser, en suivant toutefois les formes lĂ©gales, pour opposer de la rĂ©sistance au Sonderbund rebelle. A celte fin une commission de lâAssociation populaire bernoise convoqua pour le 21 juillet les libĂ©raux et les sections en assemblĂ©e au tir fĂ©dĂ©ral de Claris. La convocation portait les signatures des avocats Niggeler et SchĂąrz et du greffier Huiler, Ă Berne. Une assemblĂ©e pareille devait aussi avoir lieu Ă Berne Ă lâoccasion dâune fĂȘle nationale que Berne a cĂ©lĂ©brĂ©e dâune maniĂšre grandiose au milieu du vacarme guerrier du Sonderbund. Les Sonderbundiens choisirent le prĂ©texte de ces fĂȘles pour faire grand tapage; ils rĂ©pandirent le bruit que de la place du tir fĂ©dĂ©ral on voulait entrependre une expĂ©dition de corps francs, et dĂ©jĂ Salis-Soglio, Ăb-Yberg , ainsi que le fils du gĂ©nĂ©ral Sonnenberg doivent avoir fait une reconnaissance sur la frontiĂšre glaronaise prĂšs de Reiclienburg et mis des troupes en disponibilitĂ©; mais au tir tout le monde sâadonnait Ă la joie et personne ne songeait Ă une excursion de celte nature ; au contraire , de sĂ©rieux avertissements furent donnĂ©s contre toute dĂ©marche illĂ©gale, mais aussi on exhorta les carabiniers Ă se tenir prĂȘts Ă marcher lorsque lâautoritĂ© suprĂȘme de la ConfĂ©dĂ©ration leur adresserait un appel. Câest pourquoi on a accueilli avec joie lâarrĂȘtĂ© quâelle a pris pour la dissolution du Sonderbund. La diĂšte dĂ©cida encore, sur la motion de GenĂšve, dâouvrir une enquĂȘte pour savoir si des officiers fĂ©dĂ©raux se trouvaient en rapport de service avec le Sonderbund et de quelle nature Ă©taient ces rapports. CâĂ©tait la premiĂšre dĂ©marche quâelle avait Ă faire aprĂšs avoir prononcĂ© la dissolution du Sonderbund ; les dispositions ultĂ©rieures devenues nĂ©cessaires ne devaient ĂȘtre prises que plus tard. Le colonel fĂ©dĂ©ral Salis-Soglio, de Coire, que le Sonderbund avait choisi pour gĂ©nĂ©ral de son armĂ©e, doit avoir compris quâil avait gravement violĂ© son serment et ses devoirs envers la ConfĂ©dĂ©ration, car dĂ©jĂ le 7 mai il prĂ©senta au directoire, qui en prit note, sa demande en dĂ©mission. La diĂšte ne lui accorda pas encore sa dĂ©mission, et en consĂ©quence elle le somma, Ă lâinstar des autres officiers, de faire sa dĂ©claration. 40 11 la transmit Ă la diĂšte dans les termes suivants Excellence, Messieurs! Jâapprends par votre circulaire du 29 juillet que vous avez pris provisoirement noie de ma demande en dĂ©mission prĂ©sentĂ©e le 7 mai de celle annĂ©e. Par suite de celle demande eu dĂ©mission, je ne suis plus en rapport de service avec la ConfĂ©dĂ©ration et je me regarde comme dĂ©chargĂ© des devoirs imposĂ©s Ă un officier de lâĂ©tat-major fĂ©dĂ©ral, mais je ne fais aucune difficultĂ© de dĂ©clarer Ă cette occasion publiquement et dâune maniĂšre catĂ©gorique que jâai prĂ©sentĂ© celte demande pour ne pas courir le danger dâĂȘtre obligĂ©, contrairement Ă mes idĂ©es de droit et dâhonneur, de prendre les armes contre lâalliance protectrice des sept cantons conclue dans le but de maintenir le pacte fĂ©dĂ©ral du 7 aoĂ»t 1818. Je mâefforcerai bien plutĂŽt, avec la protection de Dieu, Ă me rendre digne de lâhonorable confiance de ces liants Ătats et Ă vouer foules mes forces , avec la fidĂ©litĂ© la plus absolue, Ă leur service. Avec cette dĂ©claration jâai, etc.» Des autres officiers des cantons du Sonderbund dix ont Ă©galement dĂ©clarĂ© quâils se trouvaient en rapport de service avec la ligue sĂ©parĂ©e, et ils ont Ă©tĂ© immĂ©diatement rayĂ©s de la liste des officiers fĂ©dĂ©raux. Ce sont le commissaire fĂ©dĂ©ral des guerres ZĂŒnd, de Lucerne; les colonels Maillardoz, de Fribourg, Riilli- mann et Elgger, de Lucerne; le lieutenant-colonel Techtermann, de Fribourg; le commissaire des guerres lieutenant-colonel Pillier, de Lucerne; le capitaine dâĂ©tat-major Roten, du Valais; le capitaine Vonderweid et le lieutenant Chollet, de Fribourg ; le capitaine Zelger, de Stanz. Le colonel Rreni, de Rapperschwyl, fut aussi interrogĂ© sur ses rapports de service avec le Sonderbund, parce quâon avait une juste mĂ©fiance en lui, attendu quâil avait pris part aux confĂ©rences de la ligue. Il dĂ©clara vouloir obĂ©ir Ă lâappel de la diĂšte ; mais, connaissant sa vĂ©ritable position, il donna plus tard sa dĂ©mission , et, par arrĂȘtĂ© de la diĂšte, il fut purement et simplement rayĂ© du cadre des officiers fĂ©dĂ©raux. Le directoire ayant informĂ© la diĂšte que les cantons dâUri et dâUntenvalden avaient Ă©levĂ© des retranchements sur les frontiĂšres du canton de Berne et quâune rĂ©union dâofficiers des Ătats du Sonderbund avait eu lieu Ă Meyringen , que, dâaprĂšs une dĂ©pĂȘche du Tessin, des transports considĂ©rables dâarmes et de munitions, transitant par ce canton , avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s Ă Lugano, l'assemblĂ©e, sur la proposition de Zurich, nomma dans sa sĂ©ance du 51 juillet une commission de sept membres pour examiner celte affaire. Celte commission Ă©tait composĂ©e de MM. 1° le prĂ©sident Ochsenbein, de Berne; 2° le bourgmestre D r Furrer, de Zurich; 5° le landammann Munzinger, de Solcure; 4° le landammann NĆff, de S-Gall ; o° le juge dâappel D r Kern, de Tiiurgovie; 6° le colonel Luvini, du Tessin; 7° le conseiller dâĂlat Druey, de Vaud. Ces hommes dĂ©libĂ©rĂšrent les unes aprĂšs les autres toutes les dĂ©marches quâil y avait Ă faire contre le Sonderbund, et câest Ă leur perspicacitĂ© ainsi quâĂ leur Ă©nergie et aux bons conseils quâils ont donnĂ©s quâon doit la prompte exĂ©cution dâarrĂȘtĂ©s qui ont Ă©tĂ© dâun effet salutaire pour la Suisse. Comme les dĂ©putĂ©s du Sonderbund ne pouvaient nier ni les retranchements ni le transport de munitions, la diĂšte, sur la proposition de la commission des sept, dĂ©cida de sommer les Ătals de la ligue de sâabstenir de tout ce qui pouvait troubler la paix publique et notamment de suspendre les prĂ©paratifs militaires extraordinaires. De plus, le gouvernement du Tessin fut chargĂ© de retenir les armes et les munitions en question; enlin, tous les autres Ătats confĂ©dĂ©rĂ©s reçurent lâordre dâarrĂȘter les envois dâarmes et de munitions Ă la destination des cantons du Sonderbund et dâen donner immĂ©diatement avis au directoire. La question des couvents argoviens fut aussi reproduite en diĂšte par les Ătals du Sonderbund ; mais, par respect pour la rĂ©solution qui avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© prise une fois Ă cet Ă©gard , elle fut vidĂ©e pour toujours dans la sĂ©ance du 19 aoĂ»t. La diĂšte reçut de la sociĂ©tĂ© des carabiniers de L'Ă»ngendorf une adresse vigoureuse pour sĂ©vir Ă©nergiquement contre les mĂ©faits du Sonderbund et pour la rĂ©vision du pacte fĂ©dĂ©ral. Dans la trente-sixiĂšme sĂ©ance de la diĂšte, dans laquelle, aprĂšs des dĂ©bats longs et fatigants, on dĂ©montra de nouveau jusquâĂ lâĂ©vidence les dangers que lâordre des jĂ©suites faisait courir Ă la Suisse, la question des jĂ©suites fut dĂ©clarĂ©e par 12 2 /2 voix, sur la proposition de Zurich, affaire fĂ©dĂ©rale, et il fut dĂ©cidĂ© que les cantons qui avaient accueilli les jĂ©suites seraient invitĂ©s Ă les Ă©loigner et que dĂ©fense serait faite Ă tous 42 les Ătats de les introduire dans la suite. On avait fait de nouveau un grand pas vers le but auquel on tendait. Tandis que la diĂšte marchait en avant dâun pas Ă©nergique, les cantons du Sonderbund bravaient toujours davantage le pouvoir fĂ©dĂ©ral. Dans le grand conseil de Lucerne, lâintrĂ©pide Martin Arnold, de Keiden, eut le courage de proposer que Lucerne se retirĂąt du Sonderbund ; en mĂȘme temps il donna des avertissements sĂ©rieux et pressants sur les suites dĂ©sastreuses qui rĂ©sulteraient pour le canton sâil continuait Ă faire partie de la ligue sĂ©parĂ©e. Mais les crĂ©atures de Siegwart, presque rĂ©duites Ă lâĂ©tat dâautomates , ne tinrent aucun compte de ces avertissements et rejetĂšrent la proposition, ce qui engagea neuf membres du conseil, MM. Martin Arnold, lâancien avoyer Kopp, le D r Casimir Pfjffer , FĂ©lix Balthasar, le colonel Schumacher- Uttcnbcrg, Ignace Pfyffer et Martin Konka Ă faire insĂ©rer au protocole une dĂ©claration par laquelle ils repoussaient toutes les suites dâune alliance pareille et la responsabilitĂ© quâelle pouvait faire peser tĂŽt ou tard sur les membres du grand conseil, etc. Ces hommes prĂ©virent les consĂ©quences dĂ©sastreuses quâentraĂźnerait la rĂ©volte contre lâautoritĂ© suprĂȘme de la ConfĂ©dĂ©ration , mais on ferma lâoreille Ă leurs avertissements. Cependant le vole de M. Kopp Ă©tait pressant, Ă©nergique; sans crainte il osa dire entre autres; On reprĂ©sente les douze Ătats de la majoritĂ© comme, des brigands RĂŒuber. Je nâai pas peur de ces brigands contre lesquels lâAutriche fournit des balles et des munitions ; je crains bien plutĂŽt cette libertĂ© que les Autrichiens nous apporteraient sur la pointe de leurs baĂŻonnettes.» A ces paroles Ă©nergiques et sensĂ©es, partant dâun cĆur suisse profondĂ©ment convaincu de ses devoirs envers la patrie, on rĂ©pondit par des injures et des paroles furibondes. Les conseillers Hault et Portmann se distinguĂšrent particuliĂšrement dans ce genre oratoire. Cependant la diĂšte faisait chaque jour un pas en avant pour atteindre son but, câest-Ă -dire pour sauver lâhonneur national en faisant exĂ©cuter ses arrĂȘtĂ©s elle procĂ©da Ă de nouvelles Ă©lections dans lâĂ©tat-major fĂ©dĂ©ral. Elle nomma neuf co lonels fĂ©dĂ©raux, onze lieutenants-colonels et dix majors. Le dĂ©putĂ© des Grisons Ă la diĂšte, M. Ăbys, de Coire, fut promu 43 au grade de commissaire fĂ©dĂ©ral des guerres. Comme par leur radiation du cadre de iâĂ©tal-major gĂ©nĂ©ral les anciens colonels fĂ©dĂ©raux lĂŒUtimann et Maillardoz sortaient aussi du conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre, et que le colonel Ziegler, de Zurich, refusait dâassister ultĂ©rieurement aux sĂ©ances de cette autoritĂ©, la diĂšte les remplaça par les colonels fĂ©dĂ©raux Frei-Herose, dâArau, Rilliet-Constant, de GenĂšve, et Luvini, du Tessin , et dĂ©signa comme supplĂ©ants les colonels fĂ©dĂ©raux GmĂŒr, de Sclianis S l - Gail et Egloff, de TĂ gerwylen Thurgovie. Le colonel fĂ©dĂ©ral dâartillerie d'Orelli, de Zurich , fut nommĂ© directeur de lâĂ©cole militaire de Thoune. 11 y eut encore plusieurs promotions parmi les employĂ©s du commissariat des guerres; on nomma aussi un chirurgien de division. Plusieurs braves officiers furent en partie promus, en partie nouvellement Ă©lus dans lâĂ©tat-major, comme par exemple le colonel Gerwer, de Berne; Hitler de S'-Gall ; Isler, du canton de Turgovie, et dâautres encore. Ce quâil y a de frappant, câest que le frĂšre du gĂ©nĂ©ral du Sonderbund, M. Edouard de Salis-Soglio, alors lieutenant- colonel fĂ©dĂ©ral, fut promu au grade de colonel. Ce choix tomba toutefois sur un Suisse brave, fidĂšle Ă ses devoirs, et qui nâavait rien de commun avec son frĂšre. AprĂšs toutes ces dĂ©marches, il restait encore Ă la diĂšte de mettre ses arrĂȘtĂ©s Ă exĂ©cution ; mais Ă cet effet elle avait besoin dâinstructions spĂ©ciales de la part de plusieurs des Ătats formant la majoritĂ©. Ceux-ci avaient bien volĂ© la dissolution du Sonderbund, mais ils nâavaient pas encore pu se prononcer sur les mesures dâexĂ©cution. La commission des sept fĂźt son rapport Ă la diĂšte et lui soumit ses propositions. Elle se basa principalement sur deux piĂšces, savoir sur une dĂ©pĂȘche adressĂ©e sous la date du 28 aoĂ»t par le gouvernement de Lucerne au directoire , dĂ©pĂȘche par laquelle cet Ătat dĂ©clarait que Lucerne ne reconnaissait en aucune maniĂšre comme obligatoire lâarrĂȘtĂ© pris par la diĂšte concernant le Sonderbund, mais quâen conformitĂ© des protestations antĂ©rieures faites par la dĂ©putation lucernoise, il devait rĂ©server ses droits et ses convenances. L'autre piĂšce Ă©tait une dĂ©pĂȘche du gouvernement dâArgovie, qui informait le directoire que lâĂtat de Lucerne faisait construire de nouvelles redoutes au pont de Gislikon. La proposition de la commission U des sept tendait Ă ce que la diĂšte de 1847 prononçùt son ajournement au 18 octobre, pour dĂ©libĂ©rer alors sur les mesures Ă prendre, dans lâattente que les Ătais dont les instructions nâĂ©taient pas suffisantes pour atteindre le but quâon avait en vue, les complĂ©teraient dâune maniĂšre convenable. Les dĂ©putĂ©s Ă la diĂšte avaient terminĂ© leurs travaux et ils retournĂšrent dans leurs foyers pour se rĂ©unir de nouveau dans cinq semaines environ, afin de mettre la derniĂšre main Ă lâĆuvre quâils avaient commencĂ©e. Lâunion intime des dĂ©putĂ©s des 12 2 /g Ătats offrait un spectacle ravissant dans le sein de la diĂšte. On compulserait en vain lâhistoire des assemblĂ©es diĂ©tales pour y trouver un pareil spectacle. Plusieurs dĂ©putĂ©s Ă la diĂšte furent reçus solennellement dans leur patrie, particuliĂšrement M. le bourgmestre Furrer, Ă Zurich, auquel la sociĂ©tĂ© de chant dite Harmonie donna une sĂ©rĂ©nade aux flambleaux. A cette occasion il dit entre autres que les cantons du Sonderbund Ă©taient en rĂ©volte ouverte contre la ConfĂ©dĂ©ration, que plus que jamais il avait la conviction quâil fallait engager la lutte avec eux, et quâil Ă©tait maintenant fermement dĂ©cidĂ©, lors mĂȘme quâil devrait y trouver sa perle, Ă sacrifier toutes ses forces personnelles pour soutenir cette lutte.» Ce langage dĂ©cidĂ© de M. Furrer, homme dâĂtat gĂ©nĂ©ralement aimĂ© et trĂšs-influent, Ă©veilla partout la joie et lâenthousiasme. On attendait avec impatience les instructions complĂ©mentaires pour les mesures dâexĂ©cution, ainsi que le 18 octobre, jour auquel la diĂšte devait sâassembler de nouveau. - 0 5" G- d 'Cii, 0 - CHAPITRE III, Nouvelles instructions des grands conseils dans Vaffaire du Sonderbund; âąprĂ©paratifs militaires rĂ©ciproques et Ă©vĂ©nements ultĂ©rieurs jusques et y compHs VarrĂȘtĂ© dâexĂ©cution pris par la diĂšte . La majoritĂ© du peuple suisse attendait avec une impatiente anxiĂ©tĂ© les instructions des grands conseils de S'-Gall, Schaff- 45 house et Grisons. On flottait encore entre la crainte et lâespĂ©rance, principalement au sujet de S l -Gall et des Grisons, car non seulement dans le premier, mais encore dans le second de ces cantons avaient lieu des menĂ©es rĂ©actionnaires de toute espĂšce. La conduite des meneurs du parti conservateur Ă S'-Gall Ă©tait telle quâon pouvait en infĂ©rer que ce parti avait des liaisons trĂšs-Ă©troites avec le Sonderbund. Les plans furent secrĂštement dressĂ©s et les rĂŽles distribuĂ©s. S'-Gall devait, autant que possible, annihiler lâautoritĂ© et lâaction du pouvoir fĂ©dĂ©ral, procurer le triomphe dâune minoritĂ© rebelle sur la majoritĂ© constitutionnelle et amener lâanarchie dans la ConfĂ©dĂ©ration suisse. Jacques Baumgartner semble avoir Ă©tĂ© le centre autour duquel gravitaient toutes les menĂ©es sĂ©ditieuses ; ce qui le prouve, ce sont les Ă©vĂ©nements qui se sont passĂ©s dans ce canton et la brochure provocatrice quâil a publiĂ©e sous le titre La question des jĂ©suites et les instructions de St-Gall. Cet Ă©crit avait Ă©videmment pour but de faire sortir S'-Gall des rangs des cantons libĂ©raux et de lâattirer dans la ligue des cantons amis des jĂ©suites lâauteur nâignorait pas quâalors la question des jĂ©suites sortirait insensiblement dâelle-mĂȘme du recĂšs de la diĂšte. Baumgartner Ă©tait puissamment secondĂ© par le colonel Breni, de Rappersclnvyl, qui sâĂ©tait rendu Ă la confĂ©rence de Zug avec RicJcenmann, Hofliger et BĂŒhler, de Rappersclnvyl. Breni a aidĂ© Ă acheter le plomb qui devait ĂȘtre expĂ©diĂ© au Sonderbund, mais qui a Ă©tĂ© interceptĂ© en route. Outre Baumgartner et son adjudant Breni, les ecclĂ©siastiques Bopp et Greit, ainsi que LĂ©onard GmĂŒr, Millier, aubergiste Ă Schmerikon , Eichmann, Ă Ernetschwweil prĂšs dâUznach, et dâautres, dĂ©ployaient une grande activitĂ©, A Sehaffhouse, le pasteur Schenkel avait Ă©crit douze lettres sur la pacification de la Suisse. A Zurich, les hommes de la rĂ©volution de septembre devinrent tellement pacifiques, quâils mirent tout en Ćuvre pour conjurer les horreurs de la guerre civile, comme sâils avaient ignorĂ© que, lorsque lâautoritĂ© suprĂȘme dâun pays veut mettre Ă lâordre des citoyens rebelles par la force des armes, ce nâest pas une guerre civile, mais une guerre entreprise dans le but de soumettre des rebelles. En cherchant Ă produire de lâeffet par leur refrain sempiternel ; foulez-vous la paix ou la guerre, les feuilles Ă la dĂ©votion des jĂ©suites sâimaginaient que la question du Sonderbund sortirait du sein de lâautoritĂ© compĂ©tente pour ĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ©e au peuple. 11 est probable que ces feuilles, et notamment la Gazette fĂ©dĂ©rale de Zurich , se croyaient reportĂ©es Ă 1839 , oĂč elles tirent sanctionner par les communes leur Ćuvre du 6 septembre, de sinistre mĂ©moire. Nous ne sommes plus en 1839, ni en 1840 et 1841 , mais nous comptons quelques annĂ©es de plus, et en avançant en Ăąge nous avons acquis un peu de prudence. Le peuple zuricois , qui a dĂ©jĂ tirĂ© une fois du feu les marrons pour ses gracieux seigneurs et qui sây est brĂ»lĂ© les doigts, nâa plus voulu se prĂȘter Ă une semblable manĆuvre. Ce peuple, que du reste on mĂ©prisait et conspuait voir le Peuple et le Souverain, par le D r Bluntschli, fut traitĂ© par ces mĂȘmes hommes de peuple noble et Ă©levĂ© lorsquâil eut satisfait leur Ă©goĂŻsme et expulsĂ© Ă coups de tridents et de bĂątons un gouvernement que dĂ©testaient ces gens-lĂ . Mais aprĂšs que ce peuple, qui avait Ă©tĂ© momentanĂ©ment Ă©garĂ© , fut revenu Ă son bon sens naturel, et quâil eut dĂ©clarĂ© publiquement et solennellement Ă Sclnvamendingen et Ă Unterslrass quâil ne voulait plus ni couvents, ni jĂ©suites, il fut subitement traitĂ©, toujours par les mĂȘmes hommes, de populace effrĂ©nĂ©e, de bande de faillis, de maçons tyroliens, dâouvriers Ă©trangers et autres qualifications de mĂȘme espĂšce. Et lorsquâen 1846 il purgea lâĂ©curie dâAugias, appelĂ©e ie rĂ©gime de septembre, ce fut de nouveau un peuple stupide, sĂ©duit, et les feuilles conservatrices firent des jĂ©rĂ©miades Ă fendre les pierres, On pouvait donc conclure que le peuple zuricois, et notamment la partie apte Ă porter les armes, se prononcerait dans une votation Ă©ventuelle pour lâexĂ©cution des arrĂȘtĂ©s de la diĂšte. Cependant la Gazette fĂ©dĂ©rale quâon a surnommĂ©e Ă juste titre anti-fĂ©dĂ©rale ne cessait de donner des espĂ©rances trompeuses aux chefs du Sonderbund, et nâa peut-ĂȘtre pas peu contribuĂ© Ă les faire persister dans leur entĂȘtement et Ă amener leur prompte chute. A Schaffhouse et mĂȘme Ă Berne se manifestaient quelques vellĂ©itĂ©s de soumettre au peuple la question de la guerre et de la paix; mais il nâĂ©tait pas possible de rĂ©aliser cette idĂ©e sans faire une rĂ©volution, et il Ă©tait encore moins possible de faire une rĂ©volution, car le peuple avait ouvert les yeux. Les amis du Sonderbund rĂ©pandirent contre les gouvernements libĂ©raux et leurs fonctionnaires les calomnies les plus basses et les plus haineuses. Tous les ressorts furent mis en jeu, notamment dans les cantons de S l -Gall et des Grisons, pour empĂȘcher quâil ne fĂ»t pris un arrĂȘtĂ© dâexĂ©cution contre le Sonderbund. Au milieu dâintrigues et de menĂ©es de toute espĂšce de la part des amis du Sonderbund , les grands conseils de la Suisse libĂ©rale mirent activement la main Ă lâĆuvre sans se laisser Ă©tourdir par les clameurs jĂ©suitiques. Le grand conseil de Zurich vola Ă une immense majoritĂ© les mesures dâexĂ©cution, et il fut allouĂ© au conseil exĂ©cutif un crĂ©dit supplĂ©mentaire de 20,000 fr., outre les 40,000 fr. dĂ©jĂ volĂ©s prĂ©cĂ©demment, pour lâacquisition dâeffets militaires. Lorsque les cantons du Sonderbund eurent connaissance de la volonlĂ© ferme et de la conduite Ă©nergique du grand conseil de Zurich, ils redoublĂšrent leurs prĂ©paratifs militaires. Ils firent examiner les passages du Grimsel et de la Furca, le Susten, les passages qui conduisent du canton dâCri dans les Grisons, Ă Glaris et dans le Tessin. On plaça des mines dans plusieurs endroits, principalement prĂšs de Gislikon, Ă Miinsler, au pont de lâEmme, sur le llafendeckel prĂšs de Knutwyl, au-dessus du pont, prĂšs de SursĂ©e, du Bognauerk'Ă ppeli, de MauensĂ©e, Ă Kotlwyl, sur la route vers Seevvagen, ainsi quâentre Zell et HĂŒswyl ; prĂšs du pont de Luthern il y avait des mines des deux cĂŽtĂ©s de la route et deux derriĂšre Zell sur la route qui conduit Ă Langenlhal. Le Gutsch fut tout particuliĂšrement fortifiĂ© et pourvu dâarbres abattus. Câest sur cette Ă©minence que se trouvait la mine appelĂ©e mine-monstre. On pratiqua aussi des mines Ă la Schindellegi, canton de Sclnvyz, dans la direction du canton de Zurich; on y fit des redoutes et des abattis dâarbres, de mĂȘme que sur la frontiĂšre de Zug qui touche au canton de Zurich. On Ă©leva aussi des fortifications considĂ©rables autour de la ville de Fribourg et dans lâintĂ©rieur de ce canton; enfin on se retrancha Ă©galement dans les cantons dâOri, dâUnlenvalden et du Valais. LâenquĂšle que le gouvernement du Tessin fit ouvrir au sujet des munitions arrĂȘtĂ©es Ă Lugano prouva quâelles, venaient de la citadelle autrichienne de Milan. Lâaigle autrk 48 chienne Ă©lait empreinte sur les barils de poudre. Dans plusieurs autres localitĂ©s de la Suisse, mĂȘme Ă BĂ le, on intercepta des armes et des munitions destinĂ©es au Sonderbund. Des landsgemeinden devaient se tenir dans les cantons dâĂŒri, de Schwyz, dâUnterwalden et de Zug. Il est indubitable que les meneurs avaient lâintention de se retrancher derriĂšre le peuple quâils avaient sĂ©duit, dans le cas oĂč la guerre aurait une issue malheureuse pour eux, pour pouvoir dire ensuite comme les enfants Ce nâest pas nous, ce sont eux qui lâont fait.» Une assemblĂ©e prĂ©sidĂ©e par Siegwart dĂ©libĂ©ra Ă©galement Ă Lucerne sur la question de savoir si lâaffaire du Sonderbund serait soumise au peuple. Siegwart sâopposa cependant Ă ce quâune question aussi importante fĂ»t soumise au peuple; il est tout naturel que les crĂ©atures de ce personnage ne pouvaient vouloir autre chose que ce que voulait leur maitre, car sa volontĂ© Ă©tait la loi, quelquâillĂ©gale que fĂ»t toute sa conduite. Personne, dans le canton de Lucerne, nâaurait voulu prendre les armes pour soutenir le Sonderbund comme tel ; câest pourquoi on trouva nĂ©cessaire, dans le but dâopĂ©rer une scission en Suisse, dâen faire une question religieuse. Le pĂšre Roh, jĂ©suite de Lucerne, dĂ©clara que la lutte soutenue parles cantons de lâalliance sĂ©parĂ©e contre le reste de la ConfĂ©dĂ©ration Ă©tait une lutte entre le christianisme et lâidolĂątrie ; le curĂ© Ri- ckeribach, de Lucerne, compara dans un sermon le peuple Ă des chats auxquels on jette la corde au cou pour les Ă©trangler; on rĂ©pandit parmi le peuple les contes les plus aventureux; on disait que les grands cantons viendraient envahir les cantons catholiques pour leur imposer une nouvelle religion par la force des armes, etc. Dans tous les cantons du Sonderbund, et notamment dans celui de Sclnvyz, les prĂȘtres abusaient de la chaire Ă lâenvi pour fanatiser le peuple. Tous les prĂ©dicateurs avaient reçu lâordre de prĂ©parer le peuple aux landsgemeinden qui allaient se tenir prochainement. Dans le canton de Zurich, quoiquâassurĂ©inent aucun ordre nâeĂ»t Ă©tĂ© donnĂ© Ă cet effet, plusieurs sermons fanatiques furent Ă©galement prĂȘches le jour du jeĂ»ne fĂ©dĂ©ral, ce qui a engagĂ© le gouvernement zuricois Ă aviser les pasteurs quâils eussent Ă sâabstenir de toute politique dans leurs sermons. Le juge 49 d'instruction Ammann enrĂŽlait dans le canton de Lucerne des individus pour en former un corps de volontaires, gens pour la plupart tarĂ©s dans lâopinion publique et qui nâavaient dâautre but que le meurtre et le pillage. On leur avait donnĂ© pour coiffure une espĂšce de bonnet avec une visiĂšre retroussĂ©e quâils pouvaient abattre Ă volontĂ© et qui leur recouvrait la figure de maniĂšre Ă nâapercevoir que les yeux et le nez. Cet aspect hideux leur donnait plutĂŽt lâair de bandits que de milices rĂ©guliĂšres ; câest pourquoi on les nomma le corps des vengeurs. Ce corps Ă©lait le pendant de la fameuse garde prĂ©torienne de Lucerne, composĂ©e en grande partie de filous et de vauriens. Le drapeau du corps des vengeurs, ornĂ© du portrait de Leu, fut bĂ©ni le jour de la fĂȘte de lâarcliange Michel. AprĂšs avoir Ă©tĂ© prĂ©parĂ©es longtemps dâavance de la maniĂšre que nous venons de signaler, les landsgemeinde furent effectivement tenues. Ce fut Sclrvvyz qui prit lâinitiative le 26 octobre. Ab-Yberg se lamenta sur les rĂ©fugiĂ©s, les rĂ©dacteurs de journaux et les professeurs Ă©trangers; il raisonna sur lâasservissement politique et religieux que les protestants voulaient faire peser sur le peuple et mit tout en Ćuvre pour quâon rĂ©sistĂąt aux arrĂȘtĂ©s de la dicte. Le peuple, induit en erreur, adhĂ©ra Ă la proposition prĂ©sentĂ©e par le landammann Holdener, laquelle tendait Ă approuver les dĂ©marches faites jusquâalors par le gouvernement et Ă ne pas se dĂ©tacher du Sonderbund. Les landam- manns libĂ©raux Gyr et Benzinger donnĂšrent Ă leurs concitoyens de sages avertissements sur les consĂ©quences quâentraĂźnerait pour le canton la conduite du gouvernement; il les exhortĂšrent Ă se dĂ©tacher du Sonderbund et proposĂšrent dâinvoquer la mĂ©diation de ConfĂ©dĂ©rĂ©s distinguĂ©s ce fut envain, le peuple fanatisĂ© , excitĂ© et sĂ©duit, ne prĂȘta pas lâoreille Ă leurs paroles chaleureuses et patriotiques, mais il adopta les propositions du gouvernement et dĂ©cida en outre dâorganiser toutes les forces militaires du canton. Ab-Yberg fut nommĂ© commandant en chef des troupes schwyzoises, et son frĂšre, Dominique Ab-Yberg, commandant en chef du landslurm. On poussa le terrorisme si loin que, sur la proposition du landammann Kamer, on dĂ©cida de punir de la maniĂšre la plus sĂ©vĂšre, dans son corps et dans ses biens, quiconque ne donnerait pas suite Ă lâappel qui lui 4 serait fait, Ă moins quâil nâen fĂ»t empĂȘchĂ© par le plus grand besoin ou par la puissance de Dieu, quiconque sâopposerait Ă la rĂ©solution de ce jour par ses paroles et ses actions, qui la critiquerait malicieusement ou sympathiserait avec lâennemi.» Le colonel Salis-Soglio, le secrĂ©taire dâĂtat Meier, de Lucerne, et le colonel Breni, de ltapperschwyl, Ă©taient prĂ©sents Ă la lands- geineinde. Ce dernier doit avoir Ă©tĂ© conspuĂ© par le peuple dans le trajet quâil fit dâEinsiedlen Ă Rolhenlhurm. Pendant que les pacifiques conservateurs jubilaient de la rĂ©solution guerriĂšre prise par environ 0000 Sclnvyzois, on apprit que le canton de Vaud organisait en toute hĂąte toute la population virile depuis lâĂąge de 17 Ă 60 ans, que lâenthousiasme Ă©tait gĂ©nĂ©ral dans ce canton et quâil serait bientĂŽt en mesure de pouvoir disposer de plus de Zi0,000 hommes. Toutes les troupes devaient dĂ©jĂ ĂȘtre assermentĂ©es le 3 octobre. Cependant les meneurs du Sonderbund se gardaient bien de porter Ă la connaissance du peuple des cantons primitifs, oĂč les feuilles libĂ©rales nâavaient plus accĂšs, lâenthousiasme qui rĂ©gnait dans tous les cantons libĂ©raux , et on Ă©tait en droit de sâattendre que les landsgemeinden dâUnterwalden et de Zug se prononceraient dans le mĂȘme sens que celle de Scliwyz. 11 est vrai que la landsgemeinde de Zug nâavait Ă©tĂ© convoquĂ©e quâĂ lâeffet de repourvoir Ă la place de capitaine gĂ©nĂ©ral devenue vacante par dĂ©cĂšs. De lâavis de la commission gouvernementale, on ne devait faire aucune proposition relativement au Sonderbund , parce quâelle regardait une proposition de cette nature comme contraire Ă la constitution ; cependant on avait dĂ©jĂ pris des mesures pour couvrir dâun voile cette violation de la constitution, car dans le prĂ©avis mĂȘme de la commission gouvernementale il Ă©tait dit Mais si le peuple a des vĆux Ă exprimer dans un sens ou dans un autre, il pourra le faire.» Cette landsgemeinde fut tenue le 3 octobre. Environ Ă OOO citoyens y assistĂšrent. AprĂšs lâĂ©lection du capitaine gĂ©nĂ©ral, le landammann Bossard souleva la question du Sonderbund, au sujet duquel la landsgemeinde devait exprimer des vĆux. Le major Hess prit le premier la parole, prononça un discours fanatique dans lequel il parla, entre autres, de spoliation des couvents, et fil la proposition de YOter au landrath des remer- ol ciments pour la conduite qu'il avait tenue jusquâalors, tout en exprimant le vĆu que cette autoritĂ© tentĂąt de donner Ă la question du Sonderbund une solution pacifique, et, dans le cas oĂč cela ne pourrait se faire, de mettre le canton en Ă©tat de dĂ©fense. Lâancien juge cantonal Keiser sâĂ©leva avec Ă©nergie contre cette proposition, mais il fut souvent interrompu par les huĂ©es de celte masse fanatisĂ©e. Keiser qualifia le Sonderbund de ligue des Seigneurs, ligue qui avait Ă©tĂ© formĂ©e non pour la religion des ancĂȘtres, non pour les droits Ă©ternels et les libertĂ©s du peuple; qui avait Ă©tĂ© formĂ©e non par le peuple, mais par les gouvernements et pour les gouvernements contre les minoritĂ©s libĂ©rales dans les sept cantons liguĂ©s, dâune part, et dâune autre part contre la ConfĂ©dĂ©ration qui faisait des efforts pour avancer dans la voie du progrĂšs. 11 soutint que ce nâĂ©tait pas une politique suisse, mais une politique Ă©trangĂšre qui avait donnĂ© le jour au Sonderbund ; que cette idĂ©e nâa pas Ă©lĂ© suggĂ©rĂ©e par les hommes du gouvernement, mais par un homme qui a achetĂ© Ă prix dâargent le nom suisse, Siegwarl-MĂŒller, et qui sâest ensuile efforcĂ© de fonder cette ligue monstrueuse dans le but de protĂ©ger sa politique anti-nationale et destinĂ©e Ă partager la Suisse en deux camps hostiles. Des circonstances malheureuses , ajouta-t-il, concourent Ă ce que le peuple de Zug soit entraĂźnĂ© dans cette ligue de sinistre augure.» LâintrĂ©pide Keiser fut interrompu Ă diffĂ©rentes reprises par des cris tumultueux, des menaces et des sifflets, mais il persista Ă faire usage du droit inhĂ©rent Ă sa qualitĂ© de citoyen libre et Ă sâexprimer dâaprĂšs sa conviction. 11 dĂ©montra en outre lâincompatibilitĂ© du Sonderbund avec le pacte fĂ©dĂ©ral de 1818, et pria instamment ses concitoyens de ne pas violer ce pacte ; il leur mit sous les yeux les consĂ©quences qui rĂ©sulteraient nĂ©cessairement pour le canton si un parti formant la minoritĂ© en Suisse se rĂ©voltait les armes Ă la main contre une dĂ©cision lĂ©gale prise par lâautoritĂ© suprĂȘme de la ConfĂ©dĂ©ration, etc. Lorsque lâorateur parla de la terrible responsabilitĂ© qui pĂšserait sur ceux qui forceraient la diĂšte de faire verser le sang des citoyens pour faire exĂ©cuter les arrĂȘtĂ©s quâelle a rendus dans les limites du pacte fĂ©dĂ©ral, et quâanimĂ© dâun amour sincĂšre pour le peuple il eut lixĂ© lâatlenlion de lâassemblĂ©e sur les suites malheureuses que le Sonderbund devait avoir pour le canton , on fit un vacarme continu qui lâempĂȘcha de continuer son discours. En consĂ©quence , il termina par les paroles que voici Citoyens du canton, je cĂšde Ă la violence; je proteste contre le Sonderbund de la maniĂšre la plus solennelle , en prĂ©sence de Dieu et de toute la ConfĂ©dĂ©ration , et au nom du parti libĂ©ral du canton > qui ont dĂ©jĂ paru. En 1831, lorsqu'une armĂ©e fĂ©dĂ©rale fut mise sur pied pour la dĂ©fense de la neutralitĂ© suisse, il fut adjoint au gĂ©nĂ©ral Guiger de Prangin en qualitĂ© de chef de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral. 11 sâest acquis de la cĂ©lĂ©britĂ© par la publication de plusieurs ouvrages militaires estimĂ©s notamment de son Manuel de tactique pour les officiers suisses. Dufour est un homme de thĂ©orie et de pratique, un chaud confĂ©dĂ©rĂ©, un noble cĆur, un esprit bienveillant et aimable que tous les partis estiment. La diĂšte ne pouvait faire un choix meilleur. Les Ă©vĂ©nements ultĂ©rieurs lâont justifiĂ© dâune maniĂšre brillante. Le colonel Frei-Herose, dans toute sa force virile, Ă©tait dĂ©jĂ connu, en qualitĂ© de commandant dâun bataillon argovien, comme un militaire zĂ©lĂ© et un officier capable. En 1839 il fut promu au grade de colonel dans lâĂ©tat-major fĂ©dĂ©ral , et il a rendu des services incontestables aux affaires militaires de la Suisse, dâune part comme membre du conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre, et dâun autre cĂŽtĂ© en sa qualitĂ© de colonel fĂ©dĂ©ral. Sa voix avait du poids tant dans le conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre quâau sein de la diĂšte lorsquâon dĂ©libĂ©rait sur les amĂ©liorations Ă introduire dans les affaires militaires. Câest un homme qui examine les choses avec maturitĂ© et qui les mĂ©dite avec sagesse et prudence ; il est en outre un homme dâEtat habile et en cette qualitĂ© il a coopĂ©rĂ© Ă la crĂ©ation dâinstitutions belles et utiles et contribuĂ© Ă la suppression de nombreux abus ; sous le rapport industriel il sâest aussi constamment appliquĂ© Ă servir la patrie. Il a dĂ©jĂ donnĂ© de nombreuses preuves de sa valeur, notamment le 8 janvier 1841 oĂč il soumit prĂšs de Vilmergen les habitants du Freiamt rĂ©voltĂ©s, et nĂ©anmoins il usa Ă leur Ă©gard dâune noble gĂ©nĂ©rositĂ© aprĂšs la victoire. M. Frei-Ilerose Ă©tait lâhomme propre Ă ĂȘtre revĂȘtu des fonctions difficiles inhĂ©rentes Ă la charge de chef de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral, charge qui demandait un officier aussi habile quâil lâest. A son entrĂ©e en fonctions, le gĂ©nĂ©ral Dufour adressa Ă lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale la proclamation suivante Soldats ! ConfĂ©dĂ©rĂ©s ! La haute diĂšte assemblĂ©e Ă Berne a ordonnĂ© la mise sur pied de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale, pour maintenir lâordre Ă lâintĂ©rieur, et pour dĂ©fendre les droits et lâindĂ©pendance de la ConfĂ©dĂ©ration. Elle mâa fait lâhonneur le me dĂ©signer pour le commandement en chef. Je me mets donc Ă votre tĂȘte plein de conliance en votre amour et en votre dĂ©vouement pour la patrie. AppelĂ©s, dans. une saison avancĂ©e dĂ©jĂ , Ă prendre des cantonnements plus ou moins Ă©troits, sachez vous contenter de ce que les habitants peuvent vous offrir. Ne soyez point exigeants et Ă©vitez toute injure et tout mauvais traitement, que lâon ne doit jamais se permettre, mĂȘme en pays ennemi. Je vous recommande avant tout une bonne discipline, comme le premier de nos devoirs. Sans discipline, point dâarmĂ©e. Câest par leur discipline, autant que par leur force, que vos ancĂȘtres ont gagnĂ© des victoires aussi brillantes et se sont acquis dâaussi grands noms. Imitez-les en ceci comme en toutes choses. Soldats, lâĂ©tranger a les yeux fixĂ©s sur nous ; montrez-Iui que les soldats suisses, rangĂ©s sous le drapeau fĂ©dĂ©ral, nâont plus quâune seule pensĂ©e celle de bien servir leur commune patrie. Soldats, je ferai tout pour mĂ©riter votre confiance; comptez sur moi. Berne, le 26 octobre 1847. DUFOUR. M. Amrhyn, chancelier de la ConfĂ©dĂ©ration, demanda sa dĂ©mission pour ne pas ĂȘtre obligĂ© de signer un arrĂȘtĂ© Ă©ventuel dâexĂ©cution contre le Sonderbund. Les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux , qui avaient reçu pour mandat de rĂ©pandre la proclamation dans les cantons du Sonderbund et de lâappuyer dans le sein des autoritĂ©s, ne furent point accueillis par les gouvernements de la ligue. Le peuple de ces cantons ne devait pas entendre le langage bienveillant de la ConfĂ©dĂ©ration et de lâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale! DĂ©fense fut faite partout, Ă lâexception du canton de Zug, de rĂ©pandre la proclamation de la diĂšte ; le gouvernement de Lucerne alla mĂȘme jusquâĂ rendre un arrĂȘtĂ© qui portait que quiconque la rĂ©pandrait serait arrĂȘtĂ© et dĂ©fĂ©rĂ© au juge criminel ; les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux ne trouvĂšrent pas mĂȘme accĂšs dans le sein des gouvernements chez lesquels ils Ă©taient dĂ©lĂ©guĂ©s. Cependant les nĂ©gociations qui se poursuivaient dans des confĂ©rences tenues Ă Berne donnaient encore lâespoir quâon conserverait la paix. Les sept cantons avaient notifiĂ© aux reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux dĂ©lĂ©guĂ©s chez eux quâils eussent Ă sâadresser Ă leurs dĂ©putations Ă la diĂšte, lesquelles Ă©taient investies des pouvoirs nĂ©cessaires ; mais on ne larda pas Ă acquĂ©rir la conviction que les gouvernements de la ligue avaient lâintention de tromper la diĂšte, car ces dĂ©putations dĂ©clarĂšrent quâelles nâavaient aucune espĂšce de pouvoirs qui les autorisassent Ă entrer en accommodement. De leur cĂŽiĂ©, les dĂ©putĂ©s qui reprĂ©sentaient la majoritĂ© de la diĂšle firent des propositions raisonnables en vue dâune conciliation ; elles offrirent de laisser tomber la question des jĂ©suites si Lucerne , eu Ă©gard Ă sa qualitĂ© dâun des trois vororts , consentait Ă les Ă©loigner de son sein. S-Gall sâengagea mĂȘme Ă dĂ©terminer le grand conseil de son canton Ă admettre le jugement arbitral du pape dans la question des jĂ©suites, si le Sonderbund voulait dissoudre son alliance. Un autre Ătat dĂ©clara quâil considĂ©rerait la contestalion comme vidĂ©e, si le Sonderbund se dissolvait et si trois Etals dĂ©signĂ©s par lui sâadressaient au pape pour Ă©loigner les jĂ©suites. Mais toutes ces propositions, qui tĂ©moignaient de lâextrĂȘme indulgence du peuple suisse, furerit nĂ©anmoins repoussĂ©es avec dĂ©dain. Les dĂ©pulĂ©s du Sonderbund donnĂšrent Ă entendre quâil serait possible dâentrer en accommodement, mais sous la condition que la question des jĂ©suites serait soumise au pape et quâon licencierait les troupes mises sur pied. Le rapporteur de la confĂ©rence mĂ©diatrice*, M. le D r Kern, de Thurgovie, fit observer quâil serait difficile que les dĂ©pulations protestantes, qui constituaient la majoritĂ© de la diĂšle, reconnussent le pape en qualitĂ© dâarbitre, attendu quâen partant mĂȘme du point de vue purement confessionnel, le S'-PĂšre ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© que comme une puissance Ă©trangĂšre. Il ajouta quâil appartenait au dĂ©putĂ© de Lucerne, qui avait jadis dissuaduĂ©, dans le grand conseil de son canton, dâappeler les jĂ©suites, en faisant ressortir les suites malheureuses de cet appel, de se charger de la belle tĂąche de provoquer lâĂ©loignement de cet ordre. Le dĂ©putĂ© de Lucerne doit avoir rĂ©pondu dĂ©daigneusement que ni lui ni personne dâautre ne ferait cette proposition Ă Lucerne. * Le premier dĂ©putĂ© de BĂąle-Ville prĂ©sidait la confĂ©rence mĂ©diatrice Ă laquelle, outre les dĂ©putĂ©s des cantons du Sonderbund, assistaient aussi les premiers dĂ©putĂ©s de Zurich, Soleure et Thurgovie. Les prĂ©tentions des dĂ©putĂ©s du Somlerbund Ă©taient inconciliables avec lâhonneur et le repos de la Suisse, car la diĂšte ne pouvait admettre, notamment, le licenciement des troupes mises sur pied. Dans la quarante-cinquiĂšme sĂ©ance de la diĂšte du 29 octobre , Lucerne dĂ©clara au nom des sept Ătals du Sonderhund que le moment Ă©tait venu de quitter la diĂšte et que le motif principal de cette retraite Ă©tait la mise sur pied de 50,000 hommes. Le dĂ©putĂ© de Lucerne invoqua encore un manifeste que les sept cantons adresseraient au peuple suisse pour justifier leurs dĂ©marches , puis les dĂ©putes de Lucerne, ĂŒri, Schwj'z, Ltnter- walden , Zug , Fribourg et Valais quittĂšrent la salle, aprĂšs avoir fait consigner la dĂ©claration suivante au protocole, dĂ©claration qui expose Ă©videmment sous un faux jour les tendances de la majoritĂ© de la diĂšte et lui conteste son droit dâune maniĂšre qui ne repose sur aucun principe de droit public ou privĂ©. Cette dĂ©claration est ainsi conçue Le moment est venu pour les dĂ©putations soussignĂ©es des Ătats de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwalden le haut et le bas, Zug, Fribourg et Valais oĂč elles doivent quitter la diĂšte par suite de la conduite de la majoritĂ© des Ătats rĂ©unis dans cette assemblĂ©e. Pour justifier les dĂ©marches importantes quâelles font, elles invoquent les faits suivants Une dĂ©libĂ©ration conforme Ă la dignitĂ© et aux droits des Ătats confĂ©dĂ©rĂ©s nâexiste plus dans le sein de la diĂšte. Dans des confĂ©rences tenues Ă buis-clos par les dĂ©putations des douze Ătats formant la majoritĂ©, on discute et on arrĂȘte ce qui sera converti plus tard en rĂ©solution prise par la diĂšte. La dĂ©libĂ©ration dans le sein de la diĂšte a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en un jeu sans importance. *On ne regarde plus mĂȘme comme nĂ©cessaire de fixer un ordre du jour pour les objets soumis Ă la dĂ©libĂ©ration et les dĂ©cisions de la plus haute importance; on ne dĂ©signe pas ces objets dans les lettres de convocation, dans lâenvoi desquelles on nĂ©glige mĂȘme les rĂšgles des convenances Ă lâĂ©gard des dĂ©putations qui ne sont pas initiĂ©es dans les plans de la majoritĂ© des douze, puis on met en sĂ©ance secrĂšte lâobjet Ă lâordre du jour et on prend des rĂ©solutions. * VoilĂ les bravades dont Ă©taient capables les dĂ©putĂ©s des sept Ătats; voilĂ les expressions avilissantes dont ils osaient, dans la conscience de leurs actes criminels, se servir Ă lâĂ©gard de lâautoritĂ© suprĂȘme dâun Ătat! 70 Et quelles rĂ©solutions? Quoique ce procĂ©dĂ© anti-fĂ©dĂ©ral soit de nature Ă blesser profondĂ©ment les dĂ©putations soussignĂ©es, ce nâest cependant pas ce qui les engage Ă faire la dĂ©marche importante quâelles font, mais le motif de cette dĂ©marche gĂźt dans le contenu de ces rĂ©solutions qui amĂšneront indubitablement sous peu de jours lâexplosion de la guerre civile et qui maintenant dĂ©jĂ organisent la guerre contre les sept Etats catholiques de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwalden le haut et le bas, Zug, Fribourg et Valais. Cet arrĂȘtĂ© ordonne la mise sur pied dâune armĂ©e fĂ©dĂ©rale de 50,000 hommes. Mais ces troupes dites fĂ©dĂ©rales ne peuvent ĂȘtre prises que dans les cantons des douze. On allĂšgue pour motifs de cette levĂ©e de troupes que câest pour maintenir lâordre public, le rĂ©tablir, et sauvegarder les droits de la ConfĂ©dĂ©ration. Il nâest pas nĂ©cessaire dâexpliquer ce que signifient ces mots dans la bouche de la majoritĂ© des douze. Dans tous les cantons de la ConfĂ©dĂ©ration, Ă part quelques dĂ©sordres militaires dans le canton de rĂ©gnent lâordre et la lĂ©galitĂ©. Pour rĂ©tablir lâordro dans ce canton, on nâa pas besoin de lever une armĂ©e de 50,000 hommes; cette levĂ©e doit avoir un autre but, qui est dirigĂ© contre les sept Ătats. On a donnĂ© au commandant en chef pour mandat dâemployer son corps dâarmĂ©e Ă rĂ©tablir lâordre et la tranquillitĂ© partout oĂč iis seront troublĂ©s, Ă faire respecter lâautoritĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration. En consĂ©quence, dĂšs le moment oĂč lâarrĂȘtĂ© a Ă©tĂ© rendu, le commandant en chef a non seulement le mandat, mais mĂȘme lâordre dâagir avec ses troupes. Si jusquâĂ cette heure les hostilitĂ©s nâont pas encore Ă©clatĂ©, il faut en chercher le motif ailleurs. La levĂ©e dâun corps dâarmĂ©e, si des paroles trompeuses devaient encore laisser un doute, donne dâailleurs une preuve frappante du but rĂ©el auquel il est affectĂ©. Sâil ne sâagit pas de faire la guerre aux sept cantons, mais de rĂ©tablir lâordre et la tranquillitĂ© troublĂ©s dans dâautres cantons, pourquoi donc la formation de divisions dâarmĂ©e dans les cantons de Yaud, Berne, Soleure, Argovie, Zurich et Tessin? Le corps de troupes mises sur pied est une armĂ©e hostile appelĂ©e en campagne contre les sept cantons. Le commandant en chef a dĂ©jĂ reçu lâordre dâen disposer ; lâarrĂȘtĂ© portant dĂ©claration de guerre est donc rendu, et chaque moment peut nous annoncer lâexplosion de lâexĂ©crable guerre civile. Il faut donc que nous quittions, puisque ceux qui ont jurĂ© de vivre avec nous, dans la prospĂ©ritĂ© comme dans le malheur, en confĂ©dĂ©rĂ©s et en frĂšres, ont tirĂ© le glaive contre nous. Nous en repoussons les suites et les rejetons sur ceux qui les ont provoquĂ©es. Les dĂ©putations des sept Ătats avaient accĂ©dĂ© aux propositions faites par la dĂ©putation de Zug et les avaient prĂ©sentĂ©es comme base dâune mĂ©diation ; dĂ©jĂ dans des confĂ©rences privĂ©es elles sâĂ©taient dĂ©clarĂ©es disposĂ©es, si on garantissait Ă leurs Etats les droits politiques et .confessionnels, Ă soumettre la question des jĂ©suites et des couvents au jugement arbitral du vĂ©nĂ©rable et sage chef de lâEglise catholique; elles demandaient que, si pour le moment on ne voulait pas entrer en matiĂšre sur lâune ou lâautre de ces questions, on dĂ©posĂąt du moins rĂ©ciproquement et immĂ©diatement les armes en signe dâamour sincĂšre de la paix, quâon licenciĂąt les troupes mises sur pied et quâon entamĂąt ensuite amicalement des nĂ©gociations en vue de la paix. Tout, jusquâĂ cette derniĂšre proposition, fut repoussĂ©. Ainsi, il est clair quâon ne veut pas une solution pacifique et honorable pour les deux parties, mais quâen suivant une voie sanglante, on cherche une solution qui sera dĂ©shonorable pour toujours. Pour prouver notre innocence, nous adressons avec la prĂ©sente, sous la date de ce jour, un manifeste Ă tout le peuple suisse, Ă nos contemporains et Ă la postĂ©ritĂ©, et nous le dĂ©posons Ă©galement dans le protocole de la diĂšte. Berne, le 29 octobre 1847. Il y eut un moment de silence solennel lorsque les dĂ©putations des sept Ătats eurent quittĂ© la salle de la diĂšle ; puis rassemblĂ©e reprit le cours de ses importantes affaires. Le conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre proposa aussi de mettre la rĂ©serve en disponibilitĂ©, proposition qui fut adoptĂ©e par la diĂšte. On verra dans le cours de cet ouvrage de quelle maniĂšre la mise sur pied fut effectuĂ©e. NeuchĂątel refusait cependant de mettre ses troupes au service de la ConfĂ©dĂ©ration. Cet Ătal invoquait la ligne de conduite quâil avait constamment suivie dans les affaires du Sonderbund, dĂ©clarant quâil avait reconnu lâalliance des sept cantons et quâil nâavait pas coopĂ©rĂ© Ă des arrĂȘtĂ©s pris contre eux. 11 reconnaissait donc sa position Ă lâĂ©gard de lâalliance sĂ©parĂ©e, mais il la mĂ©connaissait Ă lâĂ©gard de lâalliance fĂ©dĂ©rale en nâobtempĂ©rant pas aux arrĂȘtĂ©s de lâautoritĂ© suprĂȘme, malgrĂ© deux sommations âąlui lui avaient Ă©tĂ© faites. LâĂ©tat des choses Ă©tait tel que la diĂšte ne pouvait plus diffĂ©rer de prendre des mesures coercitives contre le Sonderbund. Aussi, dans sa quarante-septiĂšme sĂ©ance du h novembre, Ă quatre heures de lâaprĂšs-midi, rendit-elle lâarrĂȘtĂ© suivant 72 LA DIETE FEDERALE, ConsidĂ©rant que, par lâarrĂȘtĂ© du 20 juillet de cette annĂ©e, lâalliance sĂ©parĂ©e des sept Etats de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwalden, Zug, Fribourg et Valais a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e incompatible avec les dispositions du pacte fĂ©dĂ©ral et par consĂ©quent dissoute ; que ces cantons ont Ă©tĂ© rendus responsables de lâobservation dudit arrĂȘtĂ©, et que la diĂšte sâest rĂ©servĂ© de prendre, si les circonstances lâexigent, les mesures ultĂ©rieures pour le faire respecter ; ConsidĂ©rant que les dĂ©putations des cantons dn Sonderbund ont remis, dĂ©jĂ le 22 juillet, la dĂ©claration quâils ne reconnaissent pas cet arrĂȘtĂ© ; ConsidĂ©rant quâaprĂšs le 20 juillet aussi bien quâavant, les Cantons mentionnĂ©s ci-dessus ont fait des prĂ©paratifs militaires extraordinaires, Ă©levĂ© des fortifications, tirĂ© des armes et des munitions de lâĂ©tranger, dans le but Ă©vident de sâopposer, mĂȘme par la force des armes, Ă lâexĂ©cution des rĂ©solutions de la diĂšte; ConsidĂ©rant que les mĂȘmes cantons nâont point obtempĂ©rĂ© Ă lâarrĂȘtĂ© du il aoĂ»t, par lequel ils Ă©taient sĂ©rieusement avertis de sâabstenir de tout ce qui pourrait troubler la paix du pays; quâau contraire, en Ă©levant des remparts et en continuant leurs prĂ©paratifs militaires extraordinaires, aprĂšs ce dĂ©cret comme avant, ils ont agi au mĂ©pris des dĂ©crets de la diĂšte ; ConsidĂ©rant que les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux nommĂ©s par la diĂšte nâont obtenu dâaccĂšs ni auprĂšs des autoritĂ©s chargĂ©es de donner les instructions , ni auprĂšs des assemblĂ©es du peuple landsgemeinden, que la publication de la proclamation conciliatrice et remplie de bienveillance fĂ©dĂ©rale a Ă©tĂ© interdite presque partout et quâĂ Lucerne cette dĂ©fense mĂȘme a eu lieu sous la commination dâune peine, comme dâun crime; ConsidĂ©rant que les propositions mĂ©diatrices faites depuis ont Ă©tĂ© repoussĂ©es par les mĂȘmes sept Ătats, et que toutes les tentatives de les ramener par des voies pacifiques Ă reconnaĂźtre et a remplir les devoirs fĂ©dĂ©raux quâils ont jurĂ© dâobserver sont demeurĂ©es sans rĂ©sultat ; ConsidĂ©rant que les dĂ©putations de ces Ătats ont abandonnĂ© la diĂšte et la ville fĂ©dĂ©rale le 29 octobre et que par cet acte, joint aux dĂ©clarations quâils ont donnĂ©es en mĂȘme temps et aux mesures militaires quâils ont prises depuis, ils se sont mis en guerre ouverte envers la ConfĂ©dĂ©ration; ConsidĂ©rant quâaprĂšs tout cela il est du devoir de la ConfĂ©dĂ©ration et de la diĂšte de faire respecter les arrĂȘtĂ©s que lâassemblĂ©e a rendus conformĂ©ment aux prescriptions du droit fĂ©dĂ©ral et dâemployer tous les moyens conformes au pacte pour faire cesser un Ă©tat de choses qui menace la sĂ»retĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure de la ConfĂ©dĂ©ration ; Faisant application des articles I, VI et VIII du pacte fĂ©dĂ©ral, ArrĂȘte ce qui suit 1 LâarrĂȘtĂ© de la diĂšte du 20 juillet de la prĂ©sente annĂ©e, ordonnant la dissolution de lâalliance sĂ©parĂ©e conclue entre les cantons de 73 Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwalden, Zug', Fribourg et Valais, doit ĂȘtre exĂ©cutĂ© par la force des armes. 2 Le commandant en chef des troupes fĂ©dĂ©rales est chargĂ© de lâexĂ©cution du prĂ©sent arrĂȘtĂ©. 3 La diĂšte se rĂ©serve de prendre ultĂ©rieurement les mesures qui seront nĂ©cessaires. 