Autourde Tchouang-tseu Fictions philosophiques du "Tchouang-tseu" PrĂ©sentation de l’éditeur Ce livre est un essai gĂ©nĂ©ral sur un auteur tenu par la plupart pour le plus grand philosophe et prosateur chinois, Tchouang-tseu (356-286 avant notre Ăšre), dont l’oeuvre homonyme, le Tchouang-tseu, se situe Ă  l’origine du taoĂŻsme philosophique et religieux.
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Chapitre3 Les lettres du voyant pour toujours aller plus loin. En mai 1871, Arthur Rimbaud reste un poĂšte inconnu demeurant Ă  Charleville. VoilĂ  longtemps qu'il rime depuis sa ville natale, qui
Tu as essayĂ© de lire cette fiche ; Il est beaucoup question de ' lumiĂšres' de ' couleurs ' etc Tu connais l'expression ' le feu sacrĂ© ' ? As-tu au moins lu ton livre ? Je ne te ferai pas le devoir ! !! Extrait En cours de lecture Au quels indices prĂ©curseurs du devenir d’Arthur symbolisent le gĂ©nie Ă  venir et son besoin d’évasion et de fuite l’apparition de couleurs dans la chambre obscure et d’un rayon de soleil Ă©clairant le visage du nourrisson
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Analysespar chapitre et/ou par extraits: Le Prologue - Résumé & commentaires par chapitre FrÚre Jean des Entommeures - Les fouaciers de Lerné - La guerre pricrocholine - Ch. 1 à 12 - Un bébé géant - Ch. 1 Ch. 5: Comment Gargantua naquit d'une façon bien étrange Ch. 6 - Ch. 7 - Ch. 8 - Ch. 11 - Ch. 12 - Ch. 13 à 22 - L'éducation - Ch. 13 - Ch. 14 - Ch. 15 - Ch. 20 - Ch. 21 - Ch.
★★★★☆ Ă©toiles sur 10 de 892 Commentaires clientArthur Rimbaud, le voleur de feu est un chef-d'Ɠuvre par Sarah Cohen-Scali, paru le 2014-08-13. Il est composĂ© de 256 pages et disponible en format PDF ou epub. Vous pouvez acquĂ©rir ce livre gratuitement. Vous obtiendrez plus d'informations ci-dessousCaractĂ©ristiques Arthur Rimbaud, le voleur de feuLe paragraphe suivant contient les caractĂ©ristiques supplĂ©mentaires relatives aux Arthur Rimbaud, le voleur de feuLe Titre Du LivreArthur Rimbaud, le voleur de feuSortiĂ© Le2014-08-13LangueFrançais & AnglaisISBN-102373368973-ECSISBN-13740-0370605192-HNWÉcrivainSarah Cohen-ScaliTraducteurJannette SajedaNumĂ©ro de Pages256 PagesÉditeurLivre de Poche JeunesseFormat de E-BookPDF AMZ EPub EZW WPSTaille du MBNom de Fichie Arthur Rimbaud, le voleur de feu Livre En Anglais[RARE] Arthur RIMBAUD – Le voleur de feu DOCUMENTAIRE, 1977Voici la publication du samedi, jour dĂ©diĂ© aux poĂštes français de la ModernitĂ© Un documentaire de Charles Brabant rĂ©alisĂ©, en 1977, pour Rimbaud, le Voleur de FeuTitre Arthur Rimbaud le Voleur de Feu Auteur Sarah Cohen-Scali Edition Livre de poche Jeunesse AnnĂ©e de parution 2014 Pages 256 Prix 5,90 RĂ©sumĂ© Le jeune Arthur Rimbaud nait Ă  Charleville MĂ©ziĂšres, cette ville de grisaille qu’il se met Ă  dĂ©tester. Il est entourĂ© de sa mĂšre, ses deux sƓurs et son frĂšre ainé Dissertations gratuites sur Arthur Rimbaud Voleur De FeuArthur rimbauld le voleur de feu. RĂ©sumĂ© du roman Arthur, le voleur de feu. Arthur est nĂ© Ă  Charleville, d'un pĂšre capitaine dans l'armĂ©e rarement prĂ©sent Ă  la maison et qui quitte dĂ©finitivement le domicile lorsque Arthur a 6 ans, et d'une mĂšre trĂšs stricte dans la tenue du mĂ©nage elle dĂ©teste la pauvretĂ© et la saletĂ©.Jotman &; Books ! Arthur Rimbaud, le voleur de feu de ...J'ai vraiment beaucoup aimĂ© ce livre qui est pour moi mon petit coup de coeur ! Tout est ficelĂ© sur la vie d'Arthur Rimbaud qui malgrĂ© elle suscite une admiration pour le lecteur mĂȘme si celle ci n'est pas du tout aimĂ©e et apprĂ©ciĂ©e par sur Arthur Rimbaud Le Voleur de feu 4Ăšme ...ï»ż Arthur Rimbaud, le poĂšte par excellence Jean Nicolas Arthur Rimbaud est nĂ© le 20 octobre 1854 Ă  Charleville, une petite ville des Ardennes. Son pĂšre, FrĂ©dĂ©ric Rimbaud, est capitaine d'infanterie. complet. internet. pdf entier. android. book. resume. tome 2. iphone. tome 5. tome 1. ebook. livre. belgique. free. ekladata. audio. tĂ©lĂ©charger. epub. gratuitement. download. pdf en ligne. pdf en anglais. gratuit. avis. format. francais. mobile. numĂ©rique. anglais. tome 4. electronique. entier. online. extrait. français. telecharger.. fichier. english. portugais. tome 3. lire en ligne. french
TextesdĂ©diĂ©s Ă  Missy (« Nuit blanche », « Jour gris », « Le dernier feu ») Le Miroir En Baie de Somme 4 Sujets 4 articles le Ven 15 Juil 2022 13:18; La maison de Claudine PrĂ©sentation de l'oeuvre-----Analyses: La maison 2 Sujets 2 articles le Mar 19 Juil 2022 08:32; ChĂ©ri RĂ©sumĂ© de l'oeuvre - Étude globale de l'oeuvre - Les thĂšmes -
L'auteur a choisi de rĂ©diger un rĂ©cit biographique de la petite enfance et de la jeunesse d'Arthur Rimbaud nĂ© en 1854. Lecture trĂšs agrĂ©able Ă  partir de 13-14 ans et instructive. Cette oeuvre donne envie de se plonger dans la poĂ©sie de Rimbaud mais aussi dans celle de Verlaine. Ed. Livre de poche Jeunesse. Pour complĂ©ter cette lecture, on peut lire une biographie d'une autre partie de la vie du poĂšte Ă©crite par Jean TeulĂ© Rainbow pour Rimbaud. Ce mĂȘme auteur a d'ailleurs aussi Ă©crit une biographie de Verlaine ses derniĂšres annĂ©es Ô Verlaine. Ces deux ouvrages sont tous deux aux Ă©ditions Pocket. RĂ©sumĂ© du roman Arthur, le voleur de feu. Arthur est nĂ© Ă  Charleville, d'un pĂšre capitaine dans l'armĂ©e rarement prĂ©sent Ă  la maison et qui quitte dĂ©finitivement le domicile lorsque Arthur a 6 ans, et d'une mĂšre trĂšs stricte dans la tenue du mĂ©nage elle dĂ©teste la pauvretĂ© et la saletĂ©. Arthur a deux soeurs et un frĂšre - Vitalie, nĂ©e en 1858 et Isabelle, nĂ©e en 1860; - FrĂ©dĂ©ric, l'aĂźnĂ© faible Ă  l'Ă©cole, il s'engage dans l'armĂ©e et sert la France dans la guerre qui l'oppose Ă  la Prusse. Arthur est extrĂȘmement brillant en classe il est premier et remporte toute une sĂ©rie de prix. Il dĂ©teste Charleville et rĂȘve d'aller Ă  Paris. Il adore lire et dĂ©vore tous les ouvrages qu'il a sous la main. TrĂšs tĂŽt, il rĂ©dige des textes poĂ©tiques il a Ă  peine 10 ans en français et en latin. Il aime ĂȘtre seul, accompagnĂ© d'une illumination rĂ©currente un oiseau multicolore qu'il appelle Baou. Tout au long de sa vie, il sera l'ami de Ernest Delahaye. En janvie 1870, il sympathise avec Georges Izambard, son nouveau professeur de rhĂ©torique ce dernier a 22 ans. L'homme lui fait dĂ©couvrir les poĂštes parnassiens et lui ouvre les portes de sa bibliothĂšque personnelle. La mĂšre d'Arthur lui interdit de lire Les MisĂ©rables et voit la frĂ©quentation avec son professeur d'un mauvais oeil car elle trouve qu'il a une mauvaise influence sur son fils. Le 29 aoĂ»t 1870, il fait sa premiĂšre fugue Ă  Paris alors que les Ardennes sont en Ă©tat de siĂšge. Il prend le train mais suite Ă  un problĂšme de correspondance, il voyage sans billet. Il est arrĂȘtĂ© Ă  son arrivĂ©e Ă  Paris et emprisonnĂ© pour espionnage Ă  la prison de Mazas. Izambard intervient et le fait libĂ©rer. Lorsque Arthur rentre chez lui, sa mĂšre, toujours trĂšs autoritaire, le gifle. Il fait une deuxiĂšme fugue il se rend Ă  pied Ă  Douai chez les tantes de Izambard. La police, Ă  la demande de sa mĂšre, le ramĂšne chez lui Ă  Charleville. Puis, il entreprend une troisiĂšme fugue il se rend Ă  Paris mais cette fois en ayant achetĂ© un billet de train. Il y dĂ©couvre un spectacle de dĂ©solation au lendemain de siĂšge de Paris par les Prussiens. La ville est dĂ©truite et est remplie de cadavres. Il fait connaissance avec des gens du peuple qui prĂ©parent "La Commune" soulĂšvement populaire contre la bourgeoisie Ă©tablie. Arthur vit dans une grande pauvretĂ© et dans un dĂ©nuement quasi total et il fait trĂšs froid. Déçu, il finit par rentrer Ă  Charleville. Il est sans arrĂȘt en conflit avec sa mĂšre qui lui reproche sa conduite. Arthur entreprend son quatriĂšme voyage Verlaine, Ă  qui le jeune homme a envoyĂ© quelques poĂšmes, l'a invitĂ© Ă  venir le rejoindre Ă  Paris. Il lui paie le billet de train. Rimbaud est fou de joie. Sa famille ne le comprend toujours pas. Une longue pĂ©riode passe ellipse. On retrouve Rimbaud Ă  la fin de sa vie, souvent hospitalisĂ©, souffrant de la jambe, atteint d'un cancer et vivant dans une grande souffrance. A son chevet, sa soeur Isabelle reste prĂšs de lui jusqu'Ă  sa mort... ainsi que l'oiseau de feu...

ArthurRimbaud, le voleur de feu Item Preview remove-circle Share or Embed This Item. Share to Twitter. Share to Facebook. Share to Reddit. Share to Tumblr. Share to Pinterest. Share via email. EMBED. EMBED (for blogs and archive.org item tags) Want more? Advanced embedding details, examples, and help!

par PubliĂ© le 23/12/2015 Ă  0600 , mis Ă  jour Ă  104426 Jeune Amie Lectrice et Jeune Ami Lecteur, cette humble chronique vous est destinĂ©e, tout particuliĂšrement, et elle reprend certains de mes propos de fĂ©vrier 2014, en un prĂ©cĂ©dent papier. Mais comme ma trĂšs chĂšre co-blogueuse, VĂ©ronique, a parlĂ© rĂ©cemment d’un formidable livre illustrĂ© sur Rimbaud et Ă©ditĂ© par Diane de Selliers, que j’espĂšre avoir pour NoĂ«l je sais c’est un gros cadeau mais je pĂšse aussi mon poids
, alors que l’on me rĂ©pĂšte que ma bibliothĂšque prend trop de place
, je me suis dit que je pouvais, au moins, m’adresser aux jeunes, avant les fĂȘtes et en parlant de Rimbaud, justement. Voici un livre qui peut ĂȘtre attaquĂ© » dĂšs le dĂ©but du collĂšge et qui m’a totalement passionnĂ©. L’auteure place en exergue Arthur Rimbaud, le poĂšte flamboyant, contestataire des autoritĂ©s, adepte des vagabondages et plus tard des pĂ©rĂ©grinations orientalistes et immisce en son Ă©criture une esquisse de biographie, des appuis mis en forme avec doigtĂ© de poĂšmes majeurs et la prĂ©sence rĂ©currente d’un oiseau multicolore, au plumage tirĂ© du cĂ©lĂšbre sonnet voyelles » et dĂ©nommĂ© Baou, qui permet Ă  Arthur de faire le lien entre son univers jugĂ© insipide et la conquĂȘte de la vraie vie, par la poĂ©sie. On retrouve la mother », sa Maman Ă  la fois reconnaissante et fiĂšre de ses talents scolaires et intraitable sur son destin tracĂ©, qui ne peut se lier Ă  certaines lectures jugĂ©es dĂ©bauchĂ©es et qui, par son comportement, sera autant dĂ©testĂ©e que consultĂ©e par Arthur
 On repĂšre juste de maniĂšre fugace le pĂšre militaire qui ne venait Ă  Charlestown » que pour besogner » son Ă©pouse et accroĂźtre quantitativement la famille mais qui fut une source inĂ©puisable d’inspiration pour Arthur, puisqu’il a voyagĂ© et qu’il maĂźtrisait plusieurs langues et dialectes. On intĂšgre FrĂ©dĂ©ric et Arthur, frĂšres qui se retrouvent dans la mĂȘme classe, FrĂ©dĂ©ric par ses limites et Arthur par son gĂ©nie et dont la cohabitation ne sera jamais ni aisĂ©e, ni repoussĂ©e. On entend les punitions sĂ©vĂšres que la Maman distribue et l’importance glauque des latrines oĂč Arthur passe un temps certain, car jugĂ© garnement, et qu’il utilise en imagination poĂ©tique. On est charmĂ© par les liens directs qui unissent Arthur Ă  ses petites soeurs, Vitalie et surtout Isabelle, qui l’identifient comme savant et diffĂ©rent mais aussi comme un solitaire mĂ©lancolique et insaisissable. On salue le professeur d’Arthur, Georges Izambard, qui comprend trĂšs vite ses talents et qui essaie sans succĂšs d’instaurer un dialogue entre Arthur et sa mĂšre. On se rappelle qu’Arthur avait 16 ans au moment de la bataille de Sedan Ă  quelques encablures de Charleville et qu’il a connu la terrible tempĂȘte de la guerre de 70, avec son frĂšre FrĂ©dĂ©ric enrĂŽlĂ©, et en orchestrant ce qu’il a vu avec le poĂšme magnifique et glaçant dit du dormeur du val ». On suit le Baou et Arthur avec ses fugues Ă  rĂ©pĂ©tition et sa mise en dĂ©tention dans le Paris en guerre
 On imagine Rimbaud recevoir avec une ferveur absolue le message de Verlaine l’invitant Ă  rejoindre le clan des poĂštes avec force et frĂ©nĂ©sie
 Et l’on s’attriste Ă  voir la chĂšre Isabelle veiller son frĂšre de 37 ans s’éteindre Ă  petit feu aprĂšs un pĂ©riple de plus de 15 ans, oĂč il s’est Ă©loignĂ© de tout, pour vivre des tonnes d’expĂ©rience, et, oublier la poĂ©sie dans sa dimension classique pour vivre lui-mĂȘme une aventure poĂ©tique absolue. Un petit bijou de composition que je recommande Ă  votre attention et qui vous permettra Ă  la fois de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir Rimbaud et surtout de reprendre en choeur et Ă  coeur ses plus emblĂ©matiques poĂšmes qui vous feront comprendre que c’est bien autre chose que ce satanĂ© Maurice CarĂȘme, souvent dĂ©clamĂ© en primaire, et totalement insupportable, n’est-ce pas ? Affections Jeunes Amies et Jeunes Amis et belle lecture et belles futures fĂȘtes! Éric

Jai un livre fétiche: "Coeur d'Encre" de Cornelia Funke. J'adore : "Arthur Rimbaud: Le voleur de feu" de Sarah Cohen-Scali (Jolie Biographie romancée d'Arthur Rimbaud), "La vie aux aguets" de William Boyd (Malgré que des fois, il y a des scÚnes un peu), et surtout,chaque Tome a été lu au moins Trois fois, "Harry Potter" de J.K Rowling.
