Lorsquetu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, Au mois de mai, dans le jardin qui sâensoleille, Nous irons rĂ©chauffer nos vieux membres tremblants. Comme le renouveau mettra nos cĆurs en fĂȘte, Nous nous croirons encore de jeunes amoureux ; Et je te sourirai tout en penchant la tĂȘte,
22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 1959 Cyrano de Bergerac Cyrano de bergerac est une piĂšces les plus populaire et la plus cĂ©lĂšbre de son auteur Edmond Rostand Librement inspirĂ©e de la vie et de loeuvre de l'Ă©crivain libertin Savinien de Cyranode Bergerac 1619-1655 elle est reprĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois le 28 dĂ©cembre 1897 Ă Paris La piĂšce est difficile Ă jouer elle fait intervenir un grand nombre de personnage elle est longue le rĂŽle-titre est particuliĂšrement imposant plus de 1600 vers les dĂ©cors sont trĂšs diffĂ©rents d'un acte Ă l'autre et elle comporte une scĂšne de bataille le succĂšs en Ă©tait si peu assurĂ© qu'Edmond Rostand lui-mĂȘme redoutait un Ă©chec se en excusant auprĂšs de l'acteur Coquelin le jour de la gĂ©nĂ©rale pour l'avoir entraĂźnĂ© dans pareille aventure la suite des Ă©vĂ©nements dĂ©mentit les craintes ce fut un triomphe non seulement la reprĂ©sentation fut saluĂ©e par vingt minute ininterrompues d'applaudissements mais le ministre des finances Georges Cochery vint dans sa loge Ă©pinglĂ© sa propre LĂ©gion d'honneur sur la poitrine de l'auteur en expliquantje me permet de prendre un peu d'avance Rostand reçut officiellement la dĂ©coration quelque jour plus tard le 1 er janvier 1898. coquelin Benoit Constant nĂ©e le 23 janvier 1841 mort 27 janvier 1904 Le succĂšs de la piĂšce ne s'est jamais dĂ©menti en France ou la piĂšce la plus jouĂ©e comme Ă l'Ă©tranger Le personnage de Cyrano est devenue dans la littĂ©rature français un archĂ©type humain au mĂȘme titre qu'Hamlet ou Don Quichotte auquel il tire son chapeau dans la piĂšce Deux statue du personnage ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es sur deux place de bergerac en Dordogne bien qu'il n'existe aucun lin entre cette ville et le vĂ©ritable Cyrano Contexte historique La piĂšce est Ă©crit entre 1896 et 1897 Politiquement le contexte est plutĂŽt Ă la morositĂ© la France est encore sous le coup de la dĂ©faite de 1870 l'affaire Dryfus dĂ©bute un attentat anarchiste coĂ»te la vie au prĂ©sident Sadi Carnot la RĂ©publique sort Ă peine de sa tentation boulangiste de nombreux scandales Ă©clabousse les homme politique Nombreux sont des analystes qui voie dans ce contexte une des raisons de l'engouement du public avide d'idĂ©al pour cette piĂšce LOUIS XIIICrĂ©ation et sources L'intĂ©rĂȘt d'Edmont Rostand pour la pĂ©riode de Louis XIII date de ses Ă©tudes sous la direction de RenĂ© Doumic D'aprĂšs sa femme la poĂ©tesse Rosemonde GĂ©rard il Ă©tait facinĂ© depuis longtemps par le personnage historique de Savinien de Cyrano de Bergerac mais l'idĂ©e lui vient d'en faire un personnage de théùtre lorsqu'il l'associe Ă un Ă©pisode de sa propre vie ou pour aider un ami Ă sĂ©duire une jeune snob il l'aide Ă trouver les phrases susceptible de produire l'effet voulu I'il connaissait parfaitement l'oeuve de Cyrano et avait