4 Le Directoire fĂ©dĂ©ral est chargĂ© de communiquer immĂ©diatement le prĂ©sent arrĂȘtĂ© au commandant en chef des troupes fĂ©dĂ©rales, au conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre et aux gouvernements de tous les cantons. Ainsi arrĂȘtĂ© dans notre sĂ©ance Ă Berne, le 4 novembre 1847. La diĂšte fĂ©dĂ©rale ordinaire; En son nom, Le prĂ©sident du conseil exĂ©cutif de Berne, Directoire fĂ©dĂ©ral, PrĂ©sident de la diĂšte L. S. OCHSENBEIN. Le secrĂ©taire dâEtat de la ConfĂ©dĂ©ration SCUIESS. Le mĂȘme jour la diĂšte publia encore deux proclamations, lâune adressĂ©e Ă lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale et lâaulre au peuple suisse. Voici ces deux documents comme souvenir impĂ©rissable de lâaction simultanĂ©e de lâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale et de la nation suisse. Proclamation de la diĂšte fĂ©dĂ©rale Ă lâarmĂ©e suisse. Soldats citoyens ! La ConfĂ©dĂ©ration suisse, notre commune patrie, vous a appelĂ©s sous les drapeaux. Vous y ĂȘtes accourus avec un empressement digne dâhommes de cĆur, rĂ©solus Ă verser leur sang pour lâaccomplissement du plus saint des devoirs, le salut de la patrie. Maintenant vous allez marcher contre lâalliance sĂ©parĂ©e, dite le Sonderbund. Cette fois encore vous confondrez les calculs de ceux qui vous ont fait lâinjure de compter sur votre dĂ©fection. Les ennemis de la patrie cherchent Ă faire accroire que câest pour anĂ©antir la souverainetĂ© cantonale des Etats de lâalliance sĂ©parĂ©e que vous ĂȘtes appelĂ©s Ă marcher, que câest pour dĂ©truire leur libertĂ© politique et religieuse, les asservir au joug de majoritĂ©s tyranniques, renverser les institutions fĂ©dĂ©rales, constituer un gouvernement unitaire sur leurs ruines, et saper les bases de lâordre social. Ce sont lĂ dâodieuses calomnies. Vous avez Ă faire respecter le pacte, qui est la constitution de la Suisse, Ă rĂ©tablir lâordre, la tranquillitĂ© et la sĂ»retĂ© du pays, Ă com- 74 primer la rĂ©volte, Ă prĂ©server la Suisse de lâanarchie et Ă ramener Ă lâobĂ©issance aux lois et aux autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales des populations Ă©garĂ©es par ceux [ui exploitent leur crĂ©dulitĂ©. Vous aurez Ă faire cesser des troubles fomentĂ©s en vue dâĂ©touffer ou de fausser les principes de libertĂ©, dâĂ©galitĂ© devant la loi et de justice conquis par nos pĂšres et inscrits dans les constitutions des Etats confĂ©dĂ©rĂ©s. Le parti qui fait la guerre Ă la ConfĂ©dĂ©ration a, sous de mensongers prĂ©textes, conclu lâalliance sĂ©parĂ©e, connue sous le nom de Sonderbund , dont le but rĂ©el est de miner la libertĂ©, de tenir le peuple dans lâignorance et de plier la dĂ©mocratie Ă son joug pour la faire servir Ă de funestes desseins. Cette ligue impie est un poison que la Suisse doit repousser de son sein. Aussi, pour prĂ©server la ConfĂ©dĂ©ration dâune pareille cause de dissolution, lâarticle VI du pacte fĂ©dĂ©ral statue expressĂ©ment que âLes cantons ne peuvent former de liaisons prĂ©judiciables Ă la ConfĂ©dĂ©ration ni aux droits des autres Etats $uisscs.â Or le Sonderbund est une de ces liaisons prohibĂ©es par le pacte. Une alliance politique particuliĂšre formant une ConfĂ©dĂ©ration dans la ConfĂ©dĂ©ration, est destructive de lâalliance commune ; câest un germe de division et de mort quâil faut extirper. Conclue pour rĂ©sister par la force des armes aux arrĂȘtĂ©s de la diĂšte, qui tous sont fondĂ©s sur des dispositions du pacte, lâalliance sĂ©parĂ©e est un acte de rĂ©bellion dâune minoritĂ© factieuse contre les dĂ©crets rendus par lâautoritĂ© compĂ©tente. Câest pourquoi, en vertu des dispositions claires et expresses du pacte, la diĂšte a rendu, le 20 juillet 1847, un arrĂȘtĂ© portant â1° Lâalliance sĂ©parĂ©e des sept Etats de Lucerne, Uri, Schwyz, Un- terwalden, Zug, Fribourg et Valais est dĂ©clarĂ©e incompatible avec les dispositions du pacte fĂ©dĂ©ral et par consĂ©quent dissoute. â2° Ces cantons sont responsables de lâobservation du prĂ©sent arrĂȘtĂ© et la diĂšte se rĂ©serve de prendre, si les circonstances lâexigent, les mesures ultĂ©rieures pour le faire respecter." Au lieu de se soumettre Ă cet arrĂȘtĂ©, le Sonderbund a protestĂ© contre, adressĂ© au peuple des proclamations incendiaires, fait venir des armes et des munitions de lâĂ©tranger, Ă©levĂ© des fortifications, rĂ©uni et armĂ© des troupes. Cependant, avant de recourir aux armes, la diĂšte a tentĂ© tout ce qui Ă©tait eu son pouvoir pour Ă©viter lâeffusion du sang. Elle a adressĂ© aux autoritĂ©s cantonales et au peuple des sept Ătats une proclamation pleine de bienveillance et de respect pour la souverainetĂ©, les droits, la libertĂ© et la religion de ces cantons. Elle a dĂ©lĂ©guĂ© auprĂšs dâeux des reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux. Mais en vain. ExceptĂ© Ă Zug, les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux nâont point Ă©tĂ© admis Ă parler aux gouvernements, moins encore au peuple. Il a Ă©tĂ© interdit de publier la proclamation de lâassemblĂ©e fĂ©dĂ©rale; le gouvernement lucernois est mĂȘme allĂ© jusquâĂ menacer dâemprisonner et de livrer au juge criminel les citoyens qui la distribueraient. Dâautres essais de conciliation nâont amenĂ© Ă aucun rĂ©sultat. En faisant des propositions inacceptables, en demandant avant tout le dĂ©sarmement , les dĂ©putĂ©s du Sonderbund ont assez montrĂ© quâils voulaient paralyser lâexĂ©cution, se donner les apparences de vouloir la paix et se crĂ©er un prĂ©texte pour quitter la diĂšte en criant Ă lâinjustice et Ă la tyrannie. Ils se sont effectivement retirĂ©s de lâassemblĂ©e fĂ©dĂ©rale et ont quittĂ© le vorort, vendredi 29 octobre, en dĂ©posant une dĂ©claration Ă©crite, et un manifeste dĂ©jĂ imprimĂ©. VoilĂ comment le Sonderbund a levĂ© le masque et jetĂ© le gant Ă la ConfĂ©dĂ©ration suisse. Soldats! Vous saurez le relever! En prĂ©sence de cette dĂ©claration de guerre, et aprĂšs avoir Ă©puise tous les moyens pacifiques, la diĂšte a dĂ», en vertu des articles I, VI et VIII du pacte fĂ©dĂ©ral, recourir Ă la force des armes pour se faire obĂ©ir, obtenir une rĂ©paration complĂšte et mettre fin au dĂ©sordre. Les gouvernements du Sonderbund ont forfait Ă leurs devoirs envers la ConfĂ©dĂ©ration suisse, en rompant avec elle et en prenant les armes. Aussi les citoyens des cantons de lâalliance sĂ©parĂ©e qui se dĂ©clareront ouvertement pour la ConfĂ©dĂ©ration, jouiront-ils de toute sa protection. Soldats ! le militaire suisse sâest de tout temps signalĂ© par sa discipline exemplaire. Vous saurez conserver intacte cette rĂ©putation. Vous obĂ©irez Ă vos chefs et leur accorderez toute votre confiance, tout comme vous saurez fermer lâoreille aux bruits semĂ©s par la malveillance. Officiers, sous-officiers et soldats, militaires de toutes armes et de tous grades! La Suisse et le monde ont les yeux fixĂ©s sur vous. La nation place une confiance illimitĂ©e en votre courage et votre dĂ©vouement. Au fanatisme de vos adversaires, vous opposerez ce sang-froid, cette Ă©nergie calme, cette vaillance qui se possĂšde, cette sĂ©rĂ©nitĂ© de lâenthousiasme que donnent le sentiment dâune bonne cause et la conscience du devoir. Vous prouverez aux contemporains et Ă la postĂ©ritĂ© que vous nâavez pas dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© de vos valeureux ancĂȘtres, qui Ă©taient aussi braves que ceux de vos adversaires. En vous illustrant sur le champ de bataille , vous ajouterez un nouveau fleuron Ă la couronne de gloire qui enceint le front de la patrie et vous inspirerez Ă lâĂ©tranger un salutaire respect pour la Suisse et son armĂ©e. Vous vaincrez ceux qui vous rĂ©sisteront les armes Ă la main ou qui auraient lâaudace de vous attaquer. Mais, tout en obĂ©issant aux inexorables lois de la guerre, vous saurez allier la magnanimitĂ© aux nĂ©cessitĂ©s du combat; vous nâoublierez jamais que ce sont, pour la plupart, 76 des hommes Ă©garĂ©s, des confĂ©dĂ©rĂ©s, des frĂšres que vous devez faire - rentrer dans le devoir. Votre drapeau est celui de lâautoritĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration, de l'intĂ©gritĂ© dâune commune patrie qui abrite les cantons et leur souverainetĂ©, de la nationalitĂ© suisse en un mot, avec la libertĂ©, lâordre et la sĂ©curitĂ©. Câest pour abattre lâĂ©tendard de la sĂ©paration que vous ĂȘtes accourus sous la banniĂšre rouge et blanche de la Suisse, marquĂ©e de la croix fĂ©dĂ©rale, banniĂšre qui est le symbole de la foi, de lâunion et de la bravoure; câest pour Ă©teindre les torches incendiaires de la discorde et sauver la Suisse de lâanarchie, que vous vous ĂȘtes levĂ©s en masse; câest pour assurer aux vingt-deux cantons une paix durable que vous avez pris les armes. La patrie reconnaissante rĂ©compensera vos services et prendra soin des veuves, des enfants et des parents des braves qui auront versĂ© leur sang pour elle. Que le Dieu des armĂ©es veille sur vous, quâil fortifie vos cĆurs, Ă©claire votre esprit, aguerrisse votre corps et vous soutienne dans le combat ! Que Dieu protĂšge la Suisse et bĂ©nisse notre cause ! Ainsi arrĂȘtĂ© dans notre sĂ©ance Ă Berne, le 4 novembre 1847. La diĂšte fĂ©dĂ©rale ordinaire; En son nom, Le prĂ©sident du conseil exĂ©cutif de Berne, Directoire fĂ©dĂ©ral, PrĂ©sident de la diĂšte L. S. OCHSENBEIN. Le secrĂ©taire dâEtat de la ConfĂ©dĂ©ration SCHIESS. ExposĂ© de la diĂšte fĂ©dĂ©rale au peuple suisse. FidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s! AprĂšs avoir vainement et Ă plusieurs reprises essayĂ© les voies de la persuasion et des dĂ©clarations rassurantes, pour ramener au devoir et Ă lâobĂ©issance envers la ConfĂ©dĂ©ration et son autoritĂ© suprĂȘme des cantons qui ont violĂ© le pacte, la diĂšte a dĂ» ordonner un armement fĂ©dĂ©ral. â Dans sa sĂ©ance dâaujourdâhui, elle a dĂ©cidĂ© de briser par voie dâexĂ©cution militaire la rĂ©sistance de membres rebelles de la ConfĂ©dĂ©ration. En vous donnant, fidĂšles et chers confĂ©dĂ©rĂ©s, connaissance de cette importante rĂ©solution, elle dĂ©sire sâadresser Ă vous avec la franchise qui lui appartient et la gravitĂ© que commandent les circonstances critiques du moment, vous exposer briĂšvement la situation de la patrie et justifier les mesures quâelle a Ă©tĂ© forcĂ©e de prendre pour rĂ©tablir lâordre lĂ©gat â La diĂšte a un motif dâautant plus pressant de faire cette dĂ©claration publique, quâavant de se retirer de lâassemblĂ©e fĂ©dĂ©rale, les dĂ©putĂ©s des sept Ătats de la ligue sĂ©parĂ©e ont dĂ©posĂ© un manifeste, dans lequel il» 77 cherchent effrontĂ©ment Ă rejeter lâimmense responsabilitĂ© de la guerre sur la majoritĂ© des Ătats, câest-Ă -dire sur lâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale. Lâorigine du Sonderbund, contre lequel la ConfĂ©dĂ©ration sâĂ©lĂšve, remonte sans contredit Ă lâannĂ©e 1843, bien que sa forme actuelle date peut-ĂȘtre d'une Ă©poque postĂ©rieure. â Alors la diĂšte avait terminĂ© lâaffaire des couvents dâArgovie conformĂ©ment au pacte, au moyen dâune transaction qui, en admettant lsj, suppression des abbayes coupables, laissait subsister les moins compromises. â La majeure partie de la Suisse salua avec joie le jour qui semblait mettre fin Ă une lutte passionnĂ©e de plusieurs annĂ©es. â Il ne se passait alors rien qui pĂ»t, mĂȘme de loin, inspirer la moindre inquiĂ©tude aux sept Ătats! NĂ©anmoins eut alors lieu Ă Lucerne la confĂ©rence bien connue, dans laquelle on a jetĂ© les bases de lâalliance politique sĂ©parĂ©e et oĂč le plan criminel dâune sĂ©paration de la Suisse a Ă©tĂ© sĂ©rieusement prĂ©sentĂ© ; nĂ©anmoins le grand conseil du canton de Lucerne dĂ©crĂ©ta, dĂ©jĂ en octobre 1843, des prĂ©paratifs militaires extraordinaires ; nĂ©anmoins, les sept Ătats tinrent depuis ce moment, ci et lĂ , leurs rĂ©unions et leurs diĂštes particuliĂšres. BientĂŽt se rĂ©vĂ©la le projet dâappeler lâordre des jĂ©suites Ă Lucerne, lâun des trois cantons directeurs. Un cri unanime de mĂ©contentement et dâindignation retentit dans presque toutes les contrĂ©es de la patrie et un nouveau brandon de discorde fut ainsi jetĂ© dans la ConfĂ©dĂ©ration. Il est vrai quâĂ la diĂšte de 1844, la majoritĂ© des Ătats ne voulut pas entrer en matiĂšre sur cet objet, parce que le danger pour la tranquillitĂ© intĂ©rieure et lâordre nâexistait pas encore au point de dĂ©clarer cette question affaire fĂ©dĂ©rale. Câest en vain que plusieurs dĂ©putations donnĂšrent alors de sĂ©rieux avertissements, câest en vain quâelles adressĂšrent Ă lâĂtat de Lucerne les priĂšres les plus amicales et les plus instantes, câest en vain que lâĂtat de Zurich dĂ©lĂ©gua dans ce but une dĂ©putation particuliĂšre. Au mĂ©pris de toutes les intercessions amiables des confĂ©dĂ©rĂ©s et en face de lâĂ©norme agitation qui devait sâen suivre presque partout, Lucerne dĂ©cida lâappel des jĂ©suites. Le mĂ©contentement dâune partie de la population dĂ©borda sous une forme illĂ©gale et lâon vit la premiĂšre expĂ©dition des corps francs. Lâissue en est connue, ainsi que la rigueur sans mesure avec laquelle la justice lucernoise procĂ©da contre les individus qui y avaient pris part et contre les suspects politiques. Des centaines de citoyens durent abandonner le foyer domestique pour chercher un refuge dans dâautres cantons. Aussi lâagitation dut-elle croĂźtre dâune maniĂšre inouĂŻe, surtout dans les cantons voisins, et la diĂšte assemblĂ©e en fĂ©vrier 1845 ne put rĂ©ussir Ă opposer au torrent qui grossi- sait une digue suffisante, parce quâil ne se forma aucune majoritĂ© pour donner Ă la population irritĂ©e la moindre garantie rassurante sur le sort futur dâune foule de malheureux. Câest ce qui provoqua la seconde expĂ©dition des corps francs; un armement fĂ©dĂ©ral devint nĂ©cessaire pour dĂ©tourner les dangers que courait la paix du pays et pour rĂ©tablir lâordre 78 et la tranquillitĂ©. La diĂšte blĂąma fortement les entreprises de corps francs et rendit les arrĂȘtĂ©s que les Ătats du Sonderbund demandaient comme garantie contre le renouvellement de ces irruptions. Quoique la dĂ©faite des corps francs, lâopinion publique et la lĂ©gislation de presque tons les cantons prĂ©sentassent une garantie pleinement suffisante, ainsi que les rĂ©cents Ă©vĂ©nements de GenĂšve et de Fribourg lâont prouvĂ©, le Sonderbund nâen exploita pas moins ces attaques comme prĂ©texte de son existence, de sa justification politique et de son caractĂšre toujours plus prononcĂ©, jusquâĂ ce que le masque tomba le 20 juillet 1847, jour oĂč nos adversaires dĂ©clarĂšrent ouvertement que lâalliance sĂ©parĂ©e avait Ă©tĂ© conclue pour rĂ©sister Ă tous les arrĂȘtĂ©s de la diĂšte que la ligue ne reconnaissait pas comme lĂ©gitimes. En attendant, lâordre des jĂ©suites nâavait pas dĂ©daignĂ© de faire son entrĂ©e au vorort de Lucerne en marchant sur les cadavres des vaincus et en exposant la patrie Ă tous les pĂ©rils quâentraĂźne une scission profonde. Lâopinion publique se prononça toujours plus fortement contre lâadmission des jĂ©suites, et deux gouvernements suisses ont dĂ» succomber pour avoir rĂ©sistĂ© Ă son impulsion. Longtemps avant que la diĂšte sâassemblĂąt cette annĂ©e, le Sonderbund continua avec une extrĂȘme ardeur ses prĂ©paratifs militaires, mit son conseil de guerre en activitĂ©, forma un Ă©tat-major, fit des achats dâarmes et de munitions dans le pays et Ă lâĂ©tranger, et se trouva ainsi armĂ© contre la ConfĂ©dĂ©ration qui sâabstint de toutes mesures semblables. Cest dans ces circonstances, fidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, que se rĂ©unit lâassemblĂ©e fĂ©dĂ©rale. Ensuite de dĂ©libĂ©rations approfondies et aprĂšs que la question eĂ»t Ă©tĂ© Ă rĂ©itĂ©rĂ©es fois mĂ»rement examinĂ©e dans tous les grands conseils de la Suisse, la diĂšte prit, le 20 juillet de cette annĂ©e, un arrĂȘtĂ© conçu en ces termes 1. Lâalliance sĂ©parĂ©e des sept Etats de Lucerne, Uri, Schicyz, Un- terwalden, 7jug, Fribourg et Valais est dĂ©clarĂ©e incompatible avec les dispositions du pacte fĂ©dĂ©ral et par consĂ©quent dissoute. 2. Ces cantons sont responsables de lâobservation du prĂ©sent arrĂȘtĂ© et la diĂšte se rĂ©serve de prendre, si les circonstances lâexigent, les mesures ultĂ©rieures pour le faire respecter. Comme les Etats du Sonderbund soutiennent continuellement que la diĂšte nâa pas le droit de prendre un pareil arrĂȘtĂ©, et mĂȘme que ce dĂ©cret constitue une atteinte Ă leur souverainetĂ©, la diĂšte se fait un devoir de vous exposer en peu de mots le droit qui sert de fondement Ă son arrĂȘtĂ©. Ce droit repose sur les ternies clairs et prĂ©cis de lâarticle VI du pacte fĂ©dĂ©ral , lequel statue que âLes cantons ne peuvent former de liaisons prĂ©judiciables ci la ConfĂ©dĂ©ration ni aux droits des antres Etats suisses. u 79 Il nây a aucune contestation sur le contenu de cette disposition du pacte quant au droit, chacun le reconnaĂźt. Mais ce qui est contestĂ©, câest la question de savoir si lâalliance sĂ©parĂ©e appartient oui ou non aux liaisons prĂ©judiciables et qui, par consĂ©quent, sont inadmissibles et contraires au pacte. En un mot, câest une question de fait. Quelle est lâautoritĂ© compĂ©tente pour la rĂ©soudre? Il ne peut y en avoir dâautre que la diĂšte. Elle est lâautoritĂ© Ă qui est imposĂ© le devoir de sauvegarder les droits du pacte sous tous les rapports ; câest Ă elle que doivent ĂȘtre soumises les constitutions des cantons, ainsi que les capitulations militaires, afin quâelle puisse juger si elles ne contiennent rien de dangereux pour lâalliance commune. Câest au jugement de la diĂšte seule que peuvent ĂȘtre soumises les alliances sĂ©parĂ©es qui touchent aux rapports politiques de la ConfĂ©dĂ©ration, puisque le pacte ne dĂ©signe aucune autre autoritĂ© pour cela, et que IeÂŁ Etats du Sonderbund nâont point pu en indiquer dâautre. Si, par consĂ©quent, on doit reconnaĂźtre la compĂ©tence de la diĂšte pour dĂ©cider de pareilles questions, il faut aussi laisser tomber la fausse accusation quâune majoritĂ© incompĂ©tente sâattribue une omnipotence politique et porte une main illĂ©gitime sur la souverainetĂ© cantonale, afin dâempiĂ©ter sur son domaine. Câest pourquoi, en se fondant sur lâarticle VI du pacte fĂ©dĂ©ral, la diĂšte a pu, avec le droit le plus entier, prendre dans sa compĂ©tence la question de savoir si lâalliance sĂ©parĂ©e est prĂ©judiciable et inadmissible; elle a pu, avec la conviction la plus profonde, la rĂ©soudre affirmativement. Abstraction faite de la justesse de cette dĂ©cision, il dĂ©coule dĂ©jĂ , avec une nĂ©cessitĂ© juridique, du fait mĂȘme de la compĂ©tence, que la minoritĂ© doit se soumettre Ă la majoritĂ©. Mais la diĂšte nâa pas davantage Ă craindre le jugement du peuple suisse sur le contenu do sa dĂ©cision. Si, comme ils le prĂ©tendent, les Etats du Sonderbund nâont pas dâautre but que de se soutenir mutuellement et de se dĂ©fendre contre dâinjustes attaques, ils nâont pas besoin dâune alliance sĂ©parĂ©e, car lâarticle IV du pacte suffit pour les protĂ©ger et a de tout temps suffi Ă tous les cantons. Mais sâils veulent autre chose ou plus, ils outrepassent les dispositions du pacte et lĂšsent le droit fĂ©dĂ©ral commun Ă tous. Chacun comprendra quâon ne peut tolĂ©rer une alliance sĂ©parĂ©e qui, contrairement au pacte fĂ©dĂ©ral, permet de porter Ă des cantons un secours armĂ©, mĂȘme sans avertissement officiel donnĂ© par le canton quâon prĂ©tend secourir; une alliance qui Ă©tablit un conseil de la guerre sĂ©parĂ©, muni de pouvoirs illimitĂ©s en opposition Ă celui de la ConfĂ©dĂ©ration et provoque ainsi les collisions les plus dangereuses; une alliance qui dĂ©clare dâavance la guerre Ă des dĂ©cisions inconnues et non encore prises de la diĂšte ; une alliance enfin qui pose en principe quâil suffit de la simple discussion de questions de droit fĂ©dĂ©ral litigieuses pour ĂȘtre autorisĂ© Ă prendre les armes contre la ConfĂ©dĂ©ration, bien quâelle demeure paisible, et faire naĂźtre ainsi une grande inquiĂ©tude et de lâirritation en compromettant gravement la paix du pays. 80 Tel est, fidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, le vĂ©ritable Ă©tat des choses. Aussi la diĂšte vous laisse-t-elle avec une entiĂšre confiance le soin de juger vous-mĂȘmes si, en prononçant la dissolution du Sonderbund, elle a portĂ© atteinte Ă la libertĂ©, Ă lâindĂ©pendance et Ă la souverainetĂ© dâun Etat confĂ©dĂ©rĂ© contrairement au pacte. Quelles ont Ă©tĂ© les suites de lâarrĂȘtĂ© du 20 juillet? Les Etats du Son- derbund ont protestĂ© contre-, en dĂ©clarant que câĂ©tait un nouvel empiĂštement sur leurs droits cantonaux, et ont refusĂ© de le reconnaĂźtre en matiĂšre quelconque. Mais ils nâen sont pas demeurĂ©s lĂ . Quoiquâil nây eĂ»t alors, comme on le sait assez, aucune perspective dâune exĂ©cution armĂ©e, quoique la ConfĂ©dĂ©ration nâeĂ»t pas pris la moindre mesure militaire, les Etats de la ligue continuĂšrent et augmentĂšrent leurs prĂ©paratifs de guerre, firent venir des armes et des munitions de lâĂ©tranger et Ă©levĂšrent des fortifications sur les frontiĂšres des cantons voisins, Ă tel point que la diĂšte se vit forcĂ©e dâarrĂȘter, autant que possible, ces envois et de commander la paix du pays. Mais ces mesures hostiles Ă la ConfĂ©dĂ©ration nâen continuĂšrent pas moins Ă se dĂ©velopper ; il vaut, entre autres, la peine de faire connaĂźtre que le gouvernemnnt de Lucerne a refusĂ© de livrer les effets dâhĂŽpitaux militaires appartenant Ă la ConfĂ©dĂ©ration, et que de deux officiers fĂ©dĂ©raux chargĂ©s par le conseil fĂ©dĂ©ral de la guerre de soigner cette affaire, lâun a Ă©tĂ© mis en prison et lâautre chassĂ© du canton. Les instructions de toutes les dĂ©putations de la majoritĂ© leur prescrivaient dâĂ©puiser tous les moyens qui pourraient amener une solution pacifique et acceptable de la question. La diĂšte croit de son devoir, fidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, de vous faire connaĂźtre comment elle sâest efforcĂ©e de sâacquitter de cette tĂąche, en Ăąme et conscience; elle le doit dâautant plus quâen se retirant de lâassemblĂ©e fĂ©dĂ©rale, les dĂ©putĂ©s du Sonderbund ont eu lâimpudence de faire insĂ©rer au protocole quâils ont tendu la main de paix, quâon les a repoussĂ©s et tirĂ© lâĂ©pĂ©e contre / eux! La diĂšte savait que, dans les cantons du Sonderbund, on fascine et trompe le peuple au moyen des accusations les plus absurdes et de perfides calomnies, en lui faisant croire que la majoritĂ© des Ătats nâavait dâautre but que de dĂ©truire sa religion, sa libertĂ© et son indĂ©pendance, son existence cantonale en un mot, pour Ă©lever une rĂ©publique unitaire sur ses ruines. Lâhistoire jugera les magistrats qui se sont livrĂ©s Ă ce jeu criminel mĂȘme au moyen dâactes officiels. Cest pourquoi la diĂšte a adressĂ© aux autoritĂ©s et au peuple des sept Ătats une proclamation, oĂč elle leur donne avec une amitiĂ© toute confĂ©dĂ©rale les explications propres Ă leur faire connaĂźtre ses vĂ©ritables intentions et Ă les rassurer. Des reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux Ă©taient chargĂ©s de rĂ©pandre cette proclamation dans les Ătats de la ligue et de lâappuyer auprĂšs des autoritĂ©s qui donnent les instructions aux dĂ©putĂ©s Ă la diĂšte. Mais la voix bienveillante de la ConfĂ©dĂ©ration et de son autoritĂ© suprĂȘme ne devait plus ĂȘtre entendue 8i du peuple de ces cantons. A l'exception de celui de Xug , la publication de la proclamation fut interdite partout, et Ă Lucerne on alla jusqu'Ă statuer que quiconque la rĂ©pandrait serait emprisonnĂ© et livrĂ© Ă la justice; les reprĂ©sentants ne furent pas mĂȘme admis auprĂšs des gouvernements vers lesquels ils avaient Ă©tĂ© envoyĂ©s. Câest ainsi, peuple suisse, quâon a traitĂ© tes reprĂ©sentants, câest ainsi quâon a Ă©coutĂ© ta voix. Il restait cependant encore quelque espoir dâune solution pacifique, savoir les nĂ©gociations dans des confĂ©rences Ă Berne. On Ă©tait dâautant plus autorisĂ© Ă espĂ©rer un succĂšs que, dans tous les sept Ătats, on a dit aux reprĂ©sentants quâils devaient sâadresser aux dĂ©putĂ©s Ă la diĂšte, Ă Berne, qui Ă©taient nantis des pouvoirs nĂ©cessaires. Mais on vit bientĂŽt que câĂ©tait une mĂ©chante tromperie; car ces dĂ©putĂ©s nâavaient aucun pouvoir pour nĂ©gocier une transaction et ils durent le dĂ©clarer. Les dĂ©putĂ©s qui reprĂ©sentaient dans les confĂ©rences la majoritĂ© de la diĂšte firent, an contraire, de vĂ©ritables propositions de mĂ©diation; ils proposĂšrent de laisser tomber la question des jĂ©suites si, en considĂ©ration de sa position de vorort, Lucerne les Ă©loignait. Un dĂ©putĂ© de la majoritĂ© proposa, pour le cas oĂč lâalliance sĂ©parĂ©e se dissoudrait, do soumettre la question des jĂ©suites Ă la dĂ©cision arbitrale du pape; un autre se dĂ©clara prĂȘt, toujours dans la supposition de la dissolution du Sondcrbund, Ă considĂ©rer le diffĂ©rend comme terminĂ©, pourvu que trois Ătats quâil dĂ©signa se chargeassent dâintercĂ©der auprĂšs du pape pour obtenir lâĂ©loignement des jĂ©suites. Mais toutes ces propositions, â la ConfĂ©dĂ©ration nâapprendra peut-ĂȘtre pas sans Ă©tonnement les deux derniĂšres, â /ouĂŻes ce s propositions, disons-nous, furent repoussĂ©es avec dĂ©dain. La possibilitĂ© dâune transaction ne fut prĂ©sentĂ©e dans une perspective lointaine que sous la condition expresse quâavec la question des jĂ©suites on soumettrait Ă la dĂ©cision lu pape la question des couvents, terminĂ©e depuis longtemps, et quâavant tout on licencierait les troupes. Câen Ă©tait trop pour lâhonneur et la tranquillitĂ© de la patrie. Pour gain dâune paix Ă©phĂ©mĂšre, il Ă©tait impossible dâallumer de nouveau un brandon quâon nâĂ©tait parvenu Ă Ă©teindre quâaprĂšs une lutte acharnĂ©e; impossible dâouvrir de nouveau toutes les plaies quâune mĂ©diation sage et la main salutaire du temps avaient cicatrisĂ©es. Ici encore la diĂšte en appelle solennellement Ă la nation suisse. Vous pouvez dĂ©cider, fidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, si la diĂšte nâa pas fait tout ce que commandaient lâhonneur et le devoir, pour faire tourner le conflit Ă la paix; vous pouvez juger si elle a rejetĂ© avec lĂ©gĂšretĂ© une main de rĂ©conciliation qui lui avait Ă©tĂ© tendue; vous pouvez dĂ©cider si câest elle qui a la premiĂšre dĂ©clarĂ© la guerre. Quoiquâil plaise Ă la providence de nous dispenser dans ces jours de crise, vos reprĂ©sentants, fidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, peuvent envisager lâavenir avec repos et avec la conscience quâils ont tendu do tous leurs efforts Ă lâhonneur et Ă la paix de la patrie. Le combat que la ConfĂ©dĂ©ration doit livrer Ă des membres insurgĂ©s du corps helvĂ©tique, nâest point une guerre de sept cantons contre sept, poin 0 une oppression de la minoritĂ© par la majoritĂ©, point une guerre contre d'innocents confĂ©dĂ©rĂ©s. Non, câest un combat de la ConfĂ©dĂ©ration et de ses pouvoirs lĂ©gitimes contre le parti qui a formĂ© lâalliance sĂ©parĂ©e, lâa fait grandir et lâa glissĂ©e comme une vipĂšre au cĆur de la ConfĂ©dĂ©ration, afin de lâempoisonner. Ce ne sont pas dâinnocentes peuplades qui ont commis ce crime, mais bien le parti qui cherche Ă les retenir dans lâignorance sous des formes dĂ©mocratiques et les exploite dans un but Ă©goĂŻste, soĂŒs le masque de la religion; le parti qui dĂ©jĂ en 1813 ouvrit la porto aux armĂ©es Ă©trangĂšres, qui refusa la garantie fĂ©dĂ©rale aux constitutions libĂ©rales de 1831 quoiquâelles ne fussent nullement contraires au pacte, qui travaille Ă la rĂ©action par dâincessantes menĂ©es, qui a agitĂ© le Jura bernois et dâautres contrĂ©es de la Suisse, qui a poussĂ© Ă une insurrection ultramontaine dans le canton dâArgovie, et appelĂ© en Valais, Ă Fribourg, Ă Schwyz et Ă Lucerne les jĂ©suites dont il est lâalliĂ© et lâinstrument. VoilĂ , confĂ©dĂ©rĂ©s, en quoi consiste lâessence du Sonder- bund ; laissez-le subsister ou triompher, et la patrie en deuil perdra lâune aprĂšs lâautre toutes les institutions qui sont la condition de sa vraie libertĂ©, de lâessor de son esprit, de sa force et de son honneur. Le serment que nous avons prĂȘtĂ© Ă la ConfĂ©dĂ©ration nous impose le devoir sacrĂ© de rĂ©tablir la tranquillitĂ© et lâordre Ă lâintĂ©rieur et de veiller Ă la sĂ»retĂ© extĂ©rieure. LâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale se trouve ainsi dans lâimpĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© de recourir aux moyens extrĂȘmes pour rĂ©tablir lâordre lĂ©gal, puisquâen sâĂ©loignant du sein de la diĂšte et par leur dĂ©claration, les dĂ©putĂ©s du Sonderbund se sont mis en Ă©tat de guerre ouverte. Câest pourquoi soyons unis et forts, fidĂšles, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, et le Tout-Puissant prĂ©servera encore cette fois-ci notre patrie de la sĂ©paration et de la ruine. Berne, le 4 novembre 1847. La diĂšte fĂ©dĂ©rale ordinaire; En son nom Le prĂ©sident du conseil exĂ©cutif du canton de Berne, Directoire fĂ©dĂ©ral, PrĂ©sident de la diĂšte L. S. OCIISENBEĂN. Le secrĂ©taire dâEtat de la ConfĂ©dĂ©ration SC11IESS. En mĂȘme temps, le gĂ©nĂ©ral Dufour adressa Ă lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale la proclamation suivante Soldats confĂ©dĂ©rĂ©s! AprĂšs la proclamation qui vous a Ă©tĂ© adressĂ©e par la diĂšte elle- mĂȘme, je nâai que quelques mots Ă vous dire dans ce moment solennel. Câest pour vous faire exĂ©cuter les dĂ©crets de lâautoritĂ© suprĂȘme de la Suisse que vous ĂȘtes appelĂ©s Ă sortir de vos cantonnements. Elle a 83 dĂ©ployĂ© la banniĂšre nationale sous laquelle tout confĂ©dĂ©rĂ© doit se rallier; nâoubliez pas que votre devoir le plus sacrĂ© est de la dĂ©fendre de toute votre Ă©nergie et au prix de votre sang. Le pays rĂ©clame votre intervention et le secours de vos bras pour le tirer dâun Ă©tal dâincertitude et dâangoisses qui ne saurait se prolonger sans causer une ruine gĂ©nĂ©rale. Il compte sur votre dĂ©vouement; vous ne tromperez pas son attente. Soldats, il faut sortir de cette lutte, non seulement victorieux, mais encore sans reproches; il faut quâon puisse dire de vous Us ont vaillamment combattu quand il lâa fallu, niais ils se sont montrĂ©s partout humains et gĂ©nĂ©reux. Je mets donc sous votre sauvegarde les enfants, les femmes, les vieillards et les ministres de la religion. Celui qui porte la main sur une personne inoffensive se dĂ©shonore et souille son drapeau. Les prisonniers, et surtout les blessĂ©s, mĂ©ritent dâautant plus vos Ă©gards et votre compassion que vous vous ĂȘtes souvent trouvĂ©s avec eux dans les mĂȘmes camps. Vous ne ferez aucun dĂ©gĂąt inutile dans les campagnes, et vous saurez supporter les privations momentanĂ©es que la saison peut amener, malgrĂ© les soins qui seront pris pour fournir Ă vos besoins. Vos chefs les partageront avec vous ; Ă©coutez leur voix et suivez lâexemple quâils vous donneront. Il y a souvent plus de mĂ©rite Ă supporter les fatigues et les privations do la vie militaire, quâĂ dĂ©ployer du courage sur un champ de bataille. Mais si tout se passe comme je lâespĂšre, la campagne ne sera pas longue et vous rentrerez dans vos foyers avec la satisfaction dâavoir accompli une grande mission et rendu Ă la patrie un service signalĂ©, en la remettant en position de faire respecter, au besoin, son indĂ©pendance et sa neutralitĂ©. Berne, le 5 novembre 1847. Le commandant en chef,- DUFOUR. LâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale fut rĂ©partie en six divisions, et celles-ci furent subdivisĂ©es en brigades. Les commandants furent choisis parmi les colonels fĂ©dĂ©raux. Le commandant en chef eut un adjudant-gĂ©nĂ©ral. On nomma un commandant en chef pour lâar- tillerie et un commandant spĂ©cial pour lâartillerie de rĂ©serve. Nous reviendrons sur la composition de lâĂ©tal-major gĂ©nĂ©ral, des Ă©tats-majors de division et de brigade , ainsi que sur lâorganisation et lâeffectif de lâarmĂ©e. ImmĂ©diatement aprĂšs leur sortie de la diĂšte et avant que 1 arrĂȘtĂ© dâexĂ©cution fĂ»t rendu , les Ătals du Sonderbund lancĂšrent 84 le manifeste dont ils avaient parlĂ©. Le raisonnement de cette piĂšce repose sur le principe dâune souverainetĂ© cantonale illimitĂ©e. Ce manifeste , loin de produire lâeffet quâen attendait la ligue, ne servit quâĂ soulever lâindignation du peuple et hĂąta le moment des hostilitĂ©s. -ÂŁ>ÂŁ>ÂŁĂźHHHS-4- CHAPITRE IV, Suites de lâarrĂȘtĂ© n e » Dachs, FrĂ©dĂ©ric, de Berne . » » m e » Deci, Ch les de Berne » » m e Liebi, ThĂ©ophile, de Thoune . a » 111 e » Gerster, Samuel-Alb 1 , de Berne » y> m e » Scharer, de Frauenfeld » » nr I» Konig , Rodolphe , de Berne » » m e » Gougginsberg, Gabriel, de Vevey 0 » IV e 1 Gilli, Joseph, de Lucerne . » » V e » Schcller, J n -Jacq., de Thalwyl . » » V e » Curli, FidĂšle, de Rapperswyl . » » V e BUREAU DâEXPĂDITION AU QUARTIER-GĂNĂRAL. MM. Kaiser-Frauenstein, de Zug, commissaire des guerres de l re classe. Wechsler, Antoine, de Willisau . » » III e » 94 MM. Rothlisberger, ITĂ©d., de Langnau , commissaire des guerres Sporri, LĂ©onard , de Zurich . ObĂ©rer , Georges, de Sissach Abys, Charles , de Coire . Berry, Pierre , de Coire . Theiler, Placide , de Laufen de V e classe. i* » V e » » B V e » » V e » » » V e B » » V e » TrĂ©sorier M. Sl'Ă mpili, Jacques, de Berne, conseiller dâĂlat. Chirurgien en chef M. le D r FlĂŒgcl, Charles, de Berne, colonel fĂ©dĂ©ral. Chirurgien CĂ©tal-major M. Scliiferli. Maurice, de Berne. SecrĂ©taires M. de Gunten, Antoine, de Berne, chirurgien dâambulance de III e classe. M. Bauingailner , Jean, de Naters, commisaire des guerres de V e classe. VĂ©tĂ©rinaire en chef M. NĂŠff, Jean-Jacques, dâArberg, major dâĂ©tat-major fĂ©dĂ©ral. VĂ©tĂ©rinaires dâĂ©tat-major M. Gyger, Fr., de Gampelcn , sous- lieutenant. M. Koller, Henri, professeur Ă Berne. TRIBUNAUX MILITAIRES. COUR DE CASSATION. MM. le D r Kern, Jean-Conrad, prĂ©sident du tribunal dâappel de Thurgovie, prĂ©sident, avec rang de colonel. Koliler, FrĂ©dĂ©ric, prĂ©sident du tribunal dâappel de Berne. Schmid, François-Charles, prĂ©sident du tribunal dâappel de Soleure. leD r Furrer, Jonas, de Winterlhur, avec rang de colonel. Bruggisser , Jean-Pierre, Ă VVohlen , avec rang de lieutenant- colonel. SupplĂ©ants ; M. le D r Frei, Emile , prĂ©sident du tribunal dâappel de BĂąle-Campagne. iM. Zingg, Jean-Jacques LĂ©on, de Kaltbrunn , avec rang de capitaine. M. Rovigue, Auguste, prĂ©sident du tribunal dâappel de Vaud. CONSEIL 1E GUERRE N° 'I. Pour les divisions I, H et III. Grand-juge M. lUUlimann , Jean-Jacques, de Regensberg, avec rang de colonel. Auditeurs M. le D r Koch, Jules, de Morges, avec rang de major. M. BĂŒtzberger , Jean, de Bleienbach, avec rang de capitaine. M. Duplan-Veillon , de Lausanne , avec rang de capilaine. M. Maltliys, AndrĂ©, de lliitschelen, avec rang de capitaine. M. Zingg, Jean-Jacques-LĂ©once, de Kallbrunn , avec rang de capitaine. M. dâErlach, François, de Berne, avec rang de premier lieutenant. Greffier M. Kropfii, Edouard-Emile, de Gsteig prĂšs Gessenay. Membres MM. le lieutenant-colonel Geiser, de Langenlhal ; le capitaine Scliaub, de GenĂšve ; le capitaine Roth, de Wangen; le lieutenant de la Forge, de Vaud ; le lieutenant Neuhaus , de Berne ; le sous-lieutenant Balsiger, de Berne; le sous-lieutenant SchĂ dler, Adolphe, de Solcure; le fourrier Millier, de Vaud. SupplĂ©ants ordinaires MM. le capitaine Chevalley, de Vaud; le premier lieutenant Scliem, de Berne; le sous-oflicier Garno, de Berne. SupplĂ©ants extraordinaires M. le colonel fĂ©dĂ©ral Vcillon, de Vaud ; MM. le colonel fĂ©dĂ©ral Gerwer, de Berne; le lieutenant-colonel Kistler, de Berne ; le lieutenant-colonel Buser, de BĂąle-Campagne. Chambre dâaccusation MM. le lieutenant-colonel Fuetcr, de Berne, prĂ©sident ; le capilaine Rossi, de Vaud; le capitaine Vogel, de Glaris. Accusateur public M. Renaud, Achille, dâAvenches, avec rang de capitaine. 90 CONSEIL DE GUERRE N° 2. Pour les divisions IV et V. Grand-juge M. le D r Casimir PfylĂŻer, de Lucerne, avec rang de colonel. Auditeurs M. Bruggisser, Pierre, de Wohlen , avec rang de lieutenant-colonel ; M. Scliiin , Jean-Baplisie, de Zug, avec rang de capitaine. Greffier M. Punk, Jean-Gaspard, de Zurich. Membres MM. le lieutenant-colonel Benz, de Zurich; le capitaine lleiser, de Thurgovie ; le capitaine Scliindler, de Glaris; le premier lieutenant Giezendanner, de S l -Gall; le premier lieutenant Pestalozzi, de Zurich ; le sous-lieutenant Haberslich , dâArgovie; le sous-lieutenant BĂ»cher , de Zurich ; le sergent-major Wild , de Zurich. SupplĂ©ants ordinaires M. le capitaine Pfenninger, dâUster Zurich ; MM. le sous-lieutenant BĂ»cher, de Zurich; le sergent-major de Tobel, de Zurich. SupplĂ©ant extraordinaire M. le lieutenant-colonel Banzinger, de Ileiden Appenzell. Chambre dâaccusation M. le major Rietmann, de S l -Gall, prĂ©sident ; MM. le capitaine Kusler , de S*-Gall ; le capitaine Scheuchzer, de Zurich. Accusateur public M. Kasthofer , Guillaume, de Berne, avec rang de capitaine. CONSEIL DE GUERRE N° 3. Pour la division VI. Grand-juge M. Bataglini, Charles, de Lugano, avec rang de capitaine. Auditeurs MM. Rusconi-Orelli, de Bellinzone ; Bernasconi, de Riva. Membres MM. le lieutenant-colonel Rusca ; le capitaine Cogliardi ; le capitaine Mariotli ; 97 MM. le premier lieutenant Iâolari, le premier lieutenant Franconi; le sous-lieutenant Franchina ; le sous-lieu tenant Steiner; le fourrier Brunelli. SupplĂ©ants ordinaires MM. le capitaine Jorni; le sous-lieutenant Albrizzi; le fourrier Moretlini. SupplĂ©ants extraordinaires M. le colonel fĂ©dĂ©ral de Donatz, de Coire ; MM. le colonel fĂ©dĂ©ral Ă Bundi, dâilanz ; le lieutenant-colonel Barman, Maurice, du Valais; le lieulenant-colonel Veillard, Adrien, dâAigle. Chambre dâaccusation MM. le major Vicari, prĂ©sident; le capitaine Visconli, Constantin ; le capitaine Bassi. Accusateur public M. Romerio, avec rang de capitaine. Lors de la premiĂšre rĂ©partition de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale, le 27 octobre 1847, voici quels Ă©taient les Ă©tats-majors de division et de brigade I re Division, Rilliet. PremiĂšre brigade Rusca, plus lard Ă Bundi ; deuxiĂšme brigade Bourgeois ; troisiĂšme brigade Veillon ; quatriĂšme brigade Nicollier Troupes du canton de Vaud, avec une compagnie dâartillerie de GenĂšve. Douze bataillons dâinfanterie, huit compagnies de carabiniers, deux compagnies de cavalerie , une compagnie du gĂ©nie, trois compagnies dâartillerie, une compagnie du parc Quartier-gĂ©nĂ©ral dâabord Ă Lausanne. 11 e Division, Burlchardt. PremiĂšre brigade Bontemps; deuxiĂšme brigade Frei; troisiĂšme brigade Kurz Troupes des cantons de Berne, dâArgovie, de Soleure. Onze bataillons dâinfanterie, six compagnies de carabiniers, deux compagnies de cavalerie, une compagnie du gĂ©nie, trois compagnies dâartillerie , une compagnie du parc Quartier-gĂ©nĂ©ral dâabord Ă Berne. 111 e Division, Donatz. PremiĂšre brigade Ă Marca ; deuxiĂšme brigade Gerwer; troisiĂšme brigade Millier Troupes des cantons de Berne, dâArgovie, de Soleure et de BĂ le-Campagne, avec une compagnie de carabiniers de Glaris. Neuf bataillons dâinfan- 7 98 teric, deux compagnies de cavalerie, une compagnie du gĂ©nie, trois compagnies dâartillerie, une demi-compagnie du parc Quartier-gĂ©nĂ©ral dâadord Ă Soleure. IV e Division , Ziegler. PremiĂšre brigade Egloff ; deuxiĂšme brigade Kbnig ; troisiĂšme brigade Muller Troupes des cantons de Zurich, S'-Gall, Argovie. Thurgovie, Appenzcll Glaris et Grisons, avec une compagnie de cavalerie de Soleure. Onze bataillons dâinfanterie , six compagnies de carabiniers, deux compagnies de cavalerie, une compagnie du gĂ©nie, trois compagnies dâartillerie, une compagnie du parc Quartier-gĂ©nĂ©ral dâabord Ă Arau. V e Division , GmĂŒr. PremiĂšre brigade Blumer ; deuxiĂšme brigade Isler; troisiĂšme brigade Rilter Troupes des cantons de Zurich , S l -Gall, Appenzell Glaris, Schaffhouse, Thurgovie, avec une compagnie de carabiniers des Grisons. Dix bataillons dâinfanterie, six compagnies de carabiniers , deux compagnies de cavalerie ; une compagnie du gĂ©nie , trois compagnies d'artillerie, une demi-compagnie du parc Quartier-gĂ©nĂ©ral dâabord Ă Zurich. VI e Division, Luvini. PremiĂšre brigade Pioda ; seconde brigade de Salis Troupes des cantons du Tessin et des Grisons. StationnĂ©es dans le canton du Tessin. Six bataillons dâinfanterie et armes spĂ©ciales du Tessin et des Grisons Quartier-gĂ©nĂ©ral dâabord Ă Bellinzone. Artillerie de rĂ©serve de Zurich, Berne, BĂąle-Campagne, Argovie, S l -Gall et Vaud, sous le commandement du lieutenant- colonel Denzler. Deux compagnies de pontonniers de Zurich et dâArgovie, une compagnie du parc de Zurich, avec escortes nĂ©cessaires. Division de la cavalerie de rĂ©serve. PremiĂšre brigade Rieter cavalerie des cantons de Zurich et S-Gall; deuxiĂšme brigade OU cavalerie des cantons de BĂąle-Campagne, Argovie et Thurgovie ; troisiĂšme brigade Karlen cavalerie des cantons de Berne et dâArgovie. A la disposition de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral Un bataillon dâinfanterie Ă BĂąle; deux compagnies de cavalerie des cantons de Vaud et de GenĂšve restĂšrent Ă GenĂšve. 99 LâĂ©tat total de situation de la premiĂšre armĂ©e Ă©tait de 60 bataillons dâinfanterie, 32 compagnies de carabiniers, 21 compagnies de cavalerie, 7 compagnies du gĂ©nie, 23 compagnies dâartillerie, 4 compagnies du parc, et elle sâĂ©levait Ă environ 48,000 hommes. Ătat gĂ©nĂ©ral de situation et rĂ©partition de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale au moment de sa plus grande force, le 16 novembre 184 = S*. PREMIĂRE DIVISION DE LâARMĂE. Commandant de division M. Jean Louis Rilliel-Constanl, de GenĂšve, colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudants de division MM. Adrien Veillard, dâAigle, Canton de Vaud, lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral ; Maurice Barman , de Saillon, canton du Valais, lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral. Adjoints au commandant de division MM. Charles Veillon, de Lausanne, colonel fĂ©dĂ©ral ; Louis Duplessis, de Lausanne, lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral, commandant de place de Fribourg; Louis Warnery , dâAigle , lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral ; Samuel Pousaz, de Lausanne, capitaine, commandant de place de Sion. Ătat-major 41 hommes; musique 38 hommes. I re BRIGADE. Commandant M. Balthasar Ă Bundi , dâilanz, canton des Grisons, colonel fĂ©dĂ©ral. Celte brigade Ă©tait composĂ©e des armes suivantes Bataillon Reymond, de Vaud, 773 hommes; bataillon Belliger, dâArgovie, 710 hommes; bataillon Kehrwand, de Vaud, 752 hommes; compagnies de carabiniers Jeanin , 104 hommes, et Delarageaz, 122 hommes, de Vaud; compagnies de cavalerie Juat et de la Roltaz, de Vaud, 63 et 68 hommes. Il 0 BRIGADE. Commandant M. Albert Kurz, de Berne, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons vaudois Monachon , 768 hommes, Pachoud, 498 hommes , Bonard, 466 hommes; la compagnie Jacquiery, de Vaud, 113 hommes ; la compagnie de Greyerz, de Berne, 124 hommes. 100 III e BRIGADE. Commandant M. FrĂ©dĂ©ric Vcillon, de Lausanne , colonel fĂ©dĂ©ral, Effectif Le bataillon Chausson, deVaud, 821 hommes; le bataillon Veillard, de GenĂšve, 498 hommes; le bataillon Reymond , de GenĂšve , t>02 hommes ; les compagnies de carabiniers Moreillon , de Vaud, 111 hommes, et Isler, dâArgovie , 94 hommes. IV e BRIGADE. Commandant M. Louis Nicollier, de Vevey, colonel. Effectif Les bataillons vaudois Visinand, 602 hommes, Roud, 395hommes, Wenger, 482 hommes, Vincent, 528 hommes, CoĂ«taux, 509 hommes, Peter, 548 hommes, Tliur, 473 hommes. Les compagnies de carabiniers vaudois Bonard, 117 hommes, Berlholet, 65 hommes, Recordon, 129 hommes , Chamot, 94 hommes, Bergier, 46 hommes. GĂNIE , ARTILLERIE ET AMBULANCE. GĂ©nie Compagnie Durr, de Vaud, 102 hommes. Artillerie Batterie Creux, de Vaud, 134 hommes, piĂšces de six; batterie Haubenreiser , de Vaud, 120 hommes, piĂšces de six ; batterie Empeyta , de GenĂšve, 123 hommes, piĂšces de six; batterie MĂŒller, de Vaud, 121 hommes, obusiers de douze ; batterie Rovigue, de Vaud, piĂšces de donze et obusiers de vingt-quatre. Compagnie du parc Juat, de Vaud, 133 hommes; parc de rĂ©serve, 25 hommes. Ambulance 13 hommes. Corps dĂ©tachĂ©s Les bataillons vaudois Souter-Bronn , 581 hommes, Muret, 596 hommes, Cliablaix, 339 hommes, DĂ©glon , 543 hommes, Briod, 565 hommes, Decrey, 719 hommes. Volontaires de Vaud, 2962 hommes; du Valais, 99 hommes; carabiniers du Valais, 66 hommes. GĂ©nie Compagnie Decrue, de GenĂšve, 55 hommes; compagnie Guex, de Vaud, 104 hommes. Artillerie Les batteries genevoises DenairĂ© , 64 hommes , Oltra- mare, 65 hommes, Hoffmann, 94 hommes; la batterie Cuenod, de Vaud, 89 hommes; parc, 25 hommes. Artillerie volontaire du Valais 59 hommes. 101 RĂCAPITULATION. Ălal-major de division . 79 hommes. PremiĂšre brigade . . . . 3,250 DeuxiĂšme brigade. . . . 1,974 » TroisiĂšme brigade. . . . 2,031 » QuatriĂšme brigade . . . 4,037 X* Cavalerie . . . . . 133 » GĂ©nie. 102 > Artillerie. 805 Ambulance. 13 » Corps dĂ©tachĂ©s.... . 3,813 » Volontaires. Total . 3,186 19,423 » hommes. DEUXIĂME DIVISION DE LâAKMĂE. Commandant de division M. Jean Burkhardt, de BĂąle, colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudant de division M. Xavier PĂ©quignot, de Noinnont Jura, major fĂ©dĂ©ral. Ătat-major 17 hommes. I re BRIGADE. Commandant M. Charles Bontems, de Villeneuve, canton de Vaud, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons bernois Bigler, 7 42 hommes , Fueter, 829 hommes, Dietler, 801 hommes; le bataillon Kloss, de BĂąle-Campagne, 251 hommes; les compagnies de carabiniers bernois Hopf, 99 hommes, BĂąiller, 119 hommes; les compagnies de cavalerie de Goumoens , de Berne , 79 hommes, et Mandrot, de Vaud, 65 hommes. II e BRIGADE. Commandant M. FrĂ©dĂ©ric Frey, de Brugg, canton dâArgovie, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons bernois Kistler, 834 hommes , Lang, 759 hommes, Hauser, 762 hommes; le bataillon Munzin- ger, de Soleure, 829 hommes ; les compagnies de carabiniers bernois Imobersteg, 111 hommes, Gfeller, 133 hommes. III e BRIGADE. Commandant M. Emmanuel Bourgeois, de Corcelettes, canton de Vaud, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons vaudois Audemare, 824 hommes, Cha- puis, 876 hommes, Grandjean, 858 hommes; les compagnies de carabiniers vaudois Chevalley, 112 hommes, et Eytel, 109 hommes. Hors de ligne ; Les bataillons bernois Girardin, 719 hommes, Ganguillet 758 hommes, Chiffele, 857 hommes. GĂNIE, ARTILLERIE EX A3IBULANGE. Sapeurs La compagnie Hug, de Berne, 131 hommes. Artillerie La batterie Wittenbach, de Berne, 128 hommes, piĂšces de six; la batterie Koth, de Berne, 152 hommes, piĂšces de sfx ; la batterie TschilĂźeli, de Berne, 132 hommes, obusiers de douze. Compagnie du para de Lerber , de Berne, 73 hommes, Va compagnie. Parc de rĂ©serve Zbinden, de Berne, 51 hommes. Ambulance Dr. Huguenin, de Berne, 13 hommes; Dr. Kurz, de Berne, 12 hommes. RĂCAPITULATION. Ătat-major de division. 17 hommes. PremiĂšre brigade. 2,826 » DeuxiĂšme » TroisiĂšme brigade. 2,765 » Hors de » Cavalerie. 144 » GĂ©nie. 131 » Artillerie. 659 » Ambulance. 25 âą Total 12,315 hommes. TROISIĂME DIVISION DE LâARMĂE. Commandant de division M. le gĂ©nĂ©ral Pierre Louis de Donatz, de Coire, colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudant de division M. Louis Christ, de Coire, lieutenant- colonel fĂ©dĂ©ral. Ătat-major 16 hommes; musique 54 hommes. 103 l r â BllIGĂDE. Commandant M. Charles Ă Marca, de Misox, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Le bataillon Geiser, de Berne, 980 hommes; le bataillon Buser, de BĂąle-Campagne, 672 hommes; le bataillon Attenhofer, dâArgovie, 717 hommes; les compagnies de carabiniers Benleli, de Berne, 119 hommes, B'Ă r, dâArgovie, 102 hommes; les compagnies de cavalerie bernoise Karlen , 81 hommes, et MĂŽschler, 76 hommes. II e BRIGADE. Commandant M. Ulrich Hauser, de WĂądenschweil, canton de Zurich, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Bataillon Seiler, de Berne, 790 hommes; bataillon Kalt, dâArgovie, 712 hommes; bataillon Sleinhauer, de Berne, 868 hommes; compagnies de carabiniers Vogel, de Claris, 103 hommes, et Rellstab , de Zurich , 120 hommes. III e BRIGADE. Commandant Charles FrĂ©dĂ©ric Gerwer, de Berne, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Bataillon Hirsbrunner, de Berne, 838 hommes; bataillon Stoos, de Berne, 738 hommes; bataillon Vivis, de So- leure, 818 hommes; compagnies de carabiniers Frey, dâArgovie , 102 hommes, et ObĂ©rer , de BĂąle-Campagne, 1 OĂą hommes. PremiĂšre rĂ©serve Bataillon SlĂąmpfli, de Soleure, 817 hommes; bataillon Leutenegger, de BĂąle-Campagne, 896 hommes. Seconde rĂ©serve Pour le service dâestafettes de BĂąle-Campagne, 48 hommes; Gardes dâhĂŽpital 18 hommes de Soleure. GĂNIE , ARTILLERIE ET AMBULANCE. Sapeurs Compagnie Zehender, de Berne, 110 hommes. Artillerie Batterie Karrer, de Berne, 123 hommes, piĂšces de six; batterie Fischer, dâArgovie, 123 hommes, piĂšces de six; batterie Sluder, de Zurich , 140 hommes , piĂšces de six ; batterie Schmidlin, dâArgovie, 122 hommes, obusiers de douze. Compagnie du parc Durheiin , de Berne, 6/t hommes, */2 compagnie. m Parc de rĂ©serve Zbinden , de Berne, 47 hommes. Ambulance Dr. Huber, H hommes; Dr. Lolinger, 10 hommes. RĂCAPITULATION. Ătat-major de division . . . . . 50 hommes. PremiĂšre brigade . . . . . . 2,565 » DeuxiĂšme brigade . . . . . . . 2,596 TroisiĂšme brigade . . . . . 2,601 » Cavalerie. . . . . 157 » GĂ©nie. . . . . 110 » Artillerie. . . . . 619 » Ambulance. . . . . 