Le Voleur de Feu L'auteur s'inspire de la mĂ©diocritĂ© des hommes et la retranscrit Ă  travers ses textes. Il me semble que c'est la principale et importante caractĂ©ristique de l'ouvrage. Bon, aprĂšs plusieurs temps d'hĂ©sitation, j'ai dĂ©cidĂ© de faire un article sur ce livre car aprĂšs tout, il me semble qu'il Ă  sa place parmi les meilleurs livres que j'ai lu... L'ouvrage est entre la biographie et le roman rĂ©aliste, une sorte de biographie romancĂ©e. Il y a, tout le long du livre, comme une ambiance lourde, pesante. A travers les mots de l'auteur , le lecteur perçoit la vie angoissante et triste d'Arthur Rimbaud. Mais ce qui fait de cet ouvrage quelque chose de magnifique, malgrĂ© l'ambiance lourde, c'est la rĂ©alitĂ© du rĂ©cit, le fait que beaucoup de choses qui semblent choquer dans le livre ne sont que des '' caricatures '', des ''collages'' de l'ĂȘtre humain. A croire que l'auteur c'est donner pour but de dĂ©noncer le cĂŽtĂ© maladroit, mĂ©diocre et parfois stupide des ĂȘtres pour ce qui souhaite lire le livre, je vous conseil de vous arrĂȘter de lire car la suite rĂ©vĂšle un peu trop l'histoire et ce qu'il s'y passe!!! Le livre dĂ©bute sur l'enfance d'Arthur et de ses frĂšres et sƓurs, baignĂ©e dans une marre de tristesse, de silence et d'absence. Les langages se font rares, et le peu de mots dis sont froids, insensibles et ne transmettent aucune Ă©motion, si ce n'est de la rancune enfouie sous une dose de tristesse. Puis, au fur et Ă  mesure, Arthur commence Ă  grandir et nous apprend Ă  porter un jugement plus laxiste, un regard plus doux sur tout ce qui l'entoure, et donc nous entourent aussi. Ce livre est atroce dans le sens oĂč, dĂšs le dĂ©but, un sentiment de mal-ĂȘtre nous prend. Et au fil des Ă©vĂ©nements, on s'attache au personnage, on veut qu'il s'en sorte, qu'il goĂ»te enfin au bonheur, Ă  la LibertĂ©. Alors un cercle vicieux se met en place, on perçoit un Ă©chappatoire, mais Ă  chaque fois le dĂ©sespoir reprend le dessus et nous replonge dans cet ocĂ©an de '' mauvais esprit''. Pour finir, car je ne veux pas vous dĂ©livrer toute l'histoire mĂȘme si j'en ai dĂ©jĂ  dit beaucoup, je tiens Ă  prĂ©ciser que ce livre n'est pas Ă  lire lĂ©gĂšrement car il faut aussi le comprendre. VoilĂ , sur ce je vous laisse et vous souhaite une bonne lecture ! RĂ©sumĂ© du romanArthur dĂ©teste Charleville, cette ville de province grise et triste oĂč il est nĂ© un jour de 1854, et oĂč il vit avec sa mĂšre et ses deux sƓurs. Alors, pour tromper la monotonie des jours, Arthur dĂ©vore livre aprĂšs livre. Et puis, il rĂȘve d'un oiseau multicolore, qu'il appel Baou et qui lui inspire des poĂšmes. Car Arthur se fiche d'ĂȘtre un Ă©lĂšve modĂšle. Il veut ĂȘtre poĂštes, mĂȘme si c'est ĂȘtre voyou... Amandine H.
Ernest Delahaye (l'ami d'enfance d'Arthur) RĂ©sumĂ©: L'histoire parle de la vie d'Arthur Rimbaud. Il Ă©tait nĂ© dans une famille oĂč la mĂšre Ă©tait trĂšs stricte et le pĂšre, le capitaine, partait souvent en voyage. Il souffrait du manque d'amour de Il faut aussi entendre Isabelle, si l’on veut aborder Rimbaud. »Marcelin Pleynet, Chronique vĂ©nitienne, 2010. Photographie sur plaque de verre d’Isabelle, la soeur cadette d’ArthurJean-Jacques LefrĂšre/FlammarionZOOM cliquer sur l’image Le volume de Correspondance posthume 1891-1900 sur Arthur Rimbaud que les Ă©ditions Fayard viennent de publier plus de 1200 pages est une entreprise qui est et qui s’annonce gigantesque puisque deux autres tomes sont prĂ©vus rien que pour les annĂ©es 1901-1935. Publier TOUT ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit sur Rimbaud depuis sa mort sera une source d’informations prĂ©cieuse pour les Ă©rudits et aidera sans doute Ă  comprendre comment le MYTHE Rimbaud s’est constituĂ©. Que ce soit Jean-Jacques LefrĂšre qui se soit chargĂ© de ce travail de bĂ©nĂ©dictin devrait rassurer ses biographies de Rimbaud et de LautrĂ©amont sont des mines d’or incontournables. Est-ce que cela permettra d’entendre ce que Rimbaud A DIT en beaucoup moins de pages que ses innombrables commentateurs ? Est-ce que cela permettra d’entendre ce qu’il a dit dans son silence mĂȘme qui est, selon Heidegger, autre chose que le simple mutisme [1] » ? Rien n’est moins sĂ»r. Le parti-pris Ă©ditorial lui-mĂȘme interroge. C’est l’ordre chronologique qui a Ă©tĂ© retenu. Sans doute Ă©tait-ce le seul choix possible eu Ă©gard au projet de dĂ©part. Mais ce temps chronologique est un temps horizontal, un temps "couchĂ©", celui du temps qui passe, celui de l’horloge. Ce temps n’est pas celui de Rimbaud. Rimbaud Ă©crivait dans Enfance III Il y a une horloge qui ne sonne pas. » Et comme en Ă©cho, Heidegger Ă©crivait dans Zeit C’est seulement lorsqu’elle cesse de battre — l’horloge... que pour la premiĂšre fois tu l’entends. » [2]. A prendre tous les tĂ©moignages selon le temps de l’horloge — le temps chronologique — on n’entendra ni l’horloge, ni le Temps sans horloge depuis lequel Rimbaud a dit ce qu’il a dit [3]. C’est que pour avoir Ă©tĂ© en apparence ses contemporains, tous ceux qui ont connu Rimbaud de son vivant ou qui en ont parlĂ© aprĂšs sa mort, s’ils Ă©taient — ĂŽ combien ! — de leur temps, n’étaient pas de SON TEMPS. Rimbaud en son temps [4], cela ne se laissera jamais entendre Ă  partir des prĂ©supposĂ©s — des prĂ©jugĂ©s — sociaux d’une Ă©poque IIIe rĂ©publique, XIXe siĂšcle Ă  travers les Ăąges. Comme l’a montrĂ© Marcelin Pleynet, aprĂšs Philippe Sollers, Rimbaud est le contemporain de LautrĂ©amont, de Nietzsche, de CĂ©zanne, pas de ceux qui se croyaient ses contemporains. Ceux que j’ai rencontrĂ©s ne m’ont peut-ĂȘtre pas vu », Ă©crivait-il dans Mauvais sang [5]. Qui plus est, Ă  aligner les archives des "correspondants", sans discrimination, le risque est grand de ne plus savoir y distinguer le vrai tĂ©moignage de l’anecdote, de mĂ©langer l’essentiel et le superficiel. Dans ce qui s’est Ă©crit sur Rimbaud — de son vivant, aprĂšs sa mort — tout se vaut-il ? Tous les acteurs ont-ils la mĂȘme importance ? Loin s’en faut. Le prĂ©facier en est d’ailleurs conscient qui Ă©crit le rĂ©sultat de cette quĂȘte est d’inĂ©gale qualitĂ©, d’inĂ©gal intĂ©rĂȘt, et surtout d’inĂ©gale fiabilitĂ©. » Face Ă  ce premier volume de 1200 pages, le lecteur est donc censĂ© faire le tri. Comment ? Les moyens manquent. Comme au musĂ©e d’Orsay, c’est l’historicisme qui est la loi. Une phrase de l’Avant-propos donne le ton on verra, dans ce volume, la mise en place progressive du travail de censure et de réécriture auquel se livre le couple que constituent Isabelle Rimbaud et Paterne Berrichon, unis dans la vie comme dans ce mĂ©fait. » Censure », mĂ©fait » les mots sont forts, mĂȘme s’ils sont aussitĂŽt tempĂ©rĂ©s Mais au moins ont-ils Ă©tĂ© actifs une biographie, une Ă©dition de l’oeuvre et un volume de correspondance, tout cela en moins de quatre ans. » Paterne Berrichon ? Reconnaissons quand mĂȘme avec Marcelin Pleynet qu’il a su montrer la proximitĂ© entre Rimbaud et CĂ©zanne, mĂȘme s’il n’avait aucune chance de penser cette proximitĂ© HISTORIALE. RĂ©pondant en 1907 Ă  une enquĂȘte de Charles Morice Ă  propos de CĂ©zanne, Berrichon Ă©crira C’est un peintre essentiel. Je le vois dans son art, ce que fut Rimbaud dans la littĂ©rature, une mine inĂ©puisable de diamants. » Le Mercure de France. CitĂ© deux fois par M. Pleynet, CĂ©zanne, Folio, 2010, p. 195 ; Chronique vĂ©nitienne, Gallimard, 2010, p. 33. Le couple » ? Mettre l’accent sur le couple n’est-ce pas prendre le risque de CONFONDRE [6] Isabelle Rimbaud et Paterne Berrichon dans leur dĂ©sir supposĂ© — et supposĂ© partagĂ© — de censure » ? N’est-ce pas permettre d’éclipser le tĂ©moignage essentiel d’Isabelle Rimbaud sur son frĂšre Arthur — qu’elle accompagnera jusque dans ces derniers moments ? N’est-ce pas prendre soi-mĂȘme le risque de la censure » ? Un autre mĂ©fait » peut dĂšs lors ĂȘtre commis. L’Express du 15 avril s’y emploie. Le journaliste qui semble n’avoir jamais lu les lettres poignantes » de Rimbaud maintes fois publiĂ©es — un Rimbaud aux cheveux blancs, bien Ă©loignĂ© de l’icĂŽne romantique qui figure sur les tee-shirts des adolescents d’aujourd’hui » —, a dĂ©couvert la "vraie" rĂ©vĂ©lation de ce volume », une jeune Ardennaise inconnue [sic !] Isabelle Rimbaud, soeur cadette d’Arthur. » DĂ©crite comme une provinciale dĂ©vote, sanglĂ©e dans de rigides robes corsetĂ©es » photo Ă  l’appui [7], cette inflexible gardienne du temple » serait coupable d’avoir façonnĂ© la premiĂšre lĂ©gende », celle d’un Rimbaud agonisant comme un "saint", qui se serait tournĂ© vers Dieu avant de s’éteindre », puis, avec son Paterne Berrichon de mari le beau-frĂšre posthume », de s’ĂȘtre livrĂ©e Ă  ce que Jean-Jacques LefrĂšre appelle leurs berrichonneries ». VoilĂ  donc le rapport si Ă©trange et si Ă©mouvant entre Rimbaud et sa soeur Isabelle rĂ©duit Ă  une histoire provinciale entre une Ardennaise rigide » et une "petite frappe" ardennaise » [8] ! Et pourtant, en ce qui concerne toute tentative d’approche "provinciale", n’étions-nous pas prĂ©venus ? Rimbaud Vous ĂȘtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! — Ma ville natale est supĂ©rieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela voyez-vous, je n’ai pas d’illusion. » Lettre Ă  Georges Izambard, 25 aoĂ»t 1870. Isabelle Les gens de Charleville sont grincheux comme leur climat, froids et traĂźtres comme le brouillard de la Meuse, Ă©goĂŻstes surtout. L’Ardennais est, par tempĂ©rament, ennemi de la poĂ©sie, non sentie mĂȘme par ceux qui se piquent de la comprendre. » A Paterne Berrichon, dĂ©cembre 1896 * Rimbaud mourant En novembre 2009, Eric Marty rééditait chez un petit Ă©diteur le petit livre publiĂ© en 1921, de maniĂšre posthume, dans lequel Isabelle Rimbaud racontait les diffĂ©rents Ă©pisodes de son "aventure" peu ordinaire. Nous l’avions signalĂ© sur Pileface sans nous y attarder [9]. Il est temps d’y revenir. Le livre 130 pages, Rimbaud mourant, publiĂ© en 1921 sous le titre de Reliques [10], reprend quatre textes d’Isabelle Rimbaud — Rimbaud mourant— Mon frĂšre Arthur Ă©crit en 1892, publiĂ© dans Le Mercure de France posthume le 16 mars 1919— Le dernier voyage de Rimbaud Le Mercure de France, octobre 1897— Rimbaud catholique publiĂ© une premiĂšre fois, sous le titre de Rimbaud mystique, dans Le Mercure de France, 16 juin 1916. Rimbaud mourant — la premiĂšre partie qui donne son titre Ă  l’ensemble — comprend cinq lettres Ă©crites par Isabelle Rimbaud quatre destinĂ©es Ă  sa mĂšre Vitalie Cuif 22 septembre 1891, 3 octobre 1891, 5 octobre 1891, 28 octobre 1891, une autre lettre dictĂ©e par Rimbaud Ă  sa soeur, le 9 novembre 1891, c’est-Ă -dire la veille de sa mort [11]. Vous lirez ici la Lettre d’Isabelle Ă  sa mĂšre, Marseille, le 28 octobre 1891, la plus longue et la plus Ă©mouvante. Dans le Journal du dimanche du 29 novembre 2009, Philippe Sollers attirait l’attention sur le livre et sur Isabelle Rimbaud, tĂ©moin capital » MĂȘme s’il est peu probable qu’il entre jamais au PanthĂ©on, Rimbaud n’en finit pas de surprendre. GrĂące Ă  Éric Marty, vous pouvez ainsi lire un livre introuvable depuis 1921, Rimbaud mourant, par Isabelle Rimbaud, sa soeur, qui a accompagnĂ© son frĂšre jusqu’à la fin. Lecture bouleversante. Ainsi, aprĂšs l’amputation de sa jambe, le sĂ©jour de Rimbaud chez sa famille. Il souffre beaucoup Il but des tisanes de pavot et vĂ©cut plusieurs jours dans un rĂȘve rĂ©el trĂšs Ă©trange. La sensibilitĂ© cĂ©rĂ©brale ou nerveuse Ă©tant surexcitĂ©e, en l’état de veille les effets opiacĂ©s du remĂšde se continuĂšrent, procurant au malade des sensations attĂ©nuĂ©es presque agrĂ©ables extralucidant sa mĂ©moire, provoquant chez lui l’impĂ©rieux besoin de confidence. » Isabelle Rimbaud, qui a Ă©tĂ© si critiquĂ©e de façon injuste, est ici un tĂ©moin capital Une nuit, se figurant ingambe et cherchant Ă  saisir quelque vision imaginaire apparue, puis enfuie, rĂ©fugiĂ©e peut-ĂȘtre dans un angle de la chambre, il voulut descendre seul de son lit et poursuivre l’illusion. On accourut au bruit de la chute lourde de son grand corps, il Ă©tait Ă©tendu complĂštement nu sur le tapis. » Lisez ce tĂ©moignage ultrasensible, et demandez-vous pourquoi il a fallu si longtemps pour le rééditer. C’est du corps mĂȘme de Rimbaud qu’il s’agit, pas de son image. Philippe Sollers, Le Journal du dimanche du 29 novembre 2009. * Isabelle cliquer sur l’image. Mon frĂšre Arthur [12] par Isabelle Rimbaud Roche, 28 octobre 1892 Je l’ai vu ici venu dans notre maison pour la derniĂšre fois. Inoubliables journĂ©es, veilles et nuits qui ne reviendront plus jamais, jamais, jamais ! J’ai soutenu son corps chancelant. J’ai portĂ© dans mes bras ce corps souffrant et dĂ©faillant. J’ai guidĂ© ses sorties, j’ai surveillĂ© chacun de ses pas ; je l’ai conduit et accompagnĂ© partout oĂč il a voulu ; je l’ai aidĂ© toujours Ă  rentrer, Ă  monter, Ă  descendre ; j’ai Ă©cartĂ© de son unique pied l’embĂ»che et l’obstacle. J’ai prĂ©parĂ© son siĂšge, son lit, sa table. BouchĂ©e Ă  bouchĂ©e, je lui ai fait prendre quelque nourriture. J’ai mis Ă  ses lĂšvres les coupes de boisson, afin qu’il se dĂ©saltĂ©rĂąt. J’ai suivi attentivement la marche des heures, des minutes. À l’instant prĂ©cis, chacune des potions ordonnĂ©es lui a Ă©tĂ© par moi prĂ©sentĂ©e combien de fois par jour ! J’ai employĂ© les journĂ©es Ă  essayer de le distraire de ses pensĂ©es, de ses peines. J’ai passĂ© les nuits Ă  son chevet