lu ses biographes mais il sut s'en dĂ©tacher pour crĂ©er un personnage hĂ©roique et consensuel difformitĂ© du personnage lui est inspirĂ©e d'une part par les Grotesques d'une oeuvre de ThĂ©ophile Gautier qui fascinĂ© par la grosseur du nez de Cyrano observĂ©e sur une gravure contribua Ă crĂ©er cette lĂ©gende d'auteur part par un mai^tre d'Ă©tude surnommĂ© Pif-luisant auquel il consacre d'ailleurs le poĂšme VIII Des musardises RenĂ© Domic nĂ© 6 mars 1860 mort le 2 dĂ©cembre 1937 Rosemonde GĂ©rard nĂ© le 5 avril 1866 mort le juillet 1953 Personnages Cyrano La piĂšce est centrĂ© sur Cyrano sur les 2600 vers qui la compose plus de la moitiĂ© sont prononcĂ©s par lui D'aprĂšs Maurice Rostand la personnalitĂ© de Constant Coquelin Ă l'aise dans les longues tirades et moins Ă l'aise dans les scĂšnes d'amour a grandement influĂ© sur le dĂ©veloppement du personnage C'est aussi d'aprĂšs sa performance que les metteurs en scĂšne on pris l'habitude de donner ce rĂŽle Ă des acteurs d'Ăąge mĂ»r alors qu'en 1640 le Cyrano historique n'avait que 21 ans .Cette personnalitĂ© comporte de multiples facettes qui en font un personnage trĂšs complexe Maurice Rostand nĂ© le 26 mai 1891 mort le 21 fĂ©vrier 1968 Commedia dell'arte Cyrano avec son chapeau son chapeau son masque sa cape et son Ă©pĂ©e ses rodomontades a tout les ingrĂ©dient qui peuvent faire de lui un hĂ©ros de la Commedia dell'art Magali WiĂ©ner-Chevalier signale que Cyrano dans la scĂšne du duel se rĂ©fĂšre au personnage de Scaramouche elle y voit des analogies avec Scarpin ou le Capitan Nombreux son les critique qui Ă©voque Ă son sujet ce personnage de matamore mais dĂ©montre par ailleurs qu'il n'est pas que cela dans son livre Cyrano Ă la recherche du nez perdu Francis Huster s'interroge sur les moyens Ă mettre en oeuvre pour ne pas limiter le personnage Ă cette seule facette Francis Huster nĂ© le 8 dĂ©cembre 1947 Le panache Lors de la dernier scĂšne le rideau tombe sur se dernier mot prononcĂ© par Cyrano mon panache Ce mot est trĂšs fortement associĂ© au personnage . Magali WiĂ©ner-Chevalier le dĂ©finit comme la capacitĂ© Ă ĂȘtre vif spirituel poĂšte dans l'adversitĂ© Edemond Rostand lui mĂȘme dĂ©veloppe ce thĂšme alors de son discours d'entrĂ© Ă l'AcadĂ©mie française et le dĂ©crit ainsi . Cyrano dans la ville de BergeracLe panache n'est pas la grandeur mais quelque chose qui s'ajoute Ă la grandeur et qui bouge au-dessus d'elle C'est quelque chose de voltigeant d'excessif-et d'un peu frisĂ© le ... panache c'est l'esprit de bravoure ... plaisanter en face du danger c'est la suprĂȘme politesse un dĂ©licat refus de se prendre au tragique Le panache est alors la pudeur de l'hĂ©roisme comme un sourire par lequel no s'excuse d'ĂȘtre sublime Et c'est toujours Edmond Rostand qui conseille aux Ă©lĂšves du collĂšge Stanislas lors d'une reprĂ©sentation de Cyrano d'avoir du panache Le collĂšge StanislasLe panache n'est pas sans rappeler la figure d'Henri IV demandant lors des combats que l'on se rallie Ă son panache blanc figure Ă©voquĂ©e d'ailleurs par Cyrano reprochant Ă de guiche sa lĂąchetĂ© le verbe Cyrano prononce 1600 vers dans la piĂšce Tour Ă tour chroniquer la gazette pasticheur la ballade du duel