21 M RĂ©serve. . . . , 1,173 » Total 9,892 hommes. QUATRIĂME DIVISION DE LâARMĂE. Commandant de division M. Paul Charles Edouard Ziegler, de Zurich, colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudant de division M. FrĂ©dĂ©ric Siegfried, de Zofingue, canton dâArgovie, lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral. J Ătat-major 16 hommes; musique 30 hommes. I re BRIGADE. Commandant ML Conrad Egloff, de T'Ăągerweilen, canton de Thurgovie, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons zuricois Ginsberg, 828 hommes, Benz, 660 hommes; le bataillon Ileussler, dâArgovie, 753 hommes; le balaillon Zuppinger, de Zurich, 590 hommes; les compagnies de carabiniers Krcis, de Thurgovie , 99 hommes, Bleuler, de Zurich, 118 hommes; les compagnies de cavalerie llanhart, de Zurich, 46 hommes, Bally, do Soleure, 59 hommes. II e BRIGADE, Commandant M. Balthasar Konig, dâEnneda, canton de Glaris Ă Coire, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Le bataillon Berner, dâArgovie, 722 hommes; le bataillon FĂąsi, de Zurich, 721 hommes; le bataillon Ernst, de Thurgovie, 712 hommes; le bataillon BĂąnzinger, dâAp- penzell 495 hommes; les compagnies de carabiniers 105 Hanharl, de Thurgovie, 103 hommes, Kusler, de S l -Gall, 109 hommes. III e BRIGADE. Commandant M. Hermann Millier, de Rheinfelden Ă Arau, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Le bataillon Basler, de Zurich, 819 hommes; le bataillon KĂŒnzli, dâArgovie, 707 hommes; le bataillon Mar- tignoni, de S*-Gall, 790 hommes; les compagnies de carabiniers Tscharner, des Grisons, 101 hommes, Blumer, de Glaris , 103 hommes. GĂNIE , ARTILLERIE ET AMBULANCE. Sapeurs Compagnie Jauch, dâArgovie, 100 hommes. Artillerie Batterie Rust, de Soleure, 119 hommes, piĂšces de six; batterie Millier, dâArgovie, 172 hommes, piĂšces de six; batterie Sclvvveizer, de Zurich, 129 hommes, obusiers de douze. Compagnie du parc Une demi-compagnie, Fierz de S'-Gall, 88 hommes. Parc de rĂ©serve 82 hommes. Ambulance Dr. StrĂąbl, 10 hommes; Dr. Bridler, 8 hommes. PREMIĂRE RĂSERVE. Commandant de division ? M. Edouard Rothpletz, dâArau, colonel. Adjudant de division; M. FrĂ©dĂ©ric Geliret, dâArau, major. i re brigade. Commandant M. Jean Jacques Heussler, de Lenz- bourg , canton dâArgovie , lieutenant-colonel. Effectif Les bataillons argoviens Tschudi, 617 hommes, Oel- hafen, 617 hommes, Gehret, 849 hommes; la compagnie de carabiniers argoviens Ringier, 141 hommes; la compagnie de cavalerie HĂągler, de BĂąle-Campagne, 41 hommes. u e brigade. Commandant M. FrĂ©dĂ©ric Schmitter , dâArbourg Ă Arau, lieutenant-colonel. Effectif Les bataillons argoviens Ringier, 898 hommes, Bal- dinger, 878 hommes, Cellier, 623 hommes; la compagnie de carabiniers Suter, 98 hommes. GĂNIE ET ARTILLERIE. Sapeurs Compagnie llemmann, dâArgovie, 98 hommes. Artillerie Batterie Gonzenbach, dâArgovie, 114 hommes, piĂšces 106 de six; batterie Wirz, dâArgovie, 114 hommes, une demi- batterie de piĂšces de douze et une demi-batterie dâobusiers de vingt-quatre; batterie Christen, de BĂąle-Campagne, 89 hommes. HORS DE LIGNE. Seconde rĂ©serve Les bataillons argoviens DĂŒrr, 3 44 hommes, Steiner, 39b hommes, Halder, 448 hommes , Metzger, 718 hommes, Schmutziger, 339hommes, ltuetsclii, 466hommes; les compagnies de carabiniers argoviens DĂŒrr, 38 hommes , Siebenmann, 136 hommes, Halder, 36 hommes; les compagnies de carabiniers de BĂąle-Campagne BĂŒhler, 66 hommes, GaumĂŒller, 67 hommes; cavalerie argovienne Halder, 17 hommes, Metzger, 13 hommes. Artillerie Les batteries argoviennes DĂŒrr, 28 hommes, Metzger, 26 hommes; la batterie Senn, de BĂąle-Campagne, 29 hommes toutes piĂšces de douze. RĂCAPITULATION. Ălat-major de division . .... 46 hommes. PremiĂšre brigade . . . .... 2,852 » DeuxiĂšme brigade. .... 2,86b > TroisiĂšme brigade. . . .... 2,524 » Cavalerie. .... 123 » GĂ©nie. .... 100 » Artillerie. » Ambulance. .... 18 B PremiĂšre rĂ©serve . .... 4,266 » Seconde rĂ©serve . . . .... 2,929 Total 16,253 » hommes. CINQUIĂME DIVISION DE LâAIIMĂE. Commandant de division M. Dominique GrnĂŒr , de Sch'Ăąnis, canton de S'-Gall, colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudant de division M. Albert Brandlin, de Jona, canton de S l -Gall, major fĂ©dĂ©ral. Ătat-major hommes; musique 26 hommes. l re BRIGADE. Commandant M. Melchior Blumer, de Schwanden , canton de Glaris, colonel fĂ©dĂ©ral. 107 Effectif Le bataillon Brunner, de Zurich, 653 hommes; le bataillon Ncuweiler, de Thurgovie, 713 hommes; le bataillon Meyer, de Zurich, 568 hommes; la compagnie de carabiniers Kern, dâAppenzell 100 hommes; la compagnie de carabiniers Huber, de Zurich, 103 hommes; la compagnie de cavalerie Caspar, de Schaffhouse , 64 hommes ; la compagnie de cavalerie Messmer, de S l -Gall, 64 hommes. Il 0 BRIGADE. Commandant M. Jean Isler, de Kaltenhach, canton de Thurgovie, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Le bataillon Schmid, de Zurich, 610 hommes; le bataillon Meyer, dâAppenzell 497 hommes; le bataillon Hilti, do S-Gall, 790 hommes; le bataillon Gnehm , de Schaffhouse, 846 hommes ; les compagnies de carabiniers Zeller, de Zurich, 133 hommes, Baurnann, de S l -Gall, 135 hommes. III" BRIGADE. Commandant M. Jean Ulrich Ritter, dâAltsfĂątten, canton de S'-Gall, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Le bataillon Rappeler, de Thurgovie, 715 hommes; le bataillon Bernold, de S'-Gall, 790 hommes; le bataillon Scliindler, de Claris, 641 hommes; les compagnies de carabiniers BĂąnzinger, dâAppenzell 101 hommes, Molin, des Grisons, 88 hommes. RĂSERVE. i re brigade. Commandant M. FrĂ©dĂ©ric Schulthess, de Zurich, lieutenant-colonel. Depuis le 18 novembre M. Bernold, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons Bleuler, de Zurich, 510 hommes, Schulthess, 569 hommes, Meyer, 493 hommes, Haab, 658 hommes , Treichler, 485 hommes , Stahel, 609 hommes; les compagnies de carabiniers de Zurich Staub, 114 hommes, SchĂ rer, 100 hommes; la compagnie de cava~ lerie Sulzberger . de S l -Gall, 56 hommes. Le jour de lâentrĂ©e des troupes dans le canton de Zug, le bataillon Stahel fut dĂ©tachĂ© pour ĂȘtre incorporĂ© dans la premiĂšre 108 brigade Blumer, parce que le bataillon Brunner passa de cette brigade dans la troisiĂšme Ritter. Le bataillon Meyer avec le bataillon Schncll de la deuxiĂšme brigade de rĂ©serve forma alors ce jour-lĂ une demi-brigade sous le commandement de M. le lieutenant-colonel Meyer, servant de rĂ©serve pour les deux brigades de celte division qui opĂ©raient. Lors de lâoccupation du canton de Zug, la premiĂšre brigade de rĂ©serve Ă©tait donc composĂ©e de quatre bataillons dâinfanterie et de deux compagnies de carabiniers de Zurich et dâune compagnie de cavalerie de S'-Gall. u° brigade. Commandant M. Bringolf, dâUnterhaliau, lieutenant- colonel. Effectif Les bataillons Bringolf, de Schaffhouse , 566 hommes, FĂąh, de S'-Gall, 790 hommes, Schnell, de S'-Gall, 790 hommes. Cette brigade a Ă©tĂ© dissoute le 18 novembre. Le bataillon Bringolf est allĂ© rejoindre la troisiĂšme brigade de rĂ©serve Kel- ler ; le bataillon FĂ h a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© Ă Coire et incorporĂ© dans la sixiĂšme division de lâarmĂ©e; le bataillon Schnell a subi la transmutation que nous signalons plus haut. Les opĂ©rations terminĂ©es et lors du licenciement de la rĂ©serve, ce bataillon a Ă©tĂ© incorporĂ© dans la premiĂšre brigade Blumer, et le bataillon Bernold dans la seconde brigade Isler. iu e brigade. Commandant M. Keller, de Zihlschlacht, canton de Thurgovie, lieutenant-colonel. Effectif Bataillons Merkli proprement Labhart, de Thurgovie, 701 hommes , Zelhveger, dâAppenzell 481 hommes, Keller, de Thurgovie, 712 hommes, Triimpi, de Glaris, 643 hommes, Messmer, 301 hommes, Baum- garlner, de S'-Gall, 886 hommes; les compagnies de carabiniers Ammann, 101 hommes, de Thurgovie, Blumer, 97 hommes, Leuzinger, 98 hommes, de Glaris, Bosch, 88 hommes, Weber, 83 hommes, de S'-Gall, Koller, 9/i hommes, Rohner, 80 hommes, dâAppenzell artillerie batterie de quatre NĂŠff, 83 hommes, de S'-Gall ; cavalerie une demi-compagnie Reifer, de Thurgovie. 109 Avant le commencement des opĂ©rations, le bataillon Relier , de Tliurgovie , est allĂ© rejoindre la sixiĂšme division de lâarmĂ©e; le bataillon Bringolf a Ă©tĂ© , comme il a Ă©tĂ© dit dĂ©jĂ , incorporĂ© dans la troisiĂšme brigade. IIORS DE LIGNE. iv c brigade. Commandant M. Bernold , de Mels, canton de S- Gall, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons zuricois Treichler, 485 hommes, Slaliel, 609 hommes; le bataillon Sclmell, de S l -Gall, 653 hommes; les compagnies de carabiniers Bosch, de S l -Gall, 117 hommes, Langer, de Glaris, 120 hommes. v e brigade. Commandant M. Jacques Fierz, de Kiissnacht, canton de Zurich, colonel. Effectif Les bataillons zuricois Egg , 804 hommes, Habliilzel, 653 hommes, BĂŒhler, 653 hommes; les compagnies de. carabiniers zuricois Bossliardl, 99 hommes, Slapfer, 84 hommes. GĂNIE, ARTILLERIE ET AMBULANCE. Sapeurs Compagnie Wimmersberger, de Zurich , 100 hommes. Artillerie Batterie Scheller, de Zurich, 135 hommes, piĂšces de six ; batterie Zeller, de Zurich , 116 hommes, piĂšces de six; batterie Zollikofer, de S-Gall, 122 hommes, obu- siers de douze. Compagnie du parc Kunkler, de S'-Gall, 57 hommes, une demi-compagnie. Parc de rĂ©serve 50 hommes. Ambulance Dr. NĂŠff, 10 hommes; Dr. Kleiner , 10 hommes. RĂSERVE. Sapeurs Compagnie Irminger, de Zurich, 152 hommes. Artillerie Batterie PiĂŒscheler, de Zurich, 99 hommes, piĂšces de quatre; batterie NĂŠff, de S t -Gall, 185 hommes, piĂšces de six; batterie Slreif, de Glaris, 5b hommes, piĂšces de quatre. RĂCAPITULATION. Ătal-major de division. 44 hommes. PremiĂšre » A reporter 2,162 hommes. 140 DeuxiĂšme brigade Report 2,162 2,995 hommes. » TroisiĂšme brigade 2,536 » Cavalerie . . . 128 » Sapeurs .... 100 » Artillerie . . . AU 8 Ambulance . . . 20 » RĂ©serve.... 6,792 » Hors de ligne . . 5,001 » Total 19,980 hommes. SIXIĂME DIVISION DE LâARMĂE. Commandant de division M. Luvini-Perseghini , de Lugano, canton du Tessin , colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudant de division M. Francesco Stoppani, de Ponte-Tresa, lieulenant-colonel fĂ©dĂ©ral. Ătat-major 15 hommes. I re BRIGADE. Commandant M. Jean-Baptiste Pioda, de Locarno, colonel fĂ©dĂ©rai. Effectif Les bataillons lessinois Rusca, 622 hommes, Caselini, 587 hommes, Buchli, 626 hommes; les compagnies de carabiniers tessinois Pedrazzi, 85 hommes, Fogliardi, 91 hommes; volontaires Demarchi, 120 hommes. II e BRIGADE. Commandant M. Edouard de Salis, de Coire, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Les bataillons tessinois Molo, 792 hommes, Vegezzi, 561 hommes; le bataillon Michel, des Grisons, 628 hommes ; les compagnies de carabiniers Rameli, du canton du Tessin, 82 hommes , La Nicca, des Grisons, 60 hommes, Simmen, du Tessin, 65 hommes. III e BRIGADE. Commandant M. François Joseph Millier, de Zug, colonel fĂ©dĂ©ral . Effectif Le bataillon Relier, de Thurgovie, 712 hommes; le bataillon FĂąh, de S-Gall, 790 hommes. RĂ©serve Les bataillons grisons Bauer, 623 hommes, Scherer, 286 hommes, de Salis, 639 hommes, de Kohl, 823 hommes ; les compagnies de carabiniers grisons Kurz, 99 hommes, Michel, 94 hommes, Schiess, 81 hommes. ARTILLERIE ET AMBULANCE. Artillerie Batterie Vicari, du Tessin, 157 hommes, piĂšces de six. Ambulance Dr. Scotti, 8 hommes. RĂCAPITULATION. Ătat-major. .... 18 hommes. PremiĂšre brigade. . . .... 2,134 » DeuxiĂšme brigade . . .... 2,201 1» TroisiĂšme brigado . . .... 1,803 » Artillerie. .... 137 R Ambulance. .... 8 0 RĂ©serve . .... 2,318 » Total 8,310 hommes. DIVISION DE LA RĂSERVE BERNOISE. Commandant de division M. Ulrich Ochsenhein, de Nidau, canton de Berne, colonel. Adjudants de division MM. le capitaine Konig, de Berne ; le lieutenant Forster, de Berne. Ătat-major 33 hommes. i re brigade. Commandant i M. te lieutenant-colonel Knechtenhofer, de Thoune. Effectif Les bataillonsBay, 772 hommes, Karlen, 826 hommes; les compagnies de carabinies Klopfenstein, 121 hommes, de StĂŒrler 118 hommes ; les compagnies de cavalerie KĂŒpfer, 87 hommes, Herrenschwand , 88 hommes. II e brigade. Commandant M. le lieutenant-colonel Brugger, de Berne. Effectif Bataillon Piquerez, 713 hommes; bataillon de Maler, 882 hommes; la compagnie de carabiniers Bourguignon, 114 hommes. III e brigade. Commandant M. FrĂ©dĂ©ric Walthard, de Berne, lieutenant-colonel. Effectif Bataillon MĂŒhlethaler, 591 hommes; bataillon Wyss, 874 hommes; compagnies de carabiniers Zaugg, 108 hommes, Moser 84 hommes. IV e brigade. Commandant M. Cbiffele, de Neuvcville, canton de Berne, colonel fĂ©dĂ©ral. Effectif Bataillons Marti, 878 hommes, Probst, 734 hommes; compagnies de carabiniers Probst, 96 hommes. GĂNIE , ARTILLERIE ET AMBULANCE. Sapeurs Compagnie Haller, 117 hommes. Artillerie Les batteries Rieder, 109 hommes, Liechli, 100 hommes, Schilt, 103 hommes, Roth , 99 hommes, Scharer, 116 hommes. Ambulance I r BĂŒhlmann, 8 hommes. Hors de ligne Les bataillons Bach, 458 hommes, Ziebaeh, 165 hommes, MĂŒller, 679 hommes, MĂŒller, 438 hommes; la compagnie de carabiniers Kuliner, 98 hommes. RĂCAPITULATION. Ătats-majors de division et de brigade 53 hommes Infanterie . 6,279 > Carabiniers 638 » Cavalerie . 112 J Sapeurs 117 » Artillerie . 529 Ambulance 8 » Hors de ligne . Total 1,828 9,544 hommes ARTILLERIE DE RĂSERVE. Commandant de division M. Louis Denzler, de Zurich, colonel fĂ©dĂ©ral. Adjudants de division M. Edouard Burnand, de Moudon, canton de Vaud , major fĂ©dĂ©ral ; MM. Burkhard, de BĂąle, capitaine dâĂ©tat-major fĂ©dĂ©ral; Emmanuel Bischoff, de BĂąle, sous-lieutenant dâartillerie. Commandant du parc de dĂ©pĂŽt M. Rodolphe Wurstembergcr , de Berne, lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral. i' ,e brigade. Commandant M. Adolphe NĂŠfĂŻ, dâAllstallen, canton de S l -Gall, major fĂ©dĂ©ral. Effectif Batterie Zuppingeiâ, de Zurich, 1 AO hommes, piĂšees de douze; batterie Paravicini, de BĂąle-Ville, 152 hommes, piĂšces de douze; batterie Moll, de Berne, 150 hommes, piĂšces de douze; batterie Weber, de Soleure, 188 hommes, obusiers de vingt-quatre; batterie ltingier, dâArgovie, 118 hommes*, piĂšces de douze et deux obusiers de vingt-quatre. II e brigade. Commandant M. Edouard Funk , de Nidau , major fĂ©dĂ©ral. Effectif Batterie Dietzi, de Berne, 143 hommes, piĂšces de douze; batterie Kisller, de Berne, 122 hommes, piĂšces de six. III e brigade. Commandant M. LĂ©opold lleding de Biberegg, de Frauenfeld, major fĂ©dĂ©ral. Effectif Batterie Ernst, de Zurich, 119 hommes, piĂšces de huit; batterie Heylandt, de S*-Gall, 122 hommes, piĂšces de six. IV e brigade. Commandant M. Charles Borell, de GenĂšve, major fĂ©dĂ©ral. Effectif Batterie David, de Vaud, 135 hommes, piĂšces de six; batterie Gautier, de Vaud, 144 hommes, piĂšces de douze et obusiers de vingt-quatre; batterie Grenier, de Vaud, 118 hommes, piĂšces de quatre et obusiers de douze; batterie Rovigue, de Vaud, 149 hommes, deux piĂšces de douze et deux obusiers de vingt-quatre **. * Cette batterie nâest pas comprise dans le tableau officiel qui nous a Ă©tĂ© communiquĂ© ; mais, comme nous le savons de source certaine , elle appartenait Ă la division de lâartillerie de rĂ©serve dans laquelle elle a Ă©tĂ© incorporĂ©e, sans changer les rapports des chiffres ; dans tous les cas, cette division Ă©tait de 118 hommes plus forte quâon ne lâa indiquĂ©. ** Le tableau officiel qui nous a Ă©tĂ© communiquĂ© porte dans la premiĂšre division la batterie Rovigue, mais elle se trouvait dans la division de lâartillerie de rĂ©serve; ainsi la derniĂšre Ă©tait dâautant plus forte et la premiĂšre dâautant plus faible. 8 COMPAGNIE DE parc ET parc de rĂ©serve Sous le commandement de M. Schulthess, de Zurich. Effectif Compagnie de parc, 188 hommes; parc de rĂ©serve, 76 hommes. RĂCAPITULATION DE LâARTILLERIE DE RĂSERVE. Ătat-major de division 9 hommes PremiĂšre brigade .... 562 » DeuxiĂšme brigade .... 267 TroisiĂšme brigade . . . 245 » QuatriĂšme brigade .... 400 » Compagnie de parc et parc de rĂ©serve 251 » Total 1,712 hommes. Sur les tableaux dans lesquels nous avons puisĂ© ces donnĂ©es figurent encore pontoniers Compagnie I-Iuber, de Zurich, 100 hommes ; compagnie dâArgovie, 100 hommes; compagnie IlĂŒnenvadel, dâArgovie, 74 hommes. Cependant nous croyons savoir que la compagnie Iluher a Ă©tĂ© incorporĂ©e dans la l re division, et les compagnies Vogllin et HĂŒnerwadel dans la IV e division. CAVALERIE DE RĂSERVE. Commandant de division M. Louis de Linden, de Berne, lieutenant-colonel fĂ©dĂ©ral. i re brigade. Commandant M. Henri Rieter, de Winterlhour, canton de Zurich, major fĂ©dĂ©ral. Effectif Les compagnies Hauser, de Zurich, 62 hommes, Bluntschli, de Zurich, 86 hommes, Wagner, de S'-Gall, 64 hommes. n e brigade. Commandant M. Jean Ott, de Zurich, major fĂ©dĂ©ral. Effectif Compagnie Flubacher, de BĂąle-Campagne, 68 hommes; compagnie Rohr, dâArgovie, 84 hommes ; compagnie Hippenmeier, de Thurgovie, 64 hommes. m e brigade. Commandant M. Jean Karlen , dâErlenbach , canton de Berne , major fĂ©dĂ©ral. 11 5 Effectif Les compagnies bernoises Didier, 75 nommes, Knechtenhofer, 72 hommes; la compagnie Meier, dâArgovie , 51 hommes. RĂCAPITULATION DE LA Ătat-major de division . PremiĂšre brigade . DeuxiĂšme brigade TroisiĂšme brigade CAVALERIE DE RĂSERVE. . . 1 hommes 186 » 217 200 » Total 640 hommes. COUPS DĂTACHĂS. Le bataillon dâinfanterie Hiibscher, Ă BĂąle, 394 hommes; la compagnie de cavalerie Dupasquier prĂšs de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral, 61 hommes. RĂCAPITULATION TOTALE. Ătal-major gĂ©nĂ©ral 92 hommes PremiĂšre division , 19,423 » DeuxiĂšme division 12,313 » TroisiĂšme division 9,892 » QuatriĂšme division 16,253 CinquiĂšme division 19,980 » SixiĂšme division .... 8,310 » Division de la rĂ©serve bernoise 9,544 » Pontoniers ..... 274 » Artillerie de rĂ©serve 1,712 Cavalerie de rĂ©serve 613 > Corps dĂ©tachĂ©s .... 455 » Total gĂ©nĂ©ral 98,861 hommes Le tableau suivant fera voir le nombre de milices fournies Ă lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale par chaque canton; on y verra aussi combien chaque canton a fourni au-dessus ou au-dessous de son contingent, ainsi que le nombre de bouches Ă feu mises en campagne. CANTONS. 3 w PS » a O p5 ° Robadey, ancien syndic de Komonl, directeur des finances; 6° Wicky, de Fribourg, directeur de la guerre; 7° BroyĂ©, prĂ©sident dâEstavayer, directeur des travaux publics. En outre, M. le D r Berchtold fut nommĂ© chancelier et M. Villard, procureur-gĂ©nĂ©ral. AprĂšs son entrĂ©e en fonctions, le gouvernement provisoire adressa au peuple la proclamation suivante Chers concitoyens! Un gouvernement, oublieux de ses devoirs les plus sacrĂ©s, a provoquĂ© le flĂ©au de la guerre civile et ruinĂ© le pays. Le moment de mettre un terme au rĂšgne de lâoligarchie et aux manĆuvres de lâhypocrisie est arrivĂ©. Les ennemis de lâordre public doivent ĂȘtre rappelĂ©s Ă lâaccomplissement des devoirs imposĂ©s Ă tout citoyen. Les lois protectrices des libertĂ©s du peuple et des principes de la dĂ©mocratie doivent enfin recevoir leur application. Les maux dont la patrie est affligĂ©e sont immenses des moyens Ă©nergiques doivent ĂȘtre employĂ©s pour y porter remĂšde. '184 AppelĂ©s par lo vĆu du peuple Ă dĂ©fendre provisoirement les intĂ©rĂȘts du pays, dans les circonstances les plus difficiles oĂč soit jamais trouvĂ©; chargĂ©s par lui de relever lâĂ©difice social sapĂ© par toutes ses bases, nous nâavons pas reculĂ© devant celle tĂąche do pĂ©nible dĂ©voĂ»meut et de labeur. Nous lâabordons, pleins de confiance dans le TrĂšs-Haut, qui a si souvent sauvĂ© la rĂ©publique. Avec son appui et le concours de votre patriotisme Ă©clairĂ©, nous pouvons ramener lo pays Ă la possession des institutions qui avaient fait son bonheur. Nous prendrons pour devise les principes de la modĂ©ration et de la justice, les maximes dâuno dĂ©mocratie sincĂšre, le respect dĂ» aux sentiments religieux, qui ont animĂ© nos pĂšres, et au culte auguste quâils nous ont transmis. Le gouvernement pourra exposer prochainement lo tableau des finances de lâĂtat, rĂ©duites Ă un complet Ă©puisement et grevĂ©es de dettes. Notre canton aura peut-ĂȘtro Ă supporter des frais de guerre au- dessus do ses ressources actuelles. Nous aviserons aux mesures rĂ©guliĂšres quâon pourrait prendre pour en fairo peser le fardeau sur qui do droit. Les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux et lâautoritĂ© militaire ont sanctionnĂ© les choix que vous avez faits. Ils ont reconnu formellement le pouvoir dont vous avez investi lo gouvernement provisoire, et nous pouvons compter sur lâappui de la haute diĂšto. Citoyens ! En entrant dans cette nouvelle Ăšre de progrĂšs, nâoubliez pas que lâordre en est la premiĂšre garantie. Donnez-en le noble exemple Ă ceux qui calomnient partout lo peuple, et prouvez-leur que vous ĂȘtes dignes dâĂȘtre libres. Tenez-vous en garde contre les bruits absurdes et malveillans quâils propagent et dont ils porteront la responsabilitĂ©. De notre cĂŽtĂ©, nous poursuivrons avec Ă©nergie la tĂąche que nous avons entreprise. ConformĂ©ment aux dĂ©cisions de la haute diĂšte, nous protĂ©gerons les citoyens qui reconnaissent ses dĂ©crets. Mais nous saurons aussi sĂ©vir, avec une inflexible sĂ©vĂ©ritĂ©, contre les ennemis do la patrie et les perturbateurs de lâordre public. Nous espĂ©rons toutefois que tous les citoyens comprendront le danger des dissensions intestines, la nĂ©cessitĂ© dâun rapprochement et les bienfaits inapprĂ©ciables de la concorde. Nous appelous, avec ardeur, ce moment fortunĂ©. Puisse la divine providence le faire naĂźtre au plus tĂŽt, et rendre Ă notre patrie dĂ©solĂ©e le repos quâelle demande ! DonnĂ© Ă Fribourg, pour ĂȘtre affichĂ© et publiĂ© aux lieux accoutumĂ©s, le 17 novembre 1847. Le president, JULIEN SCHALLER. Le secrĂ©taire, D 1 â t silence dans la soirĂ©e du 22*. La unit qui survint mil provisoirement fin au combat. Le combat commença Ă deux heures de lâaprĂšs-midi et dura sans interruption jusquâĂ lâentrĂ©e de la nuit. On ne peut disconvenir que les habitants de lâEntlebuch , du moins en partie , se sont trĂšs bien conduits. A en juger par leurs cris rĂ©pĂ©tĂ©s de hourrah, ils se croyaient dĂ©jĂ vainqueurs. Mais ils se trompĂšrent. Ils nâavaient nullement Ă©branlĂ© les valeureux Bernois, parmi lesquels rĂ©gnait le meilleur esprit. Dans la soirĂ©e du mĂȘme jour, lâennemi dut se retirer de la position avantageuse quâil occupait. La nuit se passa tranquillement au bivouac. Pendant la nuit les Bernois passĂšrent sur la rive gauche de lâEmme et leurs carabiniers occupĂšrent les hauteurs environnantes. Lâartillerie lucernoise sâĂ©tait Ă©galement retirĂ©e pendant la nuit sur la hauteur de la chapelle de S-Wolfgang et sây Ă©tait un peu retranchĂ©e Ă la hĂąte. Le 25, Ă la pointe du jour, les sapeurs de la division bernoise construisirent un parapet devant une batterie. BientĂŽt aprĂšs, le feu ennemi cracha contre les Bernois, qui ripostĂšrent immĂ©diatement avec quatre bouches Ă feu. Les Lucernois qui Ă©taient postĂ©s prĂšs de la chapelle de * Lâauteur des Documents dit Ă ce sujet âLe rapport du colonel Ochsenbein contient une erreur lorsquâil dit que lâune des deux piĂšces a Ă©tĂ© dĂ©montĂ©e sur le KapuzinerhĂŒgel par le feu de son artillerie. Voici comment la chose sâest passĂ©e Lâattelage des deux piĂšces, au lieu dâĂȘtre conduit par des soldats du train, Ă©tait simplement conduit par des garçons du landsturm. En montant, lâune des piĂšces heurta violemment contre le bord de la route et brisa son essieu. Le chef de la piĂšce, caporal Hurter, auquel il ne restait plus que six cartouches Ă mitraille, transporta la piĂšce Ă Hasle, oĂč il fit rĂ©parer lâessieu dans une forge, et retourna en toute cĂ©lĂ©ritĂ© sur le lieu du combat. Il partagea ses six cartouches avec lâautre piĂšce qui avait Ă©puisĂ© toutes ses munitions. Ces garçons, qui remplaçaient les soldats du train, doivent sâĂȘtre conduits au feu comme de vieux soldats. 1 * Câest dommage que ces braves jeunes gens ne savaient pas quâils combattaient pour une bande de parjures. Nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© voir tout ce courage dĂ©pensĂ© dans un combat pour la patrie. Lâun de ces garçons, Ă son retour dans son village, doit avoir trouvĂ© la maison de ses pareils rĂ©duite en cendres. '197 S l -Wolfgang se tinrent dans cette position jusquâaprĂšs huit heures, oĂč ils se virent contournĂ©s par les carabiniers qui se trouvaient au-delĂ de lâEmme et qui commençaient Ă se diriger sur Scfuipf- lieim. Les Lucernois se retirĂšrent alors derriĂšre le village de SehĂŒpfheim, oĂč ils prirent une position trĂšs avantageuse sur la colline oĂč est situĂ© le couvent des capucins, colline qui domine la vallĂ©e Ă droite et Ă gauche. Les Bernois qui sâĂ©taient avancĂ©s sur les deux cĂŽtĂ©s de lâEmme furent dâabord repoussĂ©s par la mitraille et le feu de la mousquelerie , mais ils marchĂšrent de nouveau courageusement en avant, regardant audacieusement la mort en face, de sorte que leurs adversaires ne purent les arrĂȘter sur ce point. MenacĂ©s et repoussĂ©s tant sur la rive droite que sur la rive gauche de lâEmtne, les Lucernois abandonnĂšrent les positions favorables quâils occupaient et se retirĂšrent Ă deux heures de lâaprĂšs-midi par le village dâEntlebuch *, dĂ©molissant dans leur retraite le pont de Hasle. Les braves milices de la division Oehsenbein, ainsi que leur commandant, qui a partagĂ© avec elles tous les dangers, mĂ©ritent les plus grands Ă©loges. Elles avaient Ă prendre des positions difficiles, Ă mettre pied sur des terrains qui Ă©taient presque impraticables, et nĂ©anmoins elles ont surmontĂ© toutes ces difficultĂ©s avec un courage et un mĂ©pris dĂ©daigneux de la mort, caractĂšre qui nâest propre quâĂ lâhomme libre, sachant quâil combat pour les biens les plus prĂ©cieux, pour la libertĂ© physique et intellectuelle du peuple. Mais cette brave rĂ©serve de Berne a aussi fait des sacrifices douloureux ; elle dĂ©plore la perte de six morts et elle a eu environ /tO blessĂ©s, dâaprĂšs le rapport du chirurgien en chef, M. Fliigel. Parmi les blessĂ©s il y a deux officiers et plusieurs sous-ofticiers. AprĂšs ce combat si rude, mais si honorable, la division Oehsenbein entra Ă Schiipfheim et le mĂȘme jour elle prit possession des localitĂ©s les plus importantes, Ilasle et Entlebuch, * Lâauteur des Documents croit que lâennemi nâaurait pas Ă©tĂ© en Ă©tat de tenir pied si lâartillerie lucernoise nâavait pas Ă©puisĂ© toutes ses munitions. Lorsque le feu des canons lucernois eut cessĂ©, lâinfanterie nâa plus eu la force dâempĂȘcher la marche de lâennemi, bien supĂ©rieur en nombre. i 98 aprĂšs avoir soigneusement explorĂ© toute la contrĂ©e. MalgrĂ© les bivouacs dont on voyait briller les feux sur les hauteurs, lâennemi ne fit point dâattaque dans la nuit du 25 au 24. Dans la matinĂ©e du 24, le bruit courut que lâennemi se tenait avec toutes ses forces sur la hauteur de Bramegg. La division bernoise marcha nĂ©anmoins en avant et, contre toute attente , elle nâaperçut plus dâennemis armĂ©s. En traversant Scliachen, Mal- ters et le passage du Rengg, elle se dirigea sans sâarrĂȘter sur Kriens, Ă environ trois quarts de lieue au-dessus de Lucerne. En-decĂ de Malters, le colonel Ochsenbein adressa quelques paroles instantes aux diffĂ©rents dĂ©tachements de ses troupes, et il est trĂšs probable que câest Ă ses reprĂ©sentations que ce village doit de nâavoir pas Ă©tĂ© maltraitĂ© en expiation des excĂšs quâil a commis lors de lâexpĂ©dition des corps francs, car les soldats se montraient trĂšs courroucĂ©s , et ce nâest quâavec peine quâon put les empĂȘcher de maltraiter leurs adversaires qui sâen retournaient dĂ©sarmĂ©s de Lucerne pour rentrer dans leurs foyers. Sur son passage, la division bernoise de rĂ©serve rencontra plusieurs travaux de dĂ©fense, tels que palissades, abattis dâarbres, redoutes, ponts dĂ©couverts, environ dix mines qui furent extraites par les sapeurs. Les villages dâEscholzmatt, de Schiipf- beim, de Basic, dâEntlebuch, etc. Ă©taient pour ainsi dire dĂ©serts; on ne voyait par ci par lĂ que quelques femmes. Dans plusieurs maisons de ces deux derniers villages on voyait flotter des draps blancs avec la croix fĂ©dĂ©rale; il y eut lĂ moins de dĂ©vastations. Depuis le 22 Ă midi on avait Ă Lucerne connaissance du commencement du combat. Le major Limmaclier doit avoir demandĂ© plusieurs fois avec instance du renfort et un commandant; mais il ne reçut ni rĂ©ponse ni renfort jusquâĂ la nuit du 22 au 25 oĂč lâon envoya quelques gens du landsturm et un peu de munition sur la hauteur de Bramegg. Dans la matinĂ©e le major Ullmann, qui venait dâentrer Ă Lucerne avec la colonne mobile, devait sâadjoindre un bataillon et une compagnie de carabiniers de la premiĂšre brigade de la premiĂšre division et marcher avec ces troupes sur la vallĂ©e de lâEntlebuch. Cependant elles nâarrivĂšrent que jusquâĂ Malters , oĂč elles reçurent 109 lâordre de battre en retraite Ă cause des nouvelles qui Ă©taient parvenues Ă Lucerne. Tandis que Salis-Soglio avait entiĂšrement nĂ©gligĂ© la dĂ©fense de lâEntlebucli cette nĂ©gligence lui a attirĂ© les reproches sĂ©vĂšres de lâauteur des Documents, il avait rassemblĂ© en grande partie ses forces sur la rive droite de la Reuss et de lâEmme et sur le Rotherberg, attendant une aliaque concentrĂ©e pour le 23. En effet, le commandant de la premiĂšre division RĂŒtlimann reçut lâordre de concentrer la premiĂšre et la deuxiĂšme brigade et de se rapprocher de lâEmme de telle sorte que lâennemi, en sâavançant promptement dâInvvyl et dâEmmen par la rive gauche de la Reuss, ne pĂ»t lui couper le passage de iâEmme. La troisiĂšme brigade de la premiĂšre division, qui Ă©tait stationnĂ©e sur la rive gauche de la Reuss, fut retirĂ©e sur la rive droite. La concentration des deux premiĂšres brigades se fit avec tant de cĂ©lĂ©ritĂ©, que dans la nuit du 22, vers dix heures du soir, les deux brigades, Ă lâexception du bataillon Fehlmann, qui devait se retirer sur la route de Wohlhausen Ă Schachen et Ă Malters avec la compagnie de carabiniers Willmann, Ă©taient concentrĂ©es sur la ligne de SeehĂ usli Ă Sempach, lâaile gauche retirĂ©e vers HellbĂŒhl, et lâaile droite vers Rolhenburg. Le Hun- kelerberg, Ă gauche, et les collines au-dessus de Sempach, Ă droite du centre de la ligne, Ă©taient occupĂ©s par le landslurni des districts de Willisau et de SursĂ©e. Le commandant de la division reçut vers minuit lâordre de retirer au-delĂ de lâEmme les deux brigades 'outre la colonne mobile et de prendre position sur la rive gauche de lâEmme depuis le Renggloch jusquâau pont de lâEmme. Dâun autre cĂŽtĂ©, le commandant du landslurni reçut lâordre de dĂ©tacher environ 5000 hommes du landslurni sur le Bramegg et le Schwarzenberg. Ce mouvement se fit encore pendant la nuit ; le bataillon Xavier Schmid et la compagnie de carabiniers MoĂŻse Meier se retirĂšrent par le pont de Thorberg, le reste se relira par le pont de lâEmme. Dans la matinĂ©e du 23 , le major Ullmann reçut de bonne heure lâordre de se rendre sur le Rraniegg et dây prendre le commandement jusquâĂ lâarrivĂ©e du capitaine dâĂ©tal-major Albertini. 11 devait ctre suivi par le bataillon Xavier Schmid et une compagnie de carabiniers. Le bataillon Eehlmann et la compagnie de carabi- 200 niers WĂŒlmann furent retirĂ©s de Wohlhausen Ă Malters et Blatte». Ainsi, Ă la pointe du jour du 25 novembre, toutes les forces militaires des sonderbundiens se trouvaient Ă©chelonnĂ©es sur la rive droite de la Reuss de lâEmme jusquâĂ Gislikon, Honau et Meierskappel. Les troupes de la premiĂšre et de la deuxiĂšme brigade furent distribuĂ©es de la maniĂšre suivante Les bataillons X. Sclimid , Fehlmann , Zemp et J. GĂŽldlin, les compagnies de carabiniers Hartmann et Meier *, Ă Littau, de mĂȘme que la batterie de division Pfyffer ; la compagnie des carabiniers Schlapfer, Ă Blatlen ; le bataillon Schobinger et les compagnies de carabiniers Segesser et AloĂŻse Hurter, prĂšs du Rothenwald; deux compagnies du bataillon de chasseurs Millier, prĂšs de la chapelle de S'-Philippe Neri ; la demi-compagnie de sapeurs, prĂšs du pont de lâEmme; 600 hommes du landsturm sur le Sonnenberg- environ 1500 hommes prĂšs de Lillau et 1000 hommes, approximativement, prĂšs du pont de lâEmme. Ces troupes furent encore renforcĂ©es le soir par les bataillons Sclimid et Limmacher, ainsi que par les 1500 hommes du landsturm occupant le Bramcgg, quâon retira Ă IlohenrĂŒtli et Ă Littau. Trois compagnies du bataillon valaisan de Courten Ă©taient stationnĂ©es dans le faubourg le plus extĂ©rieur de Lucerne , Ă proximitĂ© du pont de jonction jetĂ© sur la Reuss, au moyen duquel on entretenait des communications avec la redoute de S'-Charles. La compagnie de volontaires Siegrist se tenait sur le Giitsch en qualitĂ© de rĂ©serve. LâĂ©tat-major de division et lâĂ©tat- major de la premiĂšre brigade Ă©taient Ă Littau, lâĂ©tat-major de la deuxiĂšme brigade, prĂšs du pont de lâEmme. Dans cette position on attendait pour le 25 novembre lâennnemi sur les bords de lâEmme. Les ouvrages de fortifications construits sur la ligne de la Reuss sâĂ©tendaient de Lucerne jusquâĂ lâembouchure de lâEinme et Ă©taient disposĂ©s de maniĂšre Ă dĂ©fendre le pont'de lâEmme, la roule de Littau Ă BĂąle et Ă disputer le passage de Gislikon. * Cette derniĂšre Ă©tait stationnĂ©e prĂšs du pont de Thorenberg avec plusieurs compagnies de landsturmiens qui Ă©taient postĂ©s dans des tranchĂ©es. 201 La redoute de S'-Charles Ă©tait occupĂ©e par deux piĂšces de huit, servies par des artilleurs lucernois, et par deux piĂšces de quatre, servies par des artilleurs dâUnlenvalden, sous le commandement du capitaine Jann. La redoute construite sur la hauteur dâY- bach , situĂ©e sur la langue de terre formĂ©e Ă une demi-lieue de Lucerne par la direction subite que prend la Keuss du nord- ouest au nord-est, Ă©tait occupĂ©e par une piĂšce de huit et un obusier de douze sous le commandement du lieutenant Charles ThĂŒring; ces deux bouches Ă feu Ă©taient couvertes chacune par 50 Ă SO hommes. Gislikon est une petite localitĂ© qui ne renferme que peu de maisons ; il y a un bureau de pĂ©age sur le pont de la Keuss, prĂšs de la roule de Lucerne Ă Zug et Ă Zurich. Gislikon est Ă 2 V 2 lieues de Lucerne, situĂ© dans un bas-fonds formĂ© par lâinclinaison du petit plateau qui se trouve en-delĂ du village de Root entre le Roolerberg et la Reuss, par le versant passablement escarpĂ© du Rooterberg et la montĂ©e de la roule contre Honau, derniĂšre localitĂ© du canton de Lucerne, dâoĂč sâĂ©tend de nouveau un plateau dans la direction du HĂŒnenberg. La route qui conduit dans le Freiamt argovien se sĂ©pare Ă Gislikon de la route de Zurich. La premiĂšre de ces routes conduit par le pont de bois couvert Ă Kleindielwyl, premier village argovien. Cette position Ă©tait couverte par une tĂȘte de pont sur la rive gauche de la Reuss pour la dĂ©fense de lâinfanterie et par trois redoutes sur la rive droite pour lâartillerie ; ces redoutes avaient le front tournĂ© contre la Reuss, Ă lâexception de celle construite prĂšs de Honau, qui avait le front tournĂ© contre la route. Cette derniĂšre redoute, la seule dont on put se servir pendant le combat, avait une continuation en descendant la montagne dans une tranchĂ©e longue de ISO pas environ, de lâextrĂ©mitĂ© de laquelle sâĂ©tendaient jusquâĂ la forĂȘt des broussailles favorables pour la dĂ©fense. Nous passerons maintenant aux dispositions qui ont Ă©tĂ© prises par le gĂ©nĂ©ral Salis pour lâattaque principale sur la ligne de la Reuss. AprĂšs que Zug eut capitulĂ© le 22 novembre et que les troupes de Sclrwyz se furent retirĂ©es le mĂȘme jour en nâoccupant plus que le village de Walchwyl, le Rothenkreuz resta 202 encore occupĂ© dans la nuil du 22 au 25 par la batterie lucer- noise Mazzola el par la batterie WĂŒrscli, de Nidwalden. Le gĂ©nĂ©ral Salis avait pris le 22 novembre le commandement personnel de la deuxiĂšme brigade de la deuxiĂšme division et de la troisiĂšme brigade de la premiĂšre division, câest-Ă -dire la dĂ©fense de la ligne de la Iteuss et de la position de Gislikon jusquâau lac de Zug. 11 faut faire observer ici que le bataillon sclnvyzois Dober, qui devait, de concert avec le bataillon Beeler, de Schwyz, couvrir Meierskappel et le versant du Rooterberg , faisait partie de la deuxiĂšme brigade de la deuxiĂšme division , et que le bataillon WĂŒrsch, de Nidwalden, fut retirĂ© du Ro- tbenkreuz le 23 novembre Ă la pointe du jour, Ă lâexception de sa compagnie de carabiniers, dĂ©tachĂ©e Ă Udligenscliwyl et mise Ă la disposition du commandant de la deuxiĂšme division. Il en rĂ©sulte que le commandant de la deuxiĂšme division avait Ă veiller Ă la dĂ©fense du flanc droit du corps opĂ©rant dans la direction de Gislikon sous le commandement personnel du gĂ©nĂ©ral Salis. Mais on nâavait pas Ă©tabli de communications convenables , ou bien Ab-Yberg Ă©tait tellement plongĂ© dans son indiffĂ©rence quâil nĂ©gligea de prendre toutes les mesures nĂ©cessaires *. Salis avait confiĂ© le commandement en chef sur la ligne de lâEmine au colonel EIgger, chef de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral, et le 25 novembre il lui avait dĂ©lĂ©guĂ© comme aides le lieutenant- colonel de S l -Denis et le capitaine dâĂ©tat-major Meyor. Nous allons suivre les Ă©vĂ©nements qui se sont passĂ©s dans ce jour mĂ©morable sur la ligne de la Reuss el nous commencerons par la position des troupes qui faisaient partie du corps du gĂ©nĂ©ral Salis et qui furent conduites au feu contre lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale. Le bataillon RĂŽthlin de la deuxiĂšme brigade de la deuxiĂšme division Ă©tait stationnĂ© le 23 novembre Ă Ebikon avec ses deux '* Salis-Soglio ne doit avoir reçu quâĂ quatre heures du soir Ă Ebikon la nouvelle de la retraite des bataillons Dober et Beeler de .Meierskappel, retraite qui eut dĂ©jĂ lieu Ă une heure, quoique .Meierskappel ne soit pas Ă©loignĂ©e de plus d'une lieue de la route de Zurich en traversant la montagne. compagnies de carabiniers, Ă lâexception de la compagnie du centre Vonrolz, qui servait dâescorte Ă la batterie Schwyzer. Le bataillon Wiirsch, comme nous lâavons dit plus haut, avait Ă©tĂ© dĂ©tachĂ© Ă Udligenschwyl, pour ĂȘtre mis Ă la disposition du commandant de la deuxiĂšme division , Ă lâexception de ses compagnies de carabiniers, qui furent retenues par le commandant en chef de la station de Honau et dĂ©tachĂ©es sur la montagne. Trois compagnies du bataillon de Courlen, du Valais, qui faisaient partie de la colonne mobile, furent laissĂ©es Ă Lucerne on dit que câest pour cause de fatigue ; trois autres compagnies Ă©taient stationnĂ©es Ă Root. De la troisiĂšme brigade de la premiĂšre division il y avait Ă Ralhhausen et Ă Buchenrain le bataillon Weingarlner et la compagnie de carabiniers de land- wehr Hurler pour observer la Reuss ; les bataillons Segesser et Meyer-Bielmann se trouvaient Ă Root et Ă Gislikon. Il faut y ajouter deux compagnies du bataillon de chasseurs Muller qui Ă©taient stationnĂ©es Ă Ebikon. En fait dâartillerie, le gĂ©nĂ©ral Salis avait dans le corps quâil commandait, outre les quatre piĂšces de rĂ©serve qui se trouvaient dans les forts de Gislikon, les batteries Mazzola, Schwyzer et von Moos, qui Ă©taient toutes stationnĂ©es Ă Root et Ă Gislikon*. Le commandant en chef du landslurm Pascal Tschudi Ă©tait Ă©galement Ă Gislikon et disposait du landslurm du district de Habsbourg, qui fut dĂ©tache Ă Meierskappei **, ainsi que dâune compagnie de carabiniers volontaires Jenny du district de llochdorf et dâun bataillon de landslurm de Hitzkirch. Un bataillon de landsturm des communes du district de Hocli- * Il y avait un grand inconvĂ©nient Ă nâavoir aucun commandant dâartillerie, pas mĂȘme un officier supĂ©rieur dâartillerie dans une localitĂ© oĂč se trouvaient rĂ©unies quatre batteries, de sorte que chaque commandant de batterie nâavait pour guide que sa seule impulsion. Le commandant de lâartillerie, lieutenant-colonel R. GĂŽldlin, se trouvait, par ordre du chef de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral, sur la ligne de Littau avec un lieutenant en qualitĂ© dâadjudant. ** DâaprĂšs un tableau authentique que nous avons sous les yeux, le landsturm de ce district Ă©tait fort de 879 hommes; celui de la juridiction de Hitzkirch comptait 930 hommes. 204 dort' les plus rapprochĂ©es Ă©tait stationnĂ© sur le Sedelhof prĂšs de Kalhhausen. Les dispositions pour le combat ne lurent prises quâĂ la pointe du jour, lorsque dĂ©jĂ on apercevait les colonnes ennemies dans la direction de Kleindielwyl. A la pointe du jour, le dĂ©tachement des obusiers de douze de la batterie von Moos, sous le commandement du premier lieutenant Meyer, reçut lâordre de se porter sur les hauteurs le long de la route Ă droite de llonau pour arrĂȘter la marche de lâennemi qui suivait la rive gauche de la Reuss eu sâavançant de Kleindielwyl sur Gislikon. Au-dessous de cette position Ă©tait pointĂ©e une section de la batterie Schwyzer sous le commandement du lieutenant Maurus Meyer et composĂ©e dâune piĂšce de huit et dâun obusier de 18 centimĂštres Faixhans *. La compagnie Vonrolz, dâObwalden, qui avait Ă©tĂ© dĂ©tachĂ©e Ă la batterie Schwyzer, servait dâescorte Ă ces deux sections. La batterie Mazzola Ă©tait avancĂ©e de llonau au-delĂ de cette position. Vers huit heures du matin, les bataillons Segesser et Meyer- Bielmann furent appelĂ©s de Root et de Dierikon et distribuĂ©s de la maniĂšre suivante La compagnie de chasseurs Pfyffer-Feer, dans les tranchĂ©es; sur son aile droite, au bord de la redoute, se trouvait une piĂšce de quatre, qui fut retirĂ©e dans la redoute au commencement du combat prĂšs de Gislikon et remplacĂ©e par une piĂšce de huit de la batterie Mazzola. Touchant Ă celle-ci cl sâĂ©chelonnant par degrĂ©s irrĂ©guliers suivant la nature du terrain, la compagnie du centre Ottiger du bataillon Meyer-Biel- mann se prolongeait jusquâĂ la forĂȘt; la deuxiĂšme compagnie du centre BĂ»cher du mĂȘme bataillon avait pĂ©nĂ©trĂ© dans la forĂȘt, dans laquelle entrĂšrent aussi les carabiniers de Nidwalden venant de llonau. Dâautres troupes reçurent l'ordre de prendre position dans le voisinage de la chapelle de S l -Michel pour sâadjoindre aux troupes sclnvyzoises qui Ă©taient stationnĂ©es en avant de Meierskappel et au versant du Rooterberg. Les deux com- * Tous les obusiers de 15 centimĂštres mentionnĂ©s prĂ©cĂ©demment portent lâempreinte des armes françaises et le nom de Louis-Philippe expulsĂ© de France, li est probable cpie ccs bouches Ă feu venaient de lâarsenal de Besançon. i5 pagnies envoyĂ©es sur la hauteur du Rooterherg nây Ă©tant arrivĂ©es quâĂ onze heures du matin, ne purent se mettre en communication avec les Schvvyzois, car elles en furent empĂȘchĂ©es par la brigade Kilter qui sâĂ©tait dĂ©jĂ avancĂ©e jusquâĂ Meiers- kappel. Le Rooterherg Ă©tait occupĂ© par une chaĂźne Ă©tendue d'infanterie qui se prolongeait depuis Gislikon jusquâĂ la hauteur de la chapelle S-Michel ; mais il nây avait point de connexion rationnelle formĂ©e par lâintermĂ©diaire dâofficiers supĂ©rieurs, point de rĂ©serve, point de masses de bataillon. Les bataillons disponibles Rothlin, Weingarlner et WĂŒrscb, qui se trouvaient Ă une lieue en arriĂšre avec trois compagnies de carabiniers et les deux compagnies de chasseurs Millier, ne doivent avoir reçu ni nouvelles ni ordres pendant toute la durĂ©e du combat, et par consĂ©quent nây ont pas pris part. Cependant, si nous ne portons en ligne de compte que les troupes rĂ©guliĂšres du Sonderbund qui ont figurĂ© dans le combat, celles-ci sâĂ©lĂšveront Ă 4000 hommes au moins. Nous pouvons encore admettre en toute sĂ»retĂ© que 1800 hommes au moins du land- slurm y ont pris une part effective. PrĂšs de Gislikon, sur la rive droite de la Reuss, voici quelles sont les troupes fĂ©dĂ©rales qui ont Ă©tĂ© en partie au feu et qui en partie Ă©taient prĂȘles Ă sây rendre QUATRIĂME DIVISION, ZIEGLER. DE LA PREMIĂRE BRIGADE , EGLOFF bataillon Ginsberg, de Zurich . . . 628 hommes » H'Ă usler, dâArgovie . . âą 785 » » Benz, de Zurich *... 660 » Compagnie de cavalerie Hanhardt, de Zurich. 64 » Une demi-compagnie de sapeurs Hemmen, dâArgovie . . . . . . 47 » A reporter 2,152 hommes * Nous portons en ligne de compte tout le bataillon Benz, quoiquâil nây ait que la compagnie des chasseurs de droite qui ait pris part au combat; le gros du bataillon ne sâest avancĂ© que lorsque le combat fut fini. Report 2,152 hommes Lâartillerie ne peut ĂȘtre Ă©valuĂ©e en hommes, mais uniquement dâaprĂšs les bouches Ă l'eu une batterie fĂ©dĂ©rale est composĂ©e de U piĂšces qui sont servies par ces hommes, savoir Batterie Muller, dâArgovie, piĂšces de six, » Rust, de Soleure, piĂšces de six, » Moll, de Berne, obusiers de douze, » Schweizer, de Zurich, obusiers de douze. A ces piĂšces Ă©taient annexĂ©es comme escortes Deux compagnies de chasseurs du bataillon Zuppinger, de Zurich * . . . . 186 » Deux compagnies du centre du bataillon FĂŠsi, de Zurich . . . . . . 190 Lors de lâopĂ©ration sur le Rooterberg se trouvaient en communication avec les corps prĂ©cĂ©dents DE LA DEUXIĂME BRIGADE, KCENIG Bataillon B'Ă nzinger, dâAppenzell . 498 " » Berner, dâArgovie .... 722 » » Ernst, de Thurgovie . . . 712 » Deux compagnies de chasseurs et une compagnie du centre n° 3 du bataillon FĂŠsi, de Zurich . . . . . . 384 » DE LA PREMIĂRE BRIGADE Compagnie de carabiniers Kreis, de Thurgovie 99 » » » Bleuler, de Zurich . 118 » âąÂ» » Hanhardt, de Thurgovie . . 103 » A reporter 8,157 hommes .* Quatre compagnies du bataillon Zuppinger brigade Egloff et une compagnie du bataillon FĂŠsi brigade KĂŽnig Ă©taient restĂ©es en arriĂšre pour escorter les bagages, les voitures dâapprovisionnements, lâambulance, etc. 207 Report ti,i37 hommes Compagnie de carabiniers Kusler, de S L Gall . 109 » Une demi-compagnie de sapeurs Hemmcn, dâArgovie . . . . . . /i7 » Total 5,295 hommes. Si lâon porte en dĂ©duction les malades et autres non- combattants , on pourra Ă©valuer Ă 5000 hommes au plus lâeffectif rĂ©el des deux brigades prĂ©cĂ©dentes. Sur la rive gauche de la Reuss Ă Dietwyl Ă©taient stationnĂ©s, sans toutefois prendre au feu une part directe Ă lâexception de lâartillerie qui fit feu sur Honau DE LA TROISIĂME BRIGADE, MĂLLER Bataillon Basler, de Zurich. » Martignoni, de SLGall *. » KĂŒnzli, dâArgovie. Compagnie de carabiniers Blumer, de Glaris. » » Tscharner, des Grisons. » de sapeurs Jeuch, dâArgovie. Une demi-compagnie de pontoniers Iluber, de Zurich **, employĂ©e au pont prĂšs dâEyen. Pour escorte La compagnie de carabiniers Ringier, dâArgovie landwehr. Batterie Ringier, dâArgovie , piĂšces de douze et obusiers de douze. » Zuppinger, de Zurich, piĂšces de douze. » Weber, de Soleure, obusiers de vingt-quatre. Pour escorte 1 V 2 compagnie du bataillon Basler, de Zurich. Lâeffectif rĂ©el de cette brigade non compris lâartillerie et le train Ă©tait de 2000 hommes environ. Vers le passage de Meierskappel on employa les forces suivantes * Faute dâentente, ce bataillon nâest arrivĂ© Ă Dietwyl que dans la soirĂ©e du 23 novembre. ** La compagnie des pontoniers argoviens Vogtli dut rester Ă Sins. 208 DE LA CINQUIĂME DIVISION , GMĂR. DEUXIĂME BRIGADE , ISLER Bataillon Meier, dâAppenzell A97 hommes » Schmid , de Zurich 010 > » Bernold , de S^Gall 790 1 » Seiler, de Schaffhouse 8 A 6 » Une demi-compagnie de cavalerie, Kaspar, de Schaffhouse ...... 32 » Compagnie de carabiniers Burkhard prĂ©cĂ©- dĂ©minent Zeller, de Zurich 122 » Compagnie de carabiniers Baumann , de S'-Gall Une demi-compagnie de sapeurs, Wiinmers- 125 » berger , de Zurich ..... 50 » Batterie lleylandl, de S*-Gall, piĂšces de six. TROISIĂME BRIGADE , RITTER Bataillon Brunner, de Zurich 652 » » Hilly, de S-Gall .... 790 1 » Rappeler, de Thurgovie . . , 715 » » Schindier, de Glaris 6 Al » Compagnie de carabiniers Mdlin, des Grisons . 88 » » » Banzinger, dâAppen- zell 101 » Une demi-compagnie de cavalerie, Kaspar, de Schaffhouse ..... 52 » Batterie Scheller, de Zurich. Une demi-compagnie de sapeurs, Whnmers- berger, de Zurich ..... 50 1 Une demi-compagnie de sapeurs, Irminger, de Zurich ....... 