j’aurais voulu l’endormir en faisant de la musique, mais la musique pleurait toujours. Il m’a demandĂ© d’aller, en pleine nuit, cueillir le pavot assoupissant, et j’y suis allĂ©e. J’avais peur, seule, loin de lui. Dans les tĂ©nĂšbres, je me suis hĂątĂ©e ; puis j’ai prĂ©parĂ© les breuvages calmants, qu’il a bus... Et les veilles recommençaient, durant jusqu’au matin ; et quand il se mettait Ă  dormir, je restais encore prĂšs de lui Ă  le regarder, Ă  l’aimer, Ă  prier, Ă  pleurer. Si je m’en allais, Ă  l’aurore, sans bruit pourtant, il se rĂ©veillait aussitĂŽt et sa voix, sa chĂšre voix, me rappelait. Et je rĂ©accourais tout de suite prĂšs le lui, heureuse de pouvoir le servir encore. Que de fois, au cours des matinĂ©es, quand enfin il goĂ»tait quelque repos, je suis restĂ©e des heures, l’oreille collĂ©e contre sa perte, Ă©piant son appel, Ă©piant son souffle ! Nulles mains que les miennes ne l’ont soignĂ©, ne l’ont touchĂ©, ne l’ont habillĂ©, ne l’ont aidĂ© Ă  souffrir. Jamais mĂšre n’a pu ressentir une plus vive sollicitude envers son enfant malade... Il me parlait du pays qu’il venait de quitter ; il me racontait ses travaux. Il rappelait mille souvenirs aussi du passĂ©, du bonheur perdu ; et ses larmes se mettaient Ă  couler, amĂšres, abondantes. J’essayais de calmer son chagrin ; mais je ne le pouvais, sachant bien moi-mĂȘme que jamais plus la vie ne lui sourirait ; et, impuissante Ă  le consoler, regardant, muette, tomber ses pleurs, je voyais en mĂȘme temps se creuser, chaque jour davantage, ses joues pĂąles et s’altĂ©rer son admirable visage. Il me demandait souvent en place de qui, lui si bon, si charitable, si droit, pouvait bien endurer tous ces maux atroces. Je ne savais quoi lui rĂ©pondre. J’avais peur, et j’ai peur encore, que ce ne fut en ma propre place. HĂ©las ! Je l’ai aidĂ© Ă  mourir, et lui, avant de me quitter, il a voulu m’enseigner le vrai bonheur de la vie. Il m’a, en mourant, aidĂ©e Ă  vivre. II LĂ -bas, par delĂ  les mers, dans des montagnes de l’Ethiopie, sous le soleil torride, par le vent brĂ»lant qui dessĂšche les os et altĂšre les moelles, que de fatigues il a endurĂ©es ! Nul EuropĂ©en n’a essayĂ© jamais avant lui d’accomplir les travaux auxquels il s’est astreint. Que d’efforts incessants ! Que de marches ! Oh ! ce fatal voyage de Tadjourah au Choa et en Abyssinie [13]. Quel souffle mauvais a-t-il respirĂ© dans ces funestes rĂ©gions ? Quel ange malin l’y avait donc conduit ? Pendant plus d’une annĂ©e, oui, pendant plus d’une annĂ©e, il a subi lĂ , en son corps comme en son esprit, toutes les Ă©preuves, tous les ennuis possibles. Et, en retour, quelle compensation ? Ce furent tous les dĂ©senchantements un complet dĂ©sastre. La maladie avait rĂŽdĂ© autour de lui. Tel un reptile venimeux, elle l’avait enlacĂ©, et, peu Ă  peu, insensiblement mais sĂ»rement, elle devait le conduire, sans qu’il s’en fĂ»t aperçu, Ă  la catastrophe finale. — Allons, courage ! Tu n’as pas Ă©tĂ© heureux auprĂšs du roi [14] eh ! bien, redouble d’efforts, multiplie tes facultĂ©s, sors des voies ordinaires. N’as-tu pas le don d’intelligence, le don de force ? Non pas l’intelligence et la force du commun des hommes, oh ! non. Il y a en toi un gĂ©nie exceptionnel. L’étincelle divine dĂ©partie Ă  chacun de nous est dans ton Ăąme un foyer incandescent, une lumiĂšre Ă©blouissante qui pĂ©nĂštre tout, partout. Et ce qui fait ta force, c’est la volontĂ©, puissante et hardie Ă  laquelle tu soumets tes muscles et ta pensĂ©e, sans Ă©couter leurs plaintes ni leur besoin de repos. Travaille, toi qui as dĂ©jĂ  tant travaillĂ© ; instruis-toi, toi qui es une encyclopĂ©die vivante ! AprĂšs les journĂ©es harassantes, passe une partie des nuits Ă  Ă©tudier les multiples idiomes africains, toi qui parles couramment toutes les langues d’Europe ! Ne trouve aucun goĂ»t au boire, au manger, Ă  tous les plaisirs dont se repaissent les autres blancs ! Prends bien garde ! MĂšne une vie ascĂ©tique !... Quelques minutes suffisent pour tes repas et, pendant onze annĂ©es, tu ne te dĂ©saltĂšres que d’eau [15]. Quand tu rĂ©unis des amis, c’est uniquement pour causer avec eux d’affaires, de nouvelles les intĂ©ressant tous. Un peu de musique, parfois, beaucoup de lumiĂšres ; mais, toujours, et gouvernant tout, ta conversation incomparable, qui sait par soi seule Ă©clairer, Ă©gayer, charmer ceux qui ont l’honneur d’ĂȘtre admis chez toi. La puretĂ© de tes moeurs est devenue lĂ©gendaire. Jamais aucun ĂȘtre de luxure n’a franchi ton seuil et tes pieds jamais n’ont pĂ©nĂ©trĂ© dans un lieu de joie... Sois, bon, sois gĂ©nĂ©reux !... Ta bienfaisance est connue, au loin mĂȘme. Cent yeux guettent tes sorties quotidiennes. À chaque dĂ©tour de chemin, derriĂšre chaque buisson au versant de chaque colline, tu rencontres des pauvres. Dieu, quelle lĂ©gion de malheureux ! Donne Ă  celui-ci ton paletot, Ă  celui-lĂ  ton gilet. Tes chaussettes, tes souliers sont pour ce boiteux aux pieds ensanglantĂ©s. En voici d’autres ! Distribue-leur toute la monnaie que tu as sur toi, thalaris, piastres, roupies. Pour ce vieux grelotteux, n’as-tu plus rien ? Si. Donne ta propre chemise. Et quand tu seras nu, si tu rencontres encore des pauvres, tu les ramĂšneras Ă  ta maison et tu leur distribueras les aliments de ton repas. Bref, tu te dĂ©possĂ©deras de tout superflu et mĂȘme du bien ĂȘtre pour venir en aide Ă  tous ceux qui, sur ton passage, ont faim ou froid... Pour toi-mĂȘme, sois strictement Ă©conome ! Point de dĂ©penses inutiles, pas de luxe surtout. Qui a construit, fabriquĂ© les meubles de ton logis ? C’est toi. Tu possĂšdes donc aussi le secret des artisans ? De mĂȘme, tu connais l’art du cultivateur tu as mis en terre des semences d’Europe, et dans tes jardins de cafĂ©iers, parmi tes plants de bananiers, s’entremĂȘlent, vigoureux, magnifiques, les lĂ©gumes les plus exquis des potagers d’Occident. C’est que ton industrie, ton travail sont fĂ©conds dans tous les sens... Quel est ce jeune indigĂšne qui vaque aux soins, divers de la maison, de la cour et des magasins ? C’est ton serviteur fidĂšle, celui qui, depuis huit ans, te vĂ©nĂšre et te chĂ©rit en t’obĂ©issant. C’est Djami. O mon aimĂ©, qui pourrait te haĂŻr ? Tu es la bontĂ©, la charitĂ© mĂȘmes. La probitĂ© et la justice sont de ton essence. Et puis, il y a en toi un charme indĂ©finissable. Tu rĂ©pands autour de toi je ne sais quelle atmosphĂšre de bonheur. Partout oĂč tu passes, on respire un parfum dĂ©licieux, subtil, pĂ©nĂ©trant. Quels talismans portes-tu ? Es-tu magicien ? Quels secrets moyens emploies-tu pour conquĂ©rir ainsi les coeurs et les volontĂ©s ? Quelles ailes puissantes t’es-tu créées pour planer comme tu le fais au-dessus de tous ?... Mais, quelles folies dis-je lĂ  ? Tu es bon, voilĂ  toute ta magie, ĂŽ cher ĂȘtre prĂ©destinĂ© !... Es-tu heureux, au moins ? Non. Le pays de tes rĂȘves n’est pas sur cette terre. Tu as parcouru le monde sans trouver le sĂ©jour correspondant Ă  ton idĂ©al. Il y a dans ton Ăąme et dans ton esprit des perspectives et des aspirations plus merveilleuses, que ce que peuvent offrir les contrĂ©es les plus sĂ©duisantes d’ici-bas. Mais on s’attache malgrĂ© soi aux pays oĂč l’on a le plus peinĂ©, le plus souffert, tout en y faisant le bien. C’est pourquoi Aden, Harar sont deux noms dĂ©sormais inscrits dans ton coeur. Ils auront tuĂ© ton corps. Qu’importe ? Ton souvenir y voudra rester jusqu’au delĂ  de la mort. Aden, roc calcinĂ© par un soleil perpĂ©tuel ; Aden, oĂč la rosĂ©e du ciel ne descend qu’une fois en quatre ans ! Aden, oĂč ne croit pas un brin d’herbe, oĂč l’on ne rencontre pas un ombrage ! Aden, l’étuve oĂč les cerveaux bouillent dans les crĂąnes qui Ă©clatent, oĂč les corps se dessĂšchent !.. Oh ! pourquoi l’as-tu aimĂ© cet Aden, aimĂ© jusqu’au dĂ©sir d’y avoir ton tombeau ? Harar, prolongement des montagnes abyssines fraĂźches collines, vallĂ©es fertiles ; climat tempĂ©rĂ©, printemps perpĂ©tuel, mais aussi vents secs et traĂźtres pĂ©nĂ©trant jusqu’à la moelle des os... L’as-tu assez explorĂ©, ton Harar ? Il y a-t-il dans toute la rĂ©gion un coin qui te soit inconnu ? À pied, Ă  cheval, Ă  mulet, tu es allĂ© partout... Oh ! les cavalcades insensĂ©es Ă  travers les montagnes et les plaines ! Quelle fĂȘte de se sentir emportĂ© vite comme le vent parmi des dĂ©serts de verdures ou de rocs ; de parcourir, plus vif qu’un fauve, les sentiers des forĂȘts ; d’effleurer lĂ©gĂšrement, comme un sylphe, le sol mouvant des marais !.. Et tes marches intrĂ©pides, dĂ©fiant les indigĂšnes en hardiesse, en souplesse, en agilitĂ©... Quelle joie de s’élancer front dĂ©couvert, Ă  peine vĂȘtu, dans des vallĂ©es aux luxuriantes vĂ©gĂ©tations ; de gravir des montagnes inaccessibles ! Quelle fiertĂ© de pouvoir se dire Moi seul ai pu monter jusqu’ici, nuls pieds que les miens n’ont foulĂ© ce sol jusqu’à prĂ©sent inexplorĂ© » ! Quel bonheur, quel dĂ©lice de se sentir libre, de parcourir sans entraves, par le soleil, par le vent, par la pluie, les monts, les vaux, bois, riviĂšres, dĂ©serts et mers !... O pieds voyageurs, retrouverais-je vos empreintes, dans le sable ou sur la pierre ?... Retrouverais-je surtout les traces de ces travaux exĂ©cutĂ©s avec un courage inouĂŻ ? Les innombrables charges de cafĂ©, les masses prĂ©cieuses d’ivoire, et ces parfums si pĂ©nĂ©trants d’encens, de musc, et les gommes, et les ors, - tout cela achetĂ© sur d’immenses Ă©tendues de pays, aprĂšs des courses Ă©puisantes ou des chevauchĂ©es qui brisent les membres. Et ce n’est rien que d’acheter. Quand les naturels ont livrĂ© leurs produits, ne faut-il pas les peser, les soumettre Ă  diverses prĂ©parations, les emballer soigneusement pour les expĂ©dier par caravanes Ă  la cĂŽte, oĂč ils n’arrivent au complet et en bon Ă©tat qu’au prix de mille soins, de mille soucis et de mortelles angoisses ? Ce que deux bras, Ă©nergiques comme jamais ne le furent d’autres bras, ont fait, sans se dĂ©courager ni se reposer, au cours de onze annĂ©es, qui pourrait l’énumĂ©rer ? Qui pourrait expliquer les ingĂ©nieuses combinaisons de ce cerveau plus complet que nul autre ? Puis, que d’ennuis, que de tourments au milieu des nĂšgres fainĂ©ants et obtus [16] ! Que d’inquiĂ©tudes durant les longs jours que mettent les caravanes Ă  traverser le dĂ©sert ! Les chameaux et les mulets de charge, portant une fortune, sont confiĂ©s Ă  la garde et Ă  la direction de l’Arabe entrepreneur de transports. Mille pĂ©rils guettent dans les solitudes de la route. Outre les pluies et les vents, ce sont les bĂȘtes fauves, lions, panthĂšres ; ce sont surtout les BĂ©douins, tribus errantes et malfaisantes, les Dankalis, les Somalis... Et, tandis que la caravane s’avance lentement vers la mer, le maĂźtre, le nĂ©gociant, restĂ© Ă  sa factorerie pour opĂ©rer de nouvelles transactions et rĂ©unir les Ă©lĂ©ments d’un nouveau convoi, songe sans cesse avec terreur que le fruit de son labeur de gĂ©ant est, Ă  chaque minute des jours et des nuits, exposĂ© Ă  ĂȘtre perdu sans recours. Il sent sa cervelle se contracter d’angoisse, et la fiĂšvre parcourt son corps. Nuit Ă  nuit, ses cheveux blanchissent. Il suppute le chemin parcouru et celui qui reste Ă  parcourir, tandis que l’inquiĂ©tude le dĂ©vore. Et ce supplice durera un long mois, temps pour le moins nĂ©cessaire Ă  l’aller et retour de l’expĂ©dition. Durant ces transports aventureux, la plupart des nĂ©gociants ont subi des pertes, souvent considĂ©rables. Argent, marchandises, parfois mĂȘme serviteur et bĂȘtes de somme, devenaient le butin des maraudeurs du dĂ©sert. Mon bien aimĂ© frĂšre, lui, n’a jamais rien perdu ; il est sorti victorieux de toutes les difficultĂ©s. C’est que la plus heureuse audace prĂ©sidait Ă  ses entreprises, qui, toutes, rĂ©ussissaient au delĂ  de ses espĂ©rances ; c’est que sa rĂ©putation de bienfaisance s’était rĂ©pandue de montagne Ă  montagne, si bien qu’au lieu de s’emparer des richesses de celui qu’ils nomment le Juste », le Saint », les nomades BĂ©douins se concertaient pour protĂ©ger chacune de ses caravanes. L’or s’amasse, la fortune vient, elle est arrivĂ©e. L’avenir est sĂ»r. L’ennemi, c’est-Ă -dire la pauvretĂ©, les besognes maussades, la solitude et l’ennui, l’ennemi est vaincu. Il n’y a plus qu’à Ă©tendre la main pour cueillir la palme, la rĂ©compense de tant de surhumains efforts... Ecrit en 1892, publiĂ© dans Le Mercure de France posthume le 16 mars 1919. lire la suite * Jean-Jacques LefrĂšre/FlammarionZOOM cliquer sur l’image Rimbaud catholique Les Illuminations et La Chasse spirituelle [23] Les Illuminations ! VoilĂ , selon moi, l’oeuvre dĂ©gagĂ©e, et qu’il voulut exclusive, d’Arthur Rimbaud le livre moderne, le livre des lois acquises et des prophĂ©ties, le livre Ă©norme, qui contient en essence la matiĂšre de cent, de mille volumes ; le livre sans fin, celui qui ne vieillira pas, qui ne se dĂ©modera pas, qui ne lassera jamais, qui sera toujours d’actualitĂ©. Car l’auteur a su regarder en avant de son temps. Il a embrassĂ© de sa vue magnĂ©tique le passĂ©, le prĂ©sent et l’avenir de l’univers, a prĂ©vu les dĂ©couvertes, les rĂ©volutions,les progrĂšs, les inventions, les politiques, les morales, et, par touches dĂ©finitives, a peint de couleurs inaltĂ©rables tout cela, jusqu’au moment de l’étuve, des mers enlevĂ©es, des embrasements souterrains, de la planĂšte emportĂ©e, et des exterminations consĂ©quentes, certitudes si peu malignement indiquĂ©es dans la Bible et