sĂ©ducteur scĂšne du balcon captiveur le voyage sur la lune envoĂ»teur la scĂšne du fifre Cyrano est selon Patrick Besnier un homme-parole qui transforme tout en mots et qui a besoin d'un auditoire pour exister Roxane ou de la Guiche C. Flicker signale l'importance de l'escrime verbal dans toute la piĂšce les duels se font autant par les mots que par l'Ă©pĂ©e Mais elle signale aussi le drame de Cyrano son incapacitĂ© Ă livre son Ăąme autrement que par Ă©crit Elle parle de tragĂ©die de la parole impossible roxane et Cyrano Le conte de GuicheHĂ©ros faustien Le pacte passĂ© entre Christian et Cyrano qui les lit jusqu'Ă leur mort Ă©voque Faust A christian Cyrano offre son esprit que Christian donne sa beautĂ© aux paroles de Cyrano Tout les deux y perde leur Ăąme le pacte en peu ĂȘtre rompu Christian s'y essaie en vain au dĂ©bit du III MĂȘme la disparition de Christian Ă la fin de l'acte IV ne libĂšre pas Cyrano et il faut attendre la mort du hĂ©ro pour que les deux personnage soit rĂ©unis dans l'amour de Roxane Christian dans CyranoMagdelaine Rbin dite Roxane Elle est dĂ©crite comme belle et prĂ©cieuse admiratrice d'HonorĂ© d'UrfĂ© et lectrice de la carte de Temple pour crĂ©er son personnage Edmond Rostand s'est inspirĂ© de deux femmes du XVII siĂšcle Madeleine Robineau cousine de savinien de Cyrano de Bergerac Ă©pouse de Christophe de Champagne baron de Neuvillette qui devenue veuve aprĂšs le siĂšge d'Arras se fit dĂ©vote et chercha Ă faire revenir son cousin libertin au sein de l'Eglise et Marie Robineau prĂ©cieuse amie de Madame de ScudĂ©ry connue sous le non de Roxane . ChristianLe baron de Neuvilette a rĂ©ellement existĂ© et a bien Ă©pousĂ© une cousine de Cyranomais son personnage rĂ©el se prĂ©nommait Christophe Edmond Rostand le dĂ©crit comme beau et courageux il se dit sot mais est capable d'esprit dans sa joute verbable contre Cyrano au dĂ©part superficiel il est capable de bĂątir unerelation amoureuse sur imposture le personnage mĂ»rit et Ă©volue vers davantage d'authenticitĂ© il cherche Ă se libĂ©rer du du pacte conclu avec Cyrano et lorsqu'il dĂ©couvre l'amour qu'Ă©voque Cyrano pour Roxane il s'efface gĂ©nĂ©reusement en allant Ă la mort Le conte de Guiche Le conte Antoine III de Gramont comte de Guiche future duc de Gramont et marĂ©chal de France Ă©tait un personnage influent Ă l'Ă©poque de Savinien de Cyrano de Bergerac Le conte Antoine III DE gramont conte de Guiche duc de Gramont marĂ©chal de Farnce Dans la piĂšce c'est un personnage puissant et ambitieux Il utilise sa puissance pour parvenir Ă ces fins obtenir la femme qu'il dĂ©sire Roxane ou se venger de se qui lui tienne tĂȘte vengence contre ligniĂšre contre Christian qu'il qu'il envoie au combat contre Cyrano et les cadets aprĂšs l'Ă©pisode de l'Ă©charpe Philippe Buisson y voit un double nĂ©gatif de Cyrano Il est cependant capable de courage et mĂȘme de panachePersonnage historique outre de Guichede nombreux personnage reprĂ©sentent des personnalitĂ©s de leur Ă©poque Pour finir la tirade du nez .........Cyrano de Bergerac Edmond RostandOn pouvait dire ... Oh! Dieu!...bien des choses en somme...en variant le ton par exemple tenez Agressif Moi monsieur si j'avais un tel nez Il faudrait