50 Total 6,219 hommes Si dans ces deux derniĂšres brigades on porte aussi les non-combattants en dĂ©duction , leur force pouvait ĂȘtre de 6000 hommes environ. DâaprĂšs ces donnĂ©es puisĂ©es Ă des sources authentiques , toutes les forces militaires employĂ©es contre Gis- likon, sur le Roolerberg et prĂšs de Meierskappel, sâĂ©levaient donc tout au plus Ă 11,000 hommes. Ă09 Avant de faire le narrĂ© les combats livrĂ©s Ă Gislikon et Ă Mcierskappel, nous exposerons les mesures prĂ©paratoires qui ont Ă©tĂ© prises avant le 25 novembre par le commandant de la quatriĂšme division, colonel Ziegler, pour lâattaque de Lucerne. Lorsquâil eut appris que les hostilitĂ©s Ă©taient sur le point de commencer et que ses troupes seraient aussi employĂ©es prĂšs de Gislikon, il partit de MĂ»ri le 20 novembre accompagnĂ© de ses adjudants, de lâĂ©tat-major de lâartillerie et du gĂ©nie, sous lâescorte dâun bataillon , dâune compagnie de carabiniers et dâun dĂ©tachement de cavalerie, pour faire une reconnaissance prĂšs de Dietvvyl sur la frontiĂšre lucernoise. On posta deux bataillons Ă droite du village sur une Ă©lĂ©vation du Lindenberg qui prend naissance dans cette localitĂ© et forme la limite entre les cantons dâArgovie et de Lucerne en se dirigeant vers le nord ; on laissa la cavalerie dans le village et avec des chasseurs et des carabiniers on fouilla toute la forĂȘt monlueuse jusquâĂ la lisiĂšre sud-ouest au-dessous de Iluholz. En dehors de la forĂȘt se trouvaient trois mines qui furent dĂ©truites en partie, mais on nĂ©gligea de les dĂ©truire entiĂšrement pour ne pas perdre de temps et par la raison quâelles Ă©taient peu dangereuses, attendu quâon pouvait facilement les contourner sur un terrain ouvert. On nâaperçut que quelques landsturmiens prĂšs de Buholz, qui firent feu dans le lointain dans le but, Ă ce quâil parait, de donner lâalarme. En revanche, on vit prĂšs de Gislikon quelques pelits corps de troupes qui avaient Ă©videmment aperçu les troupes fĂ©dĂ©rales, car ils se mirent en mouvement. Câest indubitablement par suite de cette reconnaissance armĂ©e quâeut lieu lâalarme donnĂ©e pendant toute la nuit par le canon dans le canton tout entier. Dâautres reconnaissances furent encore faites pour assurer le libre passage des troupes fĂ©dĂ©rales sur le territoire lucernois en traversant la Ueuss sur des ponts de bateau. Câest de ces reconnaissances, faites avec un grand tact militaire et avec toute la prĂ©voyance possible par le divisionnaire Ziegler, que dĂ©pendit lâexĂ©cution ultĂ©rieure du plan dâopĂ©ration contre Gislikon , qui eut pour rĂ©sultat une heureuse victoire remportĂ©e par les troupes fĂ©dĂ©rales. Pendant ce temps le gĂ©nĂ©ral Dufour avait rĂ©uni autour de sa personne Ă Bremgarlen, pour se concerter, le chef de tâĂ©tat- 14 210 major gĂ©nĂ©ral, lâadjudant-gĂ©nĂ©ral et les commandants de la quatriĂšme et de la cinquiĂšme division Ziegler et GnuĂŻr. Ensuite de cette confĂ©rence et dâun ordre du 20 sur le mouvement offensif qui devait avoir lieu le 25 novembre, le colonel Ziegler concentra le 22 la deuxiĂšme brigade de la quatriĂšme division sur OberrĂŒti ; la deuxiĂšme brigade sur Sins et la troisiĂšme brigade sur Auw; la cavalerie et lâartillerie furent rĂ©parties dans les brigades; la grosse artillerie fut emmenĂ©e Ă MĂ»ri. Le colonel Ziegler avait pris de la maniĂšre suivante ses dispositions pour le mouvement offensif du 25 novembre, dispositions qui furent portĂ©es Ă la connaissance de ses troupes par un ordre du jour dont voici un extrait âą. La lĂącbc de la division n° h Ziegler sera de sâavancer sur Gislikon tant par la rive droite que par la rive gauche de la Reuss, de sâemparer de cette position ennemie, puis de continuer sa marche contre Root et de tenter de se rĂ©unir Ă la division Donalz n° 5. Dans ce but, la brigade Egloff n° 1 passera la Reuss prĂšs de Sins, elle se dirigera vers S'-Wolfgang, elle y tentera dâopĂ©rer sa jonction avec la division Gmiir n° b, ensuite elle poursuivra sa marche contre Honau, sans toutefois nĂ©gliger sa jonction avec la division GmĂŒr aussi longtemps que celle-ci ne prendra pas une autre direction. La brigade KĆnig n° 2 reçut lâordre de sâavancer dâOberrĂŒti Ă Eyen sur la rive gauche de la Reuss, dây traverser cette riviĂšre et de poursuivre sa marche de BĂąclil- vvyl Ă Honau, pour pĂ©nĂ©trer de lĂ Ă Gislikon aprĂšs avoir fait sa jonction avec la premiĂšre brigade. La brigade n° 5 reçut lâordre de se diriger sur Dielwyl, dây laisser un Ă deux demi- bataillons , tant pour appuyer les troupes que pour visiter les forĂȘts situĂ©es sur le versant du Lindenberg, et de faire avancer les autres bataillons jusquâĂ la forĂȘt Ă droite de la route dans le voisinage de la tuilerie. La compagnie de cavalerie Hanliardt, la moitiĂ© de la compagnie de sapeurs Hemmen, la batterie de douze Moll, la batterie de six Rust durent sâadjoindre Ă la premiĂšre brigade Egloff. La seconde moitiĂ© de la compagnie de sapeurs Hemmen, la batterie de six MĂŒller et la batterie dâobusiers de douze Schweizer reçurent lâordre de marcher avec la deuxiĂšme brigade KĆnig. Les deux derniĂšres Ă©taient placĂ©es sous le coin- m mandement spĂ©cial du major dâartillerie Manuel. La compagnie de cavalerie Bally, la compagnie de sapeurs Jeudi, la batterie de douze Zuppinger, la batterie de landvvehr Ringier, la batterie dâobusiers de vingt-quatre Weber furent dĂ©lĂ©guĂ©es pour sâadjoindre Ă la troisiĂšme brigade. Lâartillerie Ă©tait placĂ©e sous le commandement immĂ©diat du lieutenant-colonel dâartillerie Dernier; câest pourquoi celui-ci et le commandant de brigade, colonel MĂŒller, furent invitĂ©s Ă se concerter sur lâemploi de lâartillerie. La compagnie de pontoniers Voglli fut chargĂ©e de jeter le matin Ă cinq heures un pont sur la Reuss prĂšs de Sins; le dĂ©tachement de pontoniers du capitaine Iluber reçut lâordre de se retirer dâOberrĂŒti avec la deuxiĂšme brigade et de veiller Ă la construction du pont prĂšs dâEyen. AprĂšs avoir pris des mesures pour la garde du pont prĂšs de Sins , tous les commandants de brigade reçurent lâordre de partager tous les bataillons en demi-bataillons et de faire marcher chaque demi-bataillon sous le commandement du commandant ou du major de chaeun dâeux; par cette opĂ©ration lâinfanterie devenait plus mobile et plus facile Ă employer sur le terrain accidentĂ© quâelle avait Ă parcourir. Le commissariat des guerres de division reçut lâordre trĂšs rationnel de faire arriver des provisions en nature dans les quartiers des brigades Ă lâusage de tous les corps, tant pour la journĂ©e du 22 que pour les deux jours suivants, afin quâaprĂšs avoir Ă©tĂ© suffisamment nourris ils pussent commencer les mouvements dâattaque le 25 de bon matin. Mais, vu la masse considĂ©rable de troupes, cet ordre ne put ĂȘtre convenablement exĂ©cutĂ© dans plusieurs corps. Ce manque de vivres inquiĂ©ta non seulement le repos de la nuit, mais il fut cause que lâattaque du 23 fut diffĂ©rĂ©e de deux heures environ. Le commissariat ne put obtenir les voitures nĂ©cessaires pour transporter les vivres des magasins de MĂ»ri dans les quartiers, car les voitures de bagages et le double train de pontons avaient mis de rĂ©quisition un trĂšs grand nombre de bĂȘtes de trait. Il eĂ»t mieux valu, comme le voulait le commandant de division, que tous les bagages fussent restĂ©s Ă MĂ»ri. Sans doute on aurait alors obtenu un nombre suffisant dâattelages. CHAPITRE X. Mouvements offensifs contre Gislikon et Meiershappel et combats qui ij furent livrĂ©s. Le 25 novembre, la premiĂšre brigade Egloff passa Ă huit heures du matin le pont de bateau construit Ă Sins Ă cent pas environ au-dessous du pont de la Reuss qui avait Ă©lĂ© dĂ©truit; elle marcha Ă droite contre le HĂŒnenberg sur le territoire de Zug, et, arrivĂ©e sur la hauteur, elle se dirigea sur BĂ chtwyl parallĂšlement au cours de la Reuss. Le pont de bateau prĂšs dâEyen destinĂ© Ă la deuxiĂšme brigade Konig ne fut achevĂ© quâĂ dix heures du matin , car le chemin qui conduit dâOber- rĂŒti Ă Eyen Ă©tait par places trĂšs-difficile pour le train des pontons, et il nây avait pas non plus une quantitĂ© suffisante de pontons pour construire un pont de la largeur de la riviĂšre ; il fallut donc avoir recours aux arches Ă la Birago, construction qui exige beaucoup plus de temps. 11 est vrai quâon aurait pu se servir de la grandâroule prĂšs de Dietwyl pour le train des pontons et que de lĂ , en suivant des chemins latĂ©raux qui sont en bon Ă©tat, on aurait pu arriver jusquâĂ Eyen sur la Reuss; mais cette opĂ©ration aurait plus facilement inspirĂ© Ă lâennemi des doutes quâon avait lâintention de construire un pont de bateaux prĂšs de Dietwyl, et le train des pontons aurait Ă©lĂ© exposĂ©, sur un terrain ouvert, Ă lâartillerie de lâennemi, tandis que dâOberrĂŒli on pouvait arriver sur place en suivant les rives boisĂ©es de la Reuss sans ĂȘtre aperçu par lâennemi. 11 faut dire Ă lâhonneur du divisionnaire Ziegler quâil a pris les dispositions les plus prĂ©voyantes Ă lâeffet de dĂ©tourner tout danger dans cette circonstance. La capitulation de Zug ayant Ă©tĂ© conclue la veille, 22 novembre , et la division Ă©tant entrĂ©e par Cham dans ce canton tandis que les troupes du Sonderbund sâen Ă©taient retirĂ©es en partie, la conslruclion des deux ponts ne fui entravĂ©e en au- 213 cime maniĂšre de la rive droite du canton de Zug. Cependant on prit toutes les prĂ©cautions possibles en plaçant des compagnies de carabiniers et de chasseurs avec des pontons sur la rive droite avant le commencement des travaux et en les Ă©chelonnant convenablement, de mĂȘme quâen occupant aussi la rive gauche. Lorsque les rayons du soleil eurent percĂ© le brouillard et que la vue put plonger librement de ĂŻlonau sur le lit de la Reuss, lâennemi qui Ă©tait stationnĂ© prĂšs de Honau et de Gislikon aperçut les mouvements des troupes fĂ©dĂ©rales prĂšs dâEyen sur la Reuss ; câest pourquoi la batterie Mazzola tira de Honau plusieurs coups de canon contre Eyen ; quelques boulets passĂšrent tout prĂšs des troupes qui se tenaient sur le rivage, mais ils ne blessĂšrent personne ; dâautres boulets ne purent atteindre jusquâĂ cet endroit. Ces dĂ©charges inquiĂ©tĂšrent un peu les Iroupes lors de la construction du pont, mais lâennemi suspendit bientĂŽt son feu, de sorte que vers onze heures la deuxiĂšme brigade put passer librement le pont de bateau avec lâartillerie. En mĂȘme temps la premiĂšre brigade Ă©tait arrivĂ©e sur la hauteur prĂšs de BĂ chUvyl ou de Bachhof, de sorte que le corps de troupes de la quatriĂšme division qui se trouvait sur ce plateau et Ă©tait destinĂ© pour la rive droite put se rallier convenablement et commencer ses opĂ©rations. Le colonel Ziegler donna Ă ses troupes des directions gĂ©nĂ©rales, suivant que le comportaient les accidents de terrain. La brigade EglotĂŻ sâavança de la hauteur de BĂ chUvyl directement contre Honau et Gislikon, Ă©tendant son aile droite jusquâĂ la Reuss et son aĂźte gauche Ă travers la grandâroule jusquâau versant du Rooterberg en avant du Rothkreuz, y compris les localitĂ©s de Honau et de Gislikon. Toute lâartillerie des deux brigades se tint dans le mĂȘme rayon, faisant suite Ă la brigade EglotĂŻ. Les caissons et les voitures pour les blessĂ©s suivaient dans la mĂȘme direction le long de la route ; le bataillon Benz et la compagnie de cavalerie Hanliardt restĂšrent dans la rĂ©serve ; le bataillon Zuppinger et la compagnie de carabiniers Kusler servaient dâescorte Ă lâartillerie ; les bataillons Ginsberg et HĂ usler, partagĂ©s en quatre demi-bataillons, marchaient sur la premiĂšre ligne, prĂ©cĂ©dĂ©s par des chaĂźnes de chasseurs et de carabiniers; le demi-bataillon FĂŠsi de la deu- m siĂ me brigade resta Ă©galement pour couvrir lâartillerie et les voitures. La brigade KĆnig se relira de Bachlwyl, et prolongeant son aile gauche, elle alla sâappuyer au versant du Rooterberg jusquâau-dessus de Ilonau et de Gislikon; le colonel Ziegler monta jusquâĂ la moitiĂ© du versant de la montagne avec le demi-bataillon FĂŠsi et le bataillon Banzinger, Des chasseurs et des carabiniers formĂšrent la chaĂźne en avant de la deuxiĂšme brigade le long du versant de la montagne, se joignant dans le bas Ă la chaĂźne de la premiĂšre brigade. Avant quâon commençùt de serrer de plus prĂšs lâennemi en partant de BĂącht- wyl, le brigadier Egloff avait fait tenter par lâun de ses adjudants dâopĂ©rer vers Holzh'Ă usern la jonction dâun dĂ©tachement de chasseurs de gauche avec la division GmĂŒr. Celte jonction fut opĂ©rĂ©e par lâarrivĂ©e simultanĂ©e de troupes du bataillon Gnehm, de Schaffhouse; en mĂȘme temps la division GmĂŒr qui sâavançait commença plus Ă gauche le combat avec lâennemi. Entre onze heures et midi on se porta en avant, suivant les directions qui avaient Ă©tĂ© donnĂ©es, avec les deux brigades rĂ©unies et lâartillerie, en parlant de la hauteur qui se trouve en face de B'Ă chtwyl ; la marche se fit lentement en passant dâabord par des collines et des ravins. Lâennemi aperçut de Ilonau lâapproche de la brigade EglolĂŻ, sur laquelle lâartillerie lit feu. Un boulet emporta une jambe Ă un soldat * du demi-bataillon ftlorf Ginsberg. Dans le but de protĂ©ger lâapproche des bataillons Ginsberg et Hausler ainsi que la chaĂźne des chasseurs et des carabiniers, la batterie de douze Moll alla se poster Ă lâextrĂ©mitĂ© du plateau de Bachlwyl, sur une hauteur entourĂ©e de forĂȘts, et fit contre lâennemi un feu efficace. Les bataillons IlĂąusler et Ginsberg se portĂšrent en avant; ils furent suivis par les batteries Muller, Schweizer et Rust qui firent Ă©galement feu sur lâennemi vers Ilonau et le Rooterberg. De cette maniĂšre, lâennemi qui se trouvait dans la partie infĂ©rieure de la montagne et prĂšs de Ilonau sâĂ©tait retirĂ© jusque derriĂšre Ilonau, de sorte que les masses dâinfanterie purent pĂ©nĂ©trer sans combat jusquâĂ Ilonau, * Weiss, de Lindau, canton de Zurich. 215 BientĂŽt aprĂšs la cliaine des chasseurs et des carabiniers de la brigade KĆnig engagea la lulle avec lâennemi cachĂ© partout dans les forĂȘts et les broussailles et avantageusement placĂ© derriĂšre des haies et les maisons; cependant les troupes fĂ©dĂ©rales se portaient toujours plus en avant et lâennemi se retira prĂ©cipitamment; le feu partit le plus souvent de trop loin. Au-dessus du milieu de la montagne et jusquâau sommet, lâennemi occupait des positions trĂšs-avantageuses dans une ligne continue, et de lĂ il fit un feu bien nourri sur les troupes fĂ©dĂ©rales qui sâavançaient. 11 fallait insister pour que lâennemi fĂ»t chassĂ© de ces positions fortes et dangereuses; on sâen approcha davantage et le combat devint plus pĂ©rilleux. Pour donner le bon exemple Ă ses troupes, le divisionnaire Ziegler descendit de cheval; son adjudant, le lieutenant-colonel Siegfried, en fil autant, et le combat principal sâengagea ensuite Ă pied. Les compagnies de tirailleurs sous le commandement du capitaine Plisler bataillon Ginsberg, du capitaine Fierz et du premier lieutenant Bosshard bataillon FĂŠsi se conduisirent avec beaucoup de bravoure ; le demi-bataillon FĂŠsi suivit constamment, au milieu dâune grĂȘle de balles, le divisionnaire Ziegler dont le courage ne voyait aucun danger; mais Ă la fin il se relira Ă droite en descendant contre la brigade EglolĂŻ. Pendant lâapproche des troupes et le combat qui sâengagea dans cette contrĂ©e, le lieutenant-colonel BĂ nzinger fut blessĂ©, ce qui peut avoir fait une grande impression sur son bataillon, car il resta en arriĂšre. Deux compagnies du centre du demi- bataillon Schorrer HĂ usler se retirĂšrent momentanĂ©ment pendant un feu vigoureux ; cependant la compagnie Zweifel reprit immĂ©diatement courage et recommença lâattaque ; il nâen fut pas de mĂȘme de lâautre compagnie. Le brave major Schorrer nâabandonna jamais son poste. Ce demi-bataillon se porta trop loin Ă gauche de la brigade Egloff; câest pourquoi il arriva sur un point trop Ă©levĂ© de la montagne, et il rejoignit les troupes du commandant de la division. AprĂšs une lutte opiniĂątre, celte bonne position que lâennemi occupait dans la forĂȘt fut emportĂ©e et lâon fil quelques prisonniers. NĂ©anmoins les troupes fĂ©dĂ©rales Ă©prouvĂšrent des perles assez sensibles. i Le brigadier Kcenig se trouvait simultanĂ©ment avec quatre demi-bataillons Ă peu prĂšs Ă la mĂȘme hauteur; il Ă©chelonna des carabiniers pour emporter la chapelle S^Miehel situĂ©e sur le Roolerberg et occupĂ©e par lâennemi, qui fit de ses positions avantageuses un feu continuel sur les Ă©claireurs et les masses de bataillon. La chaĂźne sâavança nĂ©anmoins jusquâen face de la derniĂšre position occupĂ©e par lâennemi, qui lit cette fois un feu violent de tirailleurs et de pelotons; mais il finit par ĂȘtre repoussĂ©, laissant cinq morts et sept blessĂ©s. La perte des troupes fĂ©dĂ©rales fut peu considĂ©rable. Lâennemi doit sâĂȘtre retirĂ© vers trois heures de lâaprĂšs-midi, lorsque les troupes fĂ©dĂ©rales sous le commandement du brigadier Egloff sâĂ©taient dĂ©jĂ avancĂ©es jusque dans la vallĂ©e prĂšs de Gislikon et que celles sous le commandement du divisionnaire se tenaient au milieu de la montagne. Pendant que la deuxiĂšme brigade faisait lâascension du Roolerberg et quâelle avait continuellement Ă combattre pendant sa marche, la premiĂšre brigade sâavançait aussi dans la vallĂ©e, les demi-bataillons Ginsberg et Morf Ă droite sur la grandâroule, le demi-bataillon HĂąusler et la batterie Uust par un chemin latĂ©ral Ă©troit, qui Ă©tait la ligne la plus courte pour arriver Ă Honau ; câest lĂ que la batterie Rust prit position et lança quelques boulets contre Gislikon pour protĂ©ger la marche de lâinfanterie. Le bataillon Ginsberg, qui sâavançait le premier sur la route, fut reçu par la mitraille de la batterie Mazzola au moment oĂč il sortait dâun coude que fait la route ; ce bataillon se trouvait Ă portĂ©e de la redoute de Gislikon ; il battit en retraite derriĂšre une carriĂšre avec le bataillon Morf. Dâun autre cĂŽtĂ©, le bataillon HĂąusler avec le brigadier Egloff et aprĂšs lui la batterie Rust pĂ©nĂ©tra jusquâen face du petit village de Gislikon, ayant Ă sa tĂȘte la chaĂźne des chasseurs avec quelques carabiniers zuricois de la compagnie Bleuler. Les tirailleurs, les chasseurs du bataillon HĂąusler compagnie Dietwyler et du bataillon Ginsberg, ainsi que des carabiniers de la compagnie zuricoise Bleuler, avaient occupĂ© Gislikon, la hauteur Ă gauche de mĂȘme juc le versant Ă droite de ce village ; la batterie Rust sâĂ©tait postĂ©e sur un plateau au commencement de ce village et les bataillons llĂ uslcr el BĂ nziuger sâĂ©taient placĂ©s en partie devant en partie derriĂšre cette batterie, lorsquâun feu violent dâinfanterie et dâartillerie fut dirigĂ© sur la batterie Rusl, sur les tirailleurs et les deux bataillons , Ă tel point que les chasseurs et les carabiniers, aprĂšs avoir fait des pertes sensibles, ne purent tenir pied; ils laissĂšrent Ă dĂ©couvert la batterie Rust, qui se relira aussi en toute hĂąte aprĂšs avoir eu des blessĂ©s et des morts parmi les hommes et les chevaux, cl elle laissa mĂȘme la piĂšce la plus avancĂ©e en lieu de sĂ»retĂ© entre deux bĂątiments adjacents. Le capitaine Rust donna des preuves dâune rare intrĂ©piditĂ©; il fil des efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s pour maintenir ses gens au feu et ne quitta que le dernier ce poste dangereux. Le bataillon dâAppenzell se retira en partie. Cependant, aprĂšs de louables efforts, lâadjudaut de division Siegfried parvint Ă le rallier et Ă le maintenir sur place. Le bataillon HĂ usler tint plus ferme avec lâintrĂ©pide et brave colonel Egloff, quoique dans le moment le plus chaud il semblĂąt vouloir perdre contenance. Ces deux bataillons Ă©prouvĂšrent Ă©galement des pertes assez sensibles. Câest aux encouragements et Ă lâexemple de lâadjudant de division Siegfried et de lâadjudant Hoffsletter Ă©tat-major de la brigade Egloff quâon doit que les tirailleurs rentrĂšrent dans le village, quâils prirent de bonnes positions Ă lâintĂ©rieur et autour des maisons et quâils firent de nouveau vigoureusement feu. MalgrĂ© les pertes quâelles venaient dâĂ©prouver, les troupes fĂ©dĂ©rales recommencĂšrent la lutte avec un nouveau courage. La batterie Moll qui, aprĂšs la retraite de la batterie Rust, avait pris position sur la hauteur en arriĂšre de Gislikon, fit feu sur la redoute. Ce feu efficace, joint Ă celui des tirailleurs et de lâinfanterie qui sâavançaient de pied ferme, brisa les forces de lâennnemi ; les deux demi-batteries Ginsberg et Morf commencĂšrent aussi Ă faire feu, ainsi que les batteries Millier et Schweizer, et au moment oĂč le combat Ă©tait sur le point de finir, le bataillon Benz vint encore au secours des troupes qui combattaient. Lâadjudant de division ayant criĂ© aux tirailleurs que lâennemi prenait la fuite , on sâavança de nouveau en avant; lâennemi avait cessĂ© son feu et le capitaine dâartillerie Mazzola avait quittĂ© la redoute. Lue piĂšce de quatre de sa batterie resta sur place, les soldats ayant pris la fuite avec lâavant-train 218 seulement; celle piĂšce tomba entre les mains du vainqueur. AprĂšs sâĂȘtre approchĂ© avec les tirailleurs en face du petit village de Gislikon, lâadjudant de division vit que lâennemi avait effectivement quittĂ© la redoute ; il rappela le colonel EglofĂŻ, il traversa immĂ©diatement la redoute avec quelques chasseurs et sâavança jusquâen face du pont; le colonel EglolĂŻ le suivit avec les bataillons et lâartillerie. Sur la route, Ă cĂŽtĂ© de lâauberge et dans la grange gisaient plusieurs ennemis tuĂ©s et blessĂ©s. Ces derniers reçurent plus tard les soins des chirurgiens de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale. AprĂšs cette dĂ©route, il fut impossible aux troupes ennemies de se tenir plus longtemps dans la bonne position quâelles occupaient sur la hauteur de la chapelle S-Michcl. Le 23 novembre, vers huit heures du matin, le village de Dielwyl fut occupĂ© par la troisiĂšme brigade et lâartillerie de rĂ©serve. Le troisiĂšme bataillon de cette brigade Martignoni Ă©tait restĂ© en arriĂšre faute dâavoir entendu lâordre qui lui avait Ă©tĂ© donnĂ©. La colonne dĂ©boucha du village dans la plaine, se dirigeant Ă gauche entre ce village et la rive de la Keuss sur le second pont de bĂąteau construit prĂšs dâEyen. La tĂšte de la colonne de la batterie Ă©tant arrivĂ©e du village dans la plaine, les premiers coups de feu de lâennemi partirent immĂ©diatement de Honau sur les troupes fĂ©dĂ©rales. CâĂ©taient des grenades de 15 centimĂštres qui, bien dirigĂ©es, Ă©clatĂšrent Ă la proximitĂ© des troupes. Ces troupes ne purent apercevoir la position de lâennemi Ă cause des rayons du soleil qui leur donnaient dans les yeux. La colonne arrĂȘta sa marche, elle reconnut le terrain, qui Ă©tait une plaine parfaite , mais elle ne trouva aucune position favorable pour ouvrir un feu efficace. Elle se relira donc contre le village de Dielwyl et elle trouva entre ce village et la tuilerie, Ă cĂŽtĂ© de la forĂȘt, une Ă©lĂ©vation dont lâinclinaison dans la vallĂ©e Ă©tait de 20° environ, ayant en face le village de Ilonau. La compagnie de carabiniers Tscharner fut employĂ©e pour couvrir cette position; la compagnie de carabiniers de Glaris explora Ă droite la montagne; la compagnie de cavalerie Daily fut postĂ©e dans le village avec un dĂ©tachement dâinfanterie, le reste de lâinfanterie se tint dans le village et les batteries furent pointĂ©es sur les hauteurs ; des dĂ©tachemenls de chasseurs de droite lurent envoyĂ©s en avant sur la montagne boisĂ©e pour empĂȘcher qu'une allaque ne se fil de ce cĂčlĂ©-lĂ . Une colonne de rĂ©fugiĂ©s lucernois servant de guides, Ă la tĂšte desquels se trouvait le capitaine Bucle, de Ilochdorf, parlĂšrent dâune position meilleure situĂ©e sur une hauteur prĂšs de Pfaffwyl dans la direction dâInvvyl ; mais comme cette hauteur Ă©tait encore occupĂ©e le malin par les troupes ennemies, les batteries ne purent ĂȘtre exposĂ©es avant que lâaile gauche de la division Donalz ne se fĂ»t avancĂ©e jusque-lĂ et quâon eĂ»t opĂ©rĂ© une jonction avec elle. Effectivement, les troupes ennemies se montrĂšrent Ă plusieurs reprises sur la lisiĂšre de la forĂȘt, mais elles furent maintenues Ă distance par la chaĂźne avancĂ©e. Dâabord on ne pointa que des piĂšces de six quatre de la batterie zuricoise Zuppinger et deux de la batterie argovienne de landwehr Ringier, et on riposta au feu qui fut immĂ©diatement dirigĂ© de la redoute au-dessous du village de Ilonau contre la position de Dictwyl. 11 pouvait cire onze heures. AprĂšs une dimi-heure, le feu de la batterie ennemie se tut. Dâun autre cĂŽtĂ©, les bouches Ă feu placĂ©es dans la redoute situĂ©e au- dessus du villlage de Honau vomissaient un feu bien nourri sur la position dont nous venons de parler. CâĂ©taient des piĂšces de huit, des obusiers de 15 centimĂštres et des obusiers de douze. Les boulets de huit portaient au commencement trop bas, puis ils volĂšrent au-dessus de la batterie fĂ©dĂ©rale. Les grenades de douze portaient Ă©galement trop bas; en revanche les grenades de 15 centimĂštres Ă©taient bien dirigĂ©es et elles auraient causĂ© des dĂ©gĂąts considĂ©rables dans la batterie fĂ©dĂ©rale si elles nâavaient pas Ă©clatĂ©. AprĂšs une heure de combat, cette batterie ennemie cessa Ă©galement son feu. Ces bouches Ă feu allĂšrent rejoindre en partie la quatriĂšme division, et en partie elles se transportĂšrent dans la redoute construite prĂšs du pont de Gis- likon. Lorsque le combat eut commencĂ© prĂšs de Gislikon mĂȘme Ă deux heures et demie environ, combat auquel les deux batteries Rusl et Moll prirent part, principalement sur la rive droite, le commandant de la grosse artillerie chercha en vain sur la rive gauche dans diffĂ©rents endroits des positions pour braquer ses piĂšces contre la redoute de Gislikon. Si pendant la journĂ©e on 220 avait pu relier la troisiĂšme division Ă la quatriĂšme sur les hauteurs de Pfaffwyl, il eĂ»t Ă©tĂ© possible de poster les batteries sur le dos de la montagne pour cracher sur lâennemi tant dans sa position prĂšs de Gislikon que dans sa retraite sur Root. La grosse artillerie sur la rive gauche prĂšs de Dietwyl ne fut donc dâaucun secours pour la prise de Gislikon. Cette artillerie nâĂ©prouva aucune perte en hommes et en chevaux; elle lança 165 boulets de douze et 50 obus de vingt-quatre. Dans la brigade Miiller, un soldat du bataillon KĂŒnzli eut la jambe emportĂ©e dâun coup de boulet, et le brave capitaine Buck, qui supportait son sort avec tant de rĂ©signation, fut Ă©galement tuĂ© dâun coup de boulet. Les Ă©claireurs avancĂ©s de la brigade firent dans une reconnaissance prisonniers quelques landsturmiens munis dâarmes meurtriĂšres ainsi que deux hommes qui portaient un baril de poudre ; ils furent conduits Ă MĂ»ri. AprĂšs avoir rĂ©tabli le passage sur la Reuss, les troupes fĂ©dĂ©rales sâavancĂšrent sans combat ultĂ©rieur jusquâau delĂ de Root, oĂč se rĂ©unirent sur la grandâroute les dĂ©tachements du commandant de division descendant de la montagne et ceux du commandant de brigade EglolĂŻ. On bivouaqua Ă droite et Ă gauche de la grandâroute sur un plateau en avant de Root; on entoura les diffĂ©rens corps de gardes de sĂ»retĂ© ; on alluma de bonne heure les feux du bivouac et on dĂ©lĂ©gua des dĂ©tachements dans le village pour y requĂ©rir les vivres nĂ©cessaires sous la surveillance dâun officier dâĂ©tat-major. Lâincendie de quatre bĂątiments dans le voisinage de Gislikon et de Honau fit une pĂ©nible impression ; on voyait avec peine deux autres bĂątiments percĂ©s par les boulets. Plusieurs tĂšles de bĂ©tail furent consumĂ©es dans les flammes dâune grange qui fut rĂ©duite en cendres sur la montagne , et au-dessous de la route prĂšs de Ilonau quatre vaches furent tuĂ©es par un boulet qui pĂ©nĂ©tra dans un Ă©curie. Sur le champ de batailles gisaient plusieurs chevaux tuĂ©s. La batterie ennemie von Moos sâĂ©tait retirĂ©e Ă trois heures et demie du soir par le village de Root sur une campagne situĂ©e entre ce village et Dierikon; elle sâavança jusque sur les bords de la Reuss sous lâescorte de deux compagnies du bataillon Meyer-Bielmann. Les trois compagnies du Valais couvraient le flanc droit de la batterie. Ce nâĂ©taient plus que les efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s tentĂ©s pour contenir quelque temps encore ce peuple fatiguĂ©, battu et affamĂ©. Pendant ce temps, le gĂ©nĂ©ral Salis Ă©tait arrivĂ© Ă Ebikon avec les deux autres batteries , les trois piĂšces de rĂ©serve et le reste des troupes. On doit y avoir pris encore quelques mesures de dĂ©fense sous la direction du prince de Sclnvarzenberg. Le cimetiĂšre , avantageusement situĂ©, doit avoir Ă©tĂ© occupĂ© par des carabiniers, et une petite colline qui longe la roule par deux piĂšces de rĂ©serve ; la batterie Sclnvyzer reçut aussi lâordre dâaller se poster sur les collines faisant face Ă la route dâAdli- gensclnvyl. Plusieurs officiers insistĂšrent Ă Ebikon pour quâon se dĂ©fendit encore de pied ferme ; il y avait assurĂ©ment de fort bonnes positions et on aurait pu y rallier les troupes si la hauteur de Wesemlin avait Ă©tĂ© occupĂ©e, ainsi que la hauteur du Lindenfeld et le Brunnenloch sur la route qui conduit Ă Adligen- scliwyl. Par les troupes de lâaile gauche qui Ă©taient stationnĂ©es Ă Rathhausen et Ă Seedorf on aurait pu opĂ©rer une jonction avec les batteries qui se trouvaient Ă Ybach et Ă S^Charles, et par ce moyen avec lâaile gauche de lâarmĂ©e qui Ă©tait au-delĂ de la lteuss sur la ligne de lâEmrne. Le commandant en chef des troupes du Sonderbund, qui nâavait pas Ă©laborĂ© de plan de guerre ou qui ne pouvait en Ă©laborer vu les rapports dans lesquels il se trouvait avec le conseil de la guerre, nâeut pas une connaissance exacte de la situation. De son cĂŽte, le conseil de la guerre du Sonderbund plia bagage aussitĂŽt quâil eut appris que ses troupes battaient en retraite sur Ebikon. Nous reviendrons sur cette affaire. La journĂ©e de Gislikon, dont lâhistoire conservera un souvenir honorable, a Ă©tĂ© chaude pour les troupes fĂ©dĂ©rales; lâaction a Ă©tĂ© hasardĂ©e, et il est surprenant de voir des troupes , qui pour la premiĂšre fois en leur vie se trouvaient dans un combat, regarder la mort en face avec courage et rĂ©solution. Nâoublions cependant pas que la victoire a coĂ»tĂ© de biens durs sacrifices. DâaprĂšs un rapport trĂšs bien conçu du chirurgien de division Chrismann, 1 h soldats de la division Ziegler moururent de la mort des braves pour la patrie, dont un faisait partie de la compagnie de carabiniers Kreis de Thurgovie, six du bataillon 222 Hausler * dâArgovie, et un de la brigade dâarlillerie. Quatre- vingt-quatre hommes de la division furent blessĂ©s, quelques uns trĂšs griĂšvement ; plusieurs durent mĂȘme subir lâamputation. Câest le brave bataillon Hausler qui compta le plus grand nombre de blessĂ©s 56 ; viennent ensuite les bataillons Biinzinger, dâAppenzell- ExtĂ©rieur 24, FĂŠsi de Zurich 10, Ginsberg de Zurich 6. Voici, dâaprĂšs lâauteur des Documents, quel est le nombre des morts et des blessĂ©s dans les troupes du Sonderbund a. OFFICIERS. Morts â. BlessĂ©s 5. Le gĂ©nĂ©ral Salis **, le lieutenant de Diesbach , le iieutenanl Renggli. b. SIMPLES SOLDATS. Artillerie. Morts. BlessĂ©s. Batterie Mazzola .... â 2 » Schwyzer . . . » von Moos . . . â 2 DĂ©tachement de rĂ©serve . â â Bataillon Meyer-Bielmann. Compagnie Pfyffer-Fehr â 8 Buholzer. . . » BĂ»cher . » Ottiger . . . â 1 Bataillon Segesser. Compagnie Ilegi .... 4 2 » Ed. Pfyffer . . â â » J. B. Pfyffer . 2 0 » Bossart . . . â â Compagnie von Rotz dâObwalden 5 10 Carabiniers de Aidwalden . . â 2 Landslurm prĂšs de S-Michel . 5 7 12 42 - Parmi les morts de ce bataillon se trouve malheureusement le brave premier-lieutenant Stiinz, dâArau. '{** B ne fut que lĂ©gĂšrement blessĂ© au cou. Il y eut donc ISS morts et 4 b blessĂ©s. DâaprĂšs lâĂ©tat du chirurgien en chef PlĂŒgel, qui est Ă©videmment inexact sous ce rapport, les troupes du Sonderbund nâauraient perdu quâun homme prĂšs de Gislikon et 33 auraient Ă©tĂ© blessĂ©s. Avant de retourner dans les bivouacs de Chain , de S l -Wolf- gang et de Sins, oĂč nous avons quitlĂ© la cinquiĂšme division GmĂŒr aprĂšs son entrĂ©e dans le canton de Zug le 22 novembre, nous ferons mention des troupes schwyzoises stationnant sur le terrain des opĂ©rations en-delĂ du Roolerberg et sur ses versants. On a dĂ©jĂ fait observer que le commandant de la deuxiĂšme division, colonel Ab-Yberg, avait Ă couvrir avec ses Schwyzois le passage de Meierskappel. Mais lorsque cette division eut appris que la Marche Ă©tait menacĂ©e par les brigades Blumer et Keller de la division GmĂŒr, que dĂ©jĂ les troupes fĂ©dĂ©rales Ă©taient entrĂ©es dans le canton de Zug et quâelles avaient portĂ© leurs avant-postes jusquâĂ la frontiĂšre schwyzoise, elle songea dâabord Ă son propre canton et elle se porta Ă Arlli et Ă Walch- tvyl avec les bataillons Hediger et Muller *. Par lĂ le plan de dĂ©fense se trouvait privĂ© de ses forces les plus essentielles et cette position ne pouvait ĂȘtre que dâune bien minime utilitĂ©. Les bataillons Dober et Beeler, dans lesquels se trouvaient beaucoup de carabiniers, eurent Ă couvrir seuls le passage de Meiers- * Nous avons dĂ©jĂ parlĂ© de la dislocation de la premiĂšre brigade de la deuxiĂšme division. Voici comment toute cette division Ab- Yberg fut disloquĂ©e le 22 novembre Etat-major de division Ă Arth; un bataillon de landsturm Ă Reichenburg et Ă Tuggen; un bataillon de landsturm Ă Altendorf et Ă PfĂąffikon; un bataillon du contingent Reding Ă Schindcllegi et Ă Wollerau; un bataillon de landsturm Ă Ilohonnetzel, Einsie- dlen, Morgarten et Rothenthurm ; trois compagnies du bataillon dâĂ©lites Hediger, une compagnie de carabiniers et une compagnie dâinfanterie du bataillon de landwehr Muller Ă Walchwyl ; deux compagnies du bataillon Hediger et quatre compagnies du bataillon de landwehr Muller Ă Arth; un bataillon do landwehr Dober Ă Meierskappel ; un bataillon de landsturm Beeler Ă Buonas et Ă Risch. Artillerie une batterie Ă Schindelligi, une batterie Ă Arth. m kappel. Le centre bataillon Becler et compagnie Abegg du bataillon Dober Ă©tait postĂ© prĂšs de la l'orge de Buonas, lâaile droite sâĂ©tendant vers Buonas, lâaile gauche prĂšs dâIbikon se dirigeant sur le versant du Kootcrbcrg bataillon Dober. La deuxiĂšme et la troisiĂšme brigade de la cinquiĂšme division Gmiir avait ordre dâentourer dâabord le Rooterberg du cĂŽtĂ© oriental, de gagner la route de KĂŒssnacht et de Meggen et de forcer le cĂŽtĂ© oriental de la ville de Lueerne ; Ă celte fin, elle devait sâemparer des positions de lâennemi et des redoutes construites prĂšs de Meierskappel et prendre position sur le Kiemen au- dessus dâtmmensĂ©e, ainsi que sur les hauteurs en face de KĂŒssnacht. Nous avons dĂ©jĂ . indiquĂ© lâeffectif de ces deux brigades ; cependant nous dĂ©signerons encore dâune maniĂšre particuliĂšre les bataillons et les armes spĂ©ciales qui ont pris part Ă cette opĂ©ration. DeuxiĂšme brigade, Isler. Dans le gros de la brigade Les bataillons Meyer dâAppenzell R. E., Schmid de Zurich, Bernold de Sâ-Gall, Seiler de Schaffhouse ; la compagnie de carabiniers Burkhardt de Zurich ; la batterie Ifeylandt de S'-Gall ; y* compagnie de sapeurs lnninger de Zurich ; Va compagnie de cavalerie Kaspar de Schaffhouse. Colonne latĂ©rale de droite, sous le commandement du major Neher, de Schaffhouse une compagnie de chasseurs de gauche du bataillon Seiler; une compagnie de fusiliers du bataillon Bernold ; Va compagnie de carabiniers Baumann de Sâ-Gall; Va compagnie de sapeurs Irminger bivouaqua prĂšs du pont de Sins sur la rive droite de la Reuss. Colonne latĂ©rale de gauche, sous le commandement du major BĂ nlli, de Zurich une compagnie de chasseurs de droite du bataillon Schmid; une compagnie de chasseurs de droite du bataillon Bernold; Va compagnie de carabiniers Baumann; V2 compagnie de sapeurs Irminger bivouaqua prĂšs de Cham. TroisiĂšme brigade, Miter. Les bataillons Brunner de Zurich, Hilty de Sâ-Gall, Rappeler de Thurgovie, Schindler de Glaris; les compagnies de carabiniers MĂŽlin des Grisons et Banzinger m dâAppenzell la batterie de six Scheller de Zurich; V2 compagnie de sapeurs Wimmersberg de Zurich ; V2 compagnie de cavalerie Kaspar de Schaffhouse. Il sâagissait maintenant de sâemparer de la forte position quâoccupait lâennemi sur le Uoolerberg. AprĂšs quelques reconnaissances dans lesquelles on Ă©changea des coups de feu inno- cens, le bataillon Brunner reçut lâordre de prendre le dĂ©filĂ© qui se trouve prĂšs dâibikon au pied du Roolerberg ; il devait donc marcher en masse par le flanc droit en appuyant son aile gauche Ă une forĂȘt, sous la protection de celle-ci marcher en avant, atteindre la hauteur en prenant une direction Ă gauche et dĂ©border si possible lâennemi par son flanc droit. En revanche, l'aile droite avait lâordre de refouler lâaile droite de lâennemi au-dessous de Sleierskappel, et le centre de marcher sur la position de Meierskappel. Pendant ce temps les carabiniers et les chasseurs' se jelcreni sur toute la ligne de lâennemi ; le feu fut vif, mais sans beaucoup dâeffet Ă cause de la distance qui Ă©tait trop grande. Les bataillons les suivirent Ă une distance convenable. Au moment de l'attaque il ne fut pas assignĂ© de position Ă la batterie Scheller, car en face de lâaile droite le terrain Ă©tait marĂ©cageux et par consĂ©quent impraticable, et dâailleurs les coups dirigĂ©s sur la hauteur auraient Ă©tĂ© sans effet. La batterie lleylandt sâĂ©tait postĂ©e sur lâaile gauche de la brigade Isler. Dans le but de faire rĂ©ussir la premiĂšre attaque , le colonel Ritter dĂ©tacha la compagnie de carabiniers Biinzinger en lui donnant pour direction de refouler lâaile gauche de lâennemi. Le bataillon Schindier, de Claris, qui se tenait en face du dĂ©filĂ© fortifiĂ©, reçut lâordre de sâen emparer Ă la baĂŻonnette. Il sâavança dâun pas ferme et en colonnes serrĂ©es; mais lâennemi lĂącha pied sans rĂ©sister Ă lâattaque. Pendant ce temps, les bataillons de la deuxiĂšme brigade Isler, aprĂšs avoir vaincu tous les obstacles semĂ©s sur leur passage , arrivĂšrent jusquâau sommet du IVischerberg; mais le commandant de la division put se convaincre quâil Ă©tait impossible de pĂ©nĂ©trer plus avant dans celte direction, en partie Ă cause du versant escarpĂ© de la montagne, en partie Ă cause de lâĂ©paisseur de la forĂȘt. I 5 Le bataillon Brunner, accompagnĂ© du capitaine du gĂ©nie Biirkli, sâĂ©tait rendu Ă sa destination sur lâaĂźle droite de la brigade Hitler en traversant la forĂȘt dont nous venons de parler. Les sapeurs Ă©cartĂšrent une foule dâobstacles et facilitĂšrent la marclie progressive du bataillon. Le capitaine Biirkli aperçut bientĂŽt un chemin dans la forĂȘt et il pensa quâil conduisait au point dĂ©signĂ©; pour ĂȘtre plus sĂ»r, il fit avec le major Wein- mann et huit carabiniers la reconnaissance de ce chemin. Dans celle reconnaissance ils fouillĂšrent toute la forĂȘt et Ă la fin ils aperçurent Ibikon. En sortant de la forĂȘt ils remarquĂšrent que le bataillon Brunner sâĂ©tait trop Ă©loignĂ© ; ils firent observer au commandant que dans tous les cas lâaĂźle droite de la division avait fait un trop grand dĂ©tour. BientĂŽt on vit le village dâibi- kon et le capitaine Biirkli montra au commandant du bataillon la place qui devait ĂȘtre prise. Le lieutenant-colonel Brunner fil faire une halle parce quâon apercevait des troupes au Rooter- berg, et il expĂ©dia une patrouille avec le cadet Rahn pour les reconnaĂźtre. 11 Ă©tait clair que ce ne pouvait ĂȘtre que des troupes ennemies. Effectivement, celle patrouille fut reçue Ă coup^ de feu et elle retourna prĂ©cipitamment sur ses pas. Pendant ce temps, les sapeurs dĂ©blayĂšrent le chemin Ă parcourir, ayant Ă leur tĂȘte une chaĂźne de chasseurs; le bataillon se tint en colonnes serrĂ©es. Tous les officiers supĂ©rieurs Ă©taient Ă pied, car le terrain marĂ©cageux ne permettait pas de marcher Ă cheval. La colonne se mil de nouveau en mouvement et sâavança jusquâau pied du Rooterberg, dans un vallon se dirigeant sur Ibikon et entourĂ© dâune forĂȘt. On sentit quâon se trouvait tout prĂšs de lâennemi, car on entendait de temps en temps le sifflement dâune balle ; mais on nâaperçut pas de troupes. Le commandant du bataillon pensa que le capitaine Biirkli conduisait le bataillon dans une position dangereuse ; mais, dâaprĂšs la nature du terrain, celui-ci ne put lui dire si la position Ă©tait bonne ou mauvaise ; il lui donna toutefois lâassurance que câĂ©tait celle quâil fallait occuper et que le commandant devait prendre ses mesures en consĂ©quence. On sâavança lentement et en colonnes serrĂ©es. Lorsque le bataillon fut arrivĂ© dans un endroit oĂč la nature du terrain força le dĂ©ploiement des colonnes, lâennemi fit une dĂ©charge sur ces troupes; elles essuyĂšrent un feu 227 violent de mousquets et elles nâavançÚrenl plus. Bans ce moment et lorsque trois boulets lancĂ©s par la batterie Sclieller eurent passĂ© au-dessus du bataillon pour venir sâabattre tout prĂšs de lui, il y eut de la confusion dans ses rangs. Le capitaine BĂŒrkli donna au commandant du bataillon lâassurance que Sclieller avait certainement lâintention de tirer sur les redoutes construites dans le dĂ©filĂ© et occupĂ©es par lâennemi; mais toutes ses remontrances furent inutiles, le bataillon battit en retraite. La banniĂšre , portĂ©e par le lieutenant Abegg-, le major Wein- mann, les commandants des compagnies de chasseurs Frauen- felder et Steiner, le capitaine Leemann, les lieutenants Pesla- lozzi sapeurs, les deux Koller, Ilauser et le cadet Ralin restĂšrent cependant dans cette position avec cent hommes environ et ils commençaient Ă sâavancer lorsque les autres quittĂšrent ce poste difficile. Les sapeurs restĂšrent tous, ils dĂ©barrassĂšrent le chemin malgrĂ© le feu de lâennemi, et par lĂ ils facilitĂšrent la marche, qui Ă©tait trĂšs difficile. Ces braves milices eurent trois hommes tuĂ©s et six blessĂ©s. Le balaillon Brunner reprit courage et revint Ă la charge dâun pied ferme. Le colonel Bitter avait aperçu dâun point favorable les mouvements qui se faisaient sur son aile droite ; il fit venir immĂ©diatement deux piĂšces de la batterie Heylandt qui se tenait tout prĂšs, pour tirer sur les derriĂšres de lâennemi. Les coups furent si bien dirigĂ©s que lâennemi commença Ă battre en retraite. Quelques carabiniers de 70 Ă 80 le poursuivirent pendant quâil montait la montagne ; lâartillerie dut cesser son feu pour ne pas tirer sur ses propres gens. A Ibikon, Ă lâentrĂ©e du passage de la montagne, les Son- derbundiens tinrent encore bon et firent feu de la lisiĂšre de la forĂȘt, des granges et des maisons sur les troupes fĂ©dĂ©rales, sans cependant leur faire Ă©prouver des pertes. Les Sonderbundiens eurent 9 morts et 15 blessĂ©s. AprĂšs avoir purgĂ© les maisons et les hauteurs du passage, on en prit possession. Les mines placĂ©es dans cette localitĂ© sautĂšrent trop tĂŽt et elles Ă©gayĂšrent les soldats au lieu de les intimider. Lâennemi ayant Ă©tĂ© repoussĂ©, ce passage ne prĂ©senta plus aucune entrave Ă la marche des troupes fĂ©dĂ©rales. Les bataillons firent une courte halte non loin du village et ils se remirent en marche dans de nouvelles 228 directions. Pendant cette halle, un soldat du bataillon Kappeier fut tuĂ© par une balle qui lui traversa le cerveau. PressĂ© par le bataillon Brunner et par le feu de la batterie Ileylandt, chassĂ© dâune position Ă lâautre et sĂ©parĂ© du Roolerberg, lâennemi fut obligĂ© de battre en retraite par Meiers- kappel Ă ImmensĂ©e et Ă Kiissnacht. LâaĂźle droite du bataillon Ililly et lâartillerie se dirigĂšrent alors sur Meierskappel. ArrivĂ©es en face du village , ces troupes furent reçues Ă coups de fusil tirĂ©s sur elles de la tour de lâĂ©glise ; un seul boulet lancĂ© contre cette tour fit disparaĂźtre lâennemi qui sây Ă©tait cachĂ©. Des carabiniers et des chasseurs furent chargĂ©s de purger le village. Ă une heure de lâaprĂšs-midi la brigade Ritter Ă©tait Ă Meierskappel, dâoĂč les troupes du Sonderbund sâĂ©taient retirĂ©es avec tant de prĂ©cipitation quâelles durent laisser aux troupes fĂ©dĂ©rales la soupe prĂ©parĂ©e pour leur diner, leurs approvisionnements de pain et leur comptabilitĂ©. La brigade llitter se dirigea Ă gauche sur KĂŒssnaclit; sa destination Ă©tait dâoccuper les hauteurs de cette position et de tenir en Ă©chec, sur les derriĂšres des troupes dâopĂ©ration, les se dirigeant sur Lucerne. 11 nâĂ©tait plus possible dâarrĂȘter les deux compagnies de la brigade Ritter, principalement la compagnie B'Ă nzinger et les volontaires de la compagnie Molin, dans leur poursuite de lâennemi sur le Roolerberg, et ce nâest que le lendemain quâelles purent rejoindre leur corps Ă Udligensclnvyl. Pendant cĂ© temps, la brigade lsler Ă©tait arrivĂ©e lambour battant par le dĂ©filĂ© dâI- bikon Ă Meierskappel, oĂč le colonel lsler rencontra le divisionnaire GmĂŒr et reçut lâordre de marcher sans dĂ©lai sur Udligen- schwyl. Ensuite de cet ordre, la brigade lsler forma lâaile droite, et la brigade Ritter lâaile gauche de la division. Avant de terminer notre exposĂ© des mouvements de la brigade lsler depuis Buonas jusqu ; Ă Meierskappel, nous jetterons un coup dâĆil sur la chaĂźne des tirailleurs de cette brigade. LâaĂźle gauche contourna en partie lâennemi en le serrant de prĂšs, elle le repoussa en partie au-delĂ du Rischerberg dans la direction de BSschenrolh. LâaĂźle droite se retira de la forĂȘt Ă droite en se dirigeant contre le dĂ©filĂ© dâibikon, oĂč lâon fit encore des maisons et des caves feu sur les tirailleurs. Le lieu- m tenant Biihler, de la compagnie des carabiniers Burkhardl, fit dans une cave quatre prisonniers qui avaient tirĂ© Ă plusieurs reprises sur ses gens ; lâĂ©nergie seule de cet officier put les protĂ©ger contre la vengeance des soldats. Un dĂ©tachement de chasseurs de droite du bataillon Schmid, sous le commandement du lieutenant Morf, et un autre dĂ©tachement de chasseurs de gauche du mĂȘme bataillon, sous le commandement du lieutenant Finsler, s'Ă©taient transportĂ©s plus Ă droite contre Meierskappel, oĂč ils se battirent dans les premiers rangs sur une hauteur derriĂšre un petit bois avec lâennemi qui Ă©tait encore postĂ© dans le village, jusquâĂ ce que la batterie Heylandt eut fait une dĂ©charge sur la tour de lâĂ©glise dont nous venons de parler. La compagnie de chasseurs de gauche Labhardt, bataillon Schmid, Ă©tait au nombre des premiĂšres troupes qui entrĂšrent Ă Meierskappel* ; elle y fit prisonniers le chapelain, de la maison duquel on avait fait feu, ainsi que plusieurs land- sturmiens armĂ©s ; elle prit en outre un petit drapeau du land- sturm et sâempara dâun magasin dâapprovisionnements. Lâaile gauche de la chaĂźne des tirailleurs, qui sâĂ©tait avancĂ©e dans la direction de BĂŒschenroth, alla rejoindre la colonne principale Ă Meierskappel aprĂšs avoir Ă©tĂ© relevĂ©e par des troupes de la brigade Ritter. La brigade Isler, Ă laquelle sâĂ©tait joint le commandant de la division avec lâĂ©tat-major, se dirigea de Meierskappel sur les hauteurs dâUdligenschwyl. Mais Ă peine venait-elle de passer ce premier endroit, quâun feu violent de tirailleurs se lit entendre sur le ltooterberg. Jusque-lĂ on nâavait eu Ă faire quâavec deux bataillons du landsturm de Schvvyz et quelques compagnies de carabiniers du mĂȘme canton. Mais dans lâinlervalle trois autres bataillons de troupes de Lucerne et dâUnterwalden Ă©taient accourus au secours des Scliwyzois; le corps des vengeurs du fameux Ammann doit sâĂšlre trouvĂ© parmi ces troupes. Le colonel Pascal Tschudi aurait dĂ» commander ce corps dâauxiliaires. Mais aprĂšs avoir vu dans la vallĂ©e les troupes fĂ©dĂ©rales marcher .* Les dĂ©tachements de tirailleurs furent dans cette localitĂ© ass e 7 longtemps avant le gros de la brigade. 