par les Normes et qu’il sera donnĂ© Ă  l’ĂȘtre sĂ©rieux de surveiller ». Les Illuminations voilĂ  les fruits du stock d’études monstrueux, s’éclairant sans fin », qu’un ĂȘtre prĂ©destinĂ©, soutenu par une volontĂ© sur humaine, n’a pas craint d’aller cueillir en des vergers inconnus, au delĂ  du monde palpable, dans des contrĂ©es jusqu’à lui inexplorĂ©es et oĂč, sans doute, personne n’entrera plus jamais. VoilĂ  l’écho des cloches de feu et d’or, les jonchĂ©es de diamants,les joyaux de splendeur insoutenable sertis aux Ă©tablis surnaturels ; et voilĂ  plus que tout cela, puisque ces poĂšmes sont, proprement, des Ă©clats de la lumiĂšre nature » des morceaux de soleil ! Aussi bien, ce sont les Voix reconstituĂ©es, les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance » ! C’est l’oeuvre accompli, d’une puretĂ© de neige. C’est l’oeuvre qu’Arthur, ce contempteur de tout et surtout de lui-mĂȘme, n’a pas reniĂ©e - je le sais. Et puis, on aurait beau scruter ces poĂšmes, tels qu’ils nous sont parvenus des mains de M. Charles de Sivry, par l’entremise de M. Louis Le Cardonnel partant en retraite conventuelle, on n’y trouverait pas matiĂšre Ă  la rĂ©probation dont, en 1873, dans la Saison en Enfer - ce retour combattu de la foi de son enfance, - Rimbaud enveloppa sa production littĂ©raire. On ne dĂ©couvrirait pas, dans ces pures fusĂ©es du gĂ©nie, de sophismes de la folie » ; on n’y trouverait pas de spĂ©culations mĂ©taphysiques damnables, ni l’oubli des principes », ni religiositĂ©s extravagantes, ni fantasmagories mystagogiques. Au point de vue de la doctrine catholique, bien qu’elles recĂšlent, et singuliĂšrement dans les proses, une perfection d’art inouĂŻe, une plĂ©nitude d’expression nulle autre part atteinte, les Illuminations sont encore moins inquiĂ©tantes que la Saison en Enfer. Le caractĂšre mystique des Illuminations est indĂ©niable. Elles sont le trophĂ©e rapportĂ© d’une conquĂȘte dans l’au delĂ . Elles possĂšdent trop marquĂ© le sceau de l’infini, pour qu’un doute subsiste sur leur origine. Mais il semblerait qu’Arthur, en mĂȘme temps qu’il a dans les proses, sauf une seule fois, Ă©cartĂ© rĂ©solument le nom de Dieu et les dissertations ressortissant Ă  la thĂ©ologie - lui pourtant possĂ©dĂ© toujours du dogme catholique, - a procĂ©dĂ© pour la composition de son recueil Ă  des coupures, qu’il en a distrait, Ă  un moment donnĂ©, que je crois ĂȘtre postĂ©rieur Ă  la Saison en Enfer, une partie jugĂ©e par lui rĂ©prĂ©hensible. Ou encore, je crois que bon nombre de morceaux composant le livre actuel des Illuminations ont dĂ», Ă  l’origine, faire partie d’un ensemble auquel il avait donnĂ© un autre titre, ensemble qui a disparu, qui, selon Verlaine dans les PoĂštes maudits, contenait les plus Ă©tranges mysticitĂ©s et qui, selon une lettre du mĂȘme Verlaine Ă  M. Edmond Lepelletier, datĂ©e de la fin de 1872, se nommait la Chasse spirituelle. Deux poĂšmes en prose en particulier, GĂ©nie et MatinĂ©e d’ivresse, ainsi que des vers, notamment ÉternitĂ©, permettent cette hypothĂšse. On trouve en effet dans ces morceaux les traces de l’ambitieux projet conçu par le poĂšte de rĂ©aliser la communion des Bons et des MĂ©chants. Or ce projet, on le trouve aussi dĂ©crit par Verlaine dans Crimen amoris, conte envers datant de 1873 et dont le hĂ©ros n’est autre que Rimbaud. Il y aurait lieu de supposer qu’en dĂ©pit de leur tendance Arthur a conservĂ© ces poĂšmes parce qu’ils sont particuliĂšrement intenses de pensĂ©e et d’expression, et qu’ils formaient, pour ainsi dire, le sommet de ses rĂ©alisations mĂ©taphysiques, et aussi parce que, isolĂ©s de leurs congĂ©nĂšres, la signification principale en devenait hermĂ©tique. N’oublions pas qu’il a dit, de certaines de ses productions antĂ©rieures Ă  la Saison en Enfer, qu’il en rĂ©servait la traduction. D’un autre cĂŽtĂ©, le style ramassĂ©, synthĂ©tique, des Illuminations recĂ©lant un grand nombre de sens est lĂ  pour laisser au lecteur latitude d’interprĂ©ter Ă  sa guise, selon la complexion de son esprit et ses dispositions. C’est ainsi qu’un poĂšte catholique, ces temps derniers, sentait et voyait dans GĂ©nie une des plus parfaites et des plus fortes images du Christ et de la RĂ©demption. Quand on lit les Illuminations, il ne faudrait jamais oublier, comme nous le recommande M. Paterne Berrichon, que Rimbaud n’est pas seulement un homme, mais l’Homme. II Verlaine, dans sa notice Ă  la premiĂšre Ă©dition des Illuminations, a dit qu’elles furent Ă©crites de 1873 Ă  1875. Cette assertion, contredite par la rĂ©alitĂ©, par l’évidence, en ce qui concerne la majeure partie du livre, ne pourrait, Ă  la rigueur, s’appliquer qu’à un certain nombre de proses. À moins que Verlaine ait voulu seulement fixer la date de la rĂ©vision des poĂšmes. Dans ce cas, me semble-t-il, il serait dans le vrai. Et voici comment il faudrait alors dissiper le malentendu créé par cette assertion Conçu, sous un titre ou sous un autre, dĂšs la fin de 1871 comme l’indique Vertige, cet anathĂšme jetĂ© Ă  la faussetĂ© et Ă  la sottise des institutions de ce monde, et qui serait terrible si l’auteur n’avait corrigĂ© son voeu de destruction par une ironie plus sanglante encore Ă  sa propre adresse, et continuĂ© en 1872 et 1873, l’ouvrage aurait Ă©tĂ©, aprĂšs l’anĂ©antissement volontaire de la Saison en Enfer, reconstituĂ©, sĂ©lectionnĂ©, corrigĂ©, augmentĂ© par l’auteur. Celui-ci, ainsi que l’atteste Verlaine, l’aurait remis en 1875 Ă  quelqu’un qui en eut soin », - c’est-Ă -dire Ă  Charles de Sivry, de passage Ă  Stuttgart, oĂč Rimbaud se trouvait alors, quand l’audition des oeuvres de Wagner commençait Ă  attirer en Allemagne nombre de musiciens de tous pays. D’ailleurs cette rectification dans les faits et les dates aiderait singuliĂšrement Ă  comprendre l’amertume des derniĂšres proses, Jeunesse, Vies, par exemple ; Ă  expliquer les modifications apportĂ©es Ă  d’autres, selon qu’on l’a vu par la publication des diffĂ©rentes versions ; Ă  justifier les regrets et les ironies surajoutĂ©s Ă  d’aucunes. L’ordre, ou plutĂŽt le dĂ©sordre dans lequel le manuscrit des Illuminations a Ă©tĂ© transmis aux premiers Ă©diteurs prouverait que Rimbaud, quand il s’en dessaisit, n’avait pas le dĂ©sir de le voir publier. S’il est permis de se former une conviction sur des indices biographiques qu’il serait trop long de prĂ©senter ici, on sera amenĂ© Ă  croire qu’aprĂšs son adieu Ă  la littĂ©rature, aprĂšs sa trahison au monde », le poĂšte a fait volte-face Ă  sa dĂ©cision, a eu des sursauts d’agonie. Dans la Saison en Enfer, n’avait-il pas dit Au dernier moment, j’attaquerais Ă  droite, Ă  gauche ? » Devant l’inutilitĂ© apparue de son sacrifice et l’inadmission par le monde de sa contrition, repoussĂ© qu’il se voyait encore par la mĂ©chancetĂ© et l’incomprĂ©hension de certains, il se sera rĂ©voltĂ© contre l’arrĂȘt dont lui-mĂȘme s’était frappĂ©. Lui Ă©tait-il possible, en vĂ©ritĂ©, de se dĂ©partir d’un coup de ce qui avait Ă©tĂ©, depuis sa plus tendre enfance, sa passion, sa raison d’ĂȘtre ? En face de la pĂ©nible et rugueuse rĂ©alitĂ© Ă  Ă©treindre », il se sera retournĂ© vers l’autre monde », vers l’habitation bĂ©nie par le ciel », et il aura continuĂ©, tout en se mĂ©nageant des ressources pour l’existence matĂ©rielle, de frĂ©quenter, en secret, avec l’idĂ©al, dans l’absolu. Est-il admissible que celui qui avait cru de son devoir de tout quitter, de tout abdiquer, de brasser son sang » pour acquĂ©rir la suprĂȘme science Ă  laquelle il attachait incomparablement plus de prix qu’à l’ensemble de ce qui constitue le bonheur et l’honneur communs, pouvait, d’une seule aspiration, Ă©teindre la lampe brĂ»lant en lui ? En d’autres termes, celui qui Ă©tait engagĂ© Ă  la dĂ©couverte de la clartĂ© divine » pouvait-il, d’emblĂ©e, renoncer Ă  atteindre ce but ? Non. Avant de croire, avant de dire que son devoir lui Ă©tait remis Vies, je sais qu’il a cherchĂ© par tous les moyens rĂ©guliers Ă  remplir calmement sa mission de poĂšte. Ce qu’il avait Ă©crit jusque lĂ  Ă©tait, pour lui, seulement l’introduction Ă  ce qu’il devait exprimer. Si, aprĂšs 1875, il a suspendu son immense oeuvre », c’est qu’autour de lui le cercle des impossibilitĂ©s matĂ©rielles de recueillement s’est resserrĂ©, malentendus, fatigues corporelles, menaces de maladie, nĂ©cessitĂ© croissante d’activitĂ© physique et a, non pas amoindri son besoin d’infini, car celui qui une fois s’est nourri d’infini en garde Ă  jamais l’appĂ©tit, mais a, pour un temps, suspendu la rĂ©alisation verbale des prodigieuses randonnĂ©es de son esprit. La poĂ©sie avait Ă©tĂ© pour Arthur l’amante premiĂšre et unique. Son mariage de raison avec ces exigences sociales ne pouvait l’en dĂ©tourner radicalement. Le charme qui l’avait pris Ăąme et corps » devait l’attirer encore. Je crois qu’il s’y livra dĂšs lors en cachette par singulier orgueil, malgrĂ© ce que, par excessive pudeur, il en ait dit, malgrĂ© qu’il se soit vantĂ© du contraire. Un fait certain, c’est que, de 1873 Ă  1875, aprĂšs la Saison en Enfer, nul oeil profane ne fut admis Ă  contempler le trĂ©sor des illuminations se reconstituant, rĂ©cupĂ©rĂ©. Au contraire de ce qui s’était produit auparavant, pas une page, pas une parcelle de ce trĂ©sor ne se vit autour de lui, mĂȘme dans l’intimitĂ© de la maison familiale. Si rĂ©ellement le manuscrit des Illuminations est restĂ© entre ses mains jusqu’en 1875, il a fallu, comme plus tard en Abyssinie et en Egypte son or, qu’il le portĂąt constamment et jalousement sur lui. Puis, dans un accĂšs d’impatience, soit Ă  l’occasion d’une rencontre, soit en perspective du service militaire tant redoutĂ© par lui, soit encore dans la prĂ©vision d’un dĂ©part en pays lointain, il se sera, afin que son bras durci ne traĂźne plus une chĂšre image », dĂ©barrassĂ© du prĂ©cieux et mystĂ©rieux fardeau sans Ă©noncer d’intentions Ă  son Ă©gard, sans prendre la peine de le mettre en ordre, Ă  la façon un peu dont on se dĂ©barrasse d’un objet gĂȘnant Ă  porter avec soi. Avec une restriction cependant ayant conscience d’avoir accompli oeuvre unique, d’avoir procréé et enfantĂ© une merveille, il se sera dit que tout de mĂȘme ce serait dommage et sacrilĂšge d’abandonner son inouĂŻe progĂ©niture aux fanges du chemin, et, alors, il se sera dĂ©cidĂ© Ă  la confier, sans un mot, en dĂ©tournant la tĂȘte, au tour de l’amitiĂ©. III La subjectivitĂ© dans les Illuminations est Ă  ce point extraordinaire qu’elle absorbe les objets, se les assimile jusqu’à n’ĂȘtre plus qu’un avec eux, et rĂ©ciproquement. Si l’on a jamais pu dire d’un poĂšte qu’il portait en soi l’univers, c’est bien d’Arthur Rimbaud. Il ne faut pas s’y tromper. Dans cette oeuvre surprenante, le poĂšte, devenu voyant, se dĂ©double, se dĂ©personnifie, Ă  son grĂ©. Qu’il s’y fĂ©minise, qu’il s’y pluralise, qu’il s’y dĂ©corpore en un ou plusieurs personnages Ă  la fois, en un ou plusieurs paysages ; qu’il parle de sa dame, de sa compagne, de son amie, de sa femme, de sa camarade, c’est toujours de lui, de lui seul qu’il s’agit. De lui total ou d’une ou de plusieurs parties ensemble de son entitĂ© morale et physique. Il est aussi bien le brick » du Promontoire que le touriste naĂŻf » du Soir historique. Il est HĂ©lĂšne » ; il est Hortense », et Hortense est son don poĂ©tique. Souvent, il se mire dans des personnes, dans des faits, dans des phĂ©nomĂšnes, et il devient eux-mĂȘmes. Il est Ă  la fois le citoyen » et la mĂ©tropole crue moderne » de Ville. Dans Ouvriers, Henrika » et moi » sont deux parts de sa personnalitĂ©. Il en est de mĂȘme pour un homme et une femme superbes » de RoyautĂ© ; de mĂȘme pour une neige » et un Être de beautĂ© de haute taille » de Being beautous ; de mĂȘme pour l’ aube » et l’ enfant » de Aube ; etc. Le Jeune MĂ©nage, c’est lui seul. Les conquĂ©rants du monde » et le couple de jeunesse isolĂ© sur l’arche » de Mouvement, c’est lui, lui seul. Les drĂŽles trĂšs solides » de Parade ne sont qu’un lui ; et Parade, entre parenthĂšses, est une protestation ironique contre la diffamation et contre les insultes qu’on lui adressait en ce temps-lĂ . Comme dans la Saison en Enfer, on trouve dans les Illuminations l’explication et la justification des actes du poĂšte, de ceux mĂȘmes qui ont Ă©tĂ© le plus mal compris, le plus imprudemment dĂ©criĂ©s. Les passages ambigus Ă  premiĂšre vue, et pouvant donner prĂ©texte Ă  mĂ©chantes gloses, comportent toujours, quand on y regarde de prĂšs, des significations saines et nobles. Souvenons-nous de ces paroles de la Nuit de l’Enfer, qui est surtout un des exposĂ©s de la mĂ©thode suivie par le visionnaire au temps de la Chasse spirituelle Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un... Veut-on que je disparaisse, que je plonge Ă  la recherche de l’anneau ? » etc. Tout le chapitre est Ă  lire et Ă  mĂ©diter par ceux qui aiment Rimbaud et qui cherchent, sans parti pris, Ă  le comprendre. Au surplus, il semble que toujours un fait matĂ©riel, important ou non, tant le souci de synthĂšse cosmique prime ici, a causĂ© le dĂ©clenchement de la multitude des prolongements dans la vie, des aperçus dans le spirituel et le surnaturel. En d’autres termes, si Rimbaud part de la Terre, il bondit toujours dans le Ciel. Parfois, l’objet terrestre rencontrĂ©, ou simplement supposĂ©, et qui a fourni motif Ă  la construction de l’illumination, n’est pas nommĂ© ; mais il se dĂ©couvre aussi visiblement que s’il l’était et