sur le champs que je me l'amputasse ! Amical Mari il doit tremper dans votre tasse Pour boire faites vous fabriquer un hanap Descriptif C'est un roc!...c'est un pic! ... c'est un cap que dis-je c'est un cap?...C'est une pĂ©ninsule Curieux De quoi sert cette oblongue capsule ? D'Ă©critoire monsieur ou de boĂźtes Ă ciseaux que paternellement vous vous prĂ©occupĂątes De tendre ce perchoir Ă leurs petites pattes? Truculent Ca monsieur lorsque vous pĂ©tunez la valeur du tabac vous sort-elle du nez . Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminĂ©e ? prĂ©venant Gardez-vous votre tĂȘte entraĂźnĂ©e Par ce poids de tomber en avant sur le sol Tendre Faites-lui faire un petit parasol De peur que sa couleur au soleil ne ce fane ! PĂ©dant l'animal seul monsieur qu'Aristophane Appelle HippocampelephantocamĂ©los Dut avoir sous le front tant de chaire sur tant d'os !Cavalier Quoi l'ami ce croc est Ă la mode pour prendre son chapeau c'est vraiment trĂšs commode ! Emphatique Aucun ne peut nez magistral T'enrhumer tout entier exceptĂ© le mistral ! Dramatique C'est la Mer Rouge quand il saigne ! Admiratif Pour un parfumeur quelle enseigne ! Lyrique Est-ce monument quand le visite-t-on ? Respectueux Souffrez monsieur qu'on vous salue C'est lĂ ce qui s'appelle avoir pignon sue rue ! Campagnard HĂ© ardĂ© C'est-y un nez Nanain! Militaire Pointez contre cavalerie ! Pratique Voulez-vous le mettre en loterie? AssurĂ©ment monsieur ce sera le gros lot enfin parodiant Pyrame en un sanglot le voila donc ce nez qui des traits de son maĂźtre A dĂ©truit l'harmonie il en rougit le traĂźtre Voila ce qu'Ă peu prĂ©s mon cher vous m'auriez dit Si vous aviez un peu de lettre et d'esprit ĂŽ le plus lamentable des ĂȘtre Vous n'en eĂ»tes jamais un atome et de lettres vous n'avez que trois qui forment le mot Sot eussiez vous eu d'ailleurs l'invention qu'il faut pour pouvoir la devant ces nobles galeries me servir toutes ces folles plaisanterie Que vous n'en eussiez pas articulĂ© le quart De la moitiĂ© du commencement d'une car je les sers moi-mĂȘme avec assez de verre mais je ne permets pas qu'un autre me les serve Cyrano va mourir je crois qu'elle regarder mon nez cette Camarde ! Que dites-vous...C'est inutile ?...je le sais! Non ne se bat pas dans l'espoir du succĂšs Non non c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ! Qu'est-ce que tout ceux-la vous ĂȘtre mille ? Ah je vous reconnais tousmes vieux ennemis le Mensonge Il frappe de son Ă©pĂ©e le vide Tiens tiens ! HA ! ha ! les Compromis les prĂ©jugĂ©s les LĂąchetĂ©s Il frappe Que je pactise Jamais Jamais-Ah te voilĂ toi la Sottise ! je sais bien qu'Ă la fin vous me mettez Ă bas Il fait des moulinets immenses et s'arrĂȘtehaletant Oui j'emporte et ce soir quand j'entrerai chez Dieu Mon salut balaiera largement le seuil bleu Quelque chose que sans un pli sans une tache J'emporte malgrĂ© vous Pour finir quelque photos de Cyrano Quartier: Plaine Monceau - Pereire - Arrondissement : 17 - Lieu : Demeure dâEdmond Rostand et Rosemonde GĂ©rard - Personnage(s) : Edmond Rostand/Rosemonde GĂ©rard (poĂ©tesse) - ĂvĂ©nement : Demeure de Rostand et de sa femme, Rosemonde GĂ©rard, auteure de "Car vois-tu chaque jour je tâaime