880 en bon ordre, il doit avoir pris la fuite. Cette rĂ©sistance inattendue au Kooterberg fit dâabord arrĂȘter le flanc droit de la colonne. Mais des Ă©claireurs ayant Ă©tĂ© envoyĂ©s par niasses contre lâennemi, sa rĂ©sistance cessa aussitĂŽt et il se relira en traversant la montagne, dâabord lentement, puis avec prĂ©cipitation. Lorsquâon fui arrivĂ© sur la hauteur dâTJdligenschwyl, on vit encore ses dĂ©tachements dĂ©filer sur le sommet de la montagne , sans toutefois opposer de la rĂ©sistance aux troupes fĂ©dĂ©rales ou Ă©changer des coups de feu. La quantitĂ© de petits drapeaux que portait lâennemi fit dâabord supposer aux troupes fĂ©dĂ©rales quâelles sâĂ©taient trompĂ©es sur la force rĂ©elle de leurs adversaires ; depuis lors on a eu tout sujet de croire que câĂ©taient des troupes dâUntervvalden sous le commandement du lieutenant-colonel WĂŒrscli, lesquelles voulaient donner Ă entendre quâelles dĂ©siraient se retirer en paix. Le feu ayant cessĂ©, la brigade Isler, avec les armes spĂ©ciales qui en faisaient partie, bivouaqua Ă lâentrĂ©e de la nuit en avant du village dâUdligen- sclnvyl contre Lucerne. La troisiĂšme brigade Ritler qui sâĂ©tait avancĂ©e de Meiers- kappel Ă gauche contre les hauteurs de KĂŒssnacht, avait Ă franchir sur son chemin trois degrĂ©s de collines jusquâau pied du Kiemen; toutes ces collines Ă©taient occupĂ©es par lâennemi les deux bataillons sehwy/ois Dober et Beeler qui se disposait Ă les dĂ©fendre; mais les bonnes dispositions prises par le brigadier Ritler, qui manĆuvra parfaitement pendant toute la journĂ©e , le forcĂšrent de quitter ses positions les unes aprĂšs les autres, et de cette maniĂšre, le brigadier Rilter arriva au pied du Kiemen, oĂč trois bataillons dâinfanterie durent traverser prĂšs de BĂŽschenroth une riviĂšre passablement profonde afin de rendre praticable pour lâartillerie le pont qui avait Ă©tĂ© obstruĂ© dans cet endroit avec des bois Ă©normes et de grosses pierres. Le capitaine BĂŒrkli fit immĂ©diatement Ă©carter tous ces obstacles par le dĂ©tachement de sapeurs qui se trouvait dans le bataillon Scbindler. Dans sa retraite , lâennemi avait nĂ©gligĂ© de prendre position dans des redoutes trĂšs-bien construites des deux cĂŽtĂ©s du pont et de les dĂ©fendre. Pendant quâon rĂ©tablissait le pont, les trois bataillons avaient fait lâascension du Kiemen, et arrivĂ©s sur le sommet, ils en descendirent pour se diriger contre la position dâOber- lmmensĂ©e. Lâennemi, surpris des mouvements rapides des troupes qui le poursuivaient, se rassembla au-delĂ du Kiemen sur la roule de KĂŒssnacht dans le voisinage de la chapelle de Tell et de lâauberge du mĂȘme nom, et envoya ses carabiniers, qui reçurent immĂ©diatement Ă coups de feu, mais hors de portĂ©e, la brigade qui sâapprochait. Pour empĂȘcher toute attaque de la part de lâennemi et demeurer maĂźtre de la position, la moitiĂ© des carabiniers et le bataillon Brunner reçurent lâordre de prendre et dâoccuper la hauteur qui se trouvait Ă droite. Le bataillon I-lilly se dĂ©ploya dans la plaine; le bataillon Schindler se plaça derriĂšre celui-ci en colonnes serrĂ©es Ă distance de bataillon , dans le but dâempĂȘcher lâennnemi dâentourer cette position et de la prendre par derriĂšre. Devinant celte intention, lâartillerie schwyzoise deux piĂšces de six lenta de faire Ă©chouer cette manĆuvre, et elle fit feu tantĂŽt sur la colonne qui se tenait sur le Kiemen, tantĂŽt sur les deux bataillons stationnĂ©s dans la vallĂ©e. Pendant ce mouvement, un soldat du bataillon Hilty fut griĂšvement blessĂ© Ă la tĂȘte. Dans celte position , exposĂ©s au feu de lâennemi, ils attendirent lâarrivĂ©e de lâartillerie batterie lleylandl, qui devait faire les plus grands efforts pour arriver au sommet de celte rapide montagne. Mais aussitĂŽt quâelle eut pris position, elle fit un feu efficace sur la batterie ennemie, qui se tut insensiblement, jusquâĂ ce que la nuit qui survint suspendit aussi le feu de ce cĂŽtĂ©-ci. Pendant ce temps, on avait aussi transportĂ© sur le Kiemen lâautre moitiĂ© de la batterie Heylandt et le parc. La premiĂšre fut placĂ©e de maniĂšre Ă pouvoir dominer et balayer le rĂ©seau de roules dâimmensĂ©e et dâArlh prĂšs dâOber-ImmensĂ©e; en revanche le parc fut placĂ© dans une profondeur, en arriĂšre du Grat antĂ©rieur. La nuit Ă©tant dĂ©jĂ fort avancĂ©e, le commandant trouva quâil Ă©tait plus prudent de rĂ©unir ses corps en bivouac dans la proximitĂ© du parc; dâun autre cĂŽtĂ©, on ne pouvait allumer des feux, afin de laisser lâennemi dans lâincertitude sur la position et la force des troupes. Celui-ci chercha Ă en imposer en allumant et en entretenant une longue file de feux de poste quâil fit briller prĂšs dâimmensĂ©e en demi-cercle le long du pied du Rigi. La nuit se passa sans alarme sĂ©rieuse, et Ă la pointe du jour les quatre bataillons reprirent leurs positions avantageuses, desquelles ils dominaient ImmensĂ©e et KĂŒssnaclil. A. Udligenscliwyl, quartier-gĂ©nĂ©ral de la division , la brigade Isler fut mise plusieurs fois en alarme pendant la nuit; la premiĂšre fois Ă onze heures dĂ©jĂ et, comine on lâapprit plus tard , par des hommes du landslurm de la contrĂ©e qui voulaient rentrer chez eux et qui ne pouvaient passer nulle part Ă travers les avant-postes. ImmĂ©diatement aprĂšs son entrĂ©e Ă Udligenscliwyl, le commandant de la division enta dâopĂ©rer sa jonction avec la brigade Hitler ainsi quâavec la quatriĂšme division Ziegler, et il envoya dans les deux directions de fortes patrouilles conduites par des citoyens bien pensants de la localitĂ©. Le commandant de la division fut bien inquiet lorsque deux tentatives quâil fit pour parvenir jusquâĂ la brigade Riller furent repoussĂ©es par le feu de lâennemi. Par le Roolerberg nâarrivait aucun messager de la part du colonel Ziegler. Ce nâest quâĂ une heure de la nuit que lâinfatigable capitaine BĂŒrkli apporta la premiĂšre nouvelle du succĂšs et de la position de la troisiĂšme brigade Rilter ; il avait eu le courage de passer Ă minuit avec AO hommes par des chemins inconnus pour arriver au quartier-gĂ©nĂ©ral. Le colonel GmĂŒr reçut aussi plus tard la nouvelle que la quatriĂšme division avait pris position prĂšs de Root en-delĂ du Rootcrberg. Les feux de bivouac de lâartillerie de rĂ©serve NĂŠff et de la demi-brigade de rĂ©serve Meyer, qui avaient suivi de Meiers- kappel pendant la nuit la brigade Isler sans en avoir reçu lâordre exprĂšs et qui sâĂ©taient parquĂ©es en arriĂšre dâUdligenscliwyl sur la hauteur contre le Rooterherg, avaient augmentĂ© les inquiĂ©tudes du commandant de division, car il devait les prendre pour un corps ennemi stationnant sur ses derriĂšres, jusquâĂ ce qu'enfm il reçut avis de leur arrivĂ©e. Il rĂ©solut ensuite, dâaprĂšs le vĆu Ă©mis par le brigadier Rilter et le major dâartillerie Grinsoz de Coltens, qui dans son zĂšle infatigable avait accompagnĂ© la colonne et contribuĂ© pour la plus grande part aux succĂšs de lâartillerie, de mettre le 2A, Ă la pointe du jour, ses forces ayant Ă©tĂ© augmentĂ©es par la rĂ©serve, une batterie et un bataillon dâinfanterie de renfort Ă la disposition du colonel Ritter. Il conlia le commandement de cette colonne Ă lâadjudant de division major Br'Ă ndli, en lui donnant lâordre de faire signifier par des parlementaires au commandant des troupes ennemies stationnĂ©es prĂšs de KĂŒssnacht quâil eĂ»t Ă Ă©taciier spontanĂ©ment KĂŒssnachl sâil voulait Ă©viter lâeffusion du sang, puisque cette localitĂ© se trouvait placĂ©e sous le feu de ses canons. Le major dâartillerie NĂŠff et la demi-brigade Meyer durent rester jusquâĂ nouvel ordre Ă Udligenschwyl pendant la marche sur Lucerne ; ils avaient en outre reçu pour direction dâassister la brigade ltitter si elle avait besoin de leur secours dans leur entreprise sur KĂŒssnacht et Ober-ImmensĂ©e, Pendant que les divisions Ziegler et GrnĂŒr sâavançaient le 25 contre Lucerne en suivant les deux rives de la Reuss et quâelles sâemparaient des positions fortes prĂšs de Gislikon et de Meierskappel, lâaile droite de lâarmĂ©e avait pris sa derniĂšre potion en face de Lucerne et serrait la ville de prĂšs. Nous avons suivi jusquâĂ Kriens et Horw la marche de la division bernoise de rĂ©serve sous le commandement du colonel m Ochsenbein ; nous nous occuperons maintenant de la deuxiĂšme division de lâarmĂ©e Burkhardl, qui se rattachait Ă la division Ochsenbein. Le 22 novembre elle entra sur trois colonnes dans le canton de Lucerne, en passant par Zofingue, Langenlhal et Hutlwyl. AprĂšs avoir dĂ©barassĂ© la route de tous les arbres dont elle Ă©tait jonchĂ©e et comblĂ© les nombreux fossĂ©s creusĂ©s partout, elle arriva dans la soirĂ©e du mĂȘme jour sur la ligne de Willisau et dâEUiswyl qui lui Ă©tait assignĂ©e *. Le lendemain la division se porta en avant sur deux colonnes, lâune par Grosswangen et Buttisholz sur IlellbĂŒbl, lâautre par Menznau et VVohlhausen sur Russvvyl et Hellbiihl. Celte division bivouaqua dans la nuit du 25 prĂšs de Hellbiihl et sur le plateau situĂ© prĂšs du Spitzhof. * A son entrĂ©e dans le canton de Lucerne, la brigade Bontems fut reçue avec joie par les habitants du village libĂ©ral de Reiden, qui arborĂšrent de petits drapeaux aux couleurs fĂ©dĂ©rales, saluĂšrent les confĂ©dĂ©rĂ©s comme leurs libĂ©rateurs et les logĂšrent et nourrirent gratuitement dans quelques maisons. Les habitants comblĂšrent eux-mĂȘmes les fossĂ©s profonds creusĂ©s au-dessus du village, et dans une demi-heure ils eurent dĂ©blayĂ©, Ă lâaide de chevaux, le» troncs de chĂȘne Ă©tendus au travers de la route. Ses avant-posles furent portĂ©s jusquâĂ lâEmine Thorenberg. Elle Ă©tait destinĂ©e Ă faire lâattaque sur ; câest pourquoi on dĂ©termina les points dâoĂč lâon devait attaquer et prendre le plateau le lendemain malin. La troisiĂšme division Donalz Ă©tait Ă©galement entrĂ©e le 22 dans le canton de Lucerne par SursĂ©e, Munster et Hitzkirch , et elle Ă©tait destinĂ©e Ă Ă©tablir la jonction de lâaile droite de lâarmĂ©e avec lâaile gauche ; mais cette opĂ©ration ne put se faire assez Ă temps, comme on a pu le voir dâaprĂšs ce que nous avons dit sur le combat livrĂ© prĂšs de Gislikon. Comme on a beaucoup parlĂ© des mouvements de cette division, nous reproduirons ici lâordre du jour de lâarmĂ©e publiĂ© le 20 novembre par le chef de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral, du quartier-gĂ©nĂ©ral dâArau , relativement Ă la destination qui lui Ă©tait assignĂ©e La division Donatz se rassemblera le 22 de bon matin dans ses cantonnements , et sur trois colonnes elle marchera sur SursĂ©e, Miinster et Hitzkirch. Dans la soirĂ©e du mĂȘme jour, la seconde division de lâarmĂ©e stationnera Ă Willisau, la troisiĂšme dans le Freiamt ; il faudra maintenir de3 communications avec ces deux divisions. La premiĂšre division, aprĂšs avoir laissĂ© un bataillon Ă SursĂ©e, se dirigera le 23 sur les bords de lâEmme, oĂč elle rejoindra les troupes de la deuxiĂšme division, Ă moins quâune partie de celle-ci ne suive de SursĂ©e la marche des brigades de votre division. Deux batteries de votre division resteront dans ce dĂ©tachement de vos troupes et chercheront, aprĂšs avoir effectuĂ© leur jonction avec la division Burkhardt sur les bords de lâEmme, Ă dĂ©truire les fortifications que Lucerne a construites prĂšs du pont de lâEmme. En mĂȘme temps, cette brigade se mettra, Ă lâaide de la cavalerie qui viendra Ă sa rencontre, en communication au-dessus du village dâEmmen avec les autres troupes de votre division qui sont stationnĂ©es prĂšs dâInwyl. Votre deuxiĂšme brigade se dirigera sur Inwyl par le chemin le plus court et le meilleur ; la troisiĂšme brigade se rendra Ă©galement de Hitzkirch Ă Inwyl. LĂ vous tenterez, Ă lâabri de votre artillerie qui se trouve dans ces deux brigades, de jeter un pont, opĂ©ration pour laquelle il faudrait peut-ĂȘtre attendre la nuit. Si l'on parvient Ă jeter un pont dans un endroit commode oĂč l'artillerie puisse passer, celle-ci traversera la riviĂšre; dans le cas contraire il faudrait lâenvoyer par Gislikon, oĂč la quatriĂšme division est stationnĂ©e et jette un pont. Le 24 votre corps s'avancera devant les murs de Lucerne, la premiĂšre brigade par Emmen, les deux autres par le pont jetĂ© prĂšs dâIn- wyl ou de Gislikon, suivant quâon aura rĂ©ussi dans la construction de ce pont. 235 Le quartier-gĂ©nĂ©ral de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral sera le 22 Ă MĂ»ri; le vĂŽtre sera le 22 Ă Menzikon et le 23 Ă Eschenbach. DâaprĂšs cet ordre du jour, il est clair que la premiĂšre brigade Ă©tait destinĂ©e Ă rejoindre sur les bords de lâEmme les troupes de la deuxiĂšme division et Ă attaquer de concert avec celle-ci Lucerne du cĂŽlc occidental. 11 est Ă©galement clair que la deuxiĂšme et la troisiĂšme brigades Ă©taient destinĂ©es Ă opĂ©rer la jonction avec la division Ziegler et Ă prendre Gislikon par derriĂšre. Mais la deuxiĂšme et la troisiĂšme brigades nâĂ©tant arrivĂ©es Ă Inwyl que dans la nuit du 25, il leur fut absolument impossible de prendre part au combat de Gislikon ou de faire taire le feu de lâartillerie de lâennemi en attaquant celui- ci par le flanc gauche ou mĂȘme sur ses derriĂšres et de le forcer Ă prendre la fuite, ce qui aurait eu indubitablement pour effet dâencourager les troupes dans le combat quâelles soutenaient prĂšs de Gislikon. 11 rĂ©sulte dâun rapport officiel sur la marche de la deuxiĂšme brigade Hauser que celle-ci a suivi ponctuellement lâordre de marche donnĂ© par le commandant en chef. Au moment oĂč la compagnie dâartillerie Studer se disposait Ă attaquer SursĂ©e, le colonel Ilauser apprit par son aile droite que la ville avait arborĂ© le drapeau blanc. Un officier d Ă©tat- major qui y fut dĂ©lĂ©guĂ© sous lâescorte de quelques dragons rapporta la nouvelle que SursĂ©e recevra les troupes fĂ©dĂ©rales avec joie et leur donnera tous les secours possibles. Les troupes fĂ©dĂ©rales furent effectivement saluĂ©es avec acclamations Ă leur entrĂ©e dans la ville. Pendant la marche en montant de BĂŒron les Ă©claireurs remarquĂšrent frĂ©quemment sur les hauteurs des troupes ennemies et des landsturmiens, qui prenaient toujours la fuite avec la plus grande prĂ©cipitation. Il nây eut plus dâattaque pendant le trajet de SursĂ©e Ă Munster, et les brigades, au lieu dâarriver Ă Munster vers deux heures , comme il Ă©tait convenu, ne sây trouvĂšrent quâĂ cinq heures. LâĂ©tat-major de division nâarriva Ă Munster quâĂ onze heures, et Ă onze heures et demie la brigade se mit en marche sur Inwyl ; elle arriva vers cinq heures Ă un quart de lieue de cet endroit et y bivouaqua. Toute la division ne put se rĂ©unir Ă Inwyl que dans la nuit du 25, oĂč elle bivouaqua en grande partie, et dans m la matinĂ©e du 2tt elle se mit en marche sur Lucerne, lorsque la position eut Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©e par lâennemi. Retournons maintenant Ă Lucerne, oĂč, dans la nuit du 25 novembre, sâest dĂ©cidĂ© le sort du conseil de la guerre du Son- derbund et des gouvernements de la ligue qui lui Ă©taient subordonnĂ©s. Dans la soirĂ©e du 25, le conseil de ville de Lucerne adressa une lettre au conseil exĂ©cutif, dans laquelle il le priait dâinterposer son intercession puissante auprĂšs du conseil de la guerre, Ă lâeffet de lâengager Ă prendre des mesures telles que, dans le cas oĂč les Ă©vĂ©nements dussent prendre une tournure malheureuse, la ville fĂ»t Ă©pargnĂ©e autant que possible et ne fĂ»t pas exposĂ©e aux consĂ©quences dĂ©sastreuses de la guerre. Nous ignorons jusquâĂ quel point le conseil exĂ©cutif a donnĂ© suite Ă cette lettre. Cependant, immĂ©diatement aprĂšs la rĂ©ception de la premiĂšre nouvelle que la redoute de Gislikon Ă©tait prise, le conseil de la guerre du Sonderbund, et Ă sa tĂšte Siegwart, prit les mesures les plus promptes pour se sauver et donna des pleins pouvoirs gĂ©nĂ©raux au colonel de Salis le gĂ©nĂ©ral avait licenciĂ© son Ă©tat-major. On chauffa en toute cĂ©lĂ©ritĂ© le bateau Ă vapeur et on sâempressa de porter Ă bord la caisse fĂ©dĂ©rale de la guerre, qui se trouvait Ă Lucerne, et dâautres caisses de lâĂtat, sur lesquelles nous reviendrons, les documents les plus importants et les sceaux de lâĂtat, la fortune des meneurs et une grande quantitĂ© de blĂ©. Vinrent ensuite, sous lâescorte de vingt gendarmes, Siegwart et les autres sommitĂ©s du gouvernement, environ cinquante nonnes de la campagne, une grande partie du clergĂ© avec quatre jĂ©suites, le fameux conseiller dâĂlat Hautt avec son pĂšre, Bernard Meier et dâautres. Pendant que le bateau Ă vapeur fumait encore, accoururent Ă toutes jambes dâautres fugitifs, parmi lesquels se trouvaient deux aumĂŽniers jĂ©suites, le pĂšre Roh et le pĂšre Damberger ; vint enfin le pĂšre capucin VĂ©rĂ©cond, qui dans chaque occasion prĂ©disait comme une chose sĂ»re la victoire du Sonderbund et qui a beaucoup contribuĂ© Ă enflammer lâesprit crĂ©dule des paysans. 11 avait assistĂ© aux combats de MĂ»ri et de Gislikon, mais, comme on peut bien le penser, Ă une respectable distance. Lorsquâil vit que lâaffaire Ă©tait perdue, il leva le pied et dans l'obscuritĂ© de la soirĂ©e il se glissa tĂšte baissĂ©e sur le bateau Ă vapeur. Ce bĂątiment partit vers neuf heures du soir, et lorsquâil fut arrivĂ© Ă FlĂŒelen , les gendarmes formant lâescorte durent sâen retourner sans paiement et louer Ă leurs propres frais une barque pour retourner Ă Lucerne. Le juge dâinstruction Ammann ne fut pas aperçu sur le bateau Ă vapeur; câest pourquoi on prĂ©tendit pendant plusieurs jours quâil avait Ă©tĂ© fait prisonnier et enfermĂ© dans le Kesselthurm, oĂč il avait maltraitĂ© et tourmentĂ© tant dâinnocents dâune maniĂšre si cruelle. Mais dĂ©jĂ il se trouvait Ă Altorf le 25, et bientĂŽt aprĂšs il prit avec Siegwart et consorts la fuite par la Furka pour se rendre dans le Haut- Valais, et de lĂ sur le territoire neutre du PiĂ©mont. ImmĂ©diatement aprĂšs que les troupes qui battaient en retraite furent entrĂ©es Ă Lucerne sous la conduite du prince Schvvarzenberg Ă cause de la blessure du commandant en chef, Ă ce quâon prĂ©tend, Salis se prĂ©senta en personne dans la ville revenant dâEbikon et adressa au conseil de ville la lettre suivante Tit ! Je vous annonce par les prĂ©sentes que j'ai lâintention de proposer un armistice aux troupes fĂ©dĂ©rales, afin de sauver la ville. Jây suis autorisĂ© par le conseil de la guerre et par le conseil exĂ©cutif du canton de Lucerne. AgrĂ©ez, etc. Le commandant en chef de lâarmĂ©e, SignĂ© J. U. de SALIS-SOGLIO *. Le conseil de ville de Lucerne, composĂ© de libĂ©raux Ă lâexception de lâimprimeur Raber, nâavait naturellement pas lâintention dâexposer la ville aux chances dâune prise dâassaut et de la plonger dans le malheur; su contraire, il Ă©tait bien aise dâĂȘtre dĂ©barrassĂ© du rĂ©gime de terreur qui pesait sur le canton ; câest pourquoi il attendait, avec la grande majoritĂ© de la population de la ville, la prĂ©sence des troupes fĂ©dĂ©rales; toutefois il craignait quelques excĂšs. En consĂ©quence, il adressa * Il est probable que Salis insistait tellement sur la capitulation pour se tirer de la mauvaise position dans laquelle il se trouvait ; mais il ne rĂ©ussit pas. 238 au gĂ©nĂ©ral Dufour une lettre clans laquelle il lui demandait que la ville fĂ»t traitĂ©e avec humanitĂ©, que les personnes et les propriĂ©tĂ©s fussent protĂ©gĂ©es. Une rĂ©union eut lieu chez le gĂ©nĂ©ral Salis , dans la chambre quâil occupait Ă lâhĂŽtel du gouvernement, rĂ©union Ă laquelle assistĂšrent les chefs des bataillons qui se trouvaient dans la ville, les officiers lucernois de son Ă©tat-major gĂ©nĂ©ral, ainsi que quelques officiers supĂ©rieurs accidentellement prĂ©sens , parmi lesquels on remarquait les commandants de brigade Kost et Schmid, les adjudants de division, le second commandant du landslurm, etc. Le gĂ©nĂ©ral Salis doit leur avoir dĂ©clarĂ© quâil avait confiĂ© au conseil municipal le soin de veiller Ă la conservation de la ville et quâil avait lâintention de dĂ©lĂ©guer un parlementaire au gĂ©nĂ©ral Dufour pour obtenir un armistice Ă lâeffet de nĂ©gocier une capitulation , attendu quâil Ă©tait inutile de continuer ultĂ©rieurement la guerre. Salis doit en outre leur avoir annoncĂ© que le conseil de la guerre sâĂ©tait retirĂ© dans les cantons primitifs avec le gouvernement de Lucerne et quâil avait donnĂ© lâordre dây retirer aussi lâarmĂ©e, que les troupes dâUri et des deux Unlerwalden avaient reçu du commandant de brigade Schmid lâordre de partir et quâelles avaient immĂ©diatement exĂ©cutĂ© cet ordre en se dirigeant sur Winkel. Le bataillon valaisan de Courlen doit avoir Ă©tĂ© oubliĂ©. 11 est vrai que de Courten resta Ă Lucerne avec trois compagnies qui furent faites prisonniĂšres de guerre ; trois autres compagnies partirent le 24 de bonne heure et regagnĂšrent leurs foyers par Winkel, Beckenried et FlĂŒelen. Une querelle sâĂ©leva parmi les officiers prĂ©sens chez le gĂ©nĂ©ral Salis; quelques-uns dâentre eux, furieux, criaient Ă la trahison commise par le gouvernement en fuite envers un peuple qui Ă©tait rĂ©solu de verser jusquâĂ la derniĂšre goutte de son sang pour la dĂ©fense de son indĂ©pendance et de sa libertĂ©. Le gĂ©nĂ©ral Salis assista avec le plus grand calme Ă tout le tapage que quelques officiers faisaient autour de lui ; il invoqua Ă plusieurs reprises les pleins pouvoirs dont il Ă©tait revĂȘtu et fil immĂ©diatement adresser au gĂ©nĂ©ral Dufour une lettre dans laquelle il lui demandait un armistice de 48 heures pour entamer des nĂ©gociations ; il ordonna en mĂȘme temps quâil fut donnĂ© avis de cette dĂ©marche Ă tous les divisionnaires de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale 239 les plus rapprochĂ©s de la ville, en les invitant a suspendre les hostilitĂ©s jusquâĂ la rĂ©ception dâune rĂ©ponse. Mais personne ne voulut se charger de jouer le rĂŽle de parlementaire. Dans des conjonctures pareilles, le gĂ©nĂ©ral Salis vit quâil nâĂ©tait pas prudent de sa part de rester plus longtemps Ă Lucerne. Câest pourquoi , aprĂšs avoir donnĂ© au colonel Elgger lâordre de veiller Ă ce que les lettres fussent transmises, il partit Ă deux heures du matin par le second bateau Ă vapeur et se rendit Ă Stanstad dans le canton dâUnlerwalden, dâoĂč il passa dans le canton dâUri, et il prit Ă©galement la fuite par la Furka. Lorsquâil eut appris que Siegwart sâĂ©tait sauvĂ© Ă temps, il doit avoir dit au moment de sâembarquer Je suis peinĂ© de mâĂȘtre mĂȘlĂ© dans cette affaire avec dâaussi lĂąches coquins !» Le prince FrĂ©dĂ©ric de Sclrwarzenberg, adjudant de Salis, et le lieutenant de Sclnvei- nitz nâont pu dĂ©ployer leur bravoure ; ils sâassociĂšrent avec le colonel Tsehudi et dâautres Ă la fuite du gouvernement. Personne ne voulut plus faire la guerre aprĂšs la fuite du gĂ©nĂ©ral Salis. Le colonel Elgger , qui peu de temps auparavant, donnant cours Ă ses bravades, prĂ©tendait que la capitulation ne devait ĂȘtre nĂ©gociĂ©e que les armes Ă la main, dĂ©clara que le dĂ©part du gĂ©nĂ©ral avait mis fin Ă ses fonctions de chef de lâĂ©tat-major gĂ©nĂ©ral. Lâinspecteur des milices, gĂ©nĂ©ral de Sonnenberg, fut dâavis quâil rentrait dans la vie privĂ©e, attendu que le gouvernement sâĂ©tait retirĂ© en corps sans avoir confĂ©rĂ© des pleins pouvoirs. Le commandant de brigade Kost dĂ©clara purement et simplement quâil ne tirerait plus un coup puisque le gouvernement Ă©tait parti. Il ne se trouva mĂȘme personne qui fĂ»t en position de conclure une capitulation pour le canton de Lucerne. Le prĂ©sident du conseil municipal, M. Schumacher - Ullenberg, ne voulut rien avoir Ă faire avec ces gens; il dĂ©clara cependant quâil ouvrirait des nĂ©gociations, mais uniquement en faveur de la ville. Le prĂ©sident du grand conseil, M. Mohr, qui avait quittĂ© son service dâavant-poste il Ă©tait capitaine, dĂ©clara, sur lâinvitation qui lui fut faite de convoquer le grand conseil, quâil ne pouvait le rĂ©unir dans ce moment critique. Dans cet Ă©tat de choses, le conseil municipal estima quâil Ă©tait de son devoir, dans le but dâĂ©viter tout excĂšs, dâadresser Ă ses administrĂ©s la proclamation suivante Habitants le la ville de Lucerne, Chers concitoyens ! Ensuite de la dissolution de fait i gouvernement du canton de Lucerne, le conseil de ville de Lucerne a cru de son devoir de veiller Ă lâordre et Ă la tranquillitĂ©, et Ă la sĂ»retĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s. A cet effet, le corps des gendarmes a Ă©tĂ© mis Ă la disposition de la police de la ville. Chers concitoyens! nous attendons de votre respect pour lâordre et la lĂ©galitĂ© que vous nous seconderez dans nos efforts. Lucerne, le 24 novembre 1847. Au nom du conseil de ville Le prĂ©sident, SCHUMACHER-UTTENBERG. Le second secrĂ©taire de ville, RIETSCHI. Les troupes qui revenaient le soir dâEbikon apprirent aussi ĂŻa fuite des autoritĂ©s. La ville Ă©tait en proie Ă une sourde fermentation , quâinterrompaient par intervalles les plaintes et les accĂšs de fureur de ces gens sur la conduite des hĂąbleurs ambitieux qui les avaient plongĂ©s dans le malheur. La ville de Lucerne passa une nuit pĂ©nible. Comme on pouvait sâattendre quâĂ la pointe du jour la ville serait attaquĂ©e ; comme la position dâEbikon avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e et quâil nây avait plus de commandant en chef dans le canton; comme lâartillerie dâUri et le contingent des deux Unterwalden sâĂ©taient retirĂ©s et que les troupes rĂ©glĂ©es ainsi que le landsturm ne recevaient plus de subsistance, il est tout naturel quâon ne pouvait plus songer Ă continuer la lutte, et alors le premier lieutenant dâartillerie Mailler se rendit auprĂšs du gĂ©nĂ©ral Dufour en qualitĂ© de parlementaire. Des parlementaires donnĂšrent Ă©galement avis de cette dĂ©marche aux commandants des divisions Ziegler et Donalz. Le , Ă trois heures du malin, on battit pour la derniĂšre fois la gĂ©nĂ©rale les milices et le landsturm qui se trouvaient dans la ville reçurent lâordre de dĂ©poser les armes et de rompre leurs rangs. Au moment de leur dissolution les compagnies poussĂšrent des cris de joie et une partie de celles-ci portĂšrent un Vivat Ă la ConfĂ©dĂ©ration. Entre quatre et sept heures du malin la division RĂŒtliinann, qui avait occupĂ© les positions de Littau et du pont de lâEmine, rentra Ă©galement Ă Lucerne avec le landsturm et les avant-postes avancĂ©s pour dĂ©poser les armes. n\ Revenons Ă lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale campĂ©e autour de Lucerne, el entrons dâabord au bivouac de la quatriĂšme division Ziegler. La nuit sây passa sans Ă©vĂ©nements particuliers ; entre trois et quatre heures arriva le parlementaire dĂ©lĂ©guĂ© de Lucerne par le colonel Elgger, demandant quâon reconnĂ»t lâarmistice. Ce parlementaire fut transportĂ© sous escorte Ă Sins auprĂšs du gĂ©nĂ©ral , dâoĂč il rapporta Ă la pointe du jour la nouvelle que lâarmistice avait Ă©tĂ© refusĂ©, mais que les troupes fĂ©dĂ©rales ne sâempresseraient pas de marcher sur Lucerne. Le matin Ă dix heures on remit au conseil de ville une dĂ©pĂȘche du gĂ©nĂ©ral Dufour, datĂ©e du quartier-gĂ©nĂ©ral de Sins Ă h 3 /i heures du matin , dĂ©pĂȘche adressĂ©e au gouvernement de Lucerne, ou, en son absence, au conseil de ville. Celle dĂ©pĂȘche portait en substance que les troupes fĂ©dĂ©rales, bivouaquant dĂ©jĂ aux portes de la ville, il Ă©tait impossible dâaccorder un armistice ; que le seul moyen dâĂ©viter un malheur Ă©tait dâouvrir les portes de la ville aux troupes fĂ©dĂ©rales el dâarborer le drapeau fĂ©dĂ©ral sur quelques unes des plus hautes tours, quâĂ cette condition les troupes fĂ©dĂ©rales entreraient sans commettre aucune violence et que la sĂ»retĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s serait respectĂ©e ; quâil fallait immĂ©diatement dĂ©lĂ©guer des officiers dâordonnance pour donner aux troupes les plus avancĂ©es connaissance des rĂ©solutions prises Ă Lucerne. Le conseil de ville, conformĂ©ment Ă cette dĂ©pĂȘche, envoya rois de ses membres au-devant des troupes fĂ©dĂ©rales pour leur donner , sur deux points diffĂ©rents , lâassurance quâelles pouvaient pĂ©nĂ©trer dans la ville sans craindre dâhostilitĂ©s. BientĂŽt aprĂšs ces dĂ©lĂ©guĂ©s arrivĂšrent aux bivouacs des divisions de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale campĂ©es le plus prĂšs de la ville; ils les invitĂšrent Ă entrer Ă Lucerne , oĂč il nây avait plus de gouvernement et oĂč, par consĂ©quent, il Ă©tait Ă dĂ©sirer quâon Ă©vitĂąt des dĂ©sordres. DĂ©jĂ aprĂšs la rĂ©ception du premier parlementaire, le colonel Ziegler avait informĂ© le colonel GmĂŒr que Lucerne demandait Ă capituler, en ajoutant que peut-ĂȘtre on pourrait y consentir. Mais comme dans lâintervalle le colonel GmĂŒr eut appris par la reconnaissance faite, dans la direction dâAdligen- schwyl, par un dĂ©tachement de cavalerie sous le commandg- 16 242 ment du major Keiser que lâennemi sâĂ©tait relire de cet endroit; comme en outre il avait dĂ©jĂ donnĂ© Ă la deuxiĂšme brigade Isler lâordre de marcher sur Lucerne, il ordonna Ă une forte avant-garde dâinfanlerie et de cavalerie de sâavancer jusquâĂ ce quâelle rencontrerait lâennemi. Le commandant de division suivit bientĂŽt lâavant-garde avec la brigade Isler. Ces troupes furent reçues amicalement Ă Adligenschwyl et on leur offrit Ă boire. Le commandant de lâavant-garde, major Neher, annonça du sommet du Sonnenberg au commandant d e division quâil nâavait pas encore rencontrĂ© lâennemi et quâon pourrait entrer Ă Lucerne sans rĂ©sistance. A peu de distance du Sonnenberg, le mĂȘme commandant envoya au commandant de division la dĂ©claration suivante Le conseil de ville de Lucerne, En consĂ©quence dâune dĂ©pĂȘche de Son Excellence M. le gĂ©nĂ©ral en chef de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale, datĂ©e de ce jour, Ă 4 heures % du matin, j de son quartier-gĂ©nĂ©ral de Sins, dĂ©clare Que le gouvernement du canton de Lucerne sâest dissous de fait, hier au soir, et que la grande majoritĂ© de scs membres se sont Ă©loignĂ©s, que les portes de la ville sont ouvertes, que les milices ainsi que le j landsturm sont dĂ©sarmĂ©s et que, pour preuve visible de la confiance avec laquelle les troupes fĂ©dĂ©rales seront reçues dans la ville, le drapeau fĂ©dĂ©ral est dĂ©jĂ arborĂ© sur deux tours principales de Lucerne. Suivent les signatures. Dans cet intervalle, lâavant-garde susmentionnĂ©e compagnie I de chasseurs n° % du bataillon Seiler, de Schaffhouse sâavança ; jusquâaux portes de Lucerne. i i 243 CHAPITRE XI, EntrĂ©e des troupes fĂ©dĂ©rales Ă Lucerne. Mouvements de lâextrĂȘme aile gauche et ses suites. Capitulation des autres Etats du Sonderbund. L'avant-garde dont nous venons de parler est la premiĂšre troupe qui soit entrĂ©e Ă Lucerne aprĂšs que les portes de la ville furent ouvertes. Elle fut reçue avec de grandes marques de joie. j La division Ziegler sortit de son bivouac Ă huit heures du matin , et Ă Ebikon elle rencontra lâancien avoyer Kopp, membre et dĂ©lĂ©guĂ© du conseil de ville de Lucerne ; il portait un drapeau blanc et venait solliciter quâon Ă©pargnĂąt la ville. A onze heures environ les troupes de la division Ziegler entrĂšrent dans la ville ' de Lucerne ; Ă leur tĂȘte se tenait le commandant de la division I avec la brigade EglolĂŻ ; Ă ces troupes se joignirent celles de la division Donatz venant de Gislikon par la rive gauche de la Reuss. BientĂŽt aprĂšs, le commandant de division GmĂŒr entra Ă Lucerne Ă la tĂšte de la deuxiĂšme brigade Isler. ; Dans la matinĂ©e du mĂȘme jour, les sapeurs de la division t Burckhardt jeterĂšnt promptement un pont volant sur lâEmme j pour remplacer celui qui avait Ă©tĂ© dĂ©truit prĂšs de Thorenberg, et tous les prĂ©paratifs Ă©taient faits pour prendre Littau dâassaut lorsquâon reçut la nouvelle de la reddition de Lucerne ; la division se dirigea ensuite sur la ville sans Ă©prouver de rĂ©sistance. Au milieu des vivat mille fois rĂ©pĂ©tĂ©s de la population si longtemps maltraitĂ©e et courbĂ©e sous le joug, trois divisions entrĂšrent de tous les cĂŽtĂ©s en files indĂ©finies dans cette ville, dont i les tours , les portes et les maisons Ă©taient pavoisĂ©es de banniĂšres fĂ©dĂ©rales. LâentrĂ©e dura jusquâĂ la nuit. Lâencombrement Ă lâintĂ©rieur et Ă lâextĂ©rieur de la ville provoquĂ© par la masse des troupes et des voitures de toute espĂšce, les efforts de lâartillerie pour pĂ©nĂ©trer Ă travers celte masse de troupes causĂšrent 1 m bien du mĂ©contentement, et dans la ville il y avait une grande confusion , car dans ses murs et hors de ses murs stationnaient environ 2Ăą,000 hommes que la commune de la ville devait loger ee jour-lĂ , et qui partirent le lendemain malin pour se rĂ©pandre dans la campagne et se diriger sur les frontiĂšres du canton de Sehwyz. Le jeudi, 2b, la ville eut de nouveau 2Ăą,000 hommes Ă loger. De mĂȘme quâĂ Fribourg , il fut impossible dâempĂȘcher quelques excĂšs , surtout de la part des citoyens qui avaient Ă©tĂ© maltraitĂ©s prĂ©cĂ©demment et qui alors voulurent donner cours Ă leur vengeance personnelle. Mais le colonel Ziegler ayant Ă©tĂ© nommĂ© bientĂŽt aprĂšs commandant de place, des gardes furent promptement Ă©tablies pour maintenir lâordre public et pour purger, de concert avec le conseil municipal, la ville dâune foule de militaires et de landsturmiens dĂ©sarmĂ©s qui nâĂ©taient pas encore rentrĂ©s dans leurs foyers. 11 y avait en outre un grand nombre de curieux qui sâĂ©laient rendus dans la ville pour voir ee qui sây passait. Le couvent des jĂ©suites fut encombrĂ© immĂ©diatement aprĂšs lâentrĂ©e des troupes fĂ©dĂ©rales, les cellules en furent dĂ©vastĂ©es ; le Kesselthurm, ce donjon du despotisme de Siegwart, fut ouvert avec effraction et la libertĂ© fut rendue aux dĂ©tenus parmi lesquels se trouvaient quelques individus condamnĂ©s pour crimes, mais dont on put se saisir de nouveau; les maisons de Siegwart et du colonel Elgger furent saccagĂ©es Ă lâintĂ©rieur. On trouva dans les rues de Lucerne les trois compagnies valaisannes du bataillon de Courten quâon avait abandonnĂ©es Ă leur triste sort; ces compagnies Ă©taient composĂ©es pour la plupart de libĂ©raux du Bas-Valais qui avaient Ă©tĂ© transportĂ©s en quelque sorte par force hors de leur canton dans celui dâUri en traversant Ja Furka, traĂźnĂ©s en Argovie lors de lâinvasion quây fit le Sonderbund et oĂč ils avaient Ă©tĂ© exposĂ©s dans les premiers rangs comme chair Ă canon ; mais au Kooterberg ils furent employĂ©s comme rĂ©serve. Ils excitĂšrent la compassion gĂ©nĂ©rale, notamment par la raison quâils Ă©taient mal vĂȘtus. Des officiers vaudois firent une collecte en leur faveur. On les envoya Ă BĂąle en qualilĂ© de prisonniers de guerre ; ils y furent amicalement traitĂ©s et on les relĂącha aprĂšs la capitulation du Valais. 245 Revenons Ă la division GmĂŒr et suivons les opĂ©rations ultĂ©rieures de la brigade Rilter contre Kiissnacht et le canton de Sclnvyz. DĂ©jĂ dans la matinĂ©e du 24 , avant que la brigade Isler eĂ»t poursuivi sa marche sur Lucerne, le major BrĂąndli Ă©tait arrivĂ© avec son renfort Ă Ilaltikon au-dessus de Kiissnacht et avait sommĂ© le commandant des troupes schwyzoises dâĂ©vacuer Kiissnacht On lâobligea de se rendre Ă Arlh, quartier-gĂ©nĂ©ral, oĂč le colonel Ab-Yberg lui proposa un armistice indĂ©fini avec la facultĂ© de le dĂ©noncer dans trois heures ; le major Brandi! dĂ©clara quâil nâĂ©tait pas autorisĂ© Ă conclure un armistice, mais il promit dâen faire la proposition au divisionnaire GmĂŒr. Mais comme celui-ci sâĂ©tait rendu Ă Lucerne, le major BrĂąndli ne put le voir que dans la soirĂ©e du 24. Le mĂȘme soir le major BrĂąndli Ă©crivit au colonel Ab-Yberg que le divisionnaire GmĂŒr nâacceptait point lâarmistice. Ces nĂ©gociations en vue dâun armistice, aprĂšs le refus duquel la guerre continua contre le canton de Sclnvyz , forcĂšrent la brigade Rittcr et le bataillon Bernold, de la brigade Isler, ainsi que les balleries Heylandt et Scheller, de conserver encore pendant trois jours et trois nuits les positions avantageuses quâils occupaient sur le Kiemen et les hauteurs de KĂŒssnacht et dây bivouaquer, ce qui Ă©tait dâautant plus onĂ©reux pour ces troupes quâelles avaient dĂ©jĂ bivouaquĂ© la nuit qui avait prĂ©cĂ©dĂ© lâentrĂ©e Ă Cham , que pendant toute la journĂ©e du 25 elles avaient Ă©tĂ© au feu et quâelles avaient eu Ă combattre lâennemi tant au Rischerberg quâau Kiemen. Enfin, celte brigade put ĂȘtre relevĂ©e dans lâaprĂšs-midi du 26 par la brigade Isler qui revenait de Lucerne. Pendant que ces deux brigades opĂ©raient contre les cantons intĂ©rieurs du Sonderbund et que la brigade Bernold occupait le canton de Zug, la brigade Blumer et la troisiĂšme brigade de rĂ©serve Keller avaient en mĂȘme temps une lĂąche difficile Ă remplir Ă lâextrĂȘme aile gauche de lâarmĂ©e. Le 25 novembre, Ă six heures du matin, elles reçurent lâordre de marcher de deux cĂŽtĂ©s sur le canton de Sclnvyz, la premiĂšre en partant de Rich- terschweil, la seconde de Bilten et de Benken, jusquâĂ ce quâelles eussent opĂ©rĂ© leur jonction , de refouler les Schwyzois vers lâEtzel et la Schindelligi et de les occuper par des dĂ©mon- 246 strations jusquâĂ ce que Lucerne fĂ»t pris par les troupes fĂ©dĂ©rales. Le 23 la troisiĂšme brigade de rĂ©serve Keiler enlra dans la Marche sur trois colonnes venant de Bilten, de Benken, par le pont det Giessen, et de Grynau; elle sâavança jusquâĂ Lachen. Dans cette premiĂšre journĂ©e elle put occuper toute la Marche supĂ©rieure jusquâĂ Lachen inclusivement sans avoir Ă dĂ©plorer la perte dâun seul homme. Les autoritĂ©s du district de Lachen, pressĂ©es de toutes parts, accueillirent des ouvertures en vue dâune capitulation, et immĂ©diatement aprĂšs toute la Marche capitula sur les bases suivantes 1° Les troupes fĂ©dĂ©rales seront reçues amicalement et pacifiquement, entretenues et logĂ©es sur le pied fĂ©dĂ©ral. 2° Toute la population mĂąle sera dĂ©sarmĂ©e. 3° Les armes des habitants du district de la Marche seront dĂ©posĂ©es Ă lâhĂŽtel-de-vilie de Lachen, 4° Le district de la Marche se met sous la protection fĂ©dĂ©rale et se soumettra aux ordres de la diĂšte. S° Les troupes fĂ©dĂ©rales sâengagent Ă appuyer les autoritĂ©s pour le maintien de lâordre et de la tranquillitĂ©, pour la sĂ»retĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s. LâentrĂ©e des troupes Ă Lachen eut lieu entre cinq et six heures du soir, au milieu des dĂ©monstrations de joie dâune partie de la population. Sur leur passage ces troupes avaient eu Ă vaincre de nombreux obstacles et partout elles trouvĂšrent les villages presque dĂ©serts. Dans la matinĂ©e du 25 , le colonel Ab-Yberg, commandant de la landwehr schwyzoise, Ă©tait arrivĂ© de la Schindellegi Ă Lachen avec des troupes auxiliaires et sâĂ©tait dirigĂ© sur la Marche supĂ©rieure. Mais lorsquâil eut reçu la nouvelle que sur tous les points ses adversaires obtenaient de brillants succĂšs, il se retira promptement, Ă la grande indignation des partisans du gouvernement , sur les hauteurs de lâEtzel, ce qui permit au brigadier Keiler de pĂ©nĂ©trer jusquâĂ Lachen et de se maintenir dans cette position. Le lendemain Ă quatre heures, le district de Pfeffikon capitula sur les mĂȘmes bases que le district de Lachen, et aprĂšs un combat qui fut livrĂ© Ă Wollerau et dans lequel les troupes fĂ©dĂ©rales eurent trois moris et dix blessĂ©s, le gouvernement de Schwyz consentit enfin Ă capituler. Voici le texte mĂȘme de la capitulation 1° Le canton de Schwyz dĂ©clare qu'il se retire du Sonderbund. 2° Toutes les milices du canton de Schwyz. seront immĂ©diatement licenciĂ©es et leurs armes seront dĂ©posĂ©es dans les arsenaux de district. 3° De la mĂȘme maniĂšre tout le Iandsturm sera dĂ©sarmĂ© et ses armes seront dĂ©posĂ©es dans les arsenaux de district jusquâĂ ce que lâoccupation du canton de Schwyz par les troupes fĂ©dĂ©rales ait cessĂ©; elles pourront ĂȘtre remises aux propriĂ©taires aprĂšs celte occupation. 4° Le canton acceptera sans rĂ©sistance les troupes fĂ©dĂ©rales et les traitera Ă teneur des rĂšglements fĂ©dĂ©raux. 5° Les troupes fĂ©dĂ©rales maintiendront la tranquillitĂ© publique et veilleront Ă la sĂ»retĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s. 6° Toutes les questions politiques qui pourront sâĂ©lever seront soumises Ă la dĂ©cision de la haute diĂšte. 7° La prĂ©sente convention, revĂȘtue de la ratification du grand conseil du canton de Schwyz, devra ĂȘtre remise demain samedi, 27 novembre 1847, Ă deux heures de l'aprĂšs-midi, Ă 31. le commandant de la cinquiĂšme division pour ĂȘtre transmise au commandant en chef Ă Meggen. Ainsi fait au quartier-gĂ©nĂ©ral de Lucerne, le 26 novembre 1847, Ă deux heures de lâaprĂšs-midi, expĂ©diĂ© et signĂ© en deux doubles conformes. Le commandant de Les dĂ©lĂ©guĂ©s du canton de Sckicyz, lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale, Sig. CETHIKER, prĂ©sident du grand conseil. Sig. G. II. MJFOUR. â Jos. METTLER, membre du conseil cantonal. Nous, prĂ©sident et grand conseil du canton de Schwyz, certifions avoir ratifiĂ© la prĂ©sente convention. Schwyz, le 27 novembre 1847. Au noin du grand conseil Le prĂ©sident, Sig. CETHIKER. Le secrĂ©taire, Sig. A. EBERLI. DĂ©jĂ le 25, Ă onze heures de la nuit, les deux Unterwalden avaient capitulĂ©. Ils sentirent quâil Ă©tait inutile dâopposer plus longtemps de la rĂ©sistance Ă lâexĂ©cution des arrĂȘtĂ©s de la diĂšte fĂ©dĂ©rale ; ils virent bien que le rĂ©gime de Siegwart Ă©tait perdu sans espoir de retour. Les capitulations de ces deux parties du 248 pays sont Ă peu prĂšs textuellement identiques Ă celle de Schwyz. ĂŒi'i, qui Ă©tait destinĂ© Ă servir de seconde rĂ©sidence Ă ceux qui avaient enlevĂ© les caisses publiques Ă Lucerne pour continuer, dans lâespoir que lâĂ©tranger interviendrait, la lutte contre la ConfĂ©dĂ©ration, comprit qu'il Ă©tait plus avantageux pour lui de capituler. Câest un fait connu que le 22 novembre, la veille de la fuite du gouvernement de Siegwart, un envoyĂ© français sâest rendu Ă Lucerne par la Furka, quâil a donnĂ© au conseil de la guerre du Sonderbund des directions qui avaient pour but, dans le cas oĂč la position de Lucerne ne serait plus tenable, de se retirer dans les cantons primitifs et de sây maintenir dans une attitude armĂ©e, car lâintervention qui avait Ă©tĂ© promise ne devait plus se faire attendre longtemps. La proclamation que le gouvernement fugitif de Lucerne adressa au peuple , en date de Fluelen , le 25 novembre, concorde entiĂšrement avec ce fait. 11 est dit dans celte proclamation que le gouvernement, ne se trouvant plus en sĂ»retĂ© sur le territoire lucernois, avait Ă©tĂ© obligĂ© de se retirer Ă Uri; que nĂ©anmoins il se considĂ©rait toujours comme le gouvernement lĂ©gitime du canton de Lucerne et que le temps pourrait revenir oĂč il rentrera pleinement dans sa position lĂ©gale. Les cantons intĂ©rieurs du Sonderbund furent alors successivement occupĂ©s par les troupes fĂ©dĂ©rales, qui furent partout reçues au milieu de joyeuses acclamations. Leur e*lrĂ©e fut saluĂ©e Ă Einsiedlen par des dĂ©charges dâartillerie et le son des cloches. Les habitants de Schwyz Ă©taient tellement indignĂ©s contre les jĂ©suites quâils pillĂšrent et dĂ©vastĂšrent en partie leur collĂšge. Le commandant en chef des troupes fĂ©dĂ©rales ayant communiquĂ© Ă la diĂšte ces capitulations qui se succĂ©dĂšrent si promptement, cette autoritĂ© dĂ©cida de nommer des reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux dans les cantons soumis. Elle nomma Pour le canton de Lucerne MJI. le D r Kern , prĂ©sident du tribunal dâappel du canton de Thurgovie ; le conseiller dâĂtat Bollicr, du canton de Zurich ; le juge dâappel BĂŒrki, du canton de Soleure. 249 Pour le canton dâUnterwaldcn MM. le conseiller dâĂtal D r Schneider, de Berne, el le grand conseiller Bruggisser, de Wohlen, canton dâArgovie. Pour le canton de Schwyz MM. le landaminann HungerbĂŒhler, du canton de S-Gall; le landesslatthalter D r Heim, dâAppenzell Pour le canton dâĂŒri MM. le prĂ©sident du tribunal criminel D r TrĂŒtnpy, de Claris ; le juge dâappel Paul Migy, de Porrenlruy Berne. Enfin pour le canton du Valais ; MM. le conseiller dâĂtat Franscini, du canton du Tessin; le conseiller dâĂlat Delarageaz, du canton de Vand; le prĂ©sident du tribunal dâappel D r Frei, de BĂ le- Cainpagne. Deux jours aprĂšs la fuite honteuse du gouvernement lucer- nois, les libĂ©raux de Lucerne provoquĂšrent une assemblĂ©e populaire de citoyens des villes et des campagnes Ă lâeffet de nommer un gouvernement provisoire, car chaque jour on attendait lâarrivĂ©e des reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux. Lâassemble pupulaire rĂ©solut de maintenir le conseil de ville en qualitĂ© de gouvernement provisoire jusquâĂ la formation dâun nouveau gouvernement, en excluant toutefois lâimprimeur RĂ ber, dont les presses avaient publiĂ© loules*les honteuses diatribes dirigĂ©es par le Sonderbund et les jĂ©suites contre lâhonneur de la ConfĂ©dĂ©ralion. Au conseil de ville furent en outre adjoints les membres suivants de la campagne MM. le juge dâappel Peier, dâEschenbach ; le prĂ©sident de commune Al. Moser, de Hitzkirch ; lâancien juge dâappel Paul Troxler, de Miinster; lâancien prĂ©sident de tribunal Antoine Ruegger, de Biiron ; le lieutenant-colonel Henri Troxler, de Willisau; le greffier Staffelbach, de Dagmersellen ; lâancien prĂ©sident de commune Portmann, de Schiipf- heim ; le D r Zemp, de SchĂŒpfheim. 250 Le gouvernement provisoire fut ensuite chargĂ© de prendre des mesures pour que les jĂ©suites et leurs affiliĂ©s fussent expulsĂ©s du canton de Lucerne dans trois fois 24. heures. Il fut arrĂȘtĂ© que dans aucun temps ils ne seraient plus appelĂ©s dans le canton de Lucerne ; que les auteurs de lâappel des jĂ©suites et les fondateurs du Sonderbund seraient mis en Ă©tat dâaccusation pour avoir violĂ© la constitution cantonale et excitĂ© Ă la rĂ©volte contre les dĂ©crets de la diĂšte, et rendus responsables de toutes les consĂ©quences qui en sont rĂ©sultĂ©es. Enfin , il fut rĂ©solu que toutes les personnes condamnĂ©es depuis le 8 janvier 1848 ou encore Ă condamner pour dĂ©lits politiques seraient immĂ©diatement rĂ©intĂ©grĂ©es dans la jouissance de leurs droits civils et politiques et que les procĂ©dures dirigĂ©es contre elles seraient dĂ©clarĂ©es nulles et non avenues. Le gouvernement provisoire fut encore chargĂ© de faire procĂ©der sans dĂ©lai Ă la nomination dâun grand conseil Ă lâeffet de reconstituer toutes les autoritĂ©s cantonales. M. le colonel Schumacher-Uttenberg fut nommĂ© prĂ©sident du gouvernement provisoire. Une sĂ©rĂ©nade splendide aux flambeaux fut donnĂ©e au gĂ©nĂ©ral DĂ©four en signe de cordiale amitiĂ©. Dans une proclamation, le gouvernement provisoire annonça Ă ses concitoyens quâil manquait 221,773 fr. 70 rappes dans la caisse fĂ©dĂ©rale de la guerre confiĂ©e au directoire de Lucerne, caisse que les membres du gouvernement dissous avaient enlevĂ©e dans leur fuite Ă Uri, et que cette somme devait ĂȘtre restituĂ©e sans dĂ©lai en vertu dâune sommation faite par les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux. Il lit connaĂźtre en mĂȘme temps la somme Ă©norme des frais de guerre qui frappaient le canton et dĂ©crĂ©ta un emprunt Ă 5 p. % dâintĂ©rĂȘts en mettant Ă cet effet tout le canton dâhypothĂšques La fortune des anciens membres du gouvernement fut mise sous sĂ©questre; mais ils dĂ©clarĂšrent tous quâils ne possĂ©daient pas de fortune on arrĂȘta donc ceux qui se trouvaient Ă Lucerne. Le grand conseil prononça la dissolution de lâassociation de Russwyl. Le 10 dĂ©cembre, un gouvernement provisoire fut Ă©galement nommĂ© Ă Scliwyz, dans lequel entra Nazar Reding, lâami du Sonderbund , et avec lui les libĂ©raux Banzinger, dâEinsiedlen, Dr. Diethelm, de Lachen, et Staheli, conseiller. En ce qui concerne les jĂ©suites, le grand conseil proposa Ă lâassemblĂ©e can- tonale quâelle se soumit Ă lâarrĂȘtĂ© de la diĂšte en date du 5 septembre 1847 relativement Ă lâexpulsion de ce! ordre, sous la rĂ©serve que les droits de souverainetĂ© du canton seront garantis. Le Dr. Dielhelm fut nommĂ© prĂ©sident du grand conseil. Le 12 dĂ©cembre, des landsgemeinden eurent Ă©galement lieu dans les cantons dâUnlerwalden et dâUri, et on y procĂ©da Ă la nomination de nouveaux gouvernements. Dans le canton dâUri, on abolit lâinamovibilitĂ© des fonctionnaires publics et on nomma un gouvernement provisoire de quinze membres pour Ă©laborer une nouvelle constitution. Zug, qui avait Ă©tĂ© occupĂ© le premier par les troupes fĂ©dĂ©rales, diffĂ©ra longtemps de nommer un gouvernement provisoire. Le gouvernement sonderbundien, Ă la tĂȘte duquel se trouvait le landammann Bosshard, eut mĂȘme lâaudace de parler au peuple comme gouvernement lĂ©gitime dans une proclamation quâil lui adressait, mais qui fut immĂ©diatement suppimĂ©e et confisquĂ©e par le brigadier Bernold et remise par son intermĂ©diaire aux reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux, qui de leur cĂŽtĂ© ne voulaient et ne pouvaient entrer en relations avec un gouvernement coupable du crime de haute trahison. Enfin 23 hommes bien pensans, Ă leur tĂȘte le brave juge cantonal Keiser , se rĂ©unirent en comitĂ© et adressĂšrent un appel au peuple zugois , dans lequel ils dĂ©clarĂšrent que les choses Ă©taient allĂ©es si loin que la diĂšte, dans sa proclamalion Ă lâarmĂ©e en date du h novembre, avait dĂ» statuer ce qui suit Les gouvernements du Sonderbund ont violĂ© dâune maniĂšre parjure leurs devoirs envers la ConfĂ©dĂ©ration en rompant avec elle et en prenant les armes.» En consĂ©quence, on pouvait sâexpliquer pourquoi les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux nâĂ©taient entrĂ©s en aucune espĂšce de relations avec ce gouvernement et pour quel motif ils nâavaient aucun mandat Ă lâeffet de le reconnaĂźtre ; câest pourquoi il fallait prendre des mesures dans le but de soigner les affaires tant fĂ©dĂ©rales que cantonales afin que les intĂ©rĂȘts du peuple nâeussent, pas Ă souffrir. Us convoquĂšrent donc une assemblĂ©e populaire Ă Zug pour le dimanche S dĂ©cembre. Cette assemblĂ©e, qui fut trĂšs nombreuse , prit les rĂ©solutions suivantes Le canlon de Zug dĂ©clare quâil se retire dâune maniĂšre absolue du Sonderbund et quâil reconnaĂźt la compĂ©tence de la diĂšte dans la question des jĂ©suites. .1 ».* ^ ?.r>z Elle prononça en outre la dissolution des autoritĂ©s gouvernementales et nomma un gouvernement provisoire de 15 membres; elle maintint provisoirement les autoritĂ©s cantonales et communales sous la surveillance de ce gouvernement. Enfin elle dĂ©crĂ©ta que la constitution serait rĂ©visĂ©e et quâĂ cet effet on nommerait une assemblĂ©e constituante composĂ©e de 05 membres. Celte constitution a Ă©tĂ© effectivement Ă©laborĂ©e; un nouveau grand conseil fut Ă©lu et M. lieiser fut mis Ă la tĂšte du gouvernement en qualitĂ© de landammann. Il eut pour collĂšgues des hommes dont le patriotisme Ă©lait Ă toute Ă©preuve et qui retireront le canton de la position malheureuse dans laquelle lâa plongĂ© la funeste ligue sĂ©parĂ©e. Quoique le Valais ait capitulĂ© plus tard que les autres Ătats du Sonderbund, le peuple de ce canton a pris des mesures plus promptes et plus Ă©nergiques. DĂ©jĂ le 2 dĂ©cembre eut lieu Ă Sion une assemblĂ©e populaire , Ă laquelle assistĂšrent environ 4000 citoyens. Sur la proposition de M. Joris, cette assemblĂ©e dĂ©cida 1° La dissolution du grand conseil et du conseil dâĂtal; 2° La suppression des immunitĂ©s du clergĂ©; 5° LâincompatibilitĂ© des fonctions civiies et ecclĂ©siastiques; h° Le retrait de la eollature des bĂ©nĂ©fices paroissiaux aux abbayes de S-Maurice et du S'-Bernard ; 5° Que les biens du clergĂ© et des corporations religieuses seront placĂ©s sous la haute surveillance de lâĂtal et au besoin rĂ©gis par lui ; 6° Que les dispositions lĂ©gislatives prises par le gouvernement provisoire seront sanctionnĂ©es par le grand conseil ; 7° Que le grand conseil sera nommĂ© dans le courant du mois de dĂ©cembre, sera revĂȘtu de pouvoirs constituants, et que sa durĂ©e sera de cinq ans pour la premiĂšre nomination; 8° Que le gouvernement provisoire dĂ©cidera la question de savoir si les Ă©lections auront lieu par dixain ou par cercle, seront directes et par main levĂ©e ; 9° Que le grand conseil procĂ©dera immĂ©diatement Ă la nomination du conseil dâĂlat ; 253 10° Quâune enquĂȘte sera faite pour constater la conduite des couvents et que ceux dont lâexistence est incompatible avec la tranquillitĂ© publique seront supprimĂ©s ; 11° Que les lois, les dĂ©crets et les jugements ayant pour cause des dĂ©lits politiques rendus depuis 184K seront mis Ă nĂ©ant ; 12° Que les frais de la guerre seront supportĂ©s par les corporations religieuses et par les personnes qui lâont votĂ©e, conseillĂ©e ou prĂȘchĂ©e ; 15° LâassemblĂ©e recommande au grand conseil quâil accorde la naturalisation aux citoyens qui ont pris les armes pour la dĂ©fense du pays, de la cause de la libertĂ© et du progrĂšs ; lit 0 Lâinstruction civile sera surveillĂ©e et dirigĂ©e par lâĂtat; ib° Lâexpulsion des jĂ©suites du canton est ordonnĂ©e; 16° La sĂ©paration du canton aura lieu, si la ConfĂ©dĂ©ration nây met pas dâobstacles. On nomma ensuite un gouvernement provisoire, qui fut composĂ© de MM. 1° Maurice Barman, prĂ©sident; 2° Antoine de Riedmatlen; 5° Pignat\ 4° Zen-Uuffinen; 5° Fillier ; 6° Dufour, et 7° Alexandre de TorrentĂ©. Le 29 novembre , ie gĂ©nĂ©ral Dufour leva le blocus quâil avait ordonnĂ© contre les cantons du Souderbund ; les relations postales avec le canton de Zug avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© rĂ©tablies le 25 novembre , et quelques jours aprĂšs elles furent aussi rĂ©tablies avec le canton de Lucerne. Les feuilles libĂ©rales de la Suisse eurent de nouveau accĂšs dans les cantons du Sonderbund. Le 6 dĂ©cembre, le gĂ©nĂ©ral Dufour Ă©tait de retour Ă Berne, oĂč une rĂ©ception solennelle lui fut faite. Au pont de la Nydeck et Ă la rue CroisĂ©e on avait Ă©levĂ© des arcs de triomphe pa- voisĂ©s de drapeaux rouges et blancs. Le 11 dĂ©cembre , la diĂšte autorisa le directoire, suivant les rapports qui lui seraient faits par les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux, Ă procĂ©der Ă la rĂ©duction des troupes fĂ©dĂ©rales. Ensuite de cette autorisation , les divisions Burkhardt et Donatz furent licenciĂ©es le 24 dĂ©cembre, de sorte quâil ne resta plus que trois divisions sur pied, savoir PremiĂšre division, Rilliet brigades Ă Bundi, Kurz et Yeillon. DeuxiĂšme division , Ziegler brigades Bourgeois , Gerwer, Kcenig et Hauser. TroisiĂšme division , GmĂŒr 234 brigades BlĂąmer, Isler et Hitter; outre les brigades dĂ©tachĂ©es Frey et Millier et les armes spĂ©ciales nĂ©cessaires. LâannĂ©e Ă©tait encore composĂ©e de 40 bataillons dâinfanterie, 19 compagnies de carabiniers , 11 batteries dâartillerie , 6 compagnies de cavalerie. La brigade Ă Bundi occupa le canton de Fribourg, la brigade Kurz le canton du Valais ; les divisions Ziegler et GinĂŒr occupĂšrent les cantons de Lucerne, Scliwyz et Zug, la brigade Frey occupa le canton dâUri et la bfigade Millier le canton dâUnterwalden. La diĂšte dut ensuite songer Ă prĂ©lever, du moins en partie, les frais de la guerre sur les cantons du Sonderbund. DâaprĂšs un budjet Ă©laborĂ© par le trĂ©sorier de la ConfĂ©dĂ©ration, M. le conseiller dâĂtat Sl'Ă mpfli, de Berne , voici quelle est lâĂ©valuation de ces frais 56,000 hommes jusquâau 10 novembre Ă 11 bat/, par jour. 985,000 francs. 