forme un Ă©cran derriĂšre lequel flambent subjectivitĂ©s, abstractions et mystĂšres. Tel l’objet de MĂ©moire ; tel l’objet de Vagabonds, oĂč Verlaine apparaĂźt clairement, mais oĂč, au fond, le pitoyable frĂšre » et je » ne sont qu’une seule et mĂȘme personne complexe, c’est-Ă -dire le poĂšte lui-mĂȘme, dont les puissances se sont dissociĂ©es et luttent entre elles, en champ clos. Dans la Saison en Enfer se trouve un cas pareil chapitre DĂ©lires I. Sous le portrait de Verlaine, un des aspects, un des sens de ce chapitre, sous l’image de la Vierge folle, l’ñme de Rimbaud, dĂ©faillante et Ă©garĂ©e, bien que vouĂ©e dĂšs toujours et pour toujours au christianisme, l’ñme qui s’est enivrĂ©e de poisons paĂŻens, qui a pĂ©chĂ© en consentant Ă  suivre l’esprit dans les spĂ©culations les plus dangereuses, telle l’union du Bien et du Mal, l’ñme du poĂšte, souillĂ©e au sens catholique du mot, s’atteste vierge folle dominĂ©e par l’esprit despotique, par l’Époux infernal, et subjuguĂ©e par le coeur merveilleux. À mon avis, il n’y a pas Ă  s’enquĂ©rir d’une clef pour pĂ©nĂ©trer dans les Illuminations, non plus que pour comprendre la Saison en Enfer. Nul doute qu’Arthur, au lecteur qui, ne comprenant pas, demanderait ce que veulent dire ces troublants poĂšmes, rĂ©pondrait comme autrefois il le fit d’un ton tout modeste Ă  sa mĂšre qui le questionnait sur le sens de la Saison en Enfer J’ai voulu dire ce que ça dit, littĂ©ralement et dans tous les sens. » Mais il faut tenir compte toujours de l’état d’isolement, de silence, d’oubli des contingences immĂ©diates oĂč le poĂšte savait se placer, Ă©tat qui l’hallucinait sur les mots dont il multipliait, dont il Ă©ternisait ainsi la signification, et sur les idĂ©es qui devenaient ainsi prophĂ©tiques. À ce propos, qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© formulĂ© par M. Paterne Berrichon, le lecteur voudra se reporter Ă  ScĂšnes ; Ă  VeillĂ©es, dont j’extrais ce paragraphe L’éclairage revient Ă  l’arbre de bĂątisse. Des deux extrĂ©mitĂ©s de la salle, dĂ©cors quelconques, des Ă©lĂ©vations harmoniques se joignent. La muraille en face du veilleur est une succession psychologique de coupes ; de frises, de bandes atmosphĂ©riques et d’accidents gĂ©ologiques — RĂȘve intense et rapide de groupes sentimentaux avec des ĂȘtres de tous les caractĂšres parmi toutes les apparences. » Il est bien Ă©vident, d’ailleurs, qu’Arthur Rimbaud, en inventant un verbe poĂ©tique accessible un jour ou l’autre Ă  tous les sens, n’a pas eu en vue de frapper seulement les cinq sens de la chair, mais bien d’émouvoir toutes les sensibilitĂ©s de la conscience et de l’intelligence ; de façon que chaque amateur supĂ©rieur », en dehors de l’amour maudit », et maudit justement parce qu’il a Ă©tĂ© ressassĂ© Ă  faux par la plupart des Ă©crivains de tous temps et de tous pays, eu dehors de la vulgaritĂ© infernale des masses », y trouvĂąt sa satisfaction irrĂ©pressible ». LĂ , je me permettrai de donner une explication de ces mots. Chaque amateur supĂ©rieur, selon Rimbaud, a, Ă  cĂŽtĂ© des penchants matĂ©riels Ă  satisfaire et qui sont en fonction d’infirmitĂ©s physiques, sa passion particuliĂšre, son vice sĂ©rieux » le bibliophile s’affole sur les livres, l’écrivain sur le style, le philosophe sur les donnĂ©es du monde. Le vice » de Rimbaud fut, dĂšs l’ñge de raison, dĂšs l’ñge de sept ans, la poĂ©sie. La foule, le commun, les autres n’ont point de vice sĂ©rieux » ; ils ne sauraient en avoir, trop occupĂ©s qu’ils sont Ă  rassasier leurs appĂ©tits matĂ©riels ; et c’est pourquoi ils rient et parlent inconsidĂ©rĂ©ment des choses de l’esprit en dehors de leur comprĂ©hension. Enfin, je rappelle que, dans Solde, Arthur a ainsi dĂ©fini les Illuminations Élan insensĂ© et infini aux splendeurs invisibles, aux dĂ©lices insensibles, - et ses secrets affolants pour chaque vice - et sa gaietĂ© effrayante pour la foule ! » IV Mais cette exclamation de Rimbaud ne se rapporterait-elle pas aussi Ă  la Chasse spirituelle ? Et, alors, que pouvait donc ĂȘtre cet ouvrage ? Il me sera permis, j’espĂšre, de venir proposer ici, Ă  son sujet, quelques inductions. Ce qu’il faut bien Ă©tablir d’abord, c’est la date. Nous savons que le manuscrit de la Chasse spirituelle, confiĂ© Ă  Verlaine, fut laissĂ© par celui-ci Ă  Paris au moment du dĂ©part pour la Belgique, fin juillet 1872. On ne peut donc placer l’élaboration de l’ouvrage Ă  une date postĂ©rieure Ă  ce juillet, et je voudrais montrer qu’il a Ă©tĂ© fait au cours des sept premiers mois de cette annĂ©e 1872 et que les proses dont il se composait Ă©taient sinon postĂ©rieures Ă  la plupart des vers constituant la premiĂšre partie du livre actuel des Illuminations, du moins contemporaines. A l’appui de cette opinion, je rappellerai d’abord le tĂ©moignage de Verlaine. Dans les PoĂštes maudits, aprĂšs avoir citĂ© comme type des derniers vers de Rimbaud un fragment d’ÉternitĂ© qui, comme l’a rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© le manuscrit Richepin, est de mai 1872, il a Ă©crit Mais le poĂšte disparaissait. Nous entendons parler du poĂšte correct. Un prosateur Ă©tonnant s’ensuivit. Un manuscrit dont le titre nous Ă©chappe et qui contenait d’étranges mysticitĂ©s et les plus aigus aperçus psychologiques tomba dans des mains qui l’égarĂšrent sans bien savoir ce qu’elles faisaient. » Or, le manuscrit auquel Verlaine fait allusion ne peut ĂȘtre que celui de la Chasse spirituelle, qu’il avait d’ailleurs dĂ©signĂ© sous ce titre dans la lettre Ă  M. Edmond Lepelletier, dont il est parlĂ© plus haut. Mais, mieux que tout, les quelques brouillons de la Saison en Enfer qu’il m’a Ă©tĂ© donnĂ©, il y a deux ans, d’examiner avec la plus mĂ©ticuleuse attention renseignent sur la date de l’ouvrage et permettent d’en deviner le caractĂšre. C’est que ces Ă©critures hĂątives, ces notes rapides, fulgurantes, projections directes de l’ñme, s’élançant Ă  la façon des tourbillons de feu qui s’échappent d’un volcan en Ă©ruption, et tracĂ©es sans aucune attention ni intention d’art, introduisent sĂ»rement, indiscrĂštement mĂȘme et de façon presque violente, dans l’intimitĂ© morale d’Arthur. DĂ©pouillĂ©e de littĂ©rature, de feinte humilitĂ© et mĂȘme d’orgueil, la rĂ©alitĂ© de sa pensĂ©e apparaĂźt ici tout entiĂšre ; et une oppression de conscience, Ă©vidente mais inexplicable si l’on n’admet pas la possibilitĂ© d’écrits ignorĂ©s et contemporains des vers des Illuminations mai Ă  juillet 1872, est dĂ©noncĂ©e, Ă©clate trĂšs douloureuse. Le feuillet de ces brouillons constituant une partie de l’ébauche de l’Alchimie du verbe porte un mot qui est une date juillet. Ce mot, il me semble, fixe l’époque oĂč aurait Ă©tĂ© achevĂ©e l’oeuvre mystĂ©rieuse que le poĂšte devait, un an plus tard, dans la Saison en Enfer, si magnifiquement rĂ©tracter. Car — j’insiste — ce ne peuvent ĂȘtre les Illuminations en bloc que Rimbaud a rĂ©pudiĂ©es. Dans le brouillon en question, on parvient Ă  lire Je me trouvais mĂ»r pour le trĂ©pas, et ma faiblesse me tirait jusqu’aux confins du monde et de la vie vers la CimmĂ©rie noire, patrie des morts... Je voyageai un peu. J’allai au nord. Je fermai mon cerveau Ă  toutes les odeurs fĂ©odales, bergĂšres, sources sauvages. Je voulus connaĂźtre la mer. — J’aimais la mer... Comme si elle dĂ»t me laver de ces aberrations. Je voyais la croix consolante. J’avais Ă©tĂ© damnĂ© par l’arc-en-ciel et les fĂ©eries religieuses ; et par le Bonheur, mon remords, ma fatalitĂ©, mon ver... » Est-il utile de faire remarquer que le voyage auquel il est lĂ  fait allusion fut, sans aucun doute possible, celui pour la Belgique et l’Angleterre ? Un peu plus haut, dans le mĂȘme brouillon, j’avais lu Je ne pouvais plus rien, les hallucinations tourbillonnaient trop... Un mois de cet exercice ma santĂ© s’ébranla. J’avais bien autre chose Ă  faire que de vivre... » De tout cela, et particuliĂšrement des mots un mois de cet exercice », je dĂ©duis que c’est bien en juin et commencement de juillet que se place le terme de cette phase de visions et d’écrits exorbitants, dont j’ai cru voir des spĂ©cimens dans MatinĂ©e d’ivresse et GĂ©nie. Et l’on songe alors avec Ă©motion Ă  la lettre qu’Arthur adressait Ă  M. Delahaye au mois de juin de cette mĂȘme annĂ©e 1872, lettre oĂč sont dits les jeĂ»nes et les mortifications singuliĂšres employĂ©s par le veilleur pour s’exalter l’extase, lettre oĂč des termes de scatologie et d’argot sont placĂ©s, tels les pavĂ©s d’une barricade, pour dĂ©fendre l’entrĂ©e dans les sentiments vĂ©ritables de l’auteur, dans l’intimitĂ© de sa personnalitĂ© profonde, et aussi par habitude de conversation familiĂšre et convenue avec un ami d’enfance. D’autre part, on n’a peut-ĂȘtre pas oubliĂ© que la rĂ©clamation instante par Rimbaud du manuscrit de la Chasse spirituelle, oubliĂ© ou laissĂ© par Verlaine dans une enveloppe cachetĂ©e, chez ses beaux-parents, au moment du dĂ©part pour un voyage qui devait se prolonger au delĂ  de toutes prĂ©visions, et ensuite Ă©garĂ© dans des circonstances que je n’ai pas Ă  rappeler ici, fut une des causes ou plutĂŽt fut la cause dĂ©terminante du drame de Bruxelles. Que pouvaient donc contenir ces pages pour que Rimbaud, d’ordinaire si indiffĂ©rent sur le sort de ses productions littĂ©raires, y tĂźnt Ă  ce point ? On ne le saura probablement, au juste, jamais. Mais on doit conjecturer, par la façon mĂȘme dont il y fait allusion dans la Saison en Enfer et dans les brouillons de celle-ci, que cette portion de son oeuvre est, malgrĂ© les Ă©pithĂštes rĂ©probatrices dont il la couvre et le ton d’ironie employĂ© pour la dĂ©signer, la seule qui ait satisfait son orgueil crĂ©ateur. Et quand je dis son orgueil crĂ©ateur, je ne veux pas dire ses ambitions de toute sa vie, je veux dire son ambition seulement du premier semestre de 1872, au temps oĂč, libĂ©rĂ© systĂ©matiquement d’entraves morales, il oeuvrait selon les rites prĂ©conisĂ©s dans la thĂ©orie du voyant. Et la conclusion vient d’elle-mĂȘme la Chasse spirituelle fut, de mĂȘme que certaines illuminations de cette Ă©poque-lĂ , illuminations qui ont dĂ» Ă  l’origine faire partie du manuscrit perdu, le plus haut point d’exaltation du gĂ©nie dans la crĂ©ation de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues ». Il faut bien admettre que Rimbaud, ce buveur de science, ce liseur insatiable, ce fouilleur impitoyable des poĂ©sies et des philosophies, aprĂšs avoir vu plus loin, plus haut et plus profond que la gĂ©nĂ©ralitĂ© des possĂ©dĂ©s de l’esprit anciens et modernes, a voulu, non satisfait des rĂ©ponses donnĂ©es Ă  ses questions par le monde visible, Ă©carter le rideau de l’azur, qui est du noir », et interroger les mondes invisibles ; qu’il a violĂ© le Ciel, et, s’identifiant Ă  la lumiĂšre absolue enfin dĂ©couverte, qu’il s’est lancĂ© dans la crĂ©ation mystique. Mais, jusqu’oĂč poussa-t-il ses investigations dans l’infini, et quelles formidables visions, oĂč il crut un moment avoir trouvĂ© bonheur et raison, rapporta-t-il de ces rĂ©gions vertigineuses ? La lecture de la Chasse spirituelle pourrait seule nous instruire de façon prĂ©cise sur ce point. Il est bien certain, dans tous les cas, que ces conquĂȘtes ne pouvaient ressembler en rien aux butins conquis jusqu’à lui, et que les nobles minutes » de vie Ă©ternelle » entrevue, fĂȘtes » auxquelles devaient participer des magies », des fĂ©eries religieuses », pour aboutir aux sophismes de la folie la plus informĂ©e » — comme il est Ă©crit dans les brouillons de la Saison en Enfer — prirent des proportions assez monstrueuses pour effrayer leur annonciateur lui-mĂȘme. Y a-t-il lieu de dĂ©plorer la perte de cette oeuvre, certes unique en valeur de pensĂ©e et d’écriture, comme sont uniques les Illuminations, comme est unique la Saison en enfer ? Oui, sans doute, au point de vue littĂ©raire. Mais, Ă  un autre point de vue qui m’est cher, celui de la dĂ©fĂ©rence envers l’auteur et de la soumission Ă  son dĂ©sir tacite, ainsi que vraisemblablement au point de vue catholique, je sens, je crois qu’il est prĂ©fĂ©rable que ce manuscrit reste Ă  jamais scellĂ©. Et c’est surtout dans le caractĂšre gĂ©nĂ©ral d’Arthur, dans son attitude ultĂ©rieure Ă  1873, que je puise les raisons de cette prĂ©fĂ©rence. Et puis, dans la Saison en Enfer, devant l’incertitude oĂč il Ă©tait du sort rĂ©servĂ© par un hasard Ă  l’ opĂ©ra fabuleux » dont il n’avait plus la libre disposition, n’a-t-il pas pris soin de prĂ©munir contre, en dĂ©clarant que cette oeuvre Ă©tait entachĂ©e d’erreur ? Et bien qu’il soit difficile de dĂ©finir le genre d’erreur dont il s’agissait, on peux supposer ; eu Ă©gard Ă  l’indĂ©pendance morale du poĂšte, qu’il avait dĂ» aller bien loin, monter bien haut, trop haut, dans sa poursuite d’un monde surnaturel ; difficile Ă  capturer sans accidents. Cependant, comme je l’ai expliquĂ© au dĂ©but de cet essai, tout, de la Chasse spirituelle, ne doit pas ĂȘtre perdu. De 1873 Ă  1875, l’arbre de la science du Bien et du Mal a dĂ» ĂȘtre Ă©mondĂ© de ses pousses malsaines, de façon Ă  n’offrir Ă  notre curiositĂ©, Ă  la dĂ©lectation, que de purs fruits de beautĂ© et d’extase. Je pense, je crois que les Voix reconstituĂ©es »,dont il est parlĂ© dans les Illuminations, ne sont autres que celles entendues dans la pĂ©riode visionnaire du printemps et de l’étĂ© 1872. Parmi elles, il a fait un choix qu’il rĂ©unit Ă  d’autres Voix, Ă  des Visions d’ordre moins pĂ©rilleux. V Insondable Sagesse prĂ©sidant aux destinĂ©es humaines ! AprĂšs avoir voulu Ă  la poĂ©sie rĂ©novĂ©e un avenir matĂ©rialiste, aprĂšs avoir cherchĂ© Ă  expulser de lui toute idĂ©e de sereine beautĂ© chrĂ©tienne ; aprĂšs s’ĂȘtre livrĂ© corps et Ăąme, Ă  coeur perdu, aux dĂ©formations par lui jugĂ©es indispensables pour atteindre son but ; aprĂšs s’ĂȘtre librement, dans ce but, soumis aux pratiques les plus rĂ©pugnantes et les plus dures, pratiques du reste Ă©quivalentes sur bien des points Ă  l’ascĂ©tisme et Ă  l’abnĂ©gation des premiers chrĂ©tiens, l’épistolier de la thĂ©orie du voyant, devenu maĂźtre des visions, spectateur et juge de l’infini, a abouti, au sortir d’entretiens si redoutables avec le MystĂšre, au spiritualisme le plus haut, le plus fatalement catholique, Ă  la Saison en Enfer. N’est-ce pas ici le moment de se rappeler, en songeant Ă  ce que pouvait ĂȘtre la Chasse spirituelle et Ă  sa disparition, ce passage de saint Paul racontant sa conversion Je connais un homme qui fut ravi jusqu’au troisiĂšme ciel si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait ; mais je sais bien que cet homme fut ravi si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait, et qu’il entendit des paroles mystĂ©rieuses, qu’il n’est pas permis ci un homme de rapporter. » Quoi qu’il en soit, Rimbaud, soulevĂ© par les puissances de rĂ©volte maĂźtresses de son temps et de son sang, ne devait pas, lui, ne pouvait pas se soumettre de suite, comme Paul, aprĂšs la rĂ©vĂ©lation. Son combat avec l’ange allait se prolonger bien des annĂ©es encore, presque tout au long de sa vie ; et, rĂ©fractaire Ă  la paix et au bonheur communs, il devait expier en silence, sans courber le front ni s’avouer vaincu, l’ambition d’avoir tentĂ©, une fois, de bouleverser les cieux. Que peut importer, en face de Dieu, le masque de scepticisme et d’indiffĂ©rence qu’à partir de la destruction de la Saison en Enfer il apposa sur sa palpitante personnalitĂ© ? Ses gestes et ses pas, dĂ©nonçant son inquiĂ©tude, devaient rĂ©vĂ©ler son intimitĂ© cachĂ©e et prouver, son impatience, sa hĂąte de fuir le siĂšcle. Il n’est pas douteux que le Christ ; appelĂ© Ă  son aide dans un des feuillets de son carnet de damnĂ© », avait rĂ©pondu virtuellement Ă  son appel. En rĂ©alitĂ©, le Christ avait-il jamais cessĂ©, si outragĂ© et mĂ©connu qu’il ait Ă©tĂ© par Arthur, d’ĂȘtre son dominateur ? L’emprise du Christ devait aller toujours en se resserrant. Mais le lutteur obstinĂ© qu’était Rimbaud proportionnait la dĂ©fense Ă  la taille de l’adversaire. Autrefois, il avait Ă©levĂ© le ton du blasphĂšme et du sacrilĂšge en raison mĂȘme de l’attachement et du respect qu’il avait, petit enfant, portĂ© aux objets de son culte ; et cela se comprend plus l’arbre est dru, plus on le secoue fortement pour essayer de le dĂ©raciner. Maintenant, au fur et Ă  mesure du resserrement de l’étreinte chrĂ©tienne, il ceignait plus farouchement l’armure d’indiffĂ©rence sous laquelle, en lui, sĂ©vissait, de plus en plus Ăąpre, l’éternel conflit, dont l’issue est toujours une victoire pour le Christ. Arthur avait Ă©crit dans la Saison en Enfer Je ne me crois pas embarquĂ© pour une noce avec JĂ©sus-Christ pour beau-pĂšre. Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J’ai dit Dieu. Je veux la libertĂ© dans le salut. » Cela est clair. Son Ăąme est Ă  Dieu, mais sa chair repousse encore le joug de l’Eglise, qui n’admet pas le salut hors d’elle. C’est de l’hĂ©rĂ©sie, peut-ĂȘtre ; mais il n’en demeure pas moins que, vis-Ă -vis de l’Église catholique, Rimbaud fut, aux tournants de la vie comme Ă  l’approche de la mort, l’enfant prodigue qui se rĂ©fugie d’instinct prĂšs de sa mĂšre ; car ce voleur de feu », ce garrotteur de soleil demeura toujours, malgrĂ© lui et malgrĂ© tout, le fils de son baptĂȘme. Pourquoi — s’écrie-t-il dans les brouillons de la Saison en Enfer — a-t-on semĂ© une foi pareille dans mon esprit ! Oh, l’idĂ©e du baptĂȘme. Il y en a qui ont vĂ©cu mal, qui vivent mal et qui ne sentent rien ! C’est mon baptĂȘme et ma faiblesse dont je suis esclave ! » Que penser de cris pareils ? Est-il possible de douter de l’invincible foi de celui qui les a poussĂ©s ? Et ne marquent-ils point, en mĂȘme temps, toute la violence du combat, dans la souffrance, qui se livrait en cet esprit rĂ©voltĂ© ? En dĂ©finitive, et pour essayer de ramasser en une formule les aperçus que mon inexpĂ©rience d’écrire m’a sans doute empĂȘchĂ©e d’exprimer bien clairement, je dirai Rimbaud, malgrĂ© qu’il se soit aventurĂ© aux sphĂšres interdites, malgrĂ© qu’il ait mangĂ© le fruit dĂ©fendu, ne s’est pas damnĂ©. Il a toujours su fuir Ă  temps le grand pĂ©ril. Je dirai mĂȘme que d’avoir violĂ© les cimes l’a confirmĂ© dans sa mission providentielle, laquelle fut, comme cela Ă©clate aujourd’hui, de pousser les Ăąmes d’élite vers Dieu. Et j’ai la conviction absolue qu’il entrait aussi dans les desseins d’En-Haut que cet Ă©lu se vĂȘtĂźt sur la terre des oripeaux de l’incroyance, afin de mieux prouver aux hommes l’inanitĂ© de leurs rĂ©voltes contre la Puissance Éternelle. Mai 1914, Le Mercure de France, Paris, juin 1914, p. 699 et suiv. * L’ñme soeur Parmi les grands lecteurs d’Isabelle Rimbaud, il y a Philippe Sollers. Peut-ĂȘtre le meilleur, le plus attentif aux inflexions de la voix et de l’écriture, et le moins embourbĂ© dans les obstuses querelles laĂŻcardes ou clĂ©ricales du siĂšcle passĂ© et de l’autre. C’est dans Studio, singulier rĂ©cit mĂ©ditatif autour de Rimbaud et de Hölderlin. Il n’y est pas question seulement d’Isabelle, mais aussi de Vitalie, la soeur qui prĂ©cĂšde, nĂ© en 1858, et qui meurt en 1875, dont on connaĂźt le trĂšs Ă©mouvant "journal" de Roche en 1873, et celui de Londres en 1874, et les lettres anglaises envoyĂ©es Ă  Isabelle. Sur Isabelle Elle n’a rien Ă  voir avec la pseudo-sainte ou l’horrible bigote falsificatrice que le cinĂ©ma social va mettre en scĂšne Ă  partir de lĂ . » VoilĂ  tout simplement la clef pour entendre ce que dit Isabelle Rimbaud, et pour entendre l’oeuvre de Rimbaud elle-mĂȘme. » Eric Marty, Rimbaud mourant. Ouvrons Studio Le dimanche 4 octobre 1891, Ă  Marseille, Isabelle Rimbaud prend des notes prĂšs du lit d’hĂŽpital de son frĂšre. Il est plongĂ©, dit-elle, dans une sorte de lĂ©thargie qui n’est pas du sommeil la douleur l’empĂȘche de vraiment dormir, mais plutĂŽt de la faiblesse. Et elle ajoute En se rĂ©veillant, il regarde par la fenĂȘtre le soleil qui brille toujours dans un ciel sans nuages, et se met Ă  pleurer en disant que jamais plus il ne verra le soleil dehors. ’J’irai sous la terre, me dit-il, et toi tu marcheras dans le soleil ! " Et c’est ainsi toute la journĂ©e, un dĂ©sespoir sans nom, une plainte sans cesse. » VoilĂ  qui est plus sĂ©rieux. Il n’y a aucune raison de mourir, et toute curiositĂ© de ce cĂŽtĂ©-lĂ  est profondĂ©ment malade. La Momie [24] Ă©tait donc nĂ©crophile ? Eh oui, bien sĂ»r, l’éternel problĂšme est lĂ . Ce n’est pas par hasard si la Bible n’arrĂȘte pas de rĂ©pĂ©ter sur tous les tons que le Dieu qui parle Ă  travers elle est un Dieu des vivants, pas des morts. Laissez les morts enterrer les morts, laissez les morts abuser les morts. Ne vous laissez pas mettre au cercueil », a lancĂ© Artaud une fois. C’est-Ă -dire, raisonnablement Ne soyez jamais, par avance, en train de vous voir mettre au cercueil ou en cendres. » je crois aux forces de l’Esprit », a dit la Momie, je ne vous quitterai pas ». Quelle bizarre incantation, quelle Ă©trange façon de vouloir squatter les psychismes ! C’est du Christ rewritĂ© je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », etc. Mais lĂ , qu’on le veuille ou non, c’est un dieu vivant qui est censĂ© parler, et non pas un mort vivant, c’est-Ă -dire le contraire d’un bienheureux taciturne... Rien Ă  voir, pas la moindre table tournante, le soleil rĂ©el, les arbres et les fleuves rĂ©els, un ciel toujours bleu rĂ©el, un rĂ©el sans fin plus rĂ©el. Et mĂȘme, allons-y, un rite anthropophagique J’attends Dieu avec gourmandise », dit quelque part Rimbaud, toujours prĂ©cis qui rĂ©vulse, Ă  juste titre, les puritains de tous les Ăąges, pornographes ou coincĂ©s divers, selon les cas. C’est quand mĂȘme amusant, cette pilule contraceptive christique avortement du cadavre, bout de pain gratis ! DĂ©monstration ? Prenez un pape, jetez-le dans la mĂȘlĂ©e, et vous serez Ă©difiĂ© dĂ©lires, dĂ©votions dĂ©biles, vomissements, agenouillements, crises de nerfs, grimaces obscĂšnes, rictus, transes, scatologie, rien ne manque Ă  la scĂšne. Personne n’est plus proche, finalement, d’une religieuse en cornette qu’un bon franc-maçon militant, un anarchiste recuit, un trotskyste revitaminĂ©, un homosexuel sensible, une fĂ©ministe de choc. Vous ajoutez deux curĂ©s intĂ©gristes, trois pasteurs pincĂ©s, quatre rabbins rĂ©probateurs, cinq imams frĂ©nĂ©tiques, et la boucle est bouclĂ©e vive le pape ! AprĂšs quoi, vous pourrez Ă©couter le sermon habituel de la Libre-PensĂ©e, dans lequel il est question de tout, sauf de penser. Mais, au fait, qu’appelle-t-on penser ? — C’est vrai, dit Stein, la Momie ne pensait pas. Il calculait, rusait, sentait, anticipait, divisait, rĂ©gner, mais penser au fond, lui restait opaque. Il trouvait les philosophes inutilement compliquĂ©s et sans importance, ce qui, entre nous, est vrai la plupart du temps. En revanche, gourouterie, magie, tendance Ă  l’escroquerie, hĂąblerie, poudres de pseudo-orgies, tout l’amusait, lui paraissait plausible. Comme tous les grands sceptiques, il y croyait. Pas vraiment, mais quand mĂȘme. DĂ©cidĂ©ment, le dix-neuviĂšme siĂšcle... — Deux mille ans, cinq mille ans... Écoutez Si les vieux imbĂ©ciles n’avaient pas trouvĂ© du moi que la signification fausse, nous n’aurions pas Ă  balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ont accumulĂ© les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! » — De qui est-ce ? — Rimbaud, 15 mai 1871. — Huit jours avant la Semaine sanglante ? — Cela mĂȘme. — Il a quel Ăąge Ă  ce moment-lĂ  ? — Seize ans et demi. — L’énigme commence. — Elle n’est pas prĂšs de finir. Le 28 octobre 1891, Isabelle Rimbaud, Ă©puisĂ©e, raconte Maintenant c’est sa pauvre tĂȘte et son bras gauche qui le font le plus souffrir. Mais il est le plus souvent plongĂ© dans une lĂ©thargie qui est un sommeil apparent, pendant lequel il perçoit tous les bruits avec une nettetĂ© singuliĂšre. Puis, la nuit, on lui fait une piqĂ»re de morphine. ÉveillĂ©, il achĂšve sa vie dans une sorte de rĂȘve continuel il dit des choses bizarres trĂšs doucement, d’une voix qui m’enchanterait si elle ne me perçait le coeur. Ce qu’il dit, ce sont des rĂȘves, pourtant ce n’est pas la mĂȘme chose du tout que quand il avait la fiĂšvre. On dirait, et je le crois, qu’il le fait exprĂšs. Comme il murmurait ces choses-lĂ , la soeur m’a dit tout bas " Il a donc encore perdu connaissance ? " Mais il a entendu et est devenu tout rouge ; il n’a plus rien dit, mais, la soeur partie, il m’a dit " On me croit fou, et toi, le crois-tu ? " Non, je ne le crois pas, c’est un ĂȘtre immatĂ©riel, presque, et sa pensĂ©e s’échappe malgrĂ© lui. Quelquefois, il demande aux mĂ©decins si eux voient les choses extraordinaires qu’il aperçoit, et il leur parle et leur raconte avec douceur, en termes que je ne saurais rendre, ses impressions ; les mĂ©decins le regardent dans les yeux, ces beaux yeux qui n’ont jamais Ă©tĂ© aussi beaux et plus intelligents, et se disent entre eux "C’est singulier." Il y a dans le cas d’Arthur quelque chose qu’ils ne comprennent pas. Les mĂ©decins, d’ailleurs, ne viennent presque plus, parce qu’il pleure souvent en leur parlant et cela les bouleverse. Il reconnaĂźt tout le monde. Moi, il m’appelle parfois Djami, mais je sais que c’est parce qu’il le veut, et que cela rentre dans son rĂȘve voulu ainsi ; au reste, il mĂȘle tout et... avec art. Nous sommes au Harar, nous partons toujours pour Aden, et il faut chercher des chameaux, organiser la caravane ; il marche trĂšs facilement avec la nouvelle jambe articulĂ©e, nous faisons quelques tours de promenade sur de beaux mulets richement harnachĂ©s ; puis il faut travailler, tenir les Ă©critures, faire des lettres. Vite, vite, on nous attend, fermons les valises et partons. Pourquoi l’a-t-on laissĂ© dormir ? Pourquoi ne l’ai-je pas aidĂ© Ă  s’habiller ?Que dira-t-on si nous n’arrivons pas au jour dit ? On ne le croira plus sur parole, on n’aura plus confiance en lui ! Et il se met Ă  pleurer en regrettant ma maladresse et ma nĂ©gligence car je suis toujours avec lui et c’est moi qui suis chargĂ©e de faire tous les prĂ©paratifs. » Isabelle, ici, Ă©crit Ă  sa mĂšre, laquelle se moque pas mal que son fils mourant, Arthur, ait ou non des visions poĂ©tiques augmentĂ©es par l’effet de la morphine. Une mĂšre veut le corps ; une soeur, l’ñme ; reste l’esprit si l’on veut, Ă  travers les mots qui, modelĂ©s d’une certaine façon, dĂ©clenchent une jalousie mĂ©taphysique inextinguible celle de Verlaine, par exemple, tantĂŽt exaltĂ©e, tantĂŽt amĂšre. Isabelle deviendra exĂ©cutrice testamentaire des Ă©crits de son frĂšre, elle canonisera ces derniĂšres scĂšnes passĂ©es Ă  son chevet qui ont donc durĂ© un certain temps, du 28 octobre au 10 novembre, en notant malgrĂ© tout qu’il n’arrĂȘte pas de rĂ©pĂ©ter Allah Kerim, Allah Kerim ! » la volontĂ© de Dieu, c’est la volontĂ© de Dieu, qu’elle soit... ». Il est devenu pour elle un saint, un martyr, un Ă©lu ». Comment pourrait-elle formuler autrement ce qui se rĂ©vĂšle Ă  elle ? Elle Ă©crit encore, en 1896 Par moments, il est voyant, prophĂšte, son ouĂŻe acquiert une Ă©trange acuitĂ©. Sans perdre un instant connaissance j’en suis certaine, il a de merveilleuses visions il voit des colonnes d’amĂ©thystes, des anges marbre et bois, des vĂ©gĂ©tations et des paysages d’une beautĂ© inconnue, et pour dĂ©peindre ces sensations il emploie des expressions d’un charme pĂ©nĂ©trant et bizarre... Quelques semaines aprĂšs sa mort je tressaillais de surprise et d’émotion en lisant pour la premiĂšre fois les Illuminations. Je venais de reconnaĂźtre, entre ces musiques de rĂȘve et les sensations Ă©prouvĂ©es et exprimĂ©es par l’auteur Ă  ses derniers jours, une frappante similitude d’expression avec, en plus et mieux dans les ultimes expansions, quelque chose d’infiniment attendri et un profond sentiment religieux. Je crois que la poĂ©sie faisait partie de la nature mĂȘme d’Arthur Rimbaud ; que jusqu’à sa mort et Ă  tous les moments de sa vie le sens poĂ©tique ne l’a pas abandonnĂ© un instant. Je crois aussi qu’il s’est contraint Ă  renoncer Ă  la littĂ©rature pour des raisons supĂ©rieures, par scrupule de conscience parce qu’il a jugĂ© que "c’était mal" et qu’il ne voulait pas y "perdre son Ăąme". » Oui, comment pourrait-elle s’exprimer autrement ? Et pourtant, elle a raison la poĂ©sie n’a rien Ă  voir avec la littĂ©rature, la transformer en littĂ©rature est trĂšs mal, non pas pour des raisons morales ou religieuses, mais simplement parce que la question ne se pose pas. Rien de plus naturel, concret, Ă©vident, la poĂ©sie, on ne la fabrique pas, on la vit, on la respire, on l’habite ; elle vous vit, elle vous respire, elle vous habite, le soleil brille, le ciel est bleu, la neige tombe, la mer miroite, la voix parle, l’oeil voit. Pourquoi pas Allah Kerim ? Pourquoi pas la Vierge, les saints, les martyrs, le concert ? Pourquoi pas des anges marbre et bois ? Pourquoi pas ici, en ce moment mĂȘme, cette table et l’immĂ©diatetĂ© de son bois ? Je comprends, je comprends... C’est ce que chacun vit, au fond, sans oser se le dire l’instant, le moment pour rien, en Abyssinie ou ailleurs, le tournant, la porte invisible, voilĂ  on est de l’autre cĂŽtĂ©, agent secret de sa propre existence, on y est, ça y est, on y est. Vous pouvez laisser tomber l’apparence, laisser aux autres la revanche de l’apparence. Qu’importe qu’ils vous voient petit, grand, jeune, vieux, riche, pauvre, malade, en bonne santĂ©, mourant, cadavre, gai, triste, brun, blond, sobre, ivre, habillĂ©, nu, muet, parlant, prĂ©sent, absent ? Abandonnez-leur tout ça, ils sont contents. Rimbaud, depuis le Harar, dit souvent qu’il veut rentrer avec ses Ă©conomies, se marier, avoir un fils qui deviendra ingĂ©nieur, des trucs comme ça, trĂšs simples, qui font encore hurler les poĂštes littĂ©rateurs ou les romanciers littĂ©rateurs occupant l’espace pour cacher que tous les hommes sont poĂštes et romanciers par dĂ©finition. En tout cas, la premiĂšre lettre d’Isabelle nous renseigne sur l’essentiel. C’est elle, il le lui dit, qu’il va Ă©pouser, faire travailler, emmener lĂ -bas pour remplacer son domestique et petit ami Djami, Ă  qui il charge sa soeur de verser de l’argent aprĂšs sa mort. C’est elle qui se confond dans sa rĂȘverie » avec une indigĂšne qui a habitĂ© avec lui pendant un certain temps dans ce trou perdu du YĂ©men. Au reste, Ă©crit Isabelle, il mĂȘle tout et... avec art. » Au reste, au reste... Impossible, avec la bonne oreille, de ne pas entendre ici une nouvelle Électre parlant de son frĂšre chĂ©ri et vengeur, Oreste [25] . Rimbaud pense rĂ©ellement que s’il se tire de ce mauvais pas, de cette maudite jambe, il prendra sa soeur avec lui, son enfant, sa soeur, et qu’ils iront vivre lĂ -bas ensemble. Évidemment, il y a du boulot caravanes, comptabilitĂ© serrĂ©e, correspondance. Mais souvent, aussi, on se repose. Les soirĂ©es sont longues, on n’entend que quelques priĂšres d’Arabes isolĂ©s ou les chiens qui aboient. On peut se parler Ă  demi-mot. Tu es de mon sang, et le sang ment moins que bien d’autres choses. Tu crois vraiment en Dieu ? Va pour Dieu. Voici ce que dit l’ñme soeur Que peut me faire la mort, la vie, et tout l’univers et tout le bonheur du monde, maintenant que son Ăąme est sauvĂ©e ? [...] Quand je suis rentrĂ©e prĂšs de lui, il Ă©tait trĂšs Ă©mu, mais ne pleurait pas ; il Ă©tait sereinement triste, comme je ne l’ai jamais vu. Il me regardait dans les yeux comme il ne m’a jamais regardĂ©e. Il a voulu que j’approche tout prĂšs, il m’a dit "Tu es du mĂȘme sang que moi crois-tu, dis, crois-tu ?" J’ai rĂ©pondu "Je crois d’autres bien plus savants que moi ont cru, croient ; et puis je suis sĂ»re Ă  prĂ©sent, j’ai la preuve, cela est !" Il m’a dit avec amertume "Oui, ils disent qu’ils croient, ils font semblant d’ĂȘtre convertis, mais c’est pour qu’on lise ce qu’ils Ă©crivent, c’est une spĂ©culation ! " J’ai hĂ©sitĂ©, puis j’ai dit "Oh ! non, ils gagneraient davantage d’argent en blasphĂ©mant ! " Il me regardait toujours avec le ciel dans les yeux moi aussi. Il a voulu m’embrasser, puis "Nous pouvons bien avoir la mĂȘme Ăąme, puisque nous sommes du mĂȘme sang. Tu crois, alors ?" Et j’ai rĂ©pĂ©tĂ© "Oui, je crois, il faut croire". » VoilĂ  un mariage mystique et incestueux de la plus belle eau, ou je ne m’y connais pas. On comprend qu’il scandalise tout le monde, dĂ©vots, antidĂ©vots, simples veaux. SacrĂ© Rimbaud Vitalie, Isabelle... Les yeux dans les yeux, le ciel mĂȘme dans les yeux des yeux... Ils seront maintenant tous follement jaloux d’Isabelle. Alors il m’a dit "Il faut tout prĂ©parer dans la chambre, tout ranger, il va revenir avec les sacrements. Tu vas voir, on va apporter les cierges et les dentelles ; il faut mettre des linges blancs partout. Je suis donc bien malade" ! » Eh oui, il est vraiment trĂšs malade... Et Isabelle, tous comptes faits, est une jolie et sĂ©rieuse jeune femme de province qui se dĂ©brouille comme elle peut face Ă  une situation Ă©norme. Elle n’a rien Ă  voir avec la pseudo-sainte ou l’horrible bigote falsificatrice que le cinĂ©ma social va mettre en scĂšne Ă  partir de lĂ . Quand le grand mensonge familial est Ă©branlĂ© sur ses bases, il produit immĂ©diatement son film-Ă©cran, son film-fumĂ©e, son film-bavardage-Ă -cĂŽtĂ©, religieux Ă  droite, antireligieux Ă  gauche. Tout, mais pas ça Mon Ăąme Ă©ternelle, Observe ton voeu MalgrĂ© la nuit seule Et le jour en feu. VoilĂ  ce matin, le ciel, Ă  l’est du studio, est rouge comme des braises de satin. Je sors Ă  nouveau de la nuit seule. Je tutoie mon Ăąme Ă©ternelle, ce qui, avouons-le, ne m’arrive pas si souvent. Elle observe son voeu, cette Ăąme, malgrĂ© les brĂ»lures noires du temps, de la solitude. Il vaut mieux dormir, Ă  prĂ©sent. Philippe Sollers, Studio, Gallimard, 1997, p. p. 184-195. * Il faut lire Ă©galement le chapitre consacrĂ© Ă  Isabelle R. » dans Un vrai roman 2007. Il est question d’inceste et de soeur motifs rĂ©currents dans les romans de Sollers. Isabelle R. Il y a une femme qui a Ă©tĂ© tellement dĂ©criĂ©e que je ne rĂ©siste pas au plaisir de faire son Ă©loge Isabelle n’a rien compris, mais elle a, de ce fait, beaucoup mieux compris que ceux qui ont mal de Rimbaud n’est pas littĂ©raire », elle n’est pas non plus celle d’un mystique Ă  l’état sauvage » Claudel [26] qu’il faudrait domesti­quer, elle n’est en rien l’annonce d’une rĂ©volu­tion sociale Breton, au contraire. Rimbaud n’est ni un dĂ©vot en devenir, ni un trotskiste virtuel. Verlaine a mal compris, MallarmĂ© a mal compris, Claudel, pourtant foudroyĂ©, a mal compris, les surrĂ©alistes ont mal compris, et les poĂštes » comprennent plus mal encore. Ils ont tous de trĂšs bonnes raisons d’en vouloir Ă  Isabelle, tĂ©moin capital de la fin de Rimbaud Ă  Marseille. C’est, au fond, un problĂšme d’inceste et de sƓur. Verlaine, vierge folle », puis hypocrite Loyola » ; MallarmĂ© disant que Rimbaud, s’étant opĂ©rĂ© vivant de la poĂ©sie », avait des mains de blanchisseuse » [27] ; Claudel coincĂ© par sa propre sƓur en route pour la folie ; Breton obsĂ©dĂ© par les dĂ©gĂąts de la conversion de Clau­del, etc., tout le monde, entre misĂšre sexuelle et rumination littĂ©raire », passe Ă  cĂŽtĂ© d ’une expĂ©rience unique, percĂ©e au-delĂ  du dire, le dire n’étant pas une obligation. Isabelle comprend mieux, Ă  cause, prĂ©cisé­ment, de ses limites religieuses ». Son frĂšre est un saint, mais de quelle nature ? En tout cas, il faut le dĂ©fendre contre les potins sexuels et la manie littĂ©raire ». C’est beaucoup plus, tout Ă  fait autre chose, mais quoi ?On se moque d’Isabelle, mais les filles Rim­baud voir le journal de Vitalie Ă  Londres dont personne ne s’était souciĂ© avant que je le mette en perspective dans Studio sont la noblesse mĂȘme. Leurs prĂ©jugĂ©s sont moins importants que la perception, constamment et organiquement juste, qu’elles ont de leur frĂšre. Beaucoup plus juste, en tout cas, que celle, homosexuelle explicite ou refoulĂ©e , des contemporains et des successeurs .Exemple, lettre d’Isabelle, en aoĂ»t 1895 Ce serait une erreur de croire que l’auteur d’Une saison en enfer a jamais pu se plier Ă  la vul­garitĂ© de la vie du commun des mortels. » suivante rĂ©action Ă  un article de journal Pourquoi insister sur des misĂšres dĂ©mesurĂ©ment simplifiĂ©es ? » En puis Croyez-vous qu’on le mĂ©prisait tant que cela ? N’y avait-il pas, dans ces dĂ©dains apparents, une forte dose d’envie, la crainte de succĂšs pré­sumables pour l’avenir, et le dĂ©sir de les enrayer d’avance ? »On ne saurait mieux dire. Et encore Il possĂ©dait l’anglais Ă  fond, et le parlait aussi purement que le plus parfait gentleman. »Rimbaud gentleman ? Stupeur des vieux amis de province, Delahaye, Verlaine, avec leur argot pĂ©nible et merdique. Jugement, en tout cas, qui rejoint les descriptions de l’autre sƓur, Vitalie, Ă  Londres, en 1874. Il faut voir comment Rimbaud, aprĂšs sa mort 1891, est traitĂ© par les journalistes et les Ă©cho­tiers français de l’époque polisson, vagabond, communard, escroc, racoleur, carliste, propre Ă  rien, ivrogne, fou, bandit, etc. De nos jours, hagiographie et lĂ©gende, ce qui est la façon renversĂ©e de passer Ă  cĂŽtĂ© du d’emblĂ©e, pointe l’essentiel Je crois que la poĂ©sie faisait partie de la nature mĂȘme d’Arthur Rimbaud ; que, jusqu’à sa mort et Ă  tous les moments de sa vie, le sens poĂ©tique ne l’a pas abandonnĂ© un instant. » Je souligne.Et aussi On peut sans crainte faire entrer, dans les rĂ©vĂ©lations de ses derniers jours, extases, miracles, surnaturel et merveilleux, on restera toujours en dessous de la vĂ©ritĂ©. »Isabelle parle ici avec ses mots de paysanne ignorante et dĂ©vote, elle vient, en rĂ©alitĂ©, de faire la connaissance de son frĂšre en le veillant et en l’écoutant beaucoup. Sous la pression de l’opium qu’on lui donne comme calmant, il improvise pendant des heures, musique qu’elle dira, plus tard, retrouver dans les Illumina­tions. Tout naturellement, elle range cette expĂ©rience dans le seul registre symbolique qu’elle connaisse la dĂ©votion catholique, et la foi ou les visions qui y sont associĂ©es. Ici, tout le monde se cabre Breton est indi­gnĂ© de retrouver lĂ  l’opium du peuple et l’obs­curantisme religieux ; Claudel s’enflamme puis se mĂ©fie il a Ă©tĂ© sĂ©minalement » influencĂ© par les Illuminations, mais enfin, ça va comme ça, et, plus tard, quand on lui reparlera de Rimbaud, il rĂ©pondra qu’une messe suffit pour sa mĂ©moire. La lĂ©gende de la falsification et de la rĂ©cupĂ©ra­tion catholique » par une sƓur abusive est en route, et inutile de dire que si les dĂ©vots anticlé­ricaux se dĂ©chaĂźnent, les catholiques », dans leur ensemble, s’en foutent somme, c’est le contraire de l’affaire Nietzsche, mĂȘme si le parallĂšle est tentant. Isa­belle, Camille, Élisabeth ? Trois sƓurs, en tout cas, sur la aprĂšs son ordination manquĂ©e, veut faire vendre du Claudel, et ce sera le théùtre, avec, comme expiation, une interminable, et souvent trĂšs belle, lecture de la Bible en latin. Mais enfin, bon, plutĂŽt Isabelle aprĂšs tout, elle Ă©tait lĂ , et Rimbaud est mort dans ses bras, scel­lant, dans son langage Ă  elle, un fabuleux mariage d’au-delĂ . Je ne la sens pas inventer, les heures qu’elle a vĂ©cues sont ici bouleversantes et intenses. Au Harar, dit-elle, il illuminait splen­didement la salle de rĂ©union et organisait des concerts, musique et chants abyssins ».Histoire gĂ©nĂ©tique de sƓur, et pas d’ Ăąme­ sƓur ».ExtrĂȘme jalousie et consternation, en revanche, chez les frĂšres » imaginaires. Comme on sait, Rimbaud n’a jamais coupĂ© les ponts avec sa famille, comme il l’a fait avec le milieu littĂ©raire ». On connaĂźt son programme de retour avoir le plus d’argent possible, se marier, avoir un fils qui devienne ingĂ©nieur, etc., dĂ©cisions qui font encore se rĂ©vulser la bien­-pensance poĂ©tique. Moins remarquĂ©e est son invocation finale et constante sur son lit d’ago­nie al-KĂąrim ! al-KĂąrim !, un des noms de Dieu signifiant l’ abondant », le riche », le munifi­cent », le gĂ©nĂ©reux ». Mais c’est aussi, en alchi­mie arabe, le nom de la Pierre le disent souvent au lecteur les traitĂ©s de cette dimension, pour conclure un passage important Comprends !Je ne fais que prendre au sĂ©rieux l’alchimie du verbe. Philippe Sollers, Un vrai roman. MĂ©moires, Folio 4874, p. 373-378. * Marcelin Pleynet, dans son dialogue ininterrompu avec Rimbaud et Sollers [28]... Soeur Isabelle Rimbaud ne s’y trompe pas. Ce serait une erreur de croire que l’auteur d’Une Saison en enfer ait jamais pu se plier aux vulgaritĂ©s de la vie du commun des mortels. » Il est vrai qu’elle tient la place de la mĂšre... trĂšs absente en cet endroit. La mĂšre assume la chronologie archaĂŻque naturelle... Mme Rimbaud n’est pas d’une nature affable et j’aurais lieu de penser que les entretiens projetĂ©s, vu surtout du sujet, ne fussent promptement Ă©courtĂ©s. » La soeur prĂ©serve l’instant dĂ©cisif oĂč le temps, le chronos », se perd. Comme comprĂ©hension de la morale et du caractĂšre, j’ai peur qu’il ne vous Ă©chappe au moins par certain cĂŽtĂ©, c’est qu’il y a lĂ  des subtilitĂ©s terriblement compliquĂ©es », Ă©crit Isabelle Rimbaud Ă  celui qu’elle finira par Ă©pouser. La mĂšre est absente. Je te supplie Ă  genoux de bien vouloir m’écrire ou me faire Ă©crire un mot. Je ne vis plus de l’inquiĂ©tude oĂč je suis [...] Que n’ai-je donc fait pour que tu me fasses un tel mal ? Si tu es malade au point de ne pas pouvoir m’écrire, il vaut mieux me le faire savoir et je reviendrai... malgrĂ© Arthur qui me conjure de ne point le quitter... » La fille prĂ©serve l’instant, elle n’est pas comptable. Elle Ă©crit Ă  sa mĂšre, quinze jours avant la mort de son frĂšre À propos de ta lettre et d’Arthur, ne compte pas sur son argent. AprĂšs lui, et les frais mortuaires payĂ©s, voyages, etc. Il faut compter que son avoir reviendra Ă  d’autres, je suis absolument dĂ©cidĂ©e Ă  respecter ses volontĂ©s et quand mĂȘme il n’y aurait que moi seule pour les exĂ©cuter, son argent et ses affaires iront Ă  qui bon lui semble. Ce que j’ai fait pour lui, ce n’était pas cupiditĂ©, c’est parce qu’il est mon frĂšre et abandonnĂ© par l’univers entier, je n’ai pas voulu le laisser mourir seul et sans secours ; mais je lui serai fidĂšle aprĂšs sa mort comme avant, et ce qu’il m’aura dit de faire de son argent et de ses habits, je le ferai exactement, quand mĂȘme je devrais en souffrir. Que Dieu m’assiste et toi aussi... » Isabelle a trente et un ans, elle n’est pas encore mariĂ©e. Elle est sans aucun doute, depuis sa naissance, et du lieu mĂȘme de sa naissance, on ne peut plus proche de Rimbaud... En 1870, Rimbaud Ă©crit Ă  Georges Izambard Ma ville natale est supĂ©rieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela voyez-vous, je n’ai pas d’illusion. » De son cĂŽtĂ©, Isabelle, en dĂ©cembre 1896, soit vingt-six ans plus tard, Ă  Paterne Berrichon, son futur mari Les gens de Charleville sont grincheux comme leur climat, froids et traĂźtres comme le brouillard de la Meuse, Ă©goĂŻstes surtout. L’Ardennais est, par tempĂ©rament, ennemi de la poĂ©sie, non sentie mĂȘme par ceux qui se piquent de la comprendre. » N’est-ce pas ? Isabelle est restĂ©e fille trĂšs tard. Jusqu’à la mort de son frĂšre. Elle Ă©pousera alors celui qui semble le plus intelligemment servir Ă  la cĂ©lĂ©bration de l’oeuvre de Rimbaud et des illuminations », dont elle fut le tĂ©moin. ÉveillĂ©, il [Rimbaud] achĂšve sa vie dans une sorte de rĂȘve continuel, il dit des choses bizarres trĂšs doucement d’une voix qui m’enchanterait si elle ne me perçait le coeur. Ce qu’il dit ce sont des rĂȘves — pourtant ce n’est pas la mĂȘme chose du tout que quand il avait la fiĂšvre. » Et dĂ©jĂ  elle mobilise les tĂ©moins Comme il murmurait ces choses-lĂ , la soeur m’a dit tout bas "Il a donc encore perdu connaissance." Mais il a entendu et il est devenu tout rouge, il n’a rien dit. Mais la soeur partie il m’a dit "On me croit fou, et toi, le crois-tu ?" » Le lieu, je l’entends bien, est religieux. Pour Isabelle, cette mort est christique... Elle ne renie rien. On me croit fou, et toi, le crois-tu ? » — Non je ne le crois pas, c’est un ĂȘtre immatĂ©riel presque et sa pensĂ©e s’échappe malgrĂ© lui. Quelquefois, il demande aux mĂ©decins si eux voient les choses extraordinaires qu’il aperçoit et il leur parle et leur raconte avec douceur, en termes que je ne saurais rendre, ses impressions, les mĂ©decins le regardent dans les yeux, ces beaux yeux bleus qui n’ont jamais Ă©tĂ© si beaux et plus intelligents, et se disent entre eux "C’est singulier." » Le diffĂ©rent concorde avec lui-mĂȘme... C’est singulier », dĂ©clare la facultĂ©. La scĂšne se passe dans une chambre d’hĂŽpital Ă  Marseille, un jour d’hiver, en 1891. Rimbaud n’a plus qu’une jambe, le moignon le fait horriblement souffrir... Une chambre d’hĂŽpital Ă  Marseille... Les mĂ©decins français Ă  la fin du XIXe siĂšcle !... On peut illustrer la scĂšne un hĂŽpital en France Ă  la fin du XIXe siĂšcle ! On me croit fou, et toi, le crois-tu ? » Ce serait une erreur de croire que l’auteur d’Une Saison en enfer a jamais pu se plier aux vulgaritĂ©s de la vie du commun des mortels. Isabelle Rimbaud est sans aucun doute une sainte femme. Lorsque, en octobre 1896, elle Ă©crit Jusqu’à sa mort il reste surhumainement bon, et charitable, il recommande les missionnaires de Harar, les pauvres et les serviteurs de lĂ -bas, il distribue son avoir [...] Il demande qu’on prie pour lui et rĂ©pĂšte Ă  chaque instant Allah Kerim, Allah Kerim... Par moment il est voyant, prophĂšte [29], son ouĂŻe acquiert une Ă©trange acuitĂ©. » ... A-t-elle lu la lettre que Rimbaud adresse Ă  Georges Izambard le 13 mai 1871... ? Je travaille Ă  me rendre Voyant vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver Ă  l’inconnu, par le dĂ©rĂšglement de tous les sens. » Le diffĂ©rent concorde avec lui-mĂȘme. Isabelle a-t-elle lu la lettre du 13 mai 1871 ? Elle ne sera publiĂ©e qu’en 1912. Il est voyant, prophĂšte... » - Ce n’est pas Ă©tourdiment que j’ai dit qu’il est mort comme un saint. Quand il s’est sanctifiĂ©, il y a apportĂ© la mĂȘme ardeur qu’auparavant Ă  tout ce qu’il avait fait. On peut sans crainte faire entrer dans la relation de ses derniers jours, extases, miracles, surnaturel et, merveilleux, on restera toujours au-dessous de la vĂ©ritĂ©. » Qui veut savoir que lire Une Saison en enfer et les Illuminations implique aussi ce que manifeste le tĂ©moignage d’Isabelle... On me croit fou... » Quant Ă  la religion et c’est lĂ  que j’insiste s’il fut Ă©clectique pendant longtemps, il est mort catholique pratiquant. » - On me croit fou... » — On la croit folle. Elle l’est assez peu. Et elle est assez lucide et intelligente pour rectifier le tĂ©moignage de MallarmĂ© Il s’est opĂ©rĂ© vivant de la poĂ©sie »... Je crois, au contraire, qu’en surface seulement "il s’était opĂ©rĂ© vivant de la poĂ©sie" — la poĂ©sie faisait partie de sa nature et que c’est un prodige de volontĂ© et pour des raisons supĂ©rieures qu’il se contraignait Ă  demeurer indiffĂ©rent Ă  la littĂ©rature, mais comment m’expliquer ? Il pensait toujours dans le style des Illuminations, avec en plus quelque chose d’infiniment attendri et une sorte d’exaltation mystique, et toujours il voyait des choses merveilleuses. Je me suis aperçue de la vĂ©ritĂ© trĂšs tard, quand il n’a plus eu la force de se contraindre. » Il faut aussi entendre Isabelle, si l’on veut aborder Rimbaud. Ce qu’elle Ă©crit de Mme Rimbaud, sa mĂšre, tĂ©moigne de son engagement Mme Rimbaud vit et se porte fort bien. Ce n’est pas seulement la littĂ©rature d’Arthur qu’elle dĂ©teste, c’est tout oeuvre de lettres et de science... Bien que placĂ©s en Ă©vidence pendant des annĂ©es, je doute qu’elle ait lu les livres d’Arthur parce que, vu leur style et leur esprit, elle les aurait eu en exĂ©cration... et si je ne me trompe [elle] ne s’en occuperait, par hasard et revirement subit, que pour, en un moment de dĂ©cisive Ă©nergie, anĂ©antir tout, oeuvre et commentaires. » Et, comme son frĂšre Arthur, elle ne fait pas davantage confiance aux gens de lettres » Ces messieurs sont donc de simples industriels qui trafiquent de l’esprit des autres, et dont les procĂ©dĂ©s sont assez rĂ©pugnants. » Celle qui, Ă  juste titre, sanctifie Rimbaud, s’explique, aussi clairement que possible, sur l’aveuglement gĂ©nĂ©ral quant au martyre du poĂšte sa vie jusqu’à la fin a Ă©tĂ©... une Ă©popĂ©e vĂ©cue — et le poĂšme le plus noble et le plus saint ». Quant au martyre sanctifiĂ© du poĂšte et au miracle de l’oeuvre, elle sait que rien absolument rien ne serait de nature Ă  Ă©veiller la curiositĂ© du public... Les gens capables de saisir les beautĂ©s de ces oeuvres les possĂ©dant dĂ©jĂ ... La vulgarisation de ces poĂšmes ne pouvant qu’ĂȘtre nuisible Ă  l’auteur ». À cette mĂȘme date, apprenant que ses tableaux commencent Ă  se vendre Ă  une clientĂšle amĂ©ricaine, CĂ©zanne dĂ©clare Ces gens-lĂ  prĂ©parent un mauvais coup. » Quelques annĂ©es plus tard, en 1907, Paterne Berrichon, rĂ©pondant Ă  une enquĂȘte de Charles Maurice [30], dĂ©clare de CĂ©zanne, dans le Mercure de France Je vois dans son art, ce que fut Rimbaud dans la littĂ©rature, une mine inĂ©puisable de diamants. » Pour CĂ©zanne et pour Rimbaud, c’est fait. Non seulement Isabelle, la soeur de Rimbaud, ne doute pas de ce que produit la vulgarisation de l’oeuvre de Rimbaud, mais elle partage trĂšs Ă©videmment avec son frĂšre ce qui justifie ses rĂ©serves Quand on est de bonne foi et point naĂŻf, quelques observations faites au milieu de la sociĂ©tĂ© qu’on eĂ»t voulu rĂ©gĂ©nĂ©rer Ă©tablissent bientĂŽt le nĂ©ant de telles utopies ; on dĂ©couvre trĂšs vite que les peuples ne sont pas murs pour le nivellement social, l’émancipation est impossible parce que, Ă  cĂŽtĂ© d’un homme intelligent et loyal, il y a au moins dix imbĂ©ciles et cent fripons. L’asservissement gĂ©nĂ©ral est indispensable pour contenir ce torrent de brutes aux appĂ©tits dĂ©chaĂźnĂ©s. De la part de ceux qui ne se sentent pas la vocation d’esclaves, il serait absurde de se rĂ©volter par le fait ou par la parole, en ce faisant ils retarderaient plutĂŽt l’évolution, voire l’affranchissement qui, s’il doit arriver jamais, mĂȘme d’une façon relative, viendra naturellement de lui-mĂȘme... Les rĂ©volutions ne rendent personne plus heureux ; l’esclavage change de forme, voilĂ  tout, mais il dure toujours parce qu’il est nĂ©cessaire et aussi inĂ©luctable que la sottise, la mĂ©chancetĂ©, ou l’intrigue. » C’est un esprit Ă©mancipĂ© qui manifeste la saintetĂ© du poĂšte et le cheminement de sa pensĂ©e. On peut ĂȘtre assurĂ© qu’Isabelle a au moins passĂ© les dix premiĂšres annĂ©es de sa vie en compagnie de son frĂšre Arthur. Lorsqu’elle a dix ans, il en a seize. Lorsqu’en juillet 1873 Rimbaud Ă©crit Une Saison en enfer, Isabelle n’est plus une enfant, elle a treize ans... En juillet 1875, elle accompagne sa mĂšre et sa soeur Vitalie... elles passeront quelques jours Ă  Paris en compagnie de Rimbaud... Elle a quinze ans. Peu importe au demeurant... FrĂšre et soeur... l’amour est d’une autre nature... Rimbaud est d’une autre nature... et c’est ce dont elle tĂ©moigne... On me croit fou, et toi... ? Marcelin Pleynet, Chronique vĂ©nitienne, Gallimard, coll. L’infini, 2010, p. 25-34. * Pour ne pas conclure... FrĂšre et soeur Laissons la parole Ă  nouveau Ă  Eric Marty qui, dans sa prĂ©face Ă  Rimbaud mourant, aprĂšs avoir rappelĂ© que, dans sa lettre du 28 octobre 1891, Isabelle fait un portrait terrible de sa mĂšre, nous donne peut-ĂȘtre la clef On pourrait peut-ĂȘtre [...] voir dans Isabelle Rimbaud un avatar moderne d’Antigone, celle, donc, qui se donne comme unique mission, d’obtenir et de garder la sĂ©pulture du frĂšre, selon la loi des dieux et des aĂŻeux [31]. [...] Moderne Antigone, avons-nous dit, Sollers, lui, cite Électre. Deux figures de la soeur Ă©manĂ©es du théùtre grec. Mais pourquoi remonter si loin, et ne pas Ă©couter Hegel tout simplement Mais c’est entre le frĂšre et la soeur que se produit le rapport non mĂȘlĂ©. Ils sont l’un et l’autre du mĂȘme sang, mais ce sang est parvenu chez eux Ă  son repos et Ă  son Ă©quilibre. C’est pourquoi ils ne se dĂ©sirent pas l’un l’autre, pas plus qu’ils ne se sont donnĂ©s l’un Ă  l’autre, ni n’ont reçu l’un de l’autre cet ĂȘtre pour soi, mais ils sont l’un face Ă  l’autre des individualitĂ©s libres. C’est pourquoi le fĂ©minin a en tant que soeur le sentiment intime suprĂȘme de l’essence Ă©thique [32] ». Puis Hegel ajoute, c’est parce que le frĂšre est celui par qui la famille fermĂ©e sur elle-mĂȘme se dissout et sort d’elle-mĂȘme », c’est parce que, grĂące Ă  lui, l’esprit de la famille devient une individualitĂ© qui se tourne vers autre chose et passe dans la conscience de l’universalitĂ© », c’est parce que le frĂšre quitte le souci nĂ©gatif de la famille pour aller conquĂ©rir et produire le souci Ă©thique effectif, conscient de lui-mĂȘme », c’est Ă  cause de ce rĂŽle fondamental du frĂšre que pour la soeur, la perte du frĂšre est irremplaçable, et le devoir qu’elle a envers lui est le devoir suprĂȘme ». Disons alors que, bien plus qu’Arthur Rimbaud, Isabelle aura Ă©tĂ© profondĂ©ment hĂ©gĂ©lienne. Rimbaud lui Ă©tait rimbaldien comme en tĂ©moignent les premiers versets de DĂ©votion » À ma soeur Louise Vanaen de Voringhem — Sa cornette bleue tournĂ©e Ă  la mer du Nord. — Pour les naufragĂ©s. À ma soeur LĂ©onie Aubois d’Ashby. Baou — l’herbe d’étĂ© bourdonnante et puante. — Pour la fiĂšvre des mĂšres et des enfants ». * Vous ĂȘtes arrivĂ© jusqu’ici ?Relisez maintenant Isabelle Rimbaud c’est un esprit Ă©mancipĂ© qui manifeste la saintetĂ© du poĂšte et le cheminement de sa pensĂ©e. * aygjCF.
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