davantage, aujourdâhui plus quâhier et bien moinsCYRANO DE BERGERAC dâEdmond Rostand CYRANO DE BERGERAC dâEdmond Rostand Edmond Rostand et Cyrano de BergeracProtĂ©gĂ© par la grande Sarah Bernhardt, comme il le serait par une louve, Edmond Rostand, nâest, pour le public, quâun jeune auteur1 rencontrant des succĂšs dâestime. Certes ses mĂ©ditations poĂ©tiques sont lues dans les salons, certes la crĂ©ation des Romanesques Ă la ComĂ©die Française est un succĂšs mais la Princesse Lointaine, Ă©crite tout exprĂšs pour Sarah Bernhardt dont il est adorateur et au char de gloire de qui il veut sâassocier, est un âsuccĂšs dâestimeâ et la Samaritaine guĂšre mieux... Pourtant la grande tragĂ©dienne veut croire en lui. Il le lui rendra bien lui offrant avec lâAiglon, lâun des plus beaux rĂŽles de sa en attendant ces succĂšs tant escomptĂ©s, Coquelin aĂźnĂ© qui souhait faire âson retourâ â alors que le plus beau de sa carriĂšre semble derriĂšre lui â lui demande sâil ne pourrait pas lui Ă©crire âquelque choseâ. Rostand Ă©voque un sujet un jeune homme Ă©pris dâune belle Ă laquelle il ne sait parler et quâun âbeau parleurâ conseille... Coquelin sâĂ©merveille. LâidĂ©e est neuve, elle plaira. Au fil des rencontres avec Coquelin, au chĂąteau de Saupisseau en forĂȘt de CompiĂšgne loin de lâagitation des salons parisiens, la piĂšce sâĂ©labore. LĂ Rostand rassemble toute sa vieille admiration pour un fameux Cyrano Ă©voquĂ© par ThĂ©ophile Gautier et se souvient de sa passion pour les PrĂ©cieux2. VoilĂ le cadre plantĂ©, le dĂ©cor esquissĂ© des cinq actes dont Coquelin, lâartiste Ă la mĂ©moire prodigieuse3, Ă©pris de grandiose, sâinquiĂšte des progrĂšs au fil des soirĂ©es dâavril 1896 Ă janvier 1897. Puis viennent les Ă©puisantes rĂ©pĂ©titions. Tous, les amis comme les ennemis, y vont de leurs remarques... La tirade des nez? Ridicule, trop ridicule. La Ballade du duel? Mauvais. Le pessimisme sâinstalle, Rostand est accablĂ©. âPardonnez-moi, Coquelin, de vous avoir donnĂ© une piĂšce aussi inepte, aussi mal Ă©criteâ. Coquelin se rĂ©crie, il croit au chef-dâĆuvre, dâailleurs nâa-t-il pas participĂ© aux frais du théùtre?Le soir de la GĂ©nĂ©rale, Rostand tremble... Par son fils, Sarah Bernhardt se fait tenir au courant des rĂ©actions chaque fois quâelle sort de scĂšne. Ce soir-lĂ les Mauvais Bergers dâOctave Mirbeau sont jouĂ©s de plus en plus rapidement Ă mesure que le messager fĂ©brile lui apporte les nouvelles du succĂšs de la porte Saint-Martin. Elle se hĂąte mĂȘme de mourir â au grand dam des spectateurs â pour embrasser au plus vite et le ComĂ©dien, et lâ dans une rumeur de triomphe quâelle arrive enfin. âPourquoi la brise courant autour du théùtre transforme-t-elle Ă ce point les deux vieilles portes de pierre que la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin se donnent brusquement des airs dâarcs de triomphe? [...] Parce que, ce soir lĂ , on jouait pour la premiĂšre fois Cyrano de Bergerac au Théùtre de la Porte Saint-Martinâ se souviendra longtemps Rosemonde GĂ©rard, lâĂ©pouse du grand homme qui dit-on, afin de rendre le dĂ©cor de lâauberge âplus vraiâ, avait dĂ©valisĂ© les charcuteries alentours...Enfin Sarah est lĂ . Elle nâa pu voir que le dernier acte. âRegardez mes larmes. Regardez! Regardez! Je pleure...â [...] Puis elle se prĂ©cipite sur Coquelin, lui prend la tĂȘte entre deux mains, comme une soupiĂšre, et elle se penche, et elle le boit, et elle le mange.âCoq!â dit-elle. âOh! Grand Coq!ââEnfin Rostand!â. Et elle le prend pour elle seule, toujours par la tĂȘte, mais cette fois comme une coupe de champagne mieux une coupe dâidĂ©alâ soudain, le succĂšs nĂ© dans la fĂ©brilitĂ©, bouleverse la vie bourgeoise, mondaine et aimable dâEdmond Rostand. En naissant de nouveau, Cyrano de Bergerac, duelliste fameux, homme dâesprit du XVIIe s., revenu sur la scĂšne du monde durant lâhiver 1897-98, va provoquer son nouveau pĂšre pour le tuer aussi sĂ»rement que dâun fameux coup dâĂ©pĂ©e. DĂ©sormais Rostand est un hĂ©ros. Il est dĂ©corĂ© de la LĂ©gion dâHonneur, Ă©lu Ă lâAcadĂ©mie Française en 1901 dans le fauteuil dâHenri de Bornier, qui avait offert Ă Sarah Bernhardt le rĂŽle de Berthe, la farouche fille de Roland, en 1875, puis prononce son discours de rĂ©ception en 1903. Il avoue alors que pour le construire le seul mot qui ne lui ait coĂ»tĂ© aucun effort fut âMessieursâ. Car dĂ©sormais Rostand est attendu partout. On se dispute lâhonneur de le recevoir, de lâentendre, de le lire surtout. Le succĂšs de Cyrano de Bergerac Ă©touffe lâauteur. Il fuit Paris pour Cambo, au pays Basque, il fuit le monde, il fuit sa vie enfin se noyant toujours sous des travaux dont beaucoup restent inachevĂ©s, malgrĂ© lâAiglon, malgrĂ© Chanteclerc qui ne sera pas compris. Le gĂ©nie de Rostand serait-il chancelant? On le raille, on le siffle. Il Ă©touffe enfin, contracte une maladie pulmonaire aggravĂ©e dâune sombre neurasthĂ©nie qui le poursuit depuis 1900, et meurt en 1918 de la grippe espagnole, mais plus sĂ»rement dâun duel Ă©pique contre Cyrano, bel esprit du XVIIe Il est nĂ© le 1er avril 1868, Ă Marseille au sein dâune famille aisĂ©e. Son pĂšre est journaliste Ă©conomiste et Il avait remportĂ© le Prix de lâAcadĂ©mie de Marseille en 1887 sur le sujet âdeux romanciers de Provence HonorĂ© dâUrfĂ© et Ămile Zola.â3 Il aurait confiĂ©, le soir de la premiĂšre, âCâest le plus long des rĂŽles que jâaie jouĂ©. Quatorze cents vers! Ruy Blas nâen a que douze-cents...â4 RapportĂ© par Jules Renard. Journal 1935.© FRĂMEAUX & ASSOCIĂS SA, 1997Le coin des critiquesAinsi il y a un chef-dâĆuvre de plus au mondeJules Renard, 28 dĂ©cembre Constant Coquelin vient de jouer le plus Ă©norme, le plus extraordinaire, le plus parfait de ses rĂŽles... Il y retrouve, en y joignant de neuves Ă©motions, le beau romantisme hautain et farce Ă la fois que lui conseillait, au temps de sa jeunesse, ThĂ©odore de Banville, notre maĂźtre et le sien; et ce soir, Coquelin a Ă©tĂ© prestigieusement, miraculeusement, un Cyrano fantasque, tendre, futile, grand aussi, et mourant si tendrement, et si hĂ©roĂŻquement, et si tendrement encore. Ah ! que je suis content dâavoir vu lâĆuvre dâun tel poĂšte exprimĂ©e par un tel MendĂšs, 1897. Des fleurs, rien que des fleurs, mais toutes les fleurs Ă notre grand poĂšte dramatique! Rostand a remis debout lâart isolĂ©, souverain et magnifique. On va encore pouvoir parler dâamour, se dĂ©vouer individuellement, pleurer sans raison