90,000 hommes jusquâau 5 dĂ©cembre Ă 11 balz par » Lâoccupation ultĂ©rieure des cantons du Sonderbund par 50,000 hommes pendant un mois » Total 5,011,000 francs. On Ă©tait quelque peu inquiet sur la mise Ă exĂ©cution des arrĂȘtĂ©s que prenait la diĂšte quant au paiement des frais de guerre, dâautant plus quâon savait que lâĂ©tat financier des cantons du Sonderbund, et notamment du canton de Lucerne, Ă©tait dans un dĂ©labrement complet. Les caisses Ă©taient vides; dans la caisse fĂ©dĂ©rale de la guerre il manquait 221,775 francs; il y avait dans la caisse de lâĂtat un dĂ©ficit de 250,000 francs; les emprunts faits Ă lâĂ©tranger en Autriche, par exemple, sâĂ©levaient Ă 500,000 francs. Cette dette aurait ruinĂ© le canton si lâon nâavait eu la perspective de pouvoir faire contribuer les couvents au paiement dâune part considĂ©rable des frais de guerre *. * Dans la caisse de la guerre du Sonderbund, que l'on put Ă©gale- ment saisir, on trouva encore 10,000 francs environ. De cette caisse on avait fait Ă Fribourg et Ă Valais, contre hypothĂšques, 255 Dans des conjonctures pareilles, la diĂšle procĂ©da avec beaucoup de modĂ©ration. Voici la substance de ses arrĂȘtĂ©s en ce qui concerne les frais de guerre 1° Ils seront supportĂ©s par les cantons du Sonderbund , sous rĂ©serve de leur recours contre les coupables; 2° ils sont solidaires pour lâacquittement de ces frais et ils paieront dâaprĂšs lâĂ©chelle fĂ©dĂ©rale des contingents dâargent ; 5° ils paieront un million jusquâau 20 dĂ©cembre ; 4° le reste plus de quatre millions sera Ă©galement payĂ© comptant ou couvert par des titres hypothĂ©caires ; 8° lâoccupation militaire durera jusquâĂ lâacquittement de ces frais ; 6° ils rĂ©pareront les dommages causĂ©s par leurs troupes ; 7° le tout sans prĂ©judice des arrĂȘtĂ©s qui seront pris ultĂ©rieurement contre les Ătals renitenls de NeuchĂątel et dâAppenzell Les frais de guerre ont Ă©tĂ© rĂ©partis de la maniĂšre suivante entre les cantons du Sonderbund Lucerne . . . 2,132,000 francs Uri. . . 96,760 » Schwyz. . . 246,820 > Untervvalden-le-Ilaut . . . 90,610 » Untenvald-le-Bas . . . . 66,010 » Z ug. . . 102,800 » Fribourg. . . 1,825,200 » Valais. . . 787,200 » Total 8,047,100 francs. Or, si nous faisons la somme des deux dĂ©ficits qui se sont trouvĂ©s dans la caisse fĂ©dĂ©rale de la guerre et dans celle de lâĂlal de Lucerne, dont le montant est de . . 471,753 fr. et des frais de guerre imposĂ©s Ă Lucerne, dont le montant est de. 2,132,000 » ce canton a Ă payer. 2,603,733 fr. des prĂȘts dont le montant sâĂ©levait Ă 90,000 fr. Parmi les biens- fonds mis dâhypothĂšque se trouve le gymnase des jĂ©suites Ă Brigue. DâaprĂšs les papiers qui ont Ă©tĂ© trouvĂ©s, le montant total de la eaisse sâĂ©levait Ă 175,400 fr. Jusquâici on n'a pu dĂ©couvrir d'oĂč est venu tout cet argent. Il est indubitable que lâemprunt autrichien ligurait dans cette somme. 256 Quelque considĂ©rables que soient les frais de guerre imposĂ©s aux canlons du Sonderbuud, ils sont loin dâĂ©galer tous les frais quâa causĂ©s lâexpĂ©dition dirigĂ©e contre eux ; notamment on nâa pas portĂ© en ligne de compte les dĂ©penses faites par les cantons restĂ©s fidĂšles au pacte et par les soldats en particulier pour leur Ă©quipement, leurs achats, leur perte de temps, etc. Dans tous les cas on voit quâon a procĂ©dĂ© avec beaucoup de mĂ©nagement envers les cantons primitifs et quâon a eu Ă©gard Ă leur situation financiĂšre ; car, dâaprĂšs lâĂ©chelle fĂ©dĂ©rale des contingents dâargent, Lucerne doit payer 28 fois autant quâĂŒri. En comptant par tĂšte, un Uranien paiera donc environ S 4 /s fr., un Lucernois 17 2 /5j un Unterwaldois b V 5 , un Schwyzois b 4 /s, un Zugois 8 2 /s, un Fribourgeois 17 2 /s, un Valaisan 8 4 /s pour couvrir les frais de guerre. On fit lâinventaire des biens des membres de lâancien gouvernement de Lucerne. Celte mesure provoqua des dĂ©clarations intĂ©ressantes, et il est difficile dâadmettre que le peuple lucernois ait cru quâil Ă©tait administrĂ© par des hommes nâayant aucune fortune. Quoique la loi exige quâun citoyen possĂšde 4000 fr. au moins pour ĂȘtre Ă©ligible au conseil exĂ©cutif, les membres de lâancien gouvernement persistĂšrent Ă dire quâils ne possĂ©daient rien. Le gĂ©nĂ©ral de Sonnenberg dĂ©clara que sa pension annuelle de 10,000 fr. Ă©tait une rente viagĂšre quâon ne pouvait lui enlever, que son beau chĂąteau du Steinhof prĂšs de Lucerne appartenait Ă sa femme , que sa maison en ville appartenait Ă son fils. Tout ce qui Ă©tait Ă lui, disait-il, câĂ©tait la plus grande partie du mobilier, outre une somme de 500 fr. en argent comptant quâil fallait lui laisser pour sa subsistance. 11 ajouta quâil nâavait jamais possĂ©dĂ© de bijouterie. Cependant le gĂ©nĂ©ral de Sonnenberg passait Ă Lucerne pour lâun des propriĂ©taires et des capitalistes les plus riches du canton. Lâavoyer RĂŒtlimann dit Ă©galement quâil Ă©tait trĂšs-pauvre et quâil avait vendu sa maison Ă ses sĆurs. Hautt, dâaprĂšs la dĂ©claration de son pĂšre, nâavait pas mĂȘme un lit qui lui appartint et il Ă©tait encore sous la surveillance de son pĂšre. Il avait distribuĂ© en aumĂŽnes tout ce que son traitement lui avait rapportĂ©, etc. En gĂ©nĂ©rai, les cantons du Sonderbund eurent beaucoup de peine Ă effectuer leurs paiements en argent comptant quel- i57 ques-uns voulurent payer en prĂ©sentant des titres insuffisants. Ces litres ne furent pas acceptĂ©s et il fallut les menacer de convertir en voie dâexĂ©cution lâoccupation militaire. Le nouveau gouvernement de Lucerne chercha de lâargent partout, mais il nâen trouva nulle part. 11 fallut donc que le couvent de S'-Urbain contribuĂąt. Jusquâau 28 dĂ©cembre les cantons dâUri, de Zug et dâUnterwalden payĂšrent leur part contributive au million dont lâĂ©chĂ©ance Ă©tait fixĂ©e au 20 janvier; Valais paya Ă©galement une partie de ce quâil devait. Enfin, le 21 fĂ©vrier 1818 Fribourg fit parvenir Ă Berne la somme de 300,000 fr. comptant. Le couvent dâEinsidcln donna aii gouvernement de Schwyz les titres nĂ©cessaires sur des biens-fonds situĂ©s en-dehors du canton, et les autoritĂ©s schwyzoises se liĂšrent tellement les mains envers ce riche couvent quâelles en seront dĂ©sormais les esclaves. Lucerne couvrit le dĂ©ficit de plus de 221,000 fr. qui existait dans la caisse fĂ©dĂ©rale de la guerre ; il paya sa part contributive de 133,000 fr. nous prenons des sommes rondes au premier million. Jusquâau 20 fĂ©vrier il paya de nouveau 800,000 fr., soit en argent comptant soit en titres; il dĂ©posa des litres pour la valeur de 878,000 fr.; il hypothĂ©qua des biens du couvent de S'-Urbain pour la somme de 373,780 fr., et pour les 202,000 fr. qui restaient encore il mit en garantie les domaines de lâĂtat, qui sont Ă©valuĂ©s Ă 600,000 fr. Les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux reçurent lâordre de prendre des mesures pour la rentrĂ©e de tous ces litres et de licencier ensuite les troupes, puis leur mission fut dĂ©clarĂ©e terminĂ©e. Les reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux dans les autres cantons du Sonderbund avaient dĂ©jĂ licenciĂ© une partie des troupes dâoccupation par suite des paiements effectuĂ©s, et jusquâau 51 dĂ©cembre lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale fut de nouveau considĂ©rablement rĂ©duite. Il ne resta plus en Valais que ta brigade Kurz avec quatre bataillons et les armes spĂ©ciales , et dans le canton de Fribourg le colonel Ă Bundi avec deux bataillons et les armes spĂ©ciales comme corps dĂ©tachĂ©s. La division Ziegler brigades Bourgeois, Genver et KĆnig occupa encore le canton de Lucerne avec douze bataillons et les armes spĂ©ciales. La division GmĂŒr brigades Isler et Ritter occupa les cantons de Schwyz et de Zug avec huit bataillons et les armes spĂ©ciales, et une brigade dĂ©tachĂ©e de deux bataillons, 17 258 sous le commandement du colonel Frey, occupa le canton dâUri. Toute lâarmĂ©e dâoccupation Ă©tait encore composĂ©e de 28 bataillons dâinfanterie, 11 compagnies de carabiniers, 8 compagnies de cavalerie et 8 batteries dâartillerie. Jusquâau A janvier, lâannĂ©e fut de nouveau rĂ©duite Ă une division et deux brigades dĂ©tachĂ©es. 11 y avait encore dans le canton de Lucerne, sous le commandement du colonel KĆnig, une brigade composĂ©e de trois bataillons avec les armes spĂ©ciales ; dans le mĂȘme canton se trouvait aussi, sous le commandement du colonel Gerwer, une brigade forte Ă©galement de trois bataillons , avec une compagnie de carabiniers. Une troisiĂšme brigade, sous le commandement du colonel Ititter, composĂ©e de quatre bataillons dâinfanterie, avec trois compagnies de carabiniers, occupa ultĂ©rieurement les cantons dâUri, de Schwyz et de Zug , et le canton de Fribourg demeura encore occupĂ© par deux bataillons sous le commandement du colonel Ă Bundi. Une brigade dĂ©tachĂ©e composĂ©e de deux bataillons stationnait en Valais sous le commandement du colonel Kurz. Ainsi, tout le corps dâoccupation consistait en 1 4 bataillons dâinfanterie et 7 compagnies de carabiniers. Enfin, toutes les troupes fĂ©dĂ©rales purent cire licenciĂ©es jusquâau 24 fĂ©vrier. Le 28 du mĂȘme mois, lâĂ©tat-major de la division Gmiir fut Ă©galement licenciĂ©. Dans tous les cantons les troupes fĂ©dĂ©rales furent reçues avec beaucoup de solennitĂ© Ă leur retour dans leurs foyers. Il faudrait Ă©crire un livre pour relater toutes les fĂȘtes qui furent cĂ©lĂ©brĂ©es en leur honneur. Les salves dâartillerie se rĂ©pĂ©taient dâĂ©cho en Ă©cho, le son des cloches invitait toutes les populations Ă prendre part Ă ces joies patriotiques. Des banquets eurent lieu partout, et les toasts chaleureux qui y furent portĂ©s resteront profondĂ©ment gravĂ©s dans la mĂ©moire de tous les bons citoyens. La diĂšle, de son cĂŽtĂ©, ne resta pas en arriĂšre, et elle exprima sa reconnaissance Ă lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale en lui adressant la proclamation suivante Soldats-citoyens! Vous avez, la plupart, regagnĂ© vos foyers. La DiĂšte ne veut pas tarder davantage Ă vous exprimer la reconnaissance nationale pour votre conduite et pour les services que vous avez rendus Ă la patrie. 259 RĂ©pondant Ă notre appel, vous ĂȘtes accourus sous les drapeaux de la ConfĂ©dĂ©ration avec le plus noble empressement. Quelle que fĂ»t votre ardeur Ă en venir aux mains, vous avez attendu lâordre du combat avec ce calme qui caractĂ©rise le vrai courage. Vos marches longues et pĂ©nibles, vos veilles, vos bivouacs par des nuits froides dans une saison avancĂ©e, ont Ă©tĂ© dignes dâadmiration. Votre patience, votre sĂ©rĂ©nitĂ© et votre animation au milieu des fatigues et des privations de tout genre, nous ont profondĂ©ment Ă©mus et vous ont acquis lâestime des hommes expĂ©rimentĂ©s dans lâart de la guerre. Ces vertus vous les avez couronnĂ©es par votre intrĂ©piditĂ© Ă lâheure du combat. Vous vous ĂȘtes illustrĂ©s dans maintes rencontres Limnern, Geltwyl, MĂ»ri, le bois des Dailletes et le fort St-Jacques prĂšs de Ber- tigny, Ezchohmatt, SchĂŒpfheim, Gislihon et Meyers-Kappel ont Ă©tĂ© les principaux tĂ©moins de votre enthousiasme et de votre courage. En face dâadversaires suisses et braves comme vous, mais Ă©garĂ©s, vous avez remportĂ© une victoire qui a dâautant plus de prix que souv ent vous avez rencontrĂ© une forte rĂ©sistance. Par la vigueur et la rapiditĂ© avec lesquelles vous avez exĂ©cutĂ© les rĂ©solutions des conseils de la Nation, par votre dĂ©vouement, votre persĂ©vĂ©rance , votre instruction militaire , votre discipline et lâhabiletĂ© do vos chefs, la Suisse a vu sa gloire rajeunie, son nom respectĂ©; elle a repris un rang honorable parmi les nations. Son indĂ©pendance a Ă©tĂ© entourĂ©e dâun nouveau rempart. Ce qui est tout aussi glorieux, câest votre magnanimitĂ© envers les Suisses que vous aviez Ă combattre. Vous vous ĂȘtes souvenus que ce sont des frĂšres et que les vĂ©ritables coupables sont les hommes qui les ont fanatisĂ©s et entraĂźnĂ©s dans une voie funeste. En Ă©pargnant le sang, en respectant les personnes et les propriĂ©tĂ©s, les temples, les autels, le culte et ses ministres, en les protĂ©geant au besoin, en traitant avec bienveillance les habitans des cantons occupĂ©s, vous les avez convaincus de lâhumanitĂ© et de la justice des confĂ©dĂ©rĂ©s, vous leur avez prouvĂ© par le fait que la majoritĂ© nâen veut ni Ă leur souverainetĂ© cantonale, ni Ă leurs droits, ni Ă leur libertĂ©, ni Ă leur religion. En dissipant ainsi les erreurs et les prĂ©ventions, vous avez contribuĂ© Ă les ramener Ă la ConfĂ©dĂ©ration et Ă rĂ©tablir lâharmonie entre ses membres. La bonne renommĂ©e que vous vous ĂȘtes acquise ne saurait ĂȘtre affaiblie par les dĂ©sordres imputĂ©s Ă divers militaires traduits aux tribunaux, puisque lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale nâest point solidaire dâactes isolĂ©s dont le nombre et la gravitĂ©, du reste, ont heureusement Ă©tĂ© fort exagĂ©rĂ©s. Câest pourquoi nous nous faisons un devoir aussi bien quâun plaisir de rendre justice Ă la discipline exemplaire de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale et Ă lâexcellent esprit dont elle est animĂ©e. Elle a montrĂ© ce que peuvent des milices rĂ©publicaines mues par le sentiment du devoir; elle a fait ressortir ce que sont des soldats-citoyens qui ont la conscience Ă©clairĂ©e de leur Ćuvre. ĂĂO On a pu se convaincre aussi combien une organisation militaire embrassant tous les hommes valides du pays est indispensable Ă la ConfĂ©dĂ©ration et que les exercices, les revues, les Ă©coles, les camps ne sont point une vaine parade, ni une dĂ©pense de luxe. Officiers et soldats ! LâexpĂ©dition militaire confiĂ©e Ă votre patriotisme a eu les plus heureux rĂ©sultats. Lâalliance sĂ©parĂ©e, ce germe destructeur qui menaçait lâexistence de la Suisse, a Ă©tĂ© anĂ©antie. Partout la banniĂšre fĂ©dĂ©rale, arborĂ©e dans les sept cantons, a flottĂ© victorieuse sur lâĂ©tendard de la sĂ©paration; partout elle a rĂ©uni les drapeaux des Etats confĂ©dĂ©rĂ©s en un seul faisceau surmontĂ© des couleurs nationales. DĂ©livrĂ©s du joug qui pesait sur eux, les cantons de Lucerne, de Schwyz, de Fribourg et du Valais ont expulsĂ© les jĂ©suites et les ordres qui leur sont affiliĂ©s, compagnie dangereuse qui, poursuivant un but politique bien plus que les intĂ©rĂȘts sacrĂ©s de la religion, a prĂ©cipitĂ© ces Etats dans le malheur, troublĂ© la Suisse entiĂšre, et compromis sa sĂ»retĂ© au-dedans et au-dehors. A lâaide de lâarmĂ©e, la diĂšte a fait respecter le pacte fĂ©dĂ©ral, rĂ©tabli lâordre, la tranquillitĂ© et la sĂ»retĂ© du pays, comprimĂ© la rĂ©volte, ramenĂ© la minoritĂ© Ă lâobĂ©issance aux lois et aux autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales, prĂ©servĂ© la Suisse de lâanarchie et sauvĂ© ainsi son indĂ©pendance avec sa libertĂ©. En traversant heureusement une crise qui ne pouvait plus se rĂ©soudre que par les armes, la ConfĂ©dĂ©ration est sortie plus unie et plus forte de lâĂ©preuve Ă laquelle elle a rĂ©sistĂ©. Le sentiment que la Suisse est une nation et que, aprĂšs Dieu, elle ne doit son indĂ©pendance quâĂ elle-mĂȘme, est devenu plus profond et plus vif que jamais par la conscience acquise quâelle possĂšde les moyens de dĂ©fendre ces biens prĂ©cieux, conditions de son existence. A lâabri de la paix qui vient dâĂȘtre cimentĂ©e , la Suisse pourra travailler Ă sa prospĂ©ritĂ© matĂ©rielle et au perfectionnement de ses institutions. Vous ĂȘtes fiers dâavoir si puissamment contribuĂ© Ă ces grands rĂ©sultats. Et si, contre attente, quelque ennemi intĂ©rieur ou extĂ©rieur tentait de troubler cette paix, vous sauriez vous lever de nouveau, soldats- citoyens, et rĂ©duire au nĂ©ant ses entreprises. Ces rĂ©sultats, il est vrai, nâont pas Ă©tĂ© obtenus sans dâĂ©normes sacrifices de la part de la ConfĂ©dĂ©ration, des cantons, des communes, des militaires et des autres citoyens. Mais heureusement ils ne sont pas au-dessus de nos forces, et ces dĂ©penses, qui seront bientĂŽt rĂ©parĂ©es, sont amplement compensĂ©es par lâĂ©lan quâont pris toutes les forces nationales et la considĂ©ration dont la Suisse est entourĂ©e. Un sacrifice plus douloureux, câest celui de la vie dâun certain nombre de militaires suisses et les blessures graves reçues par beaucoup dâen- trâeux. Il est vrai que la quantitĂ© des morts et des blessĂ©s est faible en comparaison de ce qui aurait pu arriver et des forces mises en avant. Mais la patrie ne porte pas moins le deuil de ses fils ; elle ne ressent pas moins lâaffliction des veuves et des orphelins, les souffranees des i'ĂŽi blĂ©s,ses. Elle 11 e se console quâen contemplant les lauriers qui ceignent le front de ces guerriers et le lustre quâils ont jetĂ© sur le nom suisse. Honneur donc aux braves qui ont pĂ©ri ou qui ont Ă©tĂ© blessĂ©s sur le champ de bataille. Ils ont scellĂ© de leur sang- prĂ©cieux la cause de la commune patrie. Leurs noms gravĂ©s en traits ineffaçables dans le cĆur des contemporains seront transmis Ă la postĂ©ritĂ©. Les dons qui abondent de la Suisse et mĂȘme de lâĂ©tranger en laveur des victimes, les sommes que la ConfĂ©dĂ©ration a consacrĂ©es Ă cette Ćuvre de justice et de piĂ©tĂ© tĂ©moignent assez que les rĂ©publiques ne sont pas ingrates et que , lorsquâil sâagit de la bienfaisance, les peuples savent se tendre une main fraternelle. La mention particuliĂšre qui vient dâĂȘtre faite des morts et des blessĂ©s ne diminue en rien la gratitude du pays envers tous les citoyens qui ont pris les armes pour la ConfĂ©dĂ©ration , tant miliciens que volontaires. Officiers, sous-officiers et soldats, militaires de toutes armes et de tous grades ! Vous vous ĂȘtes montrĂ©s dignes de la confiance illimitĂ©e que la nation a placĂ©e en votre courage et votre dĂ©vouement. Vous avez rempli lâattente que la diĂšte vous a exprimĂ©e dans sa proclamation du 4 novembre dernier. Ainsi nous le dĂ©clarons au nom de la Suisse LâARMĂE FĂDĂRALE A BIEN MĂRITĂ DE LA PATRIE. Vous recevrez chacun un exemplaire de la prĂ©sente proclamation comme tĂ©moignage de la pleine et entiĂšre satisfaction de lâassemblĂ©e fĂ©dĂ©rale. Et afin dâexprimer Ă lâarmĂ©e ce contentement d'une maniĂšre plus Ă©clatante encore dans la personne de son chef, nous avons dĂ©cernĂ© une marque particuliĂšre d'honneur au gĂ©nĂ©ral Dufour. La diĂšte ne se sĂ©parera pas de vous, soldats-citoyens, sans vous exprimer aussi sa vive reconnaissance de ce que votre courage a prĂȘtĂ© main forte Ă lâĂ©nergie quâelle a dĂ» dĂ©ployer dans des circonstances difficiles. Les reprĂ©sentants de la Suisse se fĂ©licitent dâavoir Ă©tĂ© Ă l'unisson avec lâarmĂ©e, si bien compris et secondĂ©s par elle. Au moment de terminer, nous nous sentons pressĂ©s dâadresser les plus vives actions de grĂąces Ă Celui sans le secours duquel les efforts de lâhomme sont impuissans et ses tentatives vaines. Dieu a visiblement protĂ©gĂ© la Suisse et bĂ©ni notre cause. Il vous a couverts de son invincible bouclier et câest par la force de son bras que vous avez vaincu. Honneur et gloire soient donc Ă jamais rendus Ă Dieu Tout-Puissant! Ainsi arrĂȘtĂ© dans notre sĂ©ance Ă Berne, le 22 janvier 1848. La diĂšte fĂ©dĂ©rale ordinaire En son nom, Le PrĂ©sident du Conseil-ExĂ©cutif du Canton de Berne, Directoire fĂ©dĂ©ral, PrĂ©sident de la DiĂšte IL. S. OCHSENBEIN. Le SecrĂ©taire dâEtat de la ConfĂ©dĂ©ration SLIIIESS. m La diĂšte se rĂ©unit de nouveau le 10 janvier; pour la premiĂšre fois depuis la retraite des dĂ©putĂ©s du Sonderbnnd elle se trouva au complet, Ă lâexception de Zug, dont le siĂšge resta encore vacant. Les nouveaux dĂ©putĂ©s des cantons de lâex-Son- derbund exprimĂšrent, au nom de leurs Ătals respectifs, la joie quâils Ă©prouvaient de ce que la ligue rebelle avait Ă©tĂ© rĂ©duite en fumĂ©e. Le prĂ©sident fit alors observer que le temps Ă©tait venu dâexprimer au gĂ©nĂ©ral Dufour la reconaissance de la patrie. Les dĂ©putations furent unanimes Ă rendre justice aux services signalĂ©s rendus par ce brave officier; les dĂ©putations de lâancien Sonderbund lui exprimĂšrent en particulier leur reconnaissance pour lâhumanitĂ© dont il avait fait preuve, et lâassemblĂ©e lui vola un sabre dâhonneur ainsi quâune gratification de 40,000 francs de Suisse. La ville de GenĂšve lui fit don dâune piĂšce de terre, Berne et Tessin lui accordĂšrent gratuitement le droit de citĂ©. La victoire de la Suisse libĂ©rale lit une profonde sensation dans toute lâEurope, car Ă lâĂ©tranger on nâĂ©tait pas accoutumĂ© Ă voir la Suisse dĂ©ployer une force militaire si imposante. Aussi lâadmiration sc traduisit-elle par des dons nombreux faits en faveur de lâarmĂ©e. Voici ceux qui ont Ă©tĂ© versĂ©s jusquâau 15 fĂ©vrier ; A. BONS RECUEILLIS ET ENVOYĂS PAR DES SUISSES. I. A lâintĂ©rieur de la Suisse. Rp. i. Du canton de NeuchiUel . 21,126. 80 2. » » » Berne . 0,652. 7b 5. » » » GenĂšve y coin- pris 4000 fr. du gĂ©nĂ©ral Dufour 4,07t. 22A 4. Du canton des Grisons 5,000. â 8. » V de Fribourg . 2,502. 40 6. » » » Zurich . 1,165. 80 7. » » » S'-Gall . . . 382. 80 8. » a » Vaud 550. 71 0. » » » SchafĂŻhouse 147. â 10. » » dâAppenzell 100. â A reporter . , . . 30,227. 18V* m Rp. Rp. Report ... â â 59, â227. 18*/2 il De Suisses Ă l'Ă©tranger. i. De Suisses Ă Lyon 7,199. 15 2. H Bergame . . 5,281. 20 3. » Trieste . 5,088. â 4. » Marseille 5,658. 55 S. » Londres . 3,367. 60 0. 9 Turin 925. 09 7. » Hambourg . 924. â 8. 9 Odessa . 676. 90 9. M Besançon 570. 40 10. Rome 515. 05 11. 1 inspruck 366. - 12. » IlĂąvre 529. 70 15. » LĂŒllicli . 518. 15 14. » Alger . . . 280. â 15. » Lemberg 279. â 16. » Florence 272. â 17. » Venise . 267. â 18. » Cologne . 240. â 19. Feslli . . . 171. â 20. > ltocliefort 167. 63 21. De Suisses droits . dans diffĂ©rents en- 167. 63 22. De Suisses Ă Heidelberg . . 95. 35 23. Kenelbacb . 55. â 51,1941. 40 B. REĂUS DE LâĂTRANGER. 1 . Du grand-duchĂ© de Bade . 3,056. 65 2. Du royaume de BaviĂšre . 1,181. â 5. » Saxe . 871. 20 4. De diffĂ©rentes contrĂ©es 596. 49 5. De la Hesse Ă©lectorale . 367. 50 6. Du royaume de 'Wurtemberg . 200. â 7. De lâAngleterre. 140. â 6,412. 75 Total 70,834. 31 Va Tous les dons versĂ©s ont Ă©tĂ© placĂ©s Ă la banque cantonale de Berne et rapportent 3 p. % dâintĂ©rĂȘts. Le dernier jour de lâannĂ©e 1847, la commission de secours nommĂ©e par la diĂšte a fait distribuer, par lâintermĂ©diaire de M. FlĂŒgel, chirurgien en chef de lâarmĂ©e, la somme de 2800 fr. aux malades qui se trouvaient dans tous les hĂŽpitaux militaires, afin de satisfaire aux besoins les plus pressants. Pour ĂȘtre Ă mĂȘme de mieux remplir sa lĂąche, la commission a ensuite invitĂ© tous les gouvernements cantonaux, dâabord le 13 dĂ©cembre 1847, et plus tard le 7 janvier 1848, Ă lui faire rapport sur les points suivants 1° Indiquer le nom et le lieu dâorigine des militaires qui ont Ă©tĂ© blessĂ©s ou qui sont malades par suite des fatigues et des Ă©tapes quâils ont eu Ă supporter pendant le service militaire; 2° dĂ©signer la nature et lâimportance des blessures ou de la maladie 3° spĂ©cifier les rapports de famille, la profession et lâĂ©tal financier des personnes que cela concerne. En reconnaissance des services rendus avec tant de fidĂ©litĂ© Ă la patrie, un grand nombre de communes dans plusieurs cantons ont fait distribuer aux militaires qui sont leurs ressortissants des subsides en argent et en habillements. f -ĂH» HHt- CHAPITRE XII, Applaudissements des peuples Ă©trangers Ă lâheureux succĂšs des armes fĂ©dĂ©rales, et tentatives des puissances Ă©trangĂšres de sâimmiscer dans les affaires de la Suisse. La victoire remportĂ©e par les armes suisses a produit une impression profonde sur les peuples et les potentats Ă©trangers. Partout les peuples se rĂ©jouirent sincĂšrement des succĂšs que venait dâobtenir la bonne cause et ils exprimĂšrent leur joie par de vives acclamations. DĂ©jĂ le 8 novembre, immĂ©diatement aprĂšs que la diĂšie eut rendu lâarrĂȘtĂ© dâexĂ©cution contre le Sonderbund, on publia Ă Mannheim une invitation Ă lâeffet de signer une adresse Ă la diĂšte et de lui faire connaĂźtre les sentiments de la population de cette ville ainsi que la part active quâelle prenait aux Ă©vĂšnements de la Suisse. La police prohiba cette assemblĂ©e par le motif quâelle mettrait en pĂ©ril la tranquillitĂ© publique. Un commissaire Ă©tant allĂ© jusquâĂ faire la menace de recourir Ă des voies dâexĂ©cution, la population rĂ©serva ses droits en protestant contre cette mesure arbitraire. Lâadresse fut rĂ©digĂ©e et dans une demi-heure couverte de 548 signatures. Pendant que toutes les contrĂ©es de lâAllemagne applaudissaient aux heureux succĂšs des armes suisses et envoyaient de toutes parts des adresses de fĂ©licitation Ă la diĂšte, la Gazette gĂ©nĂ©rale de Prusse publiait la honteuse missive suivante que le prĂ©sident et les dĂ©putĂ©s des quatre bourgeoisies de Landeron , Valangin, NeuchĂątel et Boudry avaient fait parvenir au roi de Prusse TrĂšs gracieux Seigneur ! Dans les pĂ©nibles conjonctures oĂč se trouve notre patrie, incertain sur Tissue de la lutte sanglante qui a commencĂ© en Suisse, menacĂ© dâune occupation militaire de la part des cantons rĂ©volutionnaires, qui sont hostiles Ă nos institutions et se montrent disposĂ©s Ă appuyer dans notre patrie les intentions dâune minoritĂ© rebelle, le peuple iidĂšle de votre principautĂ© de NeuchĂątel et Yalangin met son espoir en la protection du TrĂšs-Haut et en Votre MajestĂ©, dont il a dĂ©jĂ Ă©prouvĂ© si souvent les effets salutaires. Mais, comme les prĂ©sident et dĂ©putĂ©s des quatre bourgeoisies supposent le cas oĂč la force et la violence pourraient remporter instantanĂ©ment la victoire, ils ont voulu profiter du moment oĂč ils peuvent encore se rĂ©unir librement et faire connaĂźtre leurs sentiments pour protester dâavance contre toute attaque qui serait dirigĂ©e contre les institutions de notre patrie et tout particuliĂšrement contre les liens qui nous unissent Ă Votre MajestĂ©, liens qui font notre bonheur et quâaucune puissance ne peut arracher du cĆur des vrais NeuchĂątelois. Nous prenons respectueusement la libertĂ© de dĂ©poser entre vos mains, trĂšs gracieux Seigneur, lâoriginal de notre protestation que nous avons adoptĂ©e Ă lâunanimitĂ© et signĂ©e suivant les formes lĂ©gales, etc. Cette missive porte la date du 10 novembre. DĂ©jĂ le refus de NeuchĂątel de remplir ses obligations fĂ©dĂ©rales Ă©tait contraire Ă lâacte d'annexion de ce canton Ă la ConfĂ©dĂ©ration suisse, en 266 date du 19 mai 181b art. 2 , 5 et II, acte en vertu duquel il Ă©tait tenu Ă fournir ses contingents en hommes et en argent et Ă observer toutes les dispositions du pacte fĂ©dĂ©ral. En soumettant cette affaire au prince, lâancien gouvernement de NeuchĂątel a violĂ© lâart. 1 er de cet acte dâannexion, dans lequel il est dit en termes clairs et prĂ©cis que lâadmission de NeuchĂątel dans la ConfĂ©dĂ©ration a lieu sous la condition expresse que la ratification et lâexĂ©cution des arrĂȘtĂ©s de la diĂšte concernent exclusivement le gouvernement rĂ©sidant Ă NeuchĂątel, sans quâune sanction ou une approbation ultĂ©rieure soit nĂ©cessaire Ă cet effet. Quel Ă©tait le but de lâintervention sollicitĂ©e auprĂšs du roi de Prusse? Le 26 novembre, ce monarque adressa effectivement au directoire et Ă tous les gouvernements cantonaux une note dans laquelle il dĂ©clarait donner la plus haute sanction Ă la rĂ©solution de neutralitĂ© prise par le gouvernement de NeuchĂątel; il sâoffre comme mĂ©diateur entre la ConfĂ©dĂ©ration et le Sonder- bund , et il dĂ©clare enfin quâil considĂ©rerait une violation de cette neutralitĂ© comme une rupture de la paix et un acte dâhostilitĂ© envers Sa MajestĂ©.» Les cantons repoussĂšrent celte note comme ne rentrant pas dans leur compĂ©tence. Dâun autre cĂŽtĂ©, la diĂšte dĂ©montra dans sa rĂ©ponse que le roi de Prusse nâavait pas le droit de sâimmiscer dans les rapports de droit fĂ©dĂ©ral existant entre NeuchĂątel et la Suisse ; elle rĂ©serva ses droits contre une intervention de celte nature ; elle repoussa la prĂ©somption dâune offense faite au roi de Prusse et dĂ©clina la proposition de mĂ©diation en allĂ©guant que le Sonderbund se trouvait dĂ©jĂ dissous par les voies lĂ©gales; en mĂȘme temps elle persista dans ses droits de rĂ©gler elle-mĂȘme les affaires de la Suisse. Quant Ă la conduite de NeuchĂątel, qui a mendiĂ© une lettre de franchise et cherchĂ© Ă amener lâintervention Ă©trangĂšre dans le sein de la patrie , les mots manquent pour la flĂ©trir. I/Ătat de NeuchĂątel envoie un dĂ©putĂ© Ă la diĂšte pour dĂ©libĂ©rer, avec les autres Ătats, sur le bonheur et le malheur de la patrie; il rĂ©clame tous les droits et toute la protection de la ConfĂ©dĂ©ration; mais aussitĂŽt quâil est requis de remplir ses devoirs, il tourne le dos Ă la ConfĂ©dĂ©ration, se dĂ©clare neutre , se cache derriĂšre son prĂ©tendu prince souverain, et sous cet abri il m prĂ©leiul Ăšlre inviolable. NeuchĂąlel sâĂ©tait offert comme siĂšge sur lequel devaient sâasseoir les puissances alliĂ©es pour prononcer lâarrĂȘt de mort de la Suisse libre. Le sang bout dans les veines en songeant Ă ce crime de haute-trahison commis envers la ConfĂ©dĂ©ration ! La meilleure rĂ©ponse que la diĂšte eĂ»t pu faire Ă la missive du roi de Prusse, eĂ»t Ă©tĂ© lâoccupation immĂ©diate de NeuchĂąlel. Lâancien gouvernement de NeuchĂątel, que lâhistoire flĂ©trira un jour, nâa pas Ă©tĂ© seul Ă invoquer lâintervention Ă©trangĂšre, mais il a Ă©tĂ© appuyĂ© dans son Ćuvre liberiicide et criminelle par tout le parti du Sonderbund. Et si la Suisse nâa pas Ă©tĂ© envahie par les hordes autrichiennes, ce nâest certes pas la faute des meneurs du parti, mais on le doit au gĂ©nie de la patrie qui nâa cessĂ© de veiller un instant sur les troupes fĂ©dĂ©rales. Dieu et le bras puissant des confĂ©dĂ©rĂ©s ont sauvĂ© la Suisse de la trahison du Sonderbund. Les documents suivants, qui tĂ©moignent de la trahison commise envers la Suisse par le parti de lâĂ©tranger, sont dâune telle importance historique quâils mĂ©ritent de recevoir la plus grande publicitĂ© pour la confusion des traĂźtres. Nous rapporterons dâabord une piĂšce officielle qui est une rĂ©ponse de lâambassadeur dâAutriche au conseil de la guerre du Sonderbund relativement Ă la communication qui lui avait Ă©tĂ© faite du manifeste des dĂ©putĂ©s de la ligue au moment oĂč ils quittĂšrent la diĂšte. 1. La lettre de lâAutriche au conseil de la guerre du Sonderbund est uinsi conçue Bregenz, le 11 novembre 1847. TrĂšs honorĂ©s Seigneurs! Jâai prĂ©sentĂ© Ă la cour de mon souverain la missive que vous m'avez adressĂ©e, le 31 du mois dernier, au nom du conseil de la guerre des sept cantons, et jâai reçu l'ordre dây rĂ©pondre ce qui suit La cour impĂ©riale et royale a appris avec un profond regret la nouvelle, contenue dans la missive indiquĂ©e ci-dessus, de la rupture effective qui a lieu en Suisse, et elle prend une part sincĂšre au triste sort qui menace le territoire, si heureux jusquâici, de la ConfĂ©dĂ©ration. Le point de vue sous lequel Sa MajestĂ© lâempereur considĂšre cette rupture et les circonstances qui lâont amenĂ©e, ne saurait ĂȘtre un secret pour quiconque sait dans quels termes se trouve lâAutriche, depuis maintes annĂ©es, vns-Ă -vis de la ConfĂ©dĂ©ration. Sa MajestĂ© lâempereur a toujours 263 dĂ©clarĂ© et fait dĂ©clarer quâelle considĂšre la position privilĂ©giĂ©e quâa pris» la ConfĂ©dĂ©ration suisse dans le systĂšme politique europĂ©en , par suite du congrĂšs de 1815, comme dĂ©pendante du maintien des principes fondamentaux du pacte entre les 22 cantons souverains de la Suisse, tel que ce pacte existait lorsque la ConfĂ©dĂ©ration a accĂ©dĂ© aux conventions faites entre les puissances europĂ©ennes. Sa MajestĂ© a toujours dĂ©clarĂ© en outre que, parmi ces principes fondamentaux, elle donnait la premiĂšre place au maintien de la souverainetĂ© de chacun des cantons en particulier, souverainetĂ© limitĂ©e seulement dans quelques cas dĂ©terminĂ©s et clairement exprimĂ©s. Si donc, par suite des documents prĂ©sentĂ©s Ă la cour de Sa MajestĂ© lâempereur et roi, il ressort indubitablement que des dĂ©crets, destinĂ©s Ă dĂ©truire la souverainetĂ© des sept cantons dans des points essentiels et nullement restreints par le pacte, seront exĂ©cutĂ©s Ă main armĂ©e contre ces sept Etat, Sa MajestĂ© lâempereur croirait agir contre ses sentiments innĂ©s pour le droit et contre la sincĂ©ritĂ© qui forme la base de sa conduite, si elle tardait Ă faire dĂ©clarer ce qui suit Les sept Etats de Lucerne, Uri, Sclvwyz, Untervvalden, Zug, Fribourg et Valais ne sont pas, selon la maniĂšre de voir de Sa MajestĂ©, ceux qui ont cherchĂ© Ă dĂ©truire les fondements de lâĂ©difice fĂ©dĂ©ral tel quâil a Ă©tĂ© reconnu par lâEurope ; ce ne sont pas eux qui assument la responsabilitĂ© des consĂ©quences quâentraĂźnerait pour la Suisse un commencement dâaction aussi funeste. En suite des ordres exprĂšs de Sa MajestĂ© impĂ©riale et royale, jâai lâhonneur de porter Ă la connaissance de lâhonorable conseil de la guerre des sept Etats lâexposĂ© franc et sincĂšre de ses vues, et je saisis en mĂȘme temps lâoccasion de vous donner, trĂšs honorĂ©s Seigneurs, lâassurance de la considĂ©ration distinguĂ©e avec laquelle je suis, etc. SignĂ© Baron de KAISERSFELD. 2. Voici la rĂ©ponse Ă la communicalion qui prĂ©cĂšde Excellence ! Lucerne, le 15 novembre 1847. Nous voyons avec plaisir par la note que vous nous avez transmise, sous la date du 11 novembre, que Sa MajestĂ© lâempereur reconnaĂźt la position prise par les sept cantons, et quâelle ne les rend nullement responsables des consĂ©quences que cette position entraĂźnera pour la Suisse. En vous exprimant notre vive gratitude Ă lâĂ©gard de cette bienveillante reconnaissance, nous ne saurions nous empĂȘcher de faire encore une fois Ă Votre Excellence lâobservation que nous avons dĂ©jĂ eu lâhonneur de lui soumettre dans notre missive du 13 de ce mois, savoir que le puissant empire dâAutriche, par suite de la reconnaissance de nos droits, ne manquera pas de prendre les mesures propres Ă nous protĂ©ger contre une oppression qui nous menace et Ăč nous affermir dans la position lĂ©gale que nous avons prise. AgrĂ©ez, etc. Au nom du conseil de la guerre des sept Etats Le prĂ©sident SignĂ© SIEGWART-MĂLLER. Le secrĂ©taire SignĂ© B. Meier. 3. DĂ©pĂȘche de M. Borner, prĂ©sident du grand conseil du Valais, excitant surabondamment le conseil de la guerre du Sonderbund Ă commettre un acte de haute trahison envers la Suisse. Nous la reproduisons textuellement Monsieur Ferdinand de Montheys, commissaire de guerre Ă Lucerne, Service militaire pressĂ©e. Confidentielle. Sion, le 23 novembre 1847. Monsieur, Je mâempresse de vous faire part, Monsieur, que le Valais ne peut bientĂŽt plus entretenir ses troupes faute de vivres. Je crains au reste que le Sonderbund ne soit trop faible pour rĂ©sister. Je vous engage de parler aux membres du Conseil de la Guerre Ă Lucerne pour quâil sollicite l'intervention de la France et de l'Autriche, pour empĂȘcher un Ă©pouvantable massacre. Veuillez s'il vous plaĂźt mâĂ©crire aussi souvent- que possible pour me tenir au courant de ce qui se passe Ă Lucerne. Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considĂ©ration distinguĂ©e. SignĂ© Le PrĂ©sident BOVIER. Les sollicitations faites auprĂšs de lâĂ©tranger par les coryphĂ©es du Sonderbund eurent pour rĂ©sultat de nouvelles tentatives dâintervention. Bois-le-Comle, ambassadeur de la France , ou , si lâon veut, du ministre Guizot, avait depuis longtemps promis tous ses services au chef du Sonderbund, Siegwart-MĂŒlier. Son souverain trĂšs chrĂ©tien avait depuis longtemps fourni des armes et des munitions en abondance Ă la ligue rebelle; il lui avait donnĂ© huit beaux canons Paixhans portant lâempreinte de son nom Louis-Philippe, lesquels se trouvĂšrent dans lâarsenal de Lucerne et qui doivent avoir Ă©tĂ© extraits des arsenaux de Strasbourg, DĂ©jĂ depuis longtemps la France avait mis en mouvement toutes les puissances dans le but dâintervenir en Suisse, mais elle nâavait pu amener lâAngleterre Ă y donner son adhĂ©sion. NĂ©an- 270 moins on obtint cette adhĂ©sion par des concessions menluelles, toutefois dâune maniĂšre qui entraĂźna des retards tels que les tentatives dâintervention Ă©chouĂšrent. Des notes furent adressĂ©es au directoire par la France et lâAutriche en date du 30 novembre. Ces notes contenaient en substance lâoffre de tenir une confĂ©rence entre cinq dĂ©lĂ©guĂ©s des puissances, un reprĂ©sentant du directoire et un reprĂ©sentant du Sonderbund, dans le but de vider les points en litige, qui Ă©taient dâun cĂŽtĂ© les jĂ©suites et le Sonderbund, de lâautre les corps francs et la souverainetĂ© cantonale menacĂ©e. Mais ces notes arrivĂšrent trop tard pour opĂ©rer une mĂ©diation et empĂȘcher lâexplosion de la guerre civile. La guerre Ă©tait terminĂ©e, les chefs du Sonderbund avaient pris la fuite, les sonderbundiens avaient formellement rompu avec les rebelles et sâĂ©taient soumis Ă la ConfĂ©dĂ©ration. CâĂ©tait dĂ©sormais un fait accompli. Le rĂŽle jouĂ© par la diplomatie pendant toute la crise a Ă©tĂ© le comble du ridicule. Dâabord elle a offert ses services au Sonderbund et lâa excitĂ© au point quâil osa tenter les chances de la guerre; mais dans le moment dĂ©cisif elle le laissa dans lâembarras ; lâaffaire terminĂ©e, elle voulut jouer le rĂŽle plaisant de mĂ©diatrice ; or, personne ne voulant plus lâĂ©couter, elle plia bagage en se bornant Ă faire des menaces. Les dĂ©libĂ©rations de la diĂšte font voir quâil y eut unanimitĂ© pour repousser lâintervention Ă©trangĂšre sous quelque forme quâelle se prĂ©sente. Dans la rĂ©ponse que lit la diĂšte le 7 dĂ©cembre Ă la note du ministre français, elle dĂ©montra dâabord que le fait admis par la note Ă©tait erronnĂ© et que la mĂ©diation proposĂ©e manquait dâobjet; elle fit ressortir la position illĂ©gale du Sonderbund qui venait dâĂȘtre dissous, la lĂ©galitĂ© des mesures dâexĂ©cution, les rapports relatifs de la souverainetĂ© cantonale, et repoussa Ă©nergiquement la proposition de traiter de puissance Ă puissance avec le Sonderbund, qui dâailleurs nâexistait plus. Elle exprima en mĂȘme temps sa douloureuse surprise de ce que le ministre avait assimilĂ© le prĂ©sident du Sonderbund Ă celui de la diĂšte, fait un gouvernement rebelle lâĂ©gal dâun gouvernement lĂ©gitime. La note ajoutait Il ne se trouverait dans le plus grand nombre des Ătats confĂ©dĂ©rĂ©s pas un seul magistrat qui consentĂźt Ă siĂ©ger dans une confĂ©rence avec un individu qui a 271 dĂ» fuir devant la juste colĂšre des citoyens des cantons quâil avait entraĂźnĂ©s dans la ligue de funeste mĂ©moire. Le sentiment national se trouverait profondĂ©ment blessĂ© de la supposition quâil pĂ»t en ĂȘtre diffĂ©remment.» En terminant, la diĂšte dĂ©clare quâune intervention est dâautant moins fondĂ©e que les Ă©vĂ©nements survenus en Suisse nâont compromis en aucune maniĂšre la sĂ»retĂ© des Ătats voisins. Le sentiment national manifestĂ© avec tant de force et de vigueur prouve que câest non seulement la diĂš te mais encore la nation entiĂšre qui a parlĂ© dans cette rĂ©ponse. Lâissue de toutes ces machinations de la France confirme la supposition que lâattachĂ© Ă lâambassade française qui a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par les troupes fĂ©dĂ©rales, avait lâordre de conseiller au Sonderbund de traĂźner la guerre en longueur jusquâĂ ce que les cinq puissances pussent intervenir. La note de lâAutriche, qui Ă©lait identique Ă celle de la France, reçut aussi une rĂ©ponse identique. LâAngleterre, qui avait dĂ©lĂ©guĂ© un chargĂ© dâaffaires spĂ©cial dans la personne de Sir Stralford Canning pour faire des offres de mĂ©diation , eut assez de tact pour ne pas remettre sa dĂ©pĂȘche , qui dâailleurs Ă©lait conçue en termes plus bienveillants. La Prusse vint aussi avec une note, qui concordait avec celles de la France et de lâAutriche ; elle Ă©tait toutefois adressĂ©e au prĂ©sident du conseil de la guerre du Sonderbund. 11 serait curieux de savoir oĂč lâon aurait pu trouver ce Monsieur-lĂ . La Russie Ă©tait indĂ©cise, tandis que toutes les puissances continentales faisaient mine dâouvrir une confĂ©rence Ă NeuchĂątel, lors mĂȘme que des reprĂ©sentants aussi bien du cĂŽtĂ© de la ConfĂ©dĂ©ration que du cĂŽtĂ© du Sonderbund nây prendraient pas part. Les tentatives dâintervention ayant Ă©chouĂ©, puisquâil nây avait plus sujet Ă intervenir, on voulut alors donner de bons conseils Ă la Suisse. Elle aurait pu les admettre si les puissances avaient reconnu lâĂ©tat rĂ©el des affaires en Suisse et si ces conseils eussent respectĂ© le sentiment national ; mais il nâen a pas Ă©tĂ© ainsi, comme on le verra par ce qui va suivre. AprĂšs ce dĂ©luge de notes, les affaires de NeuchĂątel Ă©taient incontestablement une tĂąche difficile pour la diĂšte. Le roi de Prusse avait sanctionnĂ© la rĂ©solution prise par cet Ătat relativement Ă la neutralitĂ©, et le gouvernement neucliĂątelois dĂ©fendit celte rĂ©solution dans les colonnes de la Gazette gĂ©nĂ©rale de Prusse du 13 dĂ©cembre, en allĂ©guant que, conformĂ©ment au pacte fĂ©dĂ©ral, il fallait en diĂšte les deux tiers des voix pour dĂ©clarer la guerre ; or, comme les mesures dâexĂ©cution nâavaient Ă©tĂ© votĂ©es que par I2V2 voix, lâĂtat de NeuchĂątel DĂ©considĂ©rait pas cette dĂ©cision comme revĂȘtue dâun caractĂšre obligatoire et avait le droit de maintenir sa neutralitĂ© justifiĂ©e par sa souverainetĂ© cantonale , par sa conviction morale et politique. Sâil sâĂ©tait agi dâune gueçpe Ă lâĂ©tranger, NeuchĂątel aurait Ă©tĂ© en droit de tenir un pareil langage; mais ce quâil plaĂźt Ă la Prusse de qualifier de guerre nâĂ©tait quâune expĂ©dition armĂ©e ayant pour but de rĂ©tablir lâordre public dans la ConfĂ©dĂ©ration. Il nây avait pas en prĂ©sence deux parties belligĂ©rantes, mais la lutte existait entre une minoritĂ© rebelle et lâautoritĂ© lĂ©gitime de la Suisse. Toute lâargumentation prussienne frappait donc Ă faux. NeuchĂątel nâa pas Ă©tĂ© plus heureux dans sa dĂ©fense de la sanction royale ; aussi la diĂšte lâa-t-elle repoussĂ©e , attendu que lâacte dâannexion de cet Ătat Ă la Suisse dit positivement que la ratification des arrĂȘtĂ©s de la diĂšte concerne exclusivement le gouvernement siĂ©geant Ă NeuchĂątel, sans quâil soit besoin dâavoir Ă ce sujet une sanction ou une approbation ultĂ©rieure. Le 11 dĂ©cembre , lâaffaire de NeuchĂątel fut soumise aux dĂ©libĂ©rations de la diĂšte. La discussion, on le comprendra sans peine, fut animĂ©e, et des expressions un peu vives furent adressĂ©es Ă cet Ătal prĂ©varicateur. On blĂąma en termes sĂ©vĂšres ses menĂ©es souterraines, lâappui qu'il avait donnĂ© au Sonder- bund, son opposition opiniĂątre Ă tous les arrĂȘtĂ©s de la diĂšte âąet surtout lâintervention quâil avait sollicitĂ©e dâune maniĂšre si honteuse auprĂšs du roi de Prusse. Quelques Ătats lui reprochĂšrent dâĂȘtre lâauteur des articles mensongers qui paraissaient dans le Journal des DĂ©bats contre lesquels la DiĂšle porta plainte et des articles venimeux du Constitutionnel neuchdtelois publie sous ses auspices. En prĂ©sence de tous ces faits, la diĂšte prit lâarrĂȘtĂ© suivant LâĂtat de NeuchĂątel a, en expiation du non-accomplisse- »menl de ses devoirs fĂ©dĂ©raux , Ă payer Ă la ConfĂ©dĂ©ration, jusquâau 20 dĂ©cembre de cette annĂ©e , une somme de 500,000 fr. de Suisse en argent comptant ou en titres de crĂ©ance valables. Celle somme sera employĂ©e Ă crĂ©er un fonds de pension dont les intĂ©rĂȘts serviront Ă fournir des secours convenables aux militaires blesses, ainsi quâaux veuves et orphelins de ceux qui ont pĂ©ri au service de la ConfĂ©dĂ©ration.» Le dĂ©putĂ© de NeuchĂątel fit peu dâobjections contre lâamende pĂ©cuniaire quâon lui imposait; il se plaignit seulement du montant de la somme qui lui paraissait trop Ă©levĂ© et du dĂ©lai qui Ă©tait trop court. Le dĂ©putĂ© dâArgovie fit observer Ă ce sujet que les sacrifices faits par les milices de son canton en argent et en perte de temps excĂ©daient la somme de 800,000 fr. de Suisse. Le corps lĂ©gislatif de NeuchĂątel dĂ©cida cependant Ă lâunanimitĂ© que lâamende imposĂ©e Ă cet Ătat serait payĂ©e dans le terme fixĂ©, et il effectua ce paiement sans aucune espĂšce de difficultĂ©. NeuchĂątel Ă©tait bien aise de sortir sain et sauf dâembarras en ne payant quâune amende qui nâavait rien dâonĂ©reux pour lui. La maniĂšre dont cette affaire a Ă©tĂ© vidĂ©e a attristĂ© bien des Suisses fidĂšles Ă leur patrie. NeuchĂątel avait pu racheter par de lâargent les suites qui devaient rĂ©sulter pour lui de sa dĂ©sobĂ©issance aux ordres de lâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale, et la douceur de la diĂšte semblait faire croire quâelle sâĂ©tait laissĂ© intimider par les menaces du roi de Prusse. Tandis que les braves milices fĂ©dĂ©rales avaient Ă©tĂ© obligĂ©es dâexposer leur vie et leur santĂ©, de se soumettre Ă des privations et de faire des sacrifices nombreux pour mettre un terme Ă la rĂ©volte contre lâau- loriiĂ© fĂ©dĂ©rale, NeuchĂątel pouvait se soustraire Ă toutes ses obligations en versant quelques deniers entre les mains de la ConfĂ©dĂ©ration! Finalement la diĂšte Ă©tait fatiguĂ©e des tracasseries de NeuchĂątel et il est probable quâelle nâaimait pas employer Ă lâoccupation de ce canton une partie de ses troupes qui avaient fait une longue et pĂ©nible campagne. Toutefois on a pu ĂȘtre gĂ©nĂ©ralement satisfait de la solution de cette question Ă©pineuse. LâEtal dâAppenzell se trouvant dans le mĂȘme cas que NeuchĂątel, la diĂšte lui imposa une amende de 18,000 fr. qui furent Ă©galement affectĂ©s Ă constituer un fonds de pension pour les blessĂ©s, les veuves et les orphelins de ceux qui ont succombĂ© dans les rangs de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale. De mĂȘme que la France, lâAutriche et la Prusse virent eehouer leurs tentatives dâintervention, de mĂȘme aussi avorta 18 274 leur confĂ©rence dite de mĂ©diation qui devait avoir lieu Ă NeuchĂątel. Il sâagissait pour ces puissances en partie de rĂ©tablir le Sonderbund dissous, en partie dâempĂȘcher la rĂ©vision du pacte fĂ©dĂ©ral, laquelle avait pour but dâamener en Suisse une centralisation plus forte. A cette fin , la France, lâAutriche et la Prusse adressĂšrent de nouveau Ă la diĂšte des notes identiques portant la date du 18 janvier 1848, dans lesquelle ces puissances dĂ©clarĂšrent 1° Que la souverainetĂ© cantonale ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme rĂ©ellement subsistante dans les cantons militairement occupĂ©s par dâautres cantons et au milieu des actes qui accompagnent cette occupation; 2° Que câest seulement lorsque les susdits cantons, rendus Ă leur complĂšte indĂ©pendance , auront pu constituer librement leurs gouvernements, que la ConfĂ©dĂ©ration pourra ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme, Ă©tant dans un Ă©tat rĂ©gulier et conforme aux traitĂ©s ; 5° Que le rĂ©tablissement sur le pied de paix des forces militaires dans tous les cantons est la garantie nĂ©cessaire de leur libertĂ© mutuelle et gĂ©nĂ©rale; 4° Quâaucun changement dans le pacte fĂ©dĂ©ral ne saurait ĂȘtre lĂ©gitimement accompli quâautant quâil rĂ©unirait lâunanimitĂ© des voix de tous les cantons qui composent la ConfĂ©dĂ©ration. Dans sa sĂ©ance du 1S fĂ©vrier 1848, la diĂšte rĂ©pondit Ă©nergiquement Ă cette note collective et dĂ©montra jusquâĂ lâĂ©vidence que lâĂ©tranger nâavait aucune qualitĂ© pour sâimmiscer dans nos affaires intĂ©rieures; que les faits sur lesquels les puissances signataires de la note fondaient leur raisonnement Ă©taient erron- nĂ©s, et que dâailleurs la Suisse, comme Ătat libre et indĂ©pendant, avait le droit de modifier ses institutions et de les approprier Ă ses besoins. La Russie et le pape adressĂšrent Ă©galement des notes Ă la Suisse ; mais on leur donna la mĂȘme rĂ©ponse qui avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© faite Ă la note collective des trois puissances. Vu les maux que le Sonderbund avait attirĂ©s sur la Suisse, la diĂšte crut devoir prendre des mesures pour Ă©viter le retour de pareilles calamitĂ©s. En consĂ©quence, elle rendit lâarrĂȘtĂ© suivant dans sa sĂ©ance du 10 fĂ©vrier 1848 La diĂšte fĂ©dĂ©rale, AprĂšs avoir pris connaissance de diffĂ©rents rapports officiels des reprĂ©sentants fĂ©dĂ©raux, et notamment de ceux de Lucerne, portant la date du 18 dĂ©cembre 1847, ainsi que des piĂšces qui y sont annexĂ©es, rapports et piĂšces desquels il rĂ©sulte avec une grande probabilitĂ© que le conseil de la guerre de lâancien Sonderbund ou quelques membres et employĂ©s de ce corps ont InvoquĂ© l'intervention Ă©trangĂšre pour appuyer la rĂ©sistance armĂ©e aux arrĂȘtĂ©s de la diĂšte; ConsidĂ©rant quâun acte pareil constitue un crime de haute trahison, aussi bien dâaprĂšs les idĂ©es gĂ©nĂ©rales de droit quâen vertu du code pĂ©nal du canton de Lucerne, oĂč cet acte Ă Ă©tĂ© commis, et que les dangers auxquels il exposait les plus grands intĂ©rĂȘts de la patrie, ainsi que lâindignation quâil inspire Ă la nation suisse imposent Ă la diĂšte le devoir de faire procĂ©der Ă une enquĂȘte contre les coupables et leurs complices ; ConsidĂ©rant que câest au canton de Lucerne, qui a souffert de grands dommages par le dĂ©tournement de la caisse fĂ©dĂ©rale de la guerre dont il Ă©tait dĂ©positaire responsable, quâil doit appartenir dâatteindre les coupables; ConsidĂ©rant que, pour ie reste, la tranquillitĂ© de la patrie exige impĂ©rieusement que toutes les autres personnes qui, en vertu de leurs tendances politiques, ont contribuĂ© Ă la fondation ou Ă la dĂ©fense de la ligue des sept cantons, ne soient pas poursuivies ultĂ©rieurement; ARRĂTE article premier. LâĂtat de Lucerne, auquel il sera communiquĂ© les actes nĂ©cessaires, est invitĂ© Ă ouvrir une enquĂȘte juridique contre les personnes suspectes de haute trahison, et Ă faire Ă la diĂšte un rapport sur le rĂ©sultat de celte enquĂȘte. art. 2. Il est recommandĂ© Ă tous les Ătats formant lâancien Sonderbund dâaccorder une amnistie gĂ©nĂ©rale, Ă lâexception des personnes dĂ©signĂ©es dans les considĂ©rants 1 et 2. Les temps calamiteux que nous venons de traverser doivent nous donner de prĂ©cieux enseignements. Partout lâEurope est dans la plus grande fermentation ; nâoublions pas que la concorde fait la force, et si un jour lâabsolutisme expirant tentait dâĂ©craser la dĂ©mocratie, qui doit faire le tour du monde, la Suisse, sous lâĂ©gide des institutions fĂ©dĂ©rales quâelle vient de se donner librement, saura maintenir son indĂ©pendance et sa libertĂ©; peut-ĂȘtre aussi sera-elle appelĂ©e, dans un avenir peu lointain, Ă jouer en Europe un rĂŽle qui lui mĂ©ritera la reconnaissance de tous les peuples Ă©mancipĂ©s du joug des despotes. 276 CHAPITRE XIII, RĂ©veil de la dĂ©mocratie Ă NeuchĂątel et installation de la rĂ©publique. La rĂ©volution rĂ©publicaine française a eu pour effet immĂ©diat la rĂ©volution de NeuchĂątel ; mais depuis de longues annĂ©es, la cause existait dĂ©jĂ , et si les Ă©vĂ©nements de Paris ne fussent arrivĂ©s, un changement politique nâaurait pas lardĂ© Ă avoir lieu Ă NeuchĂątel, car le peuple Ă©tait prĂ©parĂ© Ă conquĂ©rir sa libertĂ©. Quand le fruit est mĂ»r, il se dĂ©tache de lâarbre. Câest Ă 1851 quâil faut plus particuliĂšrement reporter lâĂ©poque oĂč le besoin de lâĂ©mancipation se fit ressentir dans la principautĂ©, par lâaccomplissement dâun mouvement armĂ© dont la hardiesse terrifia le pouvoir et le mit Ă deux doigts de sa perte; mais lâidĂ©e dâindĂ©pendance, neuve encore parmi les populations , ne fut pas suffisamment appuyĂ©e. Elle dut succomber, mais le germe Ă©tait semĂ© et lâarbre devait grandir et prospĂ©rer. Dix-sept ans sâĂ©coulĂšrent depuis cette levĂ©e de boucliers du chĂąteau, et malgrĂ© des efforts inouis, le pouvoir ne put arrĂȘter les progrĂšs du rĂ©publicanisme. Assassinats juridiques, assassinats de rue , cachots, exil, persĂ©cutions, procĂšs de presse, dĂ©nis de justice, tout fut employĂ© en vain le cauchemar qui pesait sur la tĂȘte gouvernementale devenait de jour en jour plus pesant et lui faisai pressentir une ruine prochaine, quand sa politique le porta, Ă lâoccasion du Sonderbund, Ă jouer un rĂŽle dont, Ă cette Ă©poque, on ne pouvait calculer la portĂ©e, mais que la correspondance de M r Du Bois Ă M r de Pfuel a complĂštement mis Ă nu. Les patriotes neuchĂątelois voulaient ĂȘtre suisses ; ils allaient ĂȘtre les maitres; comment les en empĂȘcher? 11 fallait tuer la Suisse, et câest ce que lâon tenta avec lâappui promis de la Sainte-Alliance rĂ©unie; mais la rapiditĂ© dâaction de la Suisse 277 lĂ©gale dĂ©joua tous ces projets et le gouvernement neucliĂ telois en fut rĂ©duit Ă payer sa lĂąchetĂ© et sa perfidie envers ses confĂ©dĂ©rĂ©s par un peu dâargent. Cependant celle politique rĂ©volta tout ce qui, dans le pays, portait un cĆur honnĂȘte et patriotique par un mouvement sympathique, des comitĂ©s patriotiques se formĂšrent spontanĂ©ment sur tous les points du canton et prirent le nom de ComitĂ©s des pĂ©titions. CâĂ©tait par la voie lĂ©gale que le peuple entendait gĂ©nĂ©ralement encore manifester ses opinions et voulait tenter dâarrĂȘter les Ă©lans rĂ©trogrades et insensĂ©s de celte aveugle domination qui ne mettait plus aucun frein Ă son ardeur de rĂ©action. DiffĂ©rentes rĂ©unions eurent lieu pour concerter les moyens dâarrĂȘt Ă opposer Ă la politique gouvernementale celui de protestation par forme de pĂ©tition fut adoptĂ© par plusieurs comitĂ©s de localitĂ©s comme le plus convenable, et la rĂ©daction de deux piĂšces Ă adresser, lâune au corps lĂ©gislatif, lâautre Ă la diĂšte, fut arrĂȘtĂ©e par plusieurs dĂ©lĂ©gations. Une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des comitĂ©s de tout le pays se rĂ©unit Ă la Chaux-de-Fonds dans le courant de janvier 18Ăą8 , et approuva les mesures dĂ©jĂ prises, sauf Ă en remettre lâexĂ©cution Ă la premiĂšre occasion favorable. Pendant que la rĂ©sistance lĂ©gale sâorganisait ainsi dans certaines classes libĂ©rales, les populations , guidĂ©es par un esprit de libertĂ© qui les entraĂźnait avec une force irrĂ©sistible, se soulevaient aussi contre la politique du gouvernement. Des rĂ©unions bruyantes se formaient sur les places publiques dans les grandes localitĂ©s; dans les plus petites, oĂč lâon pouvait plus facilement les comprimer, lâexpression du mĂ©contentement et du dĂ©goĂ»t se faisait jour malgrĂ© tous les efforts. En vain rĂ©organisa-t-on les comitĂ©s de sĂ»retĂ© et arma-t-on leurs séïdes ; en vain voulut-on comprimer les manifestations par des assassinats, comme au Locle, par des prises de corps et par des emprisonnements, lâheure avait sonnĂ© ; le sourd mugissement de la rĂ©volution perçait de toutes parts et nâattendait pour Ă©clater que le premier prĂ©texte. Ce fut dans ces dispositions dâesprit que la rĂ©volution française trouva les populations neuchĂ teloises la commotion devait ĂȘtre instantanĂ©e; elle le fut, 278 Le courrier de BĂąle apporta la nouvelle de la rĂ©publique française, le samedi 26 fĂ©vrier, Ă 8 heures du soir ; aussitĂŽt elle se rĂ©pandit avec la rapiditĂ© de lâĂ©clair; les patriotes se rĂ©unirent dans les cercles et dans les cafĂ©s ; ils saluĂšrent la nouvelle rĂ©publique par des toasts et des vivats ; les jeunes gens qui, la veille, avaient cĂ©lĂ©brĂ© la dĂ©faite du Sonderbund par un bal, prĂ©parĂšrent leurs armes et se promirent mutuellement de venger les patriotes de 1831. La journĂ©e du 27 se passa assez tranquillement ; mais un fort rassemblement eut lieu sur la place de lâhĂŽtel de ville, depuis 10 heures du soir jusquâĂ 1 heure du malin. Les cris mille fois rĂ©pĂ©tĂ©s de Vive la rĂ©publique ! nous la voulons ! nous lâaurons! Vive la Suisse! Vivent les Parisiens ! Ă©taient interrompus par la Marseillaise et le Sonderbund est mort. Ces manifestations causĂšrent de vives inquiĂ©tudes aux partisans de lâĂ©tranger et une vive joie aux patriotes. Tandis que les royalistes se prĂ©paraient Ă soutenir le roi de Prusse et les privilĂšges , les patriotes se promettaient de profiter de la stupĂ©faction causĂ©e par les immortelles journĂ©es de fĂ©vrier pour renverser la domination Ă©trangĂšre. Le comitĂ© des patriotes de la Chaux-de-Fonds se rassembla pendant la matinĂ©e du 28; il se composait de MM. Louis Brandt- Stauffer, Georges Du Bois, docteur , Edouard Robert-Theurer, Isaac Charles Ducommun , Alfred Droz, docteur, Louis Sandoz- Morlhier, CĂ©leslin Nicolet, Justin Billon, Edouard Sandoz et FrĂ©dĂ©ric Courvoisier. Quelques mesures furent prises en cas dâattaque de la part des royalistes ; on convint que le signe de ralliement serait un brassard blanc. Les dĂ©lĂ©guĂ©s des comitĂ©s des pĂ©titions furent immĂ©diatement invitĂ©s Ă se rencontrer Ă La-Chaux-de-Fonds le mercredi 1 er mars. Le comitĂ© eut ensuite une confĂ©rence avec les dĂ©lĂ©guĂ©s des patriotes du Locle MM. Grandjean et Perret. A deux heures les membres du comitĂ© patriotique de la Chaux-de-Fonds furent mandĂ©s Ă lâhĂŽtel de ville; ils eurent une confĂ©rence avec MM- O. Jacot, lieutenant, Vuilhier, Delachaux, major, Malhey, ancien mailre bourgeois, EugĂšne Savoye et C. Perret. Ces messieurs ne firent aucune proposition il sâagissait seulement des mesures Ă prendre pour Ă©viter les dĂ©monstrations de la veille et assurer lâordre et la tranquillitĂ© dans la nuit. 11 fut dĂ©cidĂ© que lâon organiserait une garde de surveillance non armĂ©e, composĂ©e de citoyens des deux opinions, propriĂ©taires, chefs de maisons de commerce ou chefs dâateliers. Les patriotes mirent pour condition de leur concours , quâon ferait rentrer le lendemain les armes et les munitions qui avaient Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©es par le gouvernement aux royalistes. M. le major Delachaux promit dâen demander de suite lâautorisation au conseil dâĂtat, et comme les patriotes ne sâĂ©taient engagĂ©s que pour un jour Ă donner ce concours, ils dĂ©clarĂšrent le retirer si les ordres du gouvernement, qui devaient arriver Ă cinq heures, nâĂ©taient pas dans le sens des mesures prises; le rendant, en cas de refus, responsable des Ă©vĂ©nements. â Les patriotes dĂ©clarĂšrent ensuite avec franchise que la position mixte, la conduite anti-fĂ©dĂ©rale de NeuchĂątel, Ă©taient la cause des rassemblements nocturnes, et que pour mettre un terme Ă ce fĂącheux Ă©tat de choses, une dĂ©cision importante serait prise par les dĂ©lĂ©guĂ©s des comitĂ©s patriotiques du pays. Le courrier attendu arriva ; câĂ©tait un baron, M. Alexandre de Chambrier, chevalier de lâaigle rouge de Prusse, conseiller d'Ătat; une lettre du conseil dâĂlat, en date du 1 er mars, lui donnait le titre de commissaire du gouvernement. LâarrivĂ©e du commissaire jeta la consternation dans la population ; ses fĂącheux antĂ©cĂ©dents de 1851 nâĂ©taient pas oubliĂ©s, car ce personnage avait Ă©tĂ© vindicatif, cruel, tyran mĂȘme envers les patriotes de cette Ă©poque et notamment envers M. lâavocat Bille. DĂšs neuf heures du soir, un fort rassemblement se rĂ©unit devant lâhĂŽtel de ville et y stationna jusquâĂ une heure du matin ; il se composait dâenviron 5 Ă 600 personnes; ils profĂ©rĂšrent les cris de la veille et firent partir quelques pĂ©tards. Des royalistes au nombre de 50 environ, adossĂ©s contre lâhĂŽtel de ville, rĂ©pondaient de loin en loin, aux cris de Vive la patrie suisse! par de vigoureux cris de Vive le roi! Une garde composĂ©e de royalistes et de libĂ©raux siĂ©geait Ă lâhĂŽtel de ville; ces messieurs firent quelques efforts inutiles pour dissiper le rassemblement. M. le commissaire du gouvernement lit observer que les radicaux de la rue Ă©taient des cannibales et il tĂ©moigna de 280 son mĂ©pris pour le parti libĂ©ral en termes peu mesurĂ©s ; on lui dit que les libĂ©raux tranquilles repoussaient les manifestations de la rue , mais quâils sâarmaient. La nuit se passa dans une agitation difficile Ă dĂ©crire. Le lendemain, 29 fĂ©vrier, le comitĂ© se rĂ©unit Ă une heure du matin. Un courrier expĂ©diĂ© par le comitĂ© patriotique du Locle apporta une grande nouvelle Une banniĂšre fĂ©dĂ©rale arborĂ©e Ă lâhĂŽtel de la Fleur-de-lis du Locle, prise par les royalistes , puis reprise par les libĂ©raux, avait Ă©tĂ© le signal de lâinsurrection. LâhĂŽtel de ville Ă©tait occupĂ© par les patriotes, les membres du comitĂ© de dĂ©fense sâĂ©taient dĂ©mis de leurs fonctions et avaient signĂ© la piĂšce suivante Sur la promesse faite par MM. Henri Grandjean et David Perret, fils, au nom du comitĂ© patriotique du Locle, par laquelle ils prennent lâengagement de maintenir lâordre et la tranquillitĂ© publique, et de faire respecter les personnes et les propriĂ©tĂ©s, les soussignĂ©s sâengagent Ă prĂȘter leur concours passif aux mesures provoquĂ©es par l'imminence de la rĂ©volution en renonçant Ă la mission dont ils Ă©taient investis. SignĂ© Emile Favre-Bille, â Henri Ilouriet, â J. Jacot- Baron, â F. L. Favarger, â S. H. Brandt-Girardet, â L. Dubois-Dubois, â Henri Houriet fils, â Jules Huguenin, â Villemin, âFritz Courvoisier, â Pli. Henri Mathey-Doret, â J. Dubois, â François Calame, â A. F. Huguenin. Cette nouvelle causa une vive sensation ; le moment de lâĂ©preuve Ă©tait arrivĂ©. A 10 heures les membres du comitĂ© patriotique se rendirent Ă lâhĂŽtel de ville pour confĂ©rer avec les membres du comitĂ© de dĂ©fense, conformĂ©ment Ă une dĂ©cision prise la veille; mais les membres de ce comitĂ©, aprĂšs une courte sĂ©ance prĂ©sidĂ©e par le commissaire du gouvernement, sâĂ©taient dĂ©jĂ retirĂ©s ; la confĂ©rence dut avoir lieu entre les patriotes et quelques membres du comitĂ© de dĂ©fense et de la cour de justice. M r le baron de Chambrier ouvrit la sĂ©ance en disant entre autres aux patriotes quâil avait pu se couvaincre par les scĂšnes de la veille quâil existait rois partis Ă la-Chaux-dc-Fonds ie parti royaliste, le parti dit libĂ©ral, et le parti de la rue. Vous nous aviez promis, continua-t-il, de rĂ©primer les manifestations i 281 de celui-ci, mais vous ĂȘtes sans influence sur les hommes de ce parti. Une discussion trĂšs longue sâengagea sur les moyens Ă employer pour empĂȘcher les manifestations de la veille puis les patriotes demandĂšrent au commissaire sâil avait des propositions Ă leur faire il rĂ©pondit par un non bien formulĂ©. Les membres du comitĂ© de dĂ©fense ne firent non plus aucune proposition et dĂ©clarĂšrent seulemen l quâils avaient sollicitĂ© lâentrevue pour sâentendre et prendre de concert quelques mesures propres Ă rĂ©primer ces rassemblements nocturnes. QuestionnĂ© sur la prĂ©sence dâhommes armĂ©s Ă la Sagne, M. le baron rĂ©pondit quâil ignorait le fait. Les membres du comitĂ© patriotique demandĂšrent ensuite que les armes de lâĂtat, qui avaient Ă©tĂ© remises aux royalistes pendant les Ă©vĂ©nements dâoctobre, leur fussent retirĂ©es et fussent dĂ©posĂ©es Ă lâhĂŽtel de ville nouveau refus trĂšs net et trĂšs cassant du commissaire du gouvernement ; sur quoi les membres du comitĂ© patriotique se retirĂšrent en chambre dâavis. Pendant cette confĂ©rence, les patriotes de la-Chaux-de-Fonds avaient appris les Ă©vĂ©nements du Locle trouvant la confĂ©rence trop longue et impatients dâen connaĂźtre le rĂ©sultat, ils se rĂ©unirent sur la place de lâhĂŽtel de ville bientĂŽt aprĂšs, ils dĂ©ployĂšrent une enseigne fĂ©dĂ©rale sur ia fontaine, et le cri aux armes ! sâĂ©tant fait entendre, b ou 600 hommes armĂ©s, portant le brassard blanc ou le brassard fĂ©dĂ©ral, sâemparĂšrent du clocher et de toutes les issues de lâhĂŽtel de ville. Pendant que ces choses se passaient Ă la rue, les membres du comitĂ© patriotique discutaient sur lâultimatum Ă donner Ă M. le commissaire. RentrĂ©s en sĂ©ance, lâun dâeux, M. L. Brandt- Slauffer, porta la parole et dĂ©clara que la mission quâil remplissait Ă©tait grave et solennelle ; quâil ne sâagissait pas seulement de sauvegarder les vies et les biens, mais de la patrie entiĂšre ; que dans lâĂ©tat actuel des choses, en prĂ©sence de lâĂ©meute qui rĂ©vĂ©lait le caractĂšre de la rĂ©volte, il nây avait de salut pour tous quâen proclamant la rĂ©publique. Celle proposition fut repoussĂ©e par le commissaire qui dĂ©clara ĂȘtre liĂ© au roi de Prusse depuis 37 ans par le serment ; quâil Ă©tait royaliste et quâil mourrait royaliste. 282 DĂšs ce moment les patriotes cessĂšrent de traiter avec le commissaire; ils sâadressĂšrent Ă leurs concitoyens royalistes et les pressĂšrent de se dĂ©mettre de leurs fonctions une copie de lâacte de dĂ©mission de leurs confrĂšres du Locle fut mise sous leurs yeux et enfin, aprĂšs une longue hĂ©sitation, ils signĂšrent la piĂšce suivante Sur la promesse faite par MM. Louis Brandt-Stauffer, » Georges Du Bois, docteur, Edouard Robert-Tlieurer, IsaacCharles Ducommun, Alfred Droz, docteur, Louis Sandoz-Morthier, CĂ©- leslin Nicolet, Justin Billon, Edouard Sandoz et FrĂ©dĂ©ric Cour- voisier, par laquelle ils prennent lâengagement de maintenir lâordre et la tranquillitĂ© publique et de faire respecter la sĂ»retĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s, les soussignĂ©s sâengagent Ă prĂȘter leur concours passif aux mesures provoquĂ©es par lâimini- nence de la rĂ©volution , en renonçant Ă la mission dont ils Ă©taient investis. »Chaux-de-Fonds le 29 fĂ©vrier 1848.» Suivent les signatures. Pendant ces pourparlers, les patriotes envahissaient lâhĂŽtel de ville; ils sâemparĂšrent des drapeaux aux couleurs prussiennes, bavaroises, prusso-orange, avec lesquels les royalistes pavoisaient lâhĂŽtel de ville et dâautres Ă©difices publics dans leurs fĂȘtes -dites nationales; ces emblĂšmes furent successivement jetĂ©s par les fenĂȘtres et lacĂ©rĂ©s par les soldats et le peuple, aux cris mille fois rĂ©pĂ©tĂ©s de Vive la Suisse ! A midi, les membres du comitĂ© patriotique, rĂ©unis sur le perron de lâhĂŽtel de ville, annoncĂšrent lâheureuse nouvelle aux patriotes, et lâun dâeux, M r le docteur Du Bois, donna lecture de lâacte de dĂ©mission des membres du comitĂ© de dĂ©fense. Une commission militaire fut immĂ©diatement improvisĂ©e sous la prĂ©sidence de M. Fritz Courvoisier elle sâoccupa Ă organiser tous les citoyens qui sâĂ©taient rendus en armes sur la place pour la dĂ©fense du village et coopĂ©rer au mouvement qui devait se propager dans toutes les vallĂ©es et se rĂ©soudre par une descente Ă NeuchĂątel. L'enthousiasme Ă©tait Ă son comble; chaque citoyen voulait servir et demandait, avec instance, des armes; la commission militaire ordonna le dĂ©pĂŽt Ă lâhĂŽtel de ville, dans un dĂ©lai de 283 deux heures, de toutes celles qui avaient Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©es par lâĂtat aux royalistes. Cet ordre Ă©tant restĂ© sans effet, on commença le dĂ©sarmement des Eplalures et de la-Chaux-de-Fonds. Dâun autre cĂŽtĂ©, les NeucliĂątelois habitant le Val-Sâ-lmier, informĂ©s de ce qui se passait, vinrent offrir leur secours pour renverser le pouvoir tyrannique qui prĂ©cĂ©demment eu avait frappĂ© plusieurs dâentre eux leur demande de coopĂ©ration fut acceptĂ©e avec reconnaissance. Pendant ce temps-lĂ , la population toute libĂ©rale des Bre- nels adhĂ©rait avec unanimitĂ© au mouvement du Locle, arborait la banniĂšre fĂ©dĂ©rale et offrait au Locle lâappui de ses braves citoyens. Le comitĂ© du Locle, qui sâĂ©tait formĂ© avec promptitude et qui avait aussi organisĂ© des moyens de dĂ©fense militaire, lit successivement paraĂźtre dans la journĂ©e trois proclamations. Les habitants de Travers, en apprenant ces mouvements, arborĂšrent aussi immĂ©diatement la banniĂšre fĂ©dĂ©rale les hommes valides prirent les armes, sâemparĂšrent de la salle de justice , dĂ©sarmĂšrent un gendarme et un justicier, et le comitĂ© qui se forma Ă lâinstant reçut la dĂ©mission du lieutenant civil, M. Jean Louis Monlandon. Une rĂ©union des dĂ©lĂ©guĂ©s de tous les comitĂ©s patriotiques du pays avait Ă©tĂ© convoquĂ©e pour le mercredi i er mars; des lettres annonçant les Ă©vĂ©nements de la journĂ©e leur furent expĂ©diĂ©es. Deux courriers porteurs de dĂ©pĂȘches qui avaient Ă©tĂ© momentanĂ©ment retenus Ă La Sagne, rapportĂšrent au comitĂ© que les Sagnards Ă©taient sous les armes et se prĂ©paraient Ă soutenir la âąpaternelle et lĂ©gitime domination du roi. Du reste, les nouvelles qui parvinrent Ă la-Chaux-de-Fonds sur le reste du pays, entre autres celles sur le Val-de-ltuz, donnĂšrent au comitĂ© lâassurance que lâon pouvait sâorganiser avec sĂ©curitĂ©. La nuit se passa donc tranquillement, mais le temps Ă©tait affreux. La neige fouettĂ©e par un vent violent, tombait par tourbillons et en abondance le qui vive des sentinelles, mĂȘlĂ© aux Ă©clats de la tourmente, ajoutait quelque chose de grave et de solennel Ă celte premiĂšre nuit de la rĂ©publique. Les patriotes neuchĂ lelois domiciliĂ©s au Val-S'-lmier arrivĂšrent Ă la-Chaux-de-Fonds dans celte nuit orageuse du 1 er mars. 284 Ă trois heures du matin, au nombre de 280, sous le commandement de M. Ami Girard, originaire de ChĂ©zard et S'-Martin. Ni les vents, ni la neige, ni les chemins affreux nâavaient Ă©branlĂ© leur courage, car il sâagissait dâaider leurs frĂšres Ă affranchir le pays. Cette petite troupe nâĂ©tait pas exclusivement composĂ©e de NeuchĂątelois il sây trouvait quelques confĂ©dĂ©rĂ©s de lâErguel. Les nouvelles que lâon reçut le matin du grand jour oĂč le pays allait saluer sa libertĂ©, nâĂ©taient plus aussi satisfaisantes que celles de la veille ; le comitĂ© de Fontainemelon fit savoir Ă celui de la Chaux-de-Fonds que des agents de lâautoritĂ© avaient parcouru, pendant la nuit, tous les villages du Val-de-Ruz et invitĂ© tous les fidĂšles Ă se rendre en ville pour porter secours au gouvernement ; que ces dĂ©marches nâavaient pas eu grand succĂšs ; mais que cependant un poste de 50 Ă 40 hommes sâĂ©tait Ă©tabli aux Hauts Geneveys et retenaient prisonniers deux dĂ©lĂ©guĂ©s du vignoble qui se rendaient Ă lâassemblĂ©e du grand comitĂ© patriotique, Ă la Chaux-de-Fonds, MM. Piaget et Benoit, ainsi que plusieurs autres patriotes. La mĂȘme dĂ©pĂȘche ajoutait que les libĂ©raux du village sâorganisaient pour culbuter ce poste et dĂ©livrer les prisonniers, ce qui eut effectivement lieu de grand matin. Une autre missive annonçait que les Sagnards avaient Ă©tabli, pendant la nuit, un poste Ă la CorbatiĂšre ; quâils avaient franchi la montagne de grand matin au nombre de 270 en passant par TĂšte-de-Rang ; que leurs rangs sâĂ©taient grossis en route par la jonction des royalistes du Locle , des Planchettes, des Epla- tures et de la Chaux-de-Fonds et quâils sâacheminaient du cĂŽtĂ© de Valangin avec une constance et un courage dignes dâune meilleure cause. Suivant une troisiĂšme missive arrivĂ© du vignoble et venue par exprĂšs, le comitĂ© Ă©tait prĂ©venu que le conseil dâĂlat et la bourgeoisie de NeuchĂątel Ă©taient dĂ©cidĂ©s Ă maintenir la domination Ă©trangĂšre par la force des armes. Dans de pareilles circonstances le parti Ă prendre nâĂ©tait pas douteux ; on Ă©tait trop compromis pour reculer ; il Ă©tait extrĂȘmement important de ne pas laisser au gouvernement le temps dâorganiser des moyens de rĂ©sistance et il fallait tomber 285 sur lui comme la foudre, avant quâil fĂ»t revenu de la stupeur quâavait dĂ» lui causer cette soudaine rĂ©bellion. Le prompt dĂ©part des libĂ©raux, vivement conseillĂ© par M. Girard , fut la mesure adoptĂ©e par le comitĂ© et immĂ©diatement la commission fut chargĂ©e dâen prĂ©parer lâexĂ©cution. Le rappel battit dans les rues; tout ce que la Chaux-de-Fonds comptait de rĂ©publicains valides et armĂ©s se rendit sur la place des colonnes sâorganisĂšrent sous la direction de chefs improvisĂ©s, et Ă dix heures du malin, au commandement de En avant! que fit entendre M. Fritz Courvoisier, chargĂ© de diriger lâexpĂ©dition, la petite troupe, au nombre de prĂšs de 800 hommes, se mit en marche au milieu de la foule qui les accompagna longtemps par les cris de Vive la rĂ©publique neuchdteloise ! Vive la Suisse! Vivent les patriotes ! Au moment oĂč la troupe sâĂ©branlait, arriva une lettre de NeuchĂątel apportant la nouvelle que le gouvernement sâĂ©tait dĂ©cidĂ© Ă ne pas rĂ©sister, que le conseil de ville avait pris la rĂ©solution de sâen remettre aux Ă©vĂ©nements ; quâen consĂ©quence la garde soldĂ©e avait Ă©tĂ© licenciĂ©e et quâordre avait Ă©tĂ© expĂ©diĂ© aux hommes rĂ©unis Ă Valangin de se disperser. 11 fut un moment question de retenir les braves patriotes du Val de S* Imier et de leur Ă©pargner les fatigues dâune expĂ©dition; mais ils sâĂ©taient montrĂ©s si dĂ©cidĂ©s, si dĂ©vouĂ©s Ă la cause de la libertĂ©, si peu affectĂ©s de leur voyage, dâune nuit tout entiĂšre passĂ©e sans sommeil, quâil eĂ»t Ă©tĂ© cruel de les priver du bonheur dâentrer en libĂ©rateurs, en hommes libres , dans la citĂ© monarchique oĂč la libertĂ© allait sâasseoir en maĂźtresse et pour toujours. Pendant que la colonne rĂ©publicaine traversait pĂ©niblement la montagne, affrontant une tempĂȘte terrible et des chemins tellement remplis de neige, que les soldais Ă©taient obligĂ©s de se suivre un par un pour avancer, les dĂ©lĂ©guĂ©s des communes libĂ©rales du pays sâĂ©taient rĂ©unis en comitĂ© et discutaient sur le choix dâun gouvernement provisoire. Ce nâĂ©lail pas lĂ la partie du drame la moins importante et ce ne fut pas sans difficultĂ© que lâon obtint, aprĂšs deux heures de supplications , le con- sensement de citoyens dĂ©vouĂ©s qui consentirent Ă former le conseil dâEtat provisoire. Ils partirent Ă h heures pour leur deslination. ĂŒ286 Cependant la troupe continuait sa marche, prĂ©cĂ©dĂ©e par des Ă©claireurs; arrivĂ©e Ă Malvilliers, elle arrĂȘta et dĂ©sarma une trentaine de Sagnards qui sâĂ©taient arrĂȘtĂ©s dans lâauberge de ce lieu et qui ne se rendirent pas sans difficultĂ©. Le commandant fit placer les prisonniers dans les rangs et la marche sur la ville continua. PrĂšs de Boudeviiliers une halte se fit ; les prisonniers furent alignĂ©s sur un petit tertre et une compagnie de carabiniers fut placĂ©e en face dâeux avec des apprĂȘts menaçants. Si les rĂŽles Ă©taient changĂ©s, leur demanda alors M. Courvoisier, et quâau lieu dâĂȘtre nos prisonniers, nom fussions les vĂŽtres, que feriez-vous maintenant de nous ? Vous nous fusilleriez , nâest- ce pas, ajouta-t-il dâun ton brusque? Ces malheureux, se croyant Ă leur derniĂšre heure, rĂ©pondirent en pleurant quâils ne le feraient pas et le priaient Ă genoux de leur conserver la vie. Cette scĂšne Ă©tait vraiment pathĂ©tique! et la conscience dut parler bien haut Ă ces malheureux, pendant que dâun ton colĂšre lâassassinat de lâinnocent Polibe Nicolet, leurs cruautĂ©s en 1851, leur Ă©taient brusquement reprochĂ©s, et surtout quand M. Courvoisier, en terminant, leur dit Oui, Ă notre place, si vous y Ă©tiez, vous nous fusilleriez! ... Ils se croyaient dĂ©jĂ morts, quand celui-ci ajouta aprĂšs un moment de silence Eh bien, nous rĂ©publicains, nous vous relĂąchons; partez, retournez Ă la maison et surtout Ă©vitez une seconde colonne qui sâavance, car vous pourriez n'ĂȘlre pas si bien traitĂ©s. Les prisonniers ne se le firent pas dire deux fois et, ivres de joie, reprirent le chemin de leur village. Ce furent probablement ces Sagnards que le gouvernement provisoire rencontra aux Hauts Geneveys et avec lesquels, Ă©crivit-il au comitĂ© de la Chaux-de-Ponds, il fraternisa. Valangin nâayant opposĂ© aucune rĂ©sistance Ă la colonne rĂ©publicaine, celle-ci continua Ă sâavancer sur NeuchĂątel, toutefois aprĂšs sâĂȘtre emparĂ©e de deux canons que la bourgeoisie tenait de la munificence royale, ainsi que de quelques vieilles hallebardes. A six heures et demie du soir, elle fit son entrĂ©e en ville dans un ordre parfait au milieu de la foule qui sâĂ©tait portĂ©e sur son passage et saluait sa prĂ©sence par les cris de Vive la rĂ©publique ! Vive la Suisse ! 287 Les patriotes, aprĂšs avoir dĂ©filĂ© devant lâhĂŽtel de ville et devant le gymnase, firent halte sur le quai. Le commandant Courvoisier, accompagnĂ© de MM. Girard et Cunier, se rendit immĂ©diatement auprĂšs des Quatre-Minislraux et leur signifia la dĂ©chĂ©ance du gouvernement prussien, la proclamation de la rĂ©publique et la mise de la ville en Ă©tat de siĂšge. Une partie de la colonne se rendit ensuite au chĂąteau dont elle prit possession et oĂč une compagnie de soldats fut installĂ©e ; lâautre partie reçut des billets de logement et fut rĂ©parlie chez les bourgeois. Une heure aprĂšs lâarrivĂ©e des troupes en ville, le gouvernement provisoire Ă©tait installĂ© au chĂąteau Ă NeuchĂątel. â La royautĂ© avait vĂ©cu. Le lendemain, des dĂ©tachements dâhommes armĂ©s, partis de toutes fes localitĂ©s du pays, arrivĂšrent en ville pour se mettre Ă la disposition du gouvernement. A midi le drapeau fĂ©dĂ©ral fut arborĂ© sur la tour de la cathĂ©drale et fut saluĂ© par vingt et un coups de canon. Lâancien conseil dâĂtat sâĂ©tant obstinĂ©ment refusĂ© Ă signer son abdication et ayant fait rĂ©pandre une proclamation oĂč il annonçait que la ville ayant Ă©tĂ© envahie par des bandes, il avait rĂ©clamĂ© du Directoire lâassistance fĂ©dĂ©rale, sa mise en arrestation fut dĂ©cidĂ©e par le gouvernement provisoire et opĂ©rĂ©e par un peloton de carabiniers, qui conduisit ces anciens gouvernants dans les appartements du gouverneur. Le 5 mars Ă midi, MM. les commissaires fĂ©dĂ©raux se rendirent au chĂąteau et reconnurent solennellement la rĂ©publique neuchĂąteloise au nom de la ConfĂ©dĂ©ration suisse. M. Migy consacra cette importante incorporation par le discours suivant Chers et fidĂšles ConfĂ©dĂ©rĂ©s ! Nous Ă©prouvons une vĂ©ritable joie de venir en ce jour, en vertu des pouvoirs qui nous ont Ă©tĂ© confĂ©rĂ©s, saluer au nom du Directoire fĂ©dĂ©ral votre arrivĂ©e au pouvoir, assister Ă la naissance et prĂ©sider en quelque sorte au baptĂȘme de la rĂ©publique neuchĂąteloise. Cette joie est dâautant plus vive que les derniers Ă©vĂ©nements nous ont prouvĂ© que la politique du gouvernement dĂ©chu Ă©tait non seulement contraire Ă tout esprit national, mais nâobĂ©issait plus quâĂ des inspirations hostiles Ă la patrie suisse. Lâheure de la rĂ©gĂ©nĂ©ration a sonnĂ© pour vous, NeuchĂąte- lois, lâheure de la rentrĂ©e au sein de leurs familles a sonnĂ© pour des proscrits qui peuvent aujourdâhui saluer librement les couleurs fĂ©dĂ©rales arborĂ©es sur tous les Ă©difices publics par le patriotisme bridant et courageux des citoyens du pays. Une nouvelle vie politique sâouvre devant vous ; que votre dĂ©vouement ne se laisse ni affaiblir ni abattre par les difficultĂ©s dont vous allez ĂȘtre environnĂ©s, quâil grandisse au contraire Ă la pensĂ©e des intĂ©rĂȘts prĂ©cieux qui sont entre vos mains! Ces intĂ©rĂȘts sont ceux de la nouvelle rĂ©publique que vous venez de fonder; ces intĂ©rĂȘts sont ceux de la ConfĂ©dĂ©ration ; ces intĂ©rĂȘts sont ceux de lâhumanitĂ©. A lâĆuvre, donc, chers confĂ©dĂ©rĂ©s, soyez prudents, mais aussi sachez ĂȘtre fermes et Ă©nergiques, et nâoubliez pas, dans les Ă©preuves que vous pourriez avoir Ă traverser, que notre concours vous est assurĂ© comme dĂ©jĂ vous possĂ©diez toutes nos sympathies. Continuez Ă lâavenir Ă vous rallier en phalange serrĂ©e autour de la banniĂšre fĂ©dĂ©rale ; car ce drapeau, câest le drapeau de la patrie, câest le drapeau de la libertĂ©. Le principe dĂ©mocratique ayant obtenu un Ă©clatant triomphe, on a immĂ©diatement Ă©laborĂ© une constitution , qui peut marcher de pair avec les constitutions les plus libĂ©rales de la Suisse. NeuchĂątel a pris enfin dans la ConfĂ©dĂ©ration la position que lui assignent les sentiments Ă©levĂ©s et lâindustrie de ses habitants, et il marche dâun pas assurĂ© vers un avenir prospĂšre. Nos vĆux lâaccompagnent dans la nouvelle Ăšre politique qui vient de commencer pour lui. - TABLEAU DES MORTS 1T DIS BLESSĂS DI L'ARMĂI FĂDĂRALE. -o-o-0-0-0^5>5Ă»- O-O-C-oc- a ce ^ Jz o fl., 2 ^ b S fl fcp .s-c -g a " 4 -* U ni G -fl H J- O S-ai= fl fl f. m ^ -fl 3 - fl fl S 5 OO QO o o O o O >n -fl 'fl o 8 c o -a 'S* bJD G O O "Ăź}* irt iO l> GO fli 0$ CO '*4 i *- 0 âąW CS O V © © © © HS âą2 ° » S 3 *3 ĂȘ'S $ 00 i! Une des brigades dĂ©tachĂ©es de la division n° 3, placĂ©e sous le coin- inandenient du colonel fĂ©dĂ©ral MĂŒller, de Zug, avançait le 12 jusquâĂ Avenches et environs pour former le lendemain la garde de lâartillerie de rĂ©serve. Lâautre brigade dĂ©tachĂ©e, commandĂ©e par le colonel fĂ©dĂ©ral Hauser, arrivait le 12 Ă Morat et y passait la nuit. Le gĂ©nĂ©ral en chef avec son Ă©tat-major, escortĂ© par une compagnie de cavalerie vaudoise, arrivait Ă Avenches le 12 Ă 11 heures du matin dans lâintention de se porter Ă Grolley le mĂȘme jour; mais comme il ne trouva dans cette ville aucune troupe dâinfanterie et quâon lui dit que les bois Ă©taient remplis de landsturm, il crut devoir retourner Ă Morat, pour prendre le lendemain la route de Courtepin que devait suivre la deuxiĂšme brigade dĂ©tachĂ©e. Dans la nuit, il envoya Ă Fribourg un officier, porteur d'une sommation, dans le but dâĂ©pargner, si possible, lâeffusion du sang. Le commandant de la division de rĂ©serve bernoise avait concentrĂ© ses troupes le 10 et le 11 sur la rive gauche de lâAar, entre Thurnen, Kehrsatz et Berne, dĂ©tachĂ© le 11 un bataillon Ă Schwarzenbourg pour occuper les passages de Gouggisberg et dâAlbligen, et fait marcher ses autres troupes, dans la nuit du 11 au 12, en deux colonnes, sur Neuen- egg et Laupen. La premiĂšre brigade, avec une batterie lâartillerie et deux compagnies de carabiniers, bivouaqua Ă Neuenegg; la troisiĂšme et la quatriĂšme brigade Ă Laupen. Une brigade, moins le bataillon, qui se trouvait Ă Schwarzenbourg, gardait la ville de Berne. LâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale cernait donc le soir du 12 novembre la ville de Fribourg et telles Ă©taient ses positions La premiĂšre division, avec son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă Matran, occupait lâespace entre la Sarine et Belfaux; la seconde division, avec son quartier- gĂ©nĂ©ral Ă Pansier, bivouaquait depuis Belfaux Ă la Sarine au- dessus de Fribourg. Lâartillerie de rĂ©serve, avec les deux brigades de rĂ©serve dâinfanterie, se trouvait Ă Avenches et Morat, oĂč Ă©tait aussi le grand quartier-gĂ©nĂ©ral. La division de rĂ©serve bernoise bloquait les frontiĂšres du canton de Fribourg du cĂŽtĂ© de Berne et de Schwarzenbourg. Le 13, avant le jour, le gĂ©nĂ©ral avec son Ă©tat-major, quitta Morat pour se rendre Ă Belfaux et Ă Grolley. Le temps Ă©tait pluvieux, mais nĂ©anmoins les soldats Ă©taient gais et ne semblaient avoir souffert en rien du bivouac quâils venaient de passer. Les villages de Pansier, la Corbaz et Belfaux, par lesquels il fallait passer, ne communiquent entre eux que par des chemins et sentiers Ă peine frayĂ©s et trĂšs-escarpĂ©s sur la berge de la Sonnaz. La route de Belfaux se trouve de lâautre cĂŽtĂ© de la Sonnaz, au pied de lâautre berge. Ce 320 dernier revers est presque partout boisĂ©, et les bois Ă©taient occupĂ©s par ie landsturm, de maniĂšre que la communication ne put ĂȘtre Ă©tablie avec Bel fa m v pie par les mauvais sentiers sus-mentionnĂ©s. En arriĂšre des bois du flanc mĂ©ridional, sur des hauteurs plus rapprochĂ©es de Fribourg, se trouvaient les fortifications qui dĂ©fendaient la ville. Le terrain, entre Belfaux et Cormanon, nâest pas moins accidentĂ©; il est couvert en plusieurs endroits de bois fort Ă©pais; partout les chemins de communication sont Ă peine praticables. Ce fut par un fort mauvais sentier, et Ă travers des marais, oĂč les chevaux sâenfonçaient, que le grand Ă©tat-major, avec sa compagnie de cavalerie, put enfin arriver Ă Belfaux. A peine avait-on mis pied Ă terre pour faire reposer un peu les chevaux, quâil arriva un parlementaire fribourgeois demandant, de la part du gouvernement de Fribourg, un armistice jusquâau lendemain matin Ă 7 heures, pour que le conseil dâEtat pĂ»t se complĂ©ter en appelant dans son sein ceux de ses membres qui se trouvaient Ă lâarmĂ©e et pour dĂ©libĂ©rer avec eux sur la sommation qui lui avait Ă©tĂ© adressĂ©e. Cet armistice fut accordĂ©, le gĂ©nĂ©ral comptait lâemployer aussi Ă terminer ses dispositifs, pour le cas oĂč une attaque eĂ»t Ă©tĂ© nĂ©cessaire. Les ordres pour annoncer lâarmistice aux diffĂ©rents corps furent expĂ©diĂ©s, et lâĂ©tat-inajor se rendit ensuite Ă Grolley. On trouva ce village occupĂ© par un bataillon bernois mais abandonnĂ© par les habitants. Il nâoffrait aucune ressource; il fallut mĂȘme envoyer Ă Avenches chercher des chandelles prĂ©caution indispensable dans une nuit aussi longue, sans clair de lune et pendant la durĂ©e de laquelle on avait Ă craindre les alertes du landsturm. Cependant lâartillerie de rĂ©serve Ă©tait arrivĂ©e au complet par Doro- didier. Dans sa marche elle eut Ă franchir plusieurs obstacles qui ne purent lâarrĂȘter. Elle vint parquer en avant de Grolley, Ă gauche de la route de Fribourg, prĂšs du chĂąteau de la RosiĂšre; les deux brigades de rĂ©serve la suivaient, celle du colonel Millier prit son bivouac Ă proximitĂ© de lâartillerie, celle du colonel Hauser poussa jusquâĂ Belfaux et bivouaqua derriĂšre ce village. Les dispositions pour lâattaque du lendemain 14 novembre eurent pour but dâenvelopper les positions de lâennemi lesquelles bien que judicieusement choisies et fortement retranchĂ©es, devaient finir par cĂ©der Ă une artillerie plus nombreuse et dâun plus gros calibre ; elles furent les suivantes A la lisiĂšre du bois de Cormanon, vis-Ă -vis de la redoute dite de Bertigny, devait ĂȘtre construit pendant la nuit un retranchement pour recevoir quatre piĂšces de six Ă cĂŽtĂ© desquelles seraient placĂ©es encore deux piĂšces de canon de douze et deux obusiers de vingt-quatre. Ces batteries ouvrent le feu et lâinfanterie de la premiĂšre division se 321 tient prĂȘte Ă se jeter sur la redoute au moment convenable ou Ă la tourner par la gorge. Elle doit s'efforcer dâacculer lâennemi dans lâangle formĂ© par la ville et la Sarinc. Deux batteries de canons de douze avancent sur la route de Belfaux, prennent position en avant de ce village et un peu Ă gauche pour diriger leur feu sur le fort n° 2 ou du Quindzet. Deux batteries de canons de douze et une batterie dâobusiers de vingt-quatre se rendent Ă Pansier et de lĂ , en suivant la route de Morat, Ă Grange-Paccot, dâoĂč elles battent la redoute n° 3 de Tori ou de Bounefontaine. Tous les boulets dĂ©passant les forts, frappent le terrain en arriĂšre jusquâĂ la ville et forment un feu croisĂ© qui balaiera nĂ©cessairement en peu de temps tout cet espace. La premiĂšre brigade de la deuxiĂšme division doit devancer lâartillerie de rĂ©serve et emporter Grange-Paccot, ensuite elle sâĂ©tend Ă gauche jusquâĂ la Sarine. La seconde brigade avance tout droit par un chemin parallĂšle Ă la route de Morat et pratiquĂ© entre deux des bois qui couvrent le revers de la colline sur lâautre bord de la Sonnaz. La troisiĂšme brigade se porte en avant de Belfaux pour soutenir lâartillerie ou lâinfanterie suivant le besoin. Lâartillerie des divisions cherche des positions favorables et opĂšre de maniĂšre Ă appuyer lâinfanterie dans ses mouvements ou Ă joindre son feu Ă celui de lâartillerie de rĂ©serve. Tels furent les arrangements pour le lendemain; en attendant, les soldats prĂ©paraient leur bivouac pour la seconde nuit; le temps sâĂ©tant amĂ©liorĂ©, les distributions de vivres purent se faire avec plus de rĂ©gularitĂ©, et la confiance rĂ©gnait partout. Le commandant du gĂ©nie sâĂ©tait rendu auprĂšs du commandant de la premiĂšre division, pour diriger en personne la construction du retranchement en avant de la lisiĂšre de Cormanon. Un parlementaire fribour- geois vint Ă Viliars demander au commandant de cette division un armistice dâune heure, allĂ©guant pour motif de sa dĂ©marche que son gouvernement Ă©tait en nĂ©gociation avec le gĂ©nĂ©ral. Cet armistice ne fut accordĂ© quâĂ condition que le Iandsturm quitterait le bois de Cormanon , condition qui dâailleurs nâĂ©tait plus nĂ©cessaire puisque ce bois venait dâĂȘtre occupĂ© par un bataillon fĂ©dĂ©ral. Cependant le flanc droit de la division fut inquiĂ©tĂ© par du Iandsturm placĂ© dans un bois trĂšs-rapprochĂ© de Viliars et qui se lie au bois de PĂ©raulĂ©s. Les ordres furent donnĂ©s de le balayer et le commandant de la division retournait Ă Matran. ArrivĂ© lĂ il reçut la nouvelle de lâarmistice accordĂ© par le gĂ©nĂ©ral jusquâĂ 7 heures du lendemain et il expĂ©dia les ordres Ă sa division de ne pas dĂ©passer ses positions. Malheureusement 21 322 cet ordre ne put pas, Ă cause des distances et [de la nature des chemins, arriver partout en temps opportun. Les avant-postes se trouvant trop rapprochĂ©s de la redoute de Ber- tigny, deux officiers de lâarmĂ©e eurent, Ă ce sujet, une explication avec le commandant du fort. Ils se retiraient chacun de son cĂŽtĂ©. Mais avant que nos officiers fussent hors de portĂ©e, ils reçurent une dĂ©charge de l'ouvrage; les carabiniers fĂ©dĂ©raux ripostĂšrent, le canon gronda, et lâaction se trouva engagĂ©e. Le bataillon Bolens sâavança sous la conduite du commandant de brigade et flanquĂ© de la compagnie Eytel qui rĂ©pondait aux Iandsturms placĂ©s dans un bois sur la gauche. Cette troupe montra beaucoup de bravoure; elle sâavança jusquâau bord du fossĂ© quâelle ne put pas franchir et le bruit, qui venait de se rĂ©pandre, que le fort Ă©tait minĂ© lâobligea Ă se retirer et Ă reprendre ses positions. Elle eut sept hommes tuĂ©s et une cinquantaine de blessĂ©s. Cette perte est bien regrettable puisquâelle Ă©tait sans nĂ©cessitĂ©. On peut accuser nos troupes de trop de tĂ©mĂ©ritĂ©; mais cela mĂȘme prouve le cas quâon en doit faire pour une action sĂ©rieuse ; et du moins on ne peut pas leur reprocher dâavoir violĂ© un armistice dont elles nâavaient aucune connaissance quand l'attaque a commencĂ©. Il y a eu de la fatalitĂ© dans cette affaire, et il paraĂźt que ce sont des coups de fusil partis dâun bois voisin qui ont fait croire aux dĂ©fenseurs de la redoute quâils Ă©taient tournĂ©s et allaient ĂȘtre pris par la gorge et les ont engagĂ©s Ă commencer le feu. Câest du moins ce qui rĂ©sulte de lâenquĂȘte ordonnĂ©e par le commandant en chef qui fut bien pĂ©niblement affectĂ© de cette Ă©chauffourĂ©e. Le reste de la nuit se passa tranquillement dans la division n° 1 et on put transporter les blessĂ©s Ă Avenches. Le grand quartier-gĂ©nĂ©ral Ă Grolley fut, au contraire, inquiĂ©tĂ© par des alertes et, deux fois, on sây vit contraint Ă sortir du bivouac. Des coups de fusil tirĂ©s Ă la lisiĂšre des bois voisins firent prĂ©sumer la prĂ©sence du landsturm et son intention dâattaquer le grand quartier-gĂ©nĂ©ral. On Ă©tablit de fortes avant-gardes et des postes avancĂ©s pour sâen garantir. DĂšs-lors il nây eut plus dâalerte. Vers les 3 heures du matin il se prĂ©senta un parlementaire fribour- geois pour demander une prolongation de lâarmistice, mais cette demande dut ĂȘtre refusĂ©e vu que les troupes fĂ©dĂ©rales ne pouvaient plus ĂȘtre contraintes Ă une troisiĂšme nuit de bivouac. Le parlementaire reçut pour rĂ©ponse que le commandant attendrait jusquâĂ six heures et demie du malin la derniĂšre rĂ©solution du conseil dâĂtat de Fribourg, suivant laquelle il prendrait des mesures ultĂ©rieures, mais quâil dĂ©sirait, de tout son cĆur, que cette dĂ©cision fĂ»t de nature Ă empĂȘcher lâeffusion du sang et de grands malheurs. 323 A peine le parlementaire Ă©tait-il parti, qu'un courrier apportait la nouvelle que le Sonderbund avait fait des excursions sur le territoire dâArgovie, quâon y rĂ©clamait des soutiens, que lâon devait se hĂąter devant Fribourg et ne pas oublier les autres parties de la ConfĂ©dĂ©ration. On semblait croire que le gĂ©nĂ©ral avait un seul instant pu perdre de vue cette importante partie de sa mission, et ne pas savoir que, dans les cantons de Zurich, dâArgovie et de Berne, il y avait plus de 40 bataillons placĂ©s aux frontiĂšres, sans compter les armes spĂ©ciales, force certainement assez considĂ©rable pour tenir le Sonderbund en Ă©chec. Le cas Ă©tait urgent; il fallait en finir avec Fribourg et porter toute son attention vers l'aile gauche de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale. Cependant on ne put, pour le moment, faire autre chose que recommander un redoublement de vigilance aux commandants de la quatriĂšme et de la cinquiĂšme division, et leur ordonner de repousser vigoureusement toute attaque qui serait dirigĂ©e contre eux. A six heures du matin le grand Ă©tat-major monta Ă cheval et partit pour Belfaux. Toutes les troupes Ă©taient en mouvement pour se rendre aux positions prescrites; le retranchement du bois de Cormanon avait Ă©tĂ© construit pendant la nuit et un chemin avait Ă©tĂ© ouvert dans le bois pour le passage de lâartillerie. Deux mandataires des autoritĂ©s de Fribourg, munis des pouvoirs nĂ©cessaires pour conclure une capitulation, se trouvaient dĂ©jĂ Ă Belfaux lorsque le gĂ©nĂ©ral y arriva; câĂ©taient M3I. Miislin, avocat, et Odet, syndic de Fribourg. On fut bientĂŽt dâaccord sur les conditions de la reddition des forts et de la ville de Fribourg, et on signa la convention suivante 1 Le gouvernement de Fribourg, prend ici lâengagement formel de renoncer absolument Ă lâalliance, dite le Sonderbund ; 2 Les troupes fĂ©dĂ©rales prendront possession de la ville de Fribourg dans la journĂ©e, en commençant par les forts extĂ©rieurs qui seront occupĂ©s dans la matinĂ©e, puis les portes de la ville, ensuite les postes intĂ©rieurs ; 3 La ville fournira les logements et la subsistance nĂ©cessaires dâaprĂšs les rĂšglements fĂ©dĂ©raux; 4 Le gouvernement de Fribourg licenciera immĂ©diatement ses troupes. Les armes du landsturm devront ĂȘtre dĂ©posĂ©es Ă lâarsenal et un inventaire en sera dressĂ© pour ĂȘtre remis Ă lâautoritĂ© fĂ©dĂ©rale; 5 Les troupes fĂ©dĂ©rales garniront tous les postes occupĂ©s, garantiront la sĂ»retĂ© des personnes et des propriĂ©tĂ©s et prĂȘteront main forte aux autoritĂ©s constituĂ©es pour le maintien de lâordre public. 6 Sâil devait sâĂ©lever des difficultĂ©s autres que celles qui sont du ressort militaire, elles seront dĂ©cidĂ©es par la haute diĂšte. Fait Ă double Ă Belfaux, le 14 novembre 1847. On voit, par ce qui prĂ©cĂšde, que le commandant des troupes friâ bourgeoises est restĂ© tout-Ă -fait Ă©tranger Ă la capitulation et que câest bien Ă tort quâon a fait courir sur son compte des bruits calomnieux Ă ce sujet. Le gĂ©nĂ©ral en chef nâa eu avec lui, pendant toute la durĂ©e de la campagne, aucun rapport direct ni indirect. Câest un hommage quâil doit Ă la vĂ©ritĂ©. AussitĂŽt la convention signĂ©e, les ordres nĂ©cessaires furent donnĂ©s pour acheminer vers Lucerne toutes les troupes, exceptĂ© la premiĂšre division; celle-ci dut cependant cĂ©der une de ses brigades Ă la seconde division et recevoir en Ă©change une brigade de celle-lĂ . On voulait par ce moyen Ă©viter une occupation du canton de Fribourg par des troupes d'un seul canton. La brigade Kurz passa donc dans la division du colonel Uilliet, et une brigade vaudoise, sous les ordres du colonel Bourgeois, dans la division du colonel Burckhardt. Un bataillon de la premiĂšre division dut, le 14, prendre possession du fort de Bertigny, et deux autres bataillons durent occuper les portes de Romont et des Etangs; la seconde division fut chargĂ©e de fournir deux bataillons pour occuper les forts de Quindzet et de Bonncfontaine, deux autres bataillons pour augmenter la garnison de la ville ; eu tout sept bataillons, dont trois pour les forts extĂ©rieurs et quatre pour la ville. Trois batteries devaient, dâaprĂšs les mĂȘmes ordres, ĂȘtre cantonnĂ©es en dehors des portes de la ville. Le commandant de la premiĂšre division fut chargĂ© du commandement supĂ©rieur de toutes les troupes destinĂ©es Ă rester dans le canton de Fribourg et reçut lâordre de prĂ©parer une dislocation plus Ă©tendue sans dĂ©passer la route de Belfaux, vu que la partie occidentale dut ĂȘtre occupĂ©e, pendant quelques jours encore, par la deuxiĂšme division, qui ne pouvait Ă©vacuer le canton que peu Ă peu. Le commandant de la rĂ©serve bernoise reçut, dĂšs le 14 novembre, lâordre de porter sa division sur la frontiĂšre orientale du canton de Berne vers Lucerne, câest-Ă -dire Ă Langnau, Signau et Iluttwyl. Les deux brigades dĂ©tachĂ©es partirent le jour mĂȘme de la capitulation pour retourner Ă la division n° 3. Disons un mot des opĂ©rations de la division n° 7 sur la rive droite de la Sarine. Le soir du 12 un bataillon fit plusieurs mouvements pour faire croire Ă une attaque du cĂŽtĂ© de Schwarzenbourg et, le lendemain Ă la pointe 325 du jour, la division passait la Singine Ă Laupen et Ă Neuenegg, pour s'avancer en deux colonnes sur Bosingen et Flamat. Les avant-gardes avec les sapeurs Ă©loignaient les obstacles, consistant en abattis et encombrements divers, et comblaient les fossĂ©s profonds qui traversaient la route. Ceci retardait la marche, et la troisiĂšme brigade ne put pĂ©nĂ©trer dans l'intĂ©rieur que l'aprĂšs-midi. Alors le cennnandant de la division reçut par un officier fribourgeois un billet du gĂ©nĂ©ral de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale, Ă©crit au crayon, qui lui annonçait lâarmistice accordĂ©. Il arrĂȘta la marche de ses troupes et eut le soir du 13 ses avant-postes Ă Pontel et en avant de Schmitten. RestĂ© sans nouvelle ultĂ©rieure pendant la nuit et ayant quelques doutes sur la rĂ©alitĂ© du billet, il fit avancer le lendemain sa division; il eut de grands obstacles Ă surmonter par le fait des abattis, mais ses colonnes arrivĂšrent vers midi Ă DĂŒdingen sans avoir rencontrĂ© un adversaire, Ă lâexception de quelques soldats du landsturm ; il reçut, dans ce village, la nouvelle de la capitulation et lâordre de marcher dans l'Emmenthal. Lâoccupation de la ville de Fribourg fut exĂ©cutĂ©e dans lâaprĂšs-midi, et, comme le commandant de la premiĂšre division y fit entrer toute sa division, il y eut un trĂšs-grand encombrement. Des dĂ©sordres, impossibles Ă Ă©viter totalement dans une pareille occasion, eurent lieu; mais le rĂ©cit en a Ă©tĂ© beaucoup exagĂ©rĂ© et lâon sait que les soldats nâen ont pas Ă©tĂ© les seuls auteurs. La ville fourmillait do gens peu intĂ©ressĂ©s au maintien de lâordre, et il fallut, le lendemain, prendre des mesures trĂšs- Ă©nergiques pour la purger. Peu Ă peu lâordre se remit, de nouvelles autoritĂ©s furent constituĂ©es en remplacement des anciennes, qui avaient pris la fuite, et la sĂ»retĂ© des personnes et de la propriĂ©tĂ© ne fut plus menacĂ©e. Pendant ce temps, les troupes destinĂ©es Ă marcher sur Lucerne sâĂ©taient mises en chemin. Deux batteries de canons de douze partirent le jour mĂȘme du 14, l'une se dirigeant sur Giimminen, lâautre sur hlorat, les autres les suivirent le lendemain et leur marche se fit avec toute la cĂ©lĂ©ritĂ© possible. Le grand Ă©tat-major se rendit le 14 Ă Faoug, le 15 Ă Berne et le 16 Ă Arau. Rapportons maintenant ce qui sâĂ©tait passĂ© dans une autre partie de la Suisse. Dans une proclamation du 25 octobre 1847 le commandant en chef des troupes des sept cantons alliĂ©s, JI. le gĂ©nĂ©ral J. U. de Salis-Soglio, avait annoncĂ© Ă ses troupes son acceptation du commandement supĂ©rieur. Il rassemblait son armĂ©e et dĂ©jĂ le 3 novembre la certitude quâon en viendrait aux mains Ă©tait si grande dans le canton de Luperne que beau- coup de Lucernois quittĂšrent leur canton et vinrent chercher un asile dans les cantons voisins. LâexpĂ©dition du Saint-Gothard eut lieu et le 6 novembre 900 Schwyzois, 400 Uraniens et 400 hommes dâUntenvalden entrĂšrent dans le canton de Zug pour le dĂ©fendre. Sur toutes les routes du canton de Lucerne on avait construit un grand nombre dâabattis et de mines; des fortifications dĂ©fendaient les approches de la ville. Les principales Ă©taient celles du pont de Gislikon, celles du pont de lâEmme, celles sur la route de Littau et la redoute de Saint-Charles Ă Lucerne. Les troupes dâĂ©lite et de rĂ©serve avaient Ă©tĂ© augmentĂ©es, autant que lâĂ©tat de la population le permettait, et un nombreux landsturm avait Ă©tĂ© organisĂ© et placĂ© sous des chefs particuliers. Dans le nombre se trouvait le fameux corps des vengeurs. Au commencement de novembre on avait aussi songĂ© dans le canton de Schwyz Ă des obstacles artificiels ; on avait construit des retranchements Ă la Schin- dellegi et prĂšs de Grynau; et, par une ouverture faite dans le bord du canal de la Liuth, on inonda une grande partie des terrains adjacents. Les ponts de Grynau et de Rapperschwyl furent dĂ©couverts. Au BrĂŒnig, dans le pays dâUnterwalden, on Ă©leva des murailles et des remparts ; et lâancienne redoute au passage de Sustcn, canton dâUri, fut rĂ©parĂ©e. Des tĂ©lĂ©graphes furent Ă©tablis; on convint de signaux dâalarme, dâadresses simulĂ©es et dâun chiffre pour la correspondance secrĂšte. Comme, le canton de Zug semblait le plus accessible, on dĂ©truisit les ponts de la Silil et celui de IlĂŒtten. Les troupes fĂ©dĂ©rales occupaient toute la partie mĂ©ridionale du canton dâArgovie, les prĂ©fectures de Knonau et de Kichterschweil dans le canton de Zurich et la rive droite de la Linth, dans le canton de Saint- Gall ; seulement les environs de Zofingen et la frontiĂšre entre les cantons de Berne et Lucerne Ă©taient faiblement garnis pendant la marche sur Fribourg. La premiĂšre brigade de la quatriĂšme division reçut lâordre de marcher dans cette partie du pays. Heureusement le Sonderbund ne dirigea aucune attaque de ce cĂŽtĂ©. Le 9 novembre, les carabiniers de la deuxiĂšme brigade de la quatriĂšme division fĂ©dĂ©rale, stationnĂ©s Ă Sins, remarquĂšrent que le pont couvert qui, Ă cet endroit, passe la Reuss, avait Ă©tĂ© rempli avec de la paille, des fagots, de la poix et quâil sây trouvait des obus; tout ce materiel fut jetĂ© par eux dans la rhiĂšre; mais le lendemain, et Ă lâapproche de deux piĂšces dâartillerie, le commandant du dĂ©tachement qui nâavait pas lâordre de soutenir une affaire sĂ©rieuse et trop faible pour cela, se retira sur Meyenberg. Alors la moitiĂ© du pont qui joignait la rive droite fut entiĂšrement dĂ©truite par les troupes du Sonderbund. 327 Le mĂȘme jour, 10 novembre, Ă 7 heures du matin, un dĂ©tachement lucernois , fort dâenviron 300 hommes, entourait le village de Elein- Dietwyl, occupĂ© par une compagnie dâinfanterie zuricoise; environ 45 hommes de cette compagnie, qui avait nĂ©gligĂ© les mesures de sĂ»retĂ© et sâĂ©tait laissĂ© surprendre, furent faits prisonniers ; les quatre officiers de la compagnie furent du nombre ; quatre-vingts hommes purent se sauver, mais la plupart sans armes, ni bagages. La demeure du gendarme argo- vien de Klein-Dietvvyl fut pillĂ©e. La leçon ne fut pas perdue pour nos troupes qui se gardĂšrent ensuite avec plus dâattention. EncouragĂ© par ces petits succĂšs, le gĂ©nĂ©ral Salis projeta une invasion plus Ă©tendue sur le territoire argovien, dans le but de sâemparer de MĂ»ri et de gagner ainsi la population du Freiaint. Le 12 novembre fut dĂ©signĂ© pour cette entreprise. LâarmĂ©e du Sonderbund sâavança en quatre colonnes ; la premiĂšre sur la route de Rappel, la seconde sur celle de Merenschwand, la troisiĂšme sur le chemin de Hitzkirch par Geltrvyl vers MĂ»ri, et la quatriĂšme marcha sur la grande route de Munster vers Menzikon. La premiĂšre et la quatriĂšme colonnes ne firent que des fausses attaques et ne dĂ©passĂšrent pas de beaucoup la frontiĂšre de Lucerne. La premiĂšre brigade de la cinquiĂšme division fĂ©dĂ©rale avait son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă Albis-Affoltern ; une compagnie de carabiniers occupait Rappel; la premiĂšre colonne ennemie, peu nombreuse, ne fit aucune attaque, se contenta de quelques coups de fusils tirĂ©s et sâĂ©loigna ensuite. La deuxiĂšme colonne, commandĂ©e par le gĂ©nĂ©ral de Salis en personne, consistait en quatre bataillons dâinfanterie, plusieurs compagnies de carabiniers et deux batteries dâartillerie, lâune de canons de huit, lâautre dâobusiers longs de quinze centimĂštres. Elle avança, favorisĂ©e par un fort brouillard, sur la rive gauche de la Reuss, et le gĂ©nĂ©ral fit sonner le tocsin dans chaque village argovien quâil traversait pour attirer Ă lui le landsturm argovien, mais personne nâarriva; au contraire, une vingtaine dâhabitants du Freiamt devancĂšrent la colonne pour annoncer lâapproche de lâennemi aux gardes du pont de pontons que les troupes avaient construit prĂšs de Lunnern pour Ă©tablir une communication entre les deux rives. Il nây avait Ă Lunnern, outre la compagnie de pontoniers zuricoise Huber, qu'une batterie zuricoise de six Scheller, une compagnie de carabiniers Huber et trois compagnies dâinfanterie, nombre trop faible pour recevoir de front une colonne aussi forte que celle qui lui fut annoncĂ©e. Ces troupes se retirĂšrent donc sur la rive droite , se mirent en bataille et commencĂšrent Ă dĂ©faire le pont ; lâopĂ©ration Ă©tait Ă peine entamĂ©e que des carabiniers dâUnterwalden arrivĂšrent en criant â Haut-Unterwalden ! â Lâartillerie les suivit de prĂšs et ouvrit 323 le feu ; la batterie zuricoise riposta et dĂ©monta bientĂŽt une piĂšce ennemie ; les puntoniers firent faire au pont une conversion ; les carabiniers soutinrent lâartillerie et le feu continua de part et dâautre sans faire grand mal. Pourtant cette affaire a coĂ»tĂ© la vie Ă trois soldats fĂ©dĂ©raux et il y eut une douzaine de blessĂ©s; la perte de lâennemi a dĂ» ĂȘtre plus forte. Le bruit du canon avait attirĂ© une batterie zuricoise Zeller, mais dĂ©jĂ la colonne lucernoise commençait sa retraite; une partie de ses troupes avait continuĂ© sa marche et Ă©tait arrivĂ©e, vers les 3 heures" de lâaprĂšs-midi, devant JIuri-Egg. PrĂ©venu de lâattaque, le colonel fĂ©dĂ©ral KĂŽnig, cnmmandant de la seconde brigade, qui avait son quartier- gĂ©nĂ©ral Ă MĂ»ri, avait fait avancer sous la direction de son adjudant, le capitaine fĂ©dĂ©ral Streiff, le bataillon Benzinger dâAppenzell et la compagnie de carabiniers Kustcr de St-Gall ; ces carabiniers et une compagnie de chasseurs du bataillon, placĂ©s en chaĂźne en avant de Muri-Egg, reçurent leurs adversaires avec un feu si prompt et si efficace quâils ne tardĂšrent pas Ă rebrousser chemin. Cet Ă©chec, joint Ă celui de Lunnern, et lâincertitude sur le sort de sa troisiĂšme colonne, dĂ©cidĂšrent le gĂ©nĂ©ral Salis Ă battre en retraite et Ă retourner Ă Lucerne. La troisiĂšme colonne, commandĂ©e par le colonel Elgger, composĂ©e comme celle de M. de Salis et ayant avec elle des volontaires argo- viens sous le commandement de lâArgovien Wiederkehr, Ă©tait partie de llitzkirch, Ă 8 heures du matin, pour marcher par le Lindenberg sur MĂ»ri, oĂč elle dut se rĂ©unir avec la seconde colonne. Doux compagnies du bataillon argovien Berner faisaient le service dâavant-postes Ă Gelt- wyl et se trouvaient Ă dĂźner lorsque le village fut attaquĂ©. Mais les soldats avaient leurs armes sous la main et ils rĂ©pondirent Ă la sommation de se rendre par des coups de fusils. Les deux compagnies se repliĂšrent sur la droite du village et 31. Elgger dirigea toute son infanterie contre elles; un fort brouillard peut lâavoir empĂȘchĂ© de reconnaĂźtre leur petit nombre; ils tinrent ferme et la colonne Elgger nâavança pas plus loin; son artillerie, qui nâavait pas encore passĂ© la montagne, fit le tour et la colonne ne tarda pas Ă la suivre. Les deux compagnies argoviennes ne se retirĂšrent vers MĂ»ri quâĂ - prĂšs la cessation du combat qui leur avait coĂ»tĂ© trois morts, parmi lesquels le brave capitaine Fischer, et plusieurs blessĂ©s; mais lâadversaire aussi avait des morts et des blessĂ©s en plus grand nombre et plusieurs chevaux dâofficiers restaient sur la place. La quatriĂšme colonne, composĂ©e dâinfanterie et dâartillerie, parut vers midi, devant Menzikon, et ouvrit son Jeu contre le village ; une maison ne tarda pas Ă ĂȘtre incendiĂ©e et des chaĂźnes de chasseurs sâefforcĂšrent dâavancer. Mais trois compagnies du bataillon de rĂ©serve argovien 329 Ăelhafenj, cantonnĂ©s Ă Menzikon et Ă Reinach, se rassemblĂšrent bientĂŽt et, sous la bonne direction de leur chef, chassĂšrent lâennemi sans Ă©prouver aucune perte. Les attaques du 12 furent donc repoussĂ©es sur tous les points et le rĂ©sultat de ces combats partiels fut encourageant pour les troupes fĂ©dĂ©rales. Le lendemain, 13 novembre, le commandant de la cinquiĂšme division concentra ses forces dans lâespace compris entre la Reuss et le lac de Zurich, et y rassembla douze bataillons avec les armes spĂ©ciales nĂ©cessaires. Le commandant de la quatriĂšme division concentra les siennes dans le Freiamt, et appela au service le reste des rĂ©serves du canton dâArgovie. Le 15 le pont de bateaux fut transportĂ© de Lunnern Ă Ottenbach oĂč il Ă©tait moins exposĂ© et oĂč le terrain se prĂȘtait Ă lâĂ©tablissement dâune tĂȘte de pont, laquelle fut de suite exĂ©cutĂ©e dans des proportions convenables. Lâartillerie de rĂ©serve et la division n° 2 ayant quittĂ© Fribourg marchaient sur Lucerne. Le gĂ©nĂ©ral avec son Ă©tat-major arriva Ă Arau le 16 novembre. En ce moment lâarmĂ©e avait atteint sa plus grande force. Les cantonnements suivants lui furent assignĂ©s. La premiĂšre division occupait Fribourg et les frontiĂšres du Valais, son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă©tait Ă Fribourg. La septiĂšme division ou division de rĂ©serve bernoise, formant lâextrĂȘme droite de lâarmĂ©e contre Lucerne, avait deux dĂ©tachements dans lâOberland bernois pour garder les passages contre le Valais, Uri et Unterwalden. Le gros de la division se concentrait dans lâEmmenthal, ayant Sumiswald pour quartier-gĂ©nĂ©ral. La seconde division se rattachait Ă la division de rĂ©serve bernoise en venant prendre ses cantonnements depuis Huttwyl par Langenthal jusquâĂ Zofingen ; son quartier-gĂ©nĂ©ral fut Berthoud. La troisiĂšme division se rangeait Ă la gauche de la seconde dans les vallĂ©es de la Sure et de la Wine, et ayant Kulm pour quartier-gĂ©nĂ©ral. La quatriĂšme division, ayant son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă MĂ»ri, occupait le pays entre le lac de Iiallwyl et la Reuss; les rĂ©serves dâArgovie, incorporĂ©es dans cette division, cantonnaient autour de Lenzbourg. La cinquiĂšme division enfin se concentrait en majeure partie entre la Reuss et le lac de Zurich; son quartier-gĂ©nĂ©ral se transportait de Zurich Ă Albis-Alfoltern. Les rĂ©serves des cantons de Zurich, et Thurgovie renforçaient cette division. SI * 330 Lâartillerie de rĂ©serve sâapprochait du Kreiamt et arrivait dans les villages de Wohlen, Yilmcrgcn, Sarmenslorf et Bremgarten; une batterie de canons de douze restait Ă Langenthal pour renforcer lâartillerie de la seconde division ; une autre batterie sâacheminait sur Knonau. Le corps de cavalerie quitta ses cantonnements dans le canton de Solcure et vint occuper la ligne entre Suhr et Othmarsingen, ayant son centre Ă Lenzbourg. Cette disposition des troupes devait ĂȘtre terminĂ©e le 20 novembre de maniĂšre que le 22, aprĂšs un jour de repos, lâattaque des cantons de Zug et de Lucerne pouvait ĂȘtre commencĂ©e. Les ordres furent donnĂ©s en consĂ©quence. La division de rĂ©serve bernoise, destinĂ©e Ă passer par lâEntlebuch, reçut lâordre de marcher le 22 jusquâĂ SchĂŒpfheim, le 23 par la Bramegg jusquâĂ Schachen ou Maltors, en envoyant un dĂ©tachement par Wol- liausen, le 24 devant Lucerne, en faisant passer au besoin une partie de la division par Schwarzenberg et Hergottswaid pour tourner la position de Renggloch. La seconde division dut le mĂȘme jour, comme la prĂ©cĂ©dente, franchir en deux colonnes la frontiĂšre du canton de Lucerne et se concentrer autour de Willisau; la communication avec la troisiĂšme division dut ĂȘtre Ă©tablie par Ettiswyl. Le lendemain 23 novembre la division eut Ă marcher sur Russwyl, en tĂąchant dâarriver vers midi sur la ligne derriĂšre lâEmme, afin dâavoir le temps de choisir une bonne position pour la batterie de canons de douze, marchant avec la division et destinĂ©e Ă battre les fortifications de Litlau et du pont de lâEmme. Si possible, la division dut occuper ce mĂȘme jour Littau et le Sonnenberg, et le 24 marcher sur Lucerne. La troisiĂšme division fut chargĂ©e dâoccuper le 22 SursĂ©e, MĂŒnster et Hitzkirch, et dâenvoyer le 23 sa premiĂšre brigade et deux batteries d'artillerie vers le pont de lâEnune pour ruiner, conjointement avec la batterie de douze de la seconde division, les retranchements Ă©tablis prĂšs de ce pont. Les deux autres brigades devaient marcher sur Inwyl pour passer la Reuss sur un pont Ă la Birago que le gĂ©nie devait construire dans la nuit du 24, ou, si cela ne se pouvait pas, de marcher le lendemain sur Gislikon et de se rĂ©unir lĂ aux troupes de la quatriĂšme division. Deux brigades de la quatriĂšme division, avec deux batteries de canons de douze, furent chargĂ©es de passer la Reuss prĂšs de Sins, dans la nuit du 22 au 23, de se rĂ©unir aux troupes de la cinquiĂšme division qui se trouvaient sur celte rive, dâattaquer Honau, et de prendre Ă revers les fortifications de Gislikon. La troisiĂšme brigade de la division, avec le reste de lâartillerie, dut marcher sur Gislikon par la rive gauche de la Reuss et soutenir lâattaque de la rive droite. Le pont de Gislikon enlevĂ©, la division devait prendre possession de Roth, y Ă©tablir son bivouac et se lier par le Rothenberg avec la cinquiĂšme division. Le lendemain elle dut marcher sur Lucerne. La cinquiĂšme division reçut lâordre dâentrer le 23 de grand matin dans le canton de Zug, avec trois brigades, son artillerie et deux batteries dâartillerie de rĂ©serve qui arrivaient de Breingarten. Pour assurer ce mouvement, un bataillon dâinfanterie et une compagnie de carabiniers de la brigade de rĂ©serve stationnĂ©s prĂšs du lac de Zurich, durent sâavancer par le pont de la Slhl. Six bataillons de la division, avec des carabiniers et une batterie de six, devaient prendre position derriĂšre la Lorze prĂšs de Steinhausen, puis sâemparer de Baar et de Zug. Le reste de la division, partagĂ© en deux brigades, dut marcher par Chain et Buonas Ă Meierskappel, dâoĂč les troupes, aprĂšs avoir pris position devant Kiissnacht, devaient se lier par le Rothenberg avec celles de la quatriĂšme division, et occuper Udligenschwyl par une avant-garde ; puis marcher le lendemain 24 sur Lucerne. Le commandant de lâartillerie reçut les ordres nĂ©cessaires pour les mouvements de lâartillerie; le commandant du gĂ©nie, ceux qui avaient rapport Ă son arme et surfont pour la construction des ponts ; le commandant de la cavalerie enfin fut chargĂ© dâenvoyer le 23 deux de ses brigades Ă SursĂ©e pour balayer le pays en arriĂšre do lâarmĂ©e, la troisiĂšme Ă Wohlen pour pouvoir ĂȘtre appelĂ©e au soutien si cela devenait nĂ©cessaire. Ces ordres Ă©taient donnĂ©s, lorsque le gĂ©nĂ©ral reçut Ă Bremgarten, oĂč il sâĂ©tait rendu pour expliquer de bouche lâexĂ©cution des mouvements prescrits aux commandants de la quatriĂšme et de la cinquiĂšme division, la nouvelle dâun Ă©chec que la sixiĂšme division avait Ă©prouvĂ© dans le ĂŻessin. Une forte colonne, profitant dâun Ă©pais brouillard, avait surpris les troupes fĂ©dĂ©rales Ă Airolo ; lâartillerie et les carabiniers tessinois tinrent ferme; mais lâinfanterie, composĂ©e en grande partie de recrues, flĂ©chit, ce qui occasionna une retraite prĂ©cipitĂ©e. Le commandement de la division demandait du renfort. Le gĂ©nĂ©ral ne put cependant rien faire de plus, que de presser la deuxiĂšme brigade de cette sixiĂšme division qui se trouvait encore dans le canton des Grisons, d'avancer dans le Tcssin, et de dĂ©tacher deux bataillons de la rĂ©serve de la cinquiĂšme division, lesquels, placĂ©s sous le commandement du colonel fĂ©dĂ©ral Millier, de Zug. eurent lâordre de 332 partir de suite pour les Grisons et de inarcher dans le Tessin, suivant le besoin. Dâun autre cĂŽtĂ© des rĂ©fugiĂ©s valaisans ayant formĂ© un corps de volontaires, pressaient le gĂ©nĂ©ral dâordonner lâattaque du Valais; le commandant de la premiĂšre division jugeait aussi le moment favorable pour marcher contre ce canton; mais le gĂ©nĂ©ral ne voulant pas compliquer la situation, ni se laisser distraire de son but principal, donna lâordre Ă cet officier supĂ©rieur, de calmer lâimpatience des troupes, de se rendre de sa personne sur les bords du RhĂŽne et de rapporter ; mais de ne faire aucune attaque sans un ordre formel. En attendaut, les autoritĂ©s de Zug, voyant sâaccumuler les troupes de la ConfĂ©dĂ©ration autour de leur canton et craignant les suites dâune lutte disproportionnĂ©e, envoyĂšrent deux dĂ©putĂ©s, JIM. le conseiller Schmied et le secrĂ©taire Schwerzmann, pour conclure une capitulation. Cette capitulation fut signĂ©e Ă Arau le 21 novembre, sous rĂ©serve de ratification par le conseil supĂ©rieur de Zug; elle Ă©tait conçue Ă -peu- prĂšs dans les mĂȘmes termes que celle de Fribourg. La ratification rĂ©servĂ©e dut ĂȘtre remise au commandant de la cinquiĂšme division, Ă Knonau, le lendemain 22 novembre, jusquâĂ 2 heures de l'aprĂšs-midi. Ce commandant de division fut avisĂ© de la convention dont la ratification ne pouvait que faciliter les mouvements Ă lui ordonnĂ©s pour le 23, et il fut chargĂ© dâentrer dans le canton de Zug aussitĂŽt aprĂšs la rĂ©ception de lâacte ratifiĂ©, de faire avancer jusqu'Ă Zug et Menzingen la brigade qui Ă©tait destinĂ©e Ă prendre position derriĂšre la Lorze. Avant de commencer les opĂ©rations, le commandant en chef adressa aux troupes la proclamation suivante âSoldats confĂ©dĂ©rĂ©s! ,.Yous allez entrer dans le canton de Lucerne. En en passant les frontiĂšres oubliez vos rancunes pour ne vous tenir quâĂ lâaccomplissement âdes devoirs que la patrie nous impose. Jlarchez Ă lâennemi, combattez âvaillaminent, dĂ©fendez vos drapeaux jusquâĂ la derniĂšre goutte de votre âsang. Mais aussitĂŽt que la victoire se dĂ©clare pour vous, plus de ressentiments; conduisez-vous en guerriers gĂ©nĂ©reux; Ă©pargnez les vaincus; ârien ne relĂšve davantage le vĂ©ritable courage. âEn toutes circonstances faites ce que je vous ai recommandĂ© ,. respectez les Ă©glises et les bĂątiments dĂ©pendants du culte. Ce serait âpour vous une tache ineffaçable que des outrages Ă la religion. âPrenez sous votre sauve-garde toutes les personnes inoffensives ,,ne permettez pas quâon les maltraite ou quâon leur adresse des injures. 333 âNe faites aucun dĂ©gĂąt sans nĂ©cessitĂ©; point de 'dilapidations. En un âmot conduisez-vous de maniĂšre Ă vous relever Ă vos propres yeux et âĂ vous rendre dignes du nom que vous portez. 11 LâentrĂ©e des troupes fĂ©dĂ©rales dans le canton de Lucerne eut lieu le 22 novembre par un temps de neige. La division de rĂ©serve bernoise, destinĂ©e Ă former lâextrĂȘme droite, sâĂ©tait concentrĂ©e le 21 novembre aux environs de Langnau; elle quitta cet endroit le 22 de grand matin et prit le chemin de lâEntlebuch. Le long dĂ©filĂ© depuis Weissenbach jusquâĂ Escholzmatt fut tournĂ© par un dĂ©tachement composĂ© dâun bataillon, de deux compagnies de chasseurs et d'une compagnie de carabiniers; ce dĂ©tachement prit son chemin Ă gauche par la montagne du Bock ; il rencontra des avant-postes lucernois, lesquels se retirĂšrent sans attendre * et allĂšrent porter la nouvelle de lâinvasion dans les villages, ce qui eut pour suite que lâon sonna le tocsin et que les troupes lucernoises purent se concentrer autour dâEscholzmatt; elles quittĂšrent pour cela plusieurs positions favorables prĂšs de Wiggen oĂč elles avaient mĂȘme construit un retranchement. Le but de ce dĂ©tachement fut donc parfaitement atteint ; la marche de la division qui sâavançait par la grande route avec toutes les prĂ©cautions usitĂ©es devant lâennemi, ne fut pas inquiĂ©tĂ©e, elle fut seulement retardĂ©e par de nombreux abattis quâil fallut ouvrir et par la nĂ©cessitĂ© de rĂ©tablir plusieurs ponts. A Escholzmatt elle rencontra la premiĂšre rĂ©sistance, mais lâaction ne sâengagea quâentre les tirailleurs. Les troupes lucernoises se repliĂšrent dĂšs quâelles virent paraĂźtre la colonne principale. Le soir la colonne arriva devant Schiipfheim ; câest lĂ que lâattendait la plus grande rĂ©sistance; elle dut dâabord enlever un plateau occupĂ© par lâennemi au dĂ©bouchĂ© de la vallĂ©e latĂ©rale de FlĂŒhli et dĂ©fendu par des carabiniers et de lâartillerie. Elle bivouaqua en cet endroit pour reconstruire les ponts sur lâEinme qui avaient Ă©tĂ© dĂ©truits et pour Ă©lever Ă gauche deux retranchements, lâun pour six, lâautre pour deux piĂšces dâartillerie. Vu la grande proximitĂ© de lâennemi, on passa la nuit sans feux ; ils ne furent allumĂ©s quâĂ quatre heures du matin pour cuire la soupe. A la pointe du jour et lorsque l'artillerie Ă©tait placĂ©e, le commandant de la division dirigea un bataillon et une compagnie de carabiniers contre le flanc droit de Schiipfheim, pendant quâune brigade entiĂšre se portait de lâautre cĂŽtĂ©. Celle-ci fut vivement attaquĂ©e par les troupes qui dĂ©bouchaient de la vallĂ©e de FlĂŒhli ; elle flĂ©chit mĂȘme un moment. Cependant le commandant de la division, la ranimant de ses paroles et de son exemple . elle revint Ă la charge et soutenue par les carabiniers m et lâartillerie, elle enleva la colline quâoccupaient les Lucernois. Ceux-ci sc retirĂšrent, partie sur les montagnes, partie dans le village de Schiipf- heim oĂč la rĂ©sistance continuait et se concentrait autour dâune chapelle, sur une hauteur oĂč lâartillerie Iucernoise sâĂ©tait placĂ©e et au couvent des capucins qui, par sa forme et ses murs dâenceinte, prĂ©sentait un bon rĂ©duit. Le reste de la division suivit de prĂšs en passant lâEmme Ă guĂ© et aprĂšs divers combats acharnĂ©s sur les deux rives, lâennemi, reconnaissant lâinutilitĂ© dâune rĂ©sistance plus prolongĂ©e, se dispersa de tous cĂŽtĂ©s. Cependant le cimetiĂšre et le couvent des capucins tenaient encore; ils ne furent abandonnĂ©s quâĂ lâapproche de toute lâartillerie et lorsque les bataillons se formaient en colonnes pour pĂ©nĂ©trer dans le village. Il Ă©tait midi et demi. AprĂšs un court repos la colonne reprit son chemin; des coups Ă©par- âą pillĂ©s de quelques granges au bas de Schiipfheim lâinquiĂ©tĂšrent peu, mais plusieurs de ces granges furent incendiĂ©es pour cela. Des abattis entre Schiipfheim et Ilasle ne furent pas dĂ©fendus, la position dâEntlebueh ne fut point occupĂ©e ni les retranchements garnis, on ne voyait plus personne et il ne restait Ă vaincre que des obstacles matĂ©riels accumulĂ©s sur le chemin. Cependant, comme on devait sâattendre Ă une forte rĂ©sistance sur la Bramegg et comme le jour Ă©tait trop avancĂ© pour forcer ce passage, la division bivouaqua Ă Entlebuch, et elle prit les dispositions nĂ©cessaires pour le lendemain. Le matin du 24 la Bramegg se trouva abandonnĂ©e mais le commandant nâĂ©tant point encore instruit de ce quâavaient fait les autres divisions, dirigea un dĂ©tachement par Schwarzenberg Ă Kriens et, sâavançant avec le gros de sa division, il reçut enfin Ă Schachen la nouvelle de lâoccupation de Lucerne. Il envoya alors ses bagages Ă Wohlhausen pour prendre la route de Willisau et il alla occuper Ifriens et les environs ; il y resta la journĂ©e du 25 et en repartit le 26 pour retourner Ă Berne par SursĂ©e et Langenthal. Cette division a fait preuve de courage et dâaplomb dans les diffĂ©rents combats quâelle a eu Ă soutenir. Elle a eu 7 morts et 38 blessĂ©s. On porte le nombre des tuĂ©s du cĂŽtĂ© des Lucernois Ă 19 et celui des blessĂ©s Ă 48. La seconde division de lâannĂ©e fĂ©dĂ©rale, manĆuvrant Ă la gauche de la division de rĂ©serve bernoise, avait aussi accompli sa tĂąche. Sa deuxiĂšme brigade, soutenue de deux batteries, dâun dĂ©tachement de sapeurs et d'un dĂ©tachement de cavalerie, formait lâaile droite. Elle eut lâordre de se rassembler le 22 novembre Ă Huttwyl et de marcher ce mĂȘme jour Ă Willisau. La premiĂšre brigade formait lâaile gauche deux batteries lui Ă©taient adjointes , ainsi quâune compagnie de cavalerie et un dĂ©tachement de sapeurs. Elle marcha le 22 de Zofingen Ă Ettiswyl, oĂč elle se lia avec lâextrĂȘme droite de la troisiĂšme division qui arrivait le mĂȘme soir Ă SursĂ©e. La troisiĂšme brigade enfin, Ă laquelle Ă©tait rĂ©uni un dĂ©tachement de sapeurs, fut chargĂ©e dâentretenir la communication entre les deux autres brigades de la division et de former la rĂ©serve. Elle marcha par Gross-Dietwyl, Kischbach et Zell jusquâĂ Kastelen oĂč elle bivouaqua. Aucune des trois colonnes ne rencontra lâennemi, mais elles trouvĂšrent beaucoup dâabattis et des mines en grande partie non chargĂ©es. Le 23 la division continua sa marche en deux colonnes; lâune formĂ©e de la seconde et de la troisiĂšme brigade passa en partie par Menznau et Wohlhausen, en partie par Kusswyl. Lâautre colonne, formĂ©e par la premiĂšre brigade, prit sa direction par Grosswangen, Buttisholz, HcII- hĂŒhi et environs. A cause des nombreux obstacles, les corps nâarrivĂšrent quâau soir dans leurs positions derriĂšre lâEinme; le commandant de la division fit une reconnaissance des environs du pont de Thorenberg et prit ses dispositions pour passer le lendemain lâEmme et attaquer Littau. Mais aucun ennemi ne se prĂ©sentant, le matin du 24 on put, sans en ĂȘtre empĂȘchĂ©, construire un pont de chevalets au-dessous de lâemplacement de celui de Thorenberg qui avait Ă©tĂ© rendu impraticable. Les retranchements sur la rive droite de lâEmme, au-dessus de Littau, Ă©taient abandonnĂ©s; les brigades fĂ©dĂ©rales passĂšrent la riviĂšre sur le pont de chevalets; l'artillerie suivit Ă guĂ©. La premiĂšre brigade arriva sans obstacle devant la ville de Lucerne et y entra ; la troisiĂšme brigade occupa Littau; la seconde, qui ce jour-lĂ formait la rĂ©serve, marcha Ă Malters et sây logea. Suivons maintenant la marche de la troisiĂšme division. Sa premiĂšre brigade avait lâordre de quitter Schoftland le matin du 22 novembre et de marcher avec la batterie Fischer par la rive gauche de la Suhre jusquâĂ SursĂ©e, dâoĂč elle fut prendre Ă Munster une batterie dâobusiers et continua le lendemain, avec les deux batteries, la marche vers le pont de lâEmme. Elle vit des bandes de landsturm sur les hauteurs, mais aucune ne lâinquiĂ©ta. Elle opĂ©ra le dĂ©sarmement Ă mesure quâelle avançait. Avant dâentrer Ă SursĂ©e un parlementaire fut envoyĂ© dans la ville pour en demander la reddition et lâon ne tarda pas Ă y voir flotter le drapeau blanc. Le landsturm sâĂ©tait retirĂ© dans les bois Ă droite, les troupes Iucernoises en , arriĂšre. La nuit se passa tranquillement et la colonne quitta SursĂ©e le 23, Ă 7 heures du matin, en y laissant une garnison. A 9 heures on rencontra des bandes de landsturm qui reculĂšrent devant les chaĂźnes de tirailleurs qu'on dĂ©ploya contre elles; le canon qui se faisait entendre de tous cĂŽtĂ©s engagea Ă nâavancer qu'avec prudence; on arriva Ă Neuenkirch Ă 3 heures et demie et on prit position en avant de Ilolzhof. Une reconnaissance, poussĂ©e jusquâĂ Gerlischwyl, y fit apercevoir des troupes lu- cernoises, commandĂ©es par un officier supĂ©rieur et placĂ©es derriĂšre des ondulations de terrain. Comme la nuit tombait on ne voulut pas entreprendre une attaque ; on sâarrangea pour bivouaquer eu avant de Holzhof et on se mit en communication Ă droite avec la seconde division, dont un fort dĂ©tachement Ă©tait Ă HellbĂŒhl. AprĂšs minuit, arriva un parlementaire avec la demande dâun armistice de quarante-huit heures ; le commandant de la brigade le refusa quant Ă lui. mais il expĂ©dia une dĂ©pĂȘche au commandant de la division pour avoir ses instructions. Cependant d reçut Ă la pointe du jour la nouvelle du licenciement des troupes lucer- noises et du landsturm. En effet, lorsque la brigade arriva vers les retranchements du pont de lâEmme, il ne se prĂ©senta personne pour les dĂ©fendre et on put, en toute sĂ©curitĂ©, remettre les planches du pont que lâon avait enlevĂ©es. Vers 11 heures, la brigade commençait Ă passer le pont, lorsquâune dĂ©putation de Lucerne se prĂ©senta avec un drapeau blanc et annonça la soumission de la ville. La brigade y entra Ă une heure et quart. La seconde brigade dut, avec la batterie Studer, quitter Staffelbach le matin du 22 et avancer parallĂšlement avec la premiĂšre brigade, en suivant la rive droite de la Suhre, jusquâĂ SursĂ©e, pour marcher ensuite par la gauche sur MĂŒnster; le lendemain elle se rendit Ă Eschenbach et Iuwyl, avec lâĂ©tat-major de la division. Elle vit aussi quelques bandes de landsturm qui se dispersaient Ă son approche. Le bruit du canon de Gislikon fixa son attention et elle avançait toujours. Câest Ă tort quâon lui aurait reprochĂ© dâĂȘtre restĂ©e en arriĂšre; elle a parfaitement exĂ©cutĂ© ses ordres et elle est arrivĂ©e de bonne heure, dans la soirĂ©e du 23, aux environs dâEschenbach, oĂč elle a bivouaquĂ©. Le 21 elle a marchĂ© par Gislikon sur Lucerne, aprĂšs avoir ralliĂ© la trioisiĂšme brigade. Celle- ci partit le 22 de Reinach et se dirigea par MĂŒnster sur Hitzkirch; elle laissa Ă MĂŒnster la batterie dâobusiers que devait y prendre la premiĂšre brigade et continua sa marche avec la batterie Karrer. Les avant-postes furent poussĂ©s Ă Gelfmgen et Ă Heidegg; de nombreuses patrouilles dispersĂšrent le landsturm. AprĂšs une nuit assez tranquille la brigade se mit en route le 23 au matin ; elle ne trouva dâautres obstacles que des abattis et des mines pour la plupart non chargĂ©es, et arriva Ă 3 heures Ă Invvyl, aprĂšs avoir empĂȘchĂ© lâincendie du couvent dâEschenbach auquel des malveillants essayaient de mettre le feu. 337 A Jnwyl le commandant de la brigade, .sâinforma dâun emplacement convenable pour jeter le pont dont il attendait le train et ce ne fut que vis-Ă -vis du couvent de Rathhausen que lâon put le trouver. Mais le train nâarriva pas et la brigade se mit au bivouac en avant dâInwyl. Le train de chevalets Ă la Birago, destinĂ© Ă ce pont, avait stationnĂ© la veille Ă Fahrwangen ; il reçut lâordre de prendre le 23 la route de Hitzkirch pour arriver le soir Ă Inwyl. Au lieu de suivre cet ordre, le commandant de ce train ne sachant pas la route de Hitzkirch libre , et se croyant sans garde, prit le chemin de MĂ»ri, ce qui, vu le grand encombrement de voitures et de troupes dans le Freiamt, aurait dĂ©jĂ suffisamment ralenti sa marche pour lâempĂȘcher dâarriver Ă temps, sans compter le dĂ©tour quâil faisait; il ne put donc arriver Ă Inwyl que dans l'aprĂšs-midi du 24; nĂ©anmoins on construisit encore le pont pour avoir une communication de plus, mais il ne servit Ă rien pour lâattaque de Lucerne. Dans la nuit du 23 au 24, le commandant de la troisiĂšme division reçut la nouvelle du succĂšs de la quatriĂšme division sur lâautre rive de la Reuss et de la disponibilitĂ© du pont de Gislikon ; il rassembla donc sa seconde et sa troisiĂšme brigade le 24, Ă quatre heures du matin, marcha sur Gislikon, passa le pont et suivit la quatriĂšme division pour la soutenir au besoin. La troisiĂšme ne fit que traverser Lucerne et reprit, le 24, ses cantonnements sur la rive droite de la Reuss. Passons aux opĂ©rations de la quatriĂšme division. Le capitaine de pontoniers YĂŽgtlin fut chargĂ© de construire dans la nuit du 22 au 23 et sous la protection de tirailleurs, un pont de pontons au-dessous du pont de Sins qui avait Ă©tĂ© dĂ©truit; il fut terminĂ© vers les huit heures du matin du 23 et aussitĂŽt la premiĂšre brigade y passa. Les quatre bataillons de cette brigade avaient Ă©tĂ© partagĂ©s en huit demi- bataillons pour leur procurer une plus grande mobilitĂ©; ils furent suivis par les deux compagnies de carabiniers de la brigade et par une compagnie de cavalerie, plus une demi-compagnie de sapeurs, une batterie de canons de douze et une batterie de six. Cette colonne sâavança vers HĂŒnenberg et Berchtwyl et se lia avec la cinquiĂšme division, qui manĆuvrait Ă sa gauche. Un autre train de pontons, commandĂ© par le capitaine Huber, avait marchĂ© jusquâĂ Eyen, prĂšs de Klein-Dietwyl, oĂč elle jeta un second pont qui fut terminĂ© Ă onze heures, malgrĂ© le canon de Honau qui Ă©tait trop Ă©loignĂ© pour produire grand effet. La seconde brigade passa la Reuss sur ce pont. Ses quatre bataillons Ă©taient aussi divisĂ©s en demi-bataillons pour la commoditĂ© des manĆuvres dans un pays trĂšs-accidentĂ© ; elle fut suivie de deux compagnies de carabiniers, de deux batteries, lâune de six, lâautre dâobusiers de '22 douze; dâune compagnie de cavalerie et dune denii-ooniKignie de sapeurs. Cette brigade passa derriĂšre la brigade Egloff et se plaça Ă sa gauche. Les deux brigades avancĂšrent ensemble et la premiĂšre brigade avec toute lâartillerie se dirigea sur Ilonau en Ă©tendant son aĂźle droite jusquâĂ la llcuss, son aĂźle gauche jusquâĂ la montagne de Roth. Des chaĂźnes de tirailleurs marchaient en avant. Le terrain Ă©tait difficile, il fallait franchir des ravins et gravir des collines couvertes dâarbres. Le feu de lâartillerie lucernoise placĂ©e dans les retranchements de Honau inquiĂ©tait beaucoup lâattaquant. Iâour sâen dĂ©barasser, quatre batteries fĂ©dĂ©rales prirent position sur un plateau en avant de BĂ chtwyl et repoussĂšrent lâadversaire jusque derriĂšre Ilonau; ce hameau fut occupĂ© par la brigade Egloff et par lâartillerie, et la colonne poursuivit son chemin vers Gislikon; mais un bataillon arrivant sous le feu direct dâun redan, Ă©tabli Ă Gislikon, fut reçu par une telle grĂȘle de mitraille, quâil recula ; un second bataillon le suivit jusque derriĂšre une graviĂšre voisine. En attendant un autre bataillon Hausler, conduit par le commandant de la brigade et par la batterie Rust et devancĂ© par une chaĂźne de tirailleurs avait pu sâavancer Ă gauche jusque sur un plateau joignant immĂ©diatement le village de Gislikon ; il y fut joint par le quatriĂšme bataillon Biinzinger quâamena lâadjudant de division. Ces troupes avancĂšrent et serrĂšrent Ă©troitement le village , en se plaçant Ă gauche et un peu en arriĂšre de la batterie Rust qui sâĂ©tait portĂ©e jusquâaux premiĂšres maisons. Mais tout-Ă -coup il se dĂ©ploya contre cette troupe un tel feu dâinfanterie et dâartillerie, que les tirailleurs ne tinrent plus; la batterie ne se voyant plus soutenue se vit obligĂ©e Ă la retraite. Il fallut toute lâĂ©nergie du commandant de la brigade et de lâadjudant de division pour retenir les bataillons; ce fut surtout le bon exemple de ce dernier, qui engagea les tirailleurs Ă retourner sur leurs pas vers Gislikon et Ă prendre de bonnes positions dâoĂč ils purent continuer leurs feux avec effet ; une compagnie du bataillon Hausler avança, le capitaine Ă la tĂȘte, et les troupes, cessant de reculer, revinrent Ă lâattaque. Dans ces entrefaites, le capitaine Rust avait aussi rĂ©ussi Ă rassembler ses artilleurs et Ă reprendre lâoffensive, et la batterie Moll canons de douze, avait pris position et joignait son feu Ă celui des piĂšces de six. MalgrĂ© des pertes notables en hommes, le combat Ă©tait donc parfaitement rĂ©tabli et, comme les deux bataillons qui avaient Ă©tĂ© repoussĂ©s au commencement de lâaffaire derriĂšre une graviĂšre, de mĂȘme que les deux autres batteries sâempressaient d'arriver et de prendre part au combat, lâennemi ne tint plus et quitta ses fortifications et le village de Gislikon. Sur le cri de lâadjudant de division que lâennemi se retirait, on avança de nouveau et, en peu dâinstants, les retranchements de Gislikun et le village furent occupĂ©s par les troupes fĂ©dĂ©rales. Le pont de Gislikon nâĂ©tait pas dĂ©truit, on avait seulement Ă©loignĂ© les planches; leur replacement fut de suite ordonnĂ© et exĂ©cutĂ© et la communication avec l'autre rive fut rĂ©tablie. Dans ce combat acharnĂ©, 19 hommes de lâarmĂ©e furent tuĂ©s sur la place et 76 furent blessĂ©s; au nombre de ces derniers Ă©tait un commandant de bataillon Biinzinger. La perte do lâadversaire nâest pas bien connue, mais on a trouvĂ© dans quelques granges un bon nombre de morts et de blessĂ©s, ces derniers furent soignĂ©s comme les blessĂ©s de lâarmĂ©e fĂ©dĂ©rale. Dans cette lutte, plusieurs maisons et greniers ont Ă©tĂ© malheureusement incendiĂ©s. Câest ici le lieu de reconnaĂźtre les grands services quâune sociĂ©tĂ© zuricoise a rendus, en venant chercher avec des voitures trĂšs-bien construites et accompagnĂ©es de personnes dĂ©vouĂ©es , une grande quantitĂ© de blessĂ©s pour les transporter Ă lâhĂŽpital militaire de Zurich ; ces dignes personnes Ă©taient infatigables et prodiguaient leurs soins aux malheureux blessĂ©s. Pendant que la premiĂšre brigade combattait dans la vallĂ©e, la seconde, placĂ©e Ă sa gauche, avait aussi une rude tĂąche Ă remplir. Cette brigade, appuyant Ă gauche au-delĂ de Rothkreuz, se dirigea contre la montagne de Roth ; elle franchit les ravins et se vit bientĂŽt saluĂ©e par des coups de fusils tirĂ©s des broussailles environnantes. Les tirailleurs de la brigade ripostaient, mais sans effet, vu la grande distance et l'impossibilitĂ© de dĂ©couvrir des ennemis cachĂ©s. On gagna nĂ©anmoins le milieu des pentes. Depuis lĂ , la montagne sâĂ©levait en terrasses successives trĂšs-escarpĂ©es et couvertes de bois d'oĂč partaient des coups trĂšs- dangereux; il fallait pour enlever la troupe lâexemple et lâencouragement du commandant de la division, qui depuis longtemps Ă©tait descendu de cheval et marchait Ă sa tĂȘte; les plateaux furent escaladĂ©s lâun aprĂšs lâautre et lâadversaire se retira de toutes parts. Cependant un bataillon de Schwyz tenait encore sur la crĂȘte de la montagne. On lây laissa, faute de pouvoir rassembler, au momqnt, les forces nĂ©cessaires pour le chasser. Les pentes septentrionales du Rothenberg Ă©taient balayĂ©es; les deux brigades se rĂ©unirent Ă Roth et y prĂ©parĂšrent leur bivouac. La troisiĂšme brigade avait eu lâordre de quitter le malin du 23 ses cantonnements dâAuw et de marcher en avant de Diettvyl, en laissant un ou deux demi-bataillons dans cet endroit et de se tenir prĂȘte Ă rĂ©tablir le pont de Gislikon, si ce village Ă©tait pris ; elle dut aussi servir dâappui Ă lâartillerie de rĂ©serve qui avait pour tĂąche dâattaquer les retranchements de Gislikon par la rive gauche dp la Reuss. Cette artillerie, dont on avait tirĂ© plusieurs batteries pour les adjoindre aux divisions Nos. 4 et 5, Ă©tait encore composĂ©e de six piĂšces de canons de douze et de six obusiers de vingt-quatre. AprĂšs avoir cherchĂ© en vain une position favorable aux environs dâEyen pour opĂ©rer contre Ilonau, elle trouva enfin, en avant de Dietwyl et an-dessus de la tuilerie, une petite hauteur oĂč elle put se mettre en batterie, ce qui fut fait avec les six piĂšces de douze vers les dix heures et demie. La batterie de Ilonau ne tarda pas Ă lui jeter des boulets de huit et des olnis de 15 centimĂštres; mais les premiers, faute de pointage que la grande quantitĂ© dâarbres rendait impossible, donnaient trop bas ou trop haut, et les obus, dâailleurs bien dirigĂ©s, ne crevaient pas. Mais, aprĂšs une heure, ces piĂšces quittĂšrent Ilonau pour se retirer en partie dans les retranchements de Gislikon. Le commandant de lâartillerie, voyant le combat de Ilonau, fit mettre ses six obusiers de vingt-quatre en position. Ce feu du flanc produisit un grand effet et dĂ©cida lâĂ©vacuation de Honau. Mais lâartillerie de rĂ©serve ne put point parvenir Ă trouver de position favorable pour battre les fortifications de Gislikon qui, si elles nâeussent Ă©tĂ© tournĂ©es, pouvaient offrir un grand obstacle. Il eĂ»t fallu passer du cĂŽtĂ© de Pfaffwyl; mais la forĂȘt voisine Ă©tait occupĂ©e par le landsturm, et les troupes de la troisiĂšme division nâarrivaient pas encore. Ces fortifications furent Ă©vacuĂ©es dans lâaprĂšs-midi, par suite des succĂšs des premiĂšre et deuxiĂšme brigades sur la rive droite de la Reuss. La troisiĂšme en prit possession vers les quatre heures et l'artillerie de rĂ©serve retourna bivouaquer Ă IĂŻlein- Dietwyl. Le gouvernement et lâautoritĂ© militaire de Lucerne avaient quittĂ© la ville pendant la nuit; leurs troupes Ă©taient licenciĂ©es et se retiraient; le landsturm se dispersait; des parlementaires vinrent, au nom de la municipalitĂ© de Lucerne, recommander la ville Ă un traitement fĂ©dĂ©ral qui protĂ©geĂąt les personnes, la propriĂ©tĂ© et lâordre public. Le lendemain 24 toute la division entrait Ă Lucerne vers les 10 heures du matin. Le drapeau blanc Ă©tait arborĂ© aux tours et aux principaux Ă©difices. Reste Ă dĂ©crire la marche de la cinquiĂšme division. La premiĂšre brigade de cette division avec une brigade de rĂ©serve stationnĂ©es, la premiĂšre aux environs de Richterschweil, la derniĂšre derriĂšre le canal de la Linth, devaient menacer la partie septentrionale du canton de Schwyz, et occuper les troupes de ce canton, pour dĂ©tourner leur attention de Kiissnacht et de Schwyz. Une mĂ©prise et un accident imprĂ©vu retardĂšrent dâun jour les opĂ©rations de la premiĂšre et, au lieu dâentrer dĂ©jĂ le 23 dans le canton de Schwyz, elle ne le. fit que le 24. Les Schwyzois purent alors, Ă la Schindellegi et Ă HĂŒtten, opposer plus de forces aux troupes fĂ©dĂ©rales quâils ne lâauraient fait le jour prĂ©cĂ©dent, ce qui occasionna quelques pertes en morts et blessĂ©s; cependant la brigade rĂ©ussit Ă occuper, vers le soir, les districts de Wollrau et de PfĂąffikon et Ă ouvrir la communication par le pont de Rapperschwyl. La brigade de rĂ©serve avait pĂ©nĂ©trĂ© dans la Marche dĂ©jĂ le 23 et le commandant conclut ce mĂȘme jour Ă Lachen, avec les autoritĂ©s de ce district, une convention suivant laquelle, cette partie du canton de Schwyz dĂ©posait entiĂšrement les armes se mettait sous la protection de la ConfĂ©dĂ©ration, en se soumettant aux arrĂȘtĂ©s de la diĂšte , et dĂ©clarait vouloir recevoir amicalement les troupes fĂ©dĂ©rales, en retour de quoi, celles-ci promettaient le maintien de lâordre public et la garantie de la sĂ»retĂ© des personnes et de la propriĂ©tĂ©. La seconde brigade, avec une compagnie de cavalerie, une demi- compagnie de sapeurs et la batterie de canons de six Heylandt avait Ă©tĂ© chargĂ©e de se rassembler le 22 aux environs de Maschvvanden, dâentrer dans le canton de Zug et de pĂ©nĂ©trer jusquâĂ Saint-Wolfgang pour protĂ©ger la construction du pont prĂšs de Sins par lequel la brigade Eglolf devait passer la Reuss. La capitulation de Zug, ratifiĂ©e le 22, rendit lâexĂ©cution trĂšs-facile. Cette mĂȘme capitulation permit Ă la troisiĂšme brigade de passer le mĂȘme jour la frontiĂšre de Zug, prĂšs de Knonau et de sâavancer jusquâĂ Chain. La brigade de rĂ©serve n° 1 allait en mĂȘme temps occuper la ville de Zug, avec Baar et Menzingen. Partout elle fut bien reçue. Les deux batteries dâartillerie de rĂ©serve, sous le commandement du major fĂ©dĂ©ral KĂŠff, et deux bataillons de landwehr zuricois, formaient la rĂ©serve de la seconde et de la troisiĂšme brigade. La nuit du 22 au 23 fut passĂ©e par la seconde et la troisiĂšme brigade dans leurs positions prĂšs de Cham, Saint-Wolfgang et Sins; elles quittĂšrent le bivouac aussitĂŽt que la brigade Egloff eut passĂ© la Reuss et se dirigĂšrent sur Meierskappel; la seconde brigade marcha Ă gauche en longeant le lac de Zug; la troisiĂšme suivit par HolzhĂ usern en entretenant les communications. Les deux batteries de lâartillerie de rĂ©serve qui avaient couchĂ© Ă Knonau eurent bientĂŽt rejoint la colonne et sâavancĂšrent avec elle; au moment oĂč la quatriĂšme division Ă©tait engagĂ©e avec lâennemi Ă Honau, la troisiĂšme brigade de la cinquiĂšme division, arrivĂ©e Ă Buonas, fut arrĂȘtĂ©e par une vive fusillade. La batterie Heylandt ouvrit son feu, la brigade se forma en bataille sur deux lignes couvertes par les tirailleurs; un bataillon zuricois martha Ă droite pour tourner la position par Ebikon; ce mouvement fut exĂ©cutĂ© malgrĂ© une vive rĂ©sistance qui força le bataillon Ă se replier momentanĂ©ment, en laissant en arriĂšre un capitaine blessĂ© ; le major, le porte-enseigne et le capitaine du gĂ©nie le ramenĂšrent. Lâexplosion de deux mines au dĂ©filĂ© dâEbikon ne put arrĂȘter le bataillon zurieois renforcĂ© par un dĂ©tachement de carabiniers; le feu de la batterie avait aussi Ă©branlĂ© lâadversaire; il reculait; les brigades avançaient et entraient Ă Meierskappel. La troisiĂšme brigade se dirigea vers KĂŒssnacht en prenant le chemin de BĂŽschenroth et du Kiemen, poussant devant elle deux bataillons schwyzois qui ne purent pas mĂȘme prendre position derriĂšre un retranchement prĂšs du pont de BĂŽschenroth, lequel dâailleurs Ă©tait dĂ©truit en partie et encombrĂ© par un abattis. Pendant que le pont Ă©tait rĂ©parĂ© pour le passage du canon, lâinfanterie montait le Kiemen oĂč elle fut reçue par les boulets de l'artillerie schwy- zoise ; celle-ci ne recula que lorsque la batterie Heylandt arriva et ouvrit son feu, et lorsquâelle se vit tournĂ©e par un bataillon fĂ©dĂ©ral marchant sur ImmensĂ©e et la chapelle de Guillaume Tell. La brigade fĂ©dĂ©rale occupa le Kiemen et prĂ©para son bivouac sur la pente mĂ©ridionale de la montagne, dâoĂč la batterie dominait les routes de KĂŒssnacht et dâArth. Cette position fut gardĂ©e jusquâau 26 novembre pendant deux jours et trois nuits, jour de la capitulation de Schwyz. La deuxiĂšme brigade avait tournĂ© Ă droite et pris le chemin dâUd- ligenschwyl, mais Ă peine avait-elle quittĂ© Meierskappel, que trois bataillons du Sonderbund, avec le corps des vengeurs, sâopposĂšrent Ă sa marche et ouvrirent leur feu. le forts dĂ©tachements de tirailleurs, envoyĂ©s "dans le flanc de cette troupe, lâobligĂšrent Ă quitter ses positions et Ă se retirer sur Lucerne, par les crĂȘtes de Rothenberg. La perte nâa Ă©tĂ© que de quatre hommes tuĂ©s et huit blessĂ©s. La brigade arriva Ă Udligenschwyl sans rĂ©sistance et elle prĂ©para son bivouac en avant de ce village. Lâapproche dâun dĂ©tachement de landsturm causa bien une alerte dans la nuit, mais la tranquillitĂ© fut bientĂŽt rĂ©tablie. Le commandant de la division avait pris son quartier-gĂ©nĂ©ral Ă Ud- ligenschvvyl, oĂč le rejoignit son artillerie pendant la nuit; il y reçut avis, vers le matin, des succĂšs obtenus par la quatriĂšme division; il ordonna en consĂ©quence de marcher en avant, et sa colonne Ă©tait dĂ©jĂ en mouvement quand il apprit la suspension des hostilitĂ©s. Une dĂ©putation de la ville se prĂ©senta pour demander le maintien de lâordre et la sĂ»retĂ© dans la ville. La division y entra vers les 10 heures. Le grand Ă©tat-major avait quittĂ© Arau le 22 pour aller Ă MĂ»ri ; le lendemain il sâavança jusqu'Ă Sins pour ĂȘtre plus prĂšs des opĂ©rations; le soir un billet âą PILLAGE. FRAUDE. w O TC -'y \>&h / /?;A ; - - .V' *âą V-'- - âą; âą âą- '.vS /Yx -'»' Brieâą*// /, ' âą v,^ -7 *\ V ' Bottfigteec. \Cor$&liĂŻ6ĂS \ _ ĂŻ- ; ,' '' jCߣlĂŻettÂŁfOĂżl^ Y4 t âą ' T'v .'^.'» ' »* *'â'* "'- r ßïÎerrĂŒijĂŻ SJ5W'^ r/iftĂŻr-^fĂȘĂż / Wv âą/ -53 JetsehmĂżl t , jĂź-^ kĂŻCjéßl'- mm wmsĂmmsmm -Kmvxy; ,M!tĂą?fĂŻJY-, jj °' Blorittkitf . ? YiiiY r Ăż -â";w trrw iaspt JiĂŻutĂŒfOTtclĂŻ* âąpuii'i* âą 1 â ' 'âąâ âą"'âą âą ?!'Ăź 0 ^ . Grind ./xmYZ Y" . . _ . . , , ââą . JiJf âą âą ' V V 5 1 âą> ij \injon ' âą'' âą - ââąâąâą' - âą fmĂŻYvéï'- Y 1 , ? 'âąâąâą l i- " *fcj YsT'Ytfs'jĂ biâiidiililĂhC' ' ..âą Ă.\w/' lĂ©ĂmmĂĂ wm%mk~rwm. ymgmf7m. âH- wmwg*»v-touty\ - . hV-'fei» }Y '- ' ^ t- ' i > âąâą '.âą f Ćž/Yi OJZatJfrujrY v 0; *Y > * ' -UW\ V,- - -B t!..3 'tân-vh/wyl g, >. ,%mĂŒmas m m mh\ smsmm ms MB» 1 / /; WsVZTZ&y , '. v \n"iSw uAssU.'Jv Wm/M Division i>ade de Jiiltor. Xâ ? 4 .Hai&Ă ilfAifyiT iA pprnz. Knppeier 25 . - S rittuid 26. - Gcnetua 27 u v Bernolfl 23. Comf» J,.., 'aval. Je'/rlhi 5t. , i. SpHindlcr 32. â Brumiei 33. - a Hilty 4 CompiLi arai'.ile 29 . » . - Baumann $s. â â â . Molin 36 Batterie de ifrilaĂŻutt mmmĂSm 37 - â SclieUei 38 .r tÂŁ SapiUD; t i 1 r/iunçer V aliesei-ve d'Arlillerio,Brigade deJVĂiff Nâą39. Batterie de Kislie Xl^!/ 40. ' " * Enavicini LrrĂŻttiĂč'th 41. â â , TtollikolĂȘr itoec le, soutien du .'âą'4-7. Bataillon de Mei ex ^âą 43 ." * â Sciuiell ^^^fcjC Mesmer ^gslfli WJĂW lĂMĂĂ 5 bĂŻ iWpuAten Wr' ';'Bi\DUaCtJ s JaDiv»sJrZiWlfl IK 1 , , BriyadcJlsl il'Vl JrlaDrt^ drNaff '.Ă *- ĂźĂč f fjjj f n U'WI^ r ldUIiyarl'dn iMPL'armĂ©c du Somlerbiind mxx. ĂŻ ym m Mmmm - vX- Ă -Xm. Ă©smm StKĂŒl, ensee [vmm m q xenJtfich'\ iie§ ncr / %v' ; i-s 'thappflle- d*. TeU. 'm 1 .. m ^\\vV 'V'aM ,\ iliPiwf" ÂŁ iĂżf ,.v ;Ă i Qj-» f fiĂąmĂ mwj oed s&m» 18 » ^/XKĂźissnacm 2 S 00 MĂ©trĂ©s iooo MOO fOt'O 2000 zjoiP 3000 3300 Pas Sur- Iss M*7T7pfTtr>&$ coZortcS, lu, cuu/tur cintre, dcĂąign*' /ex,prcnufre et la, ctH/ fonrde Ăčt'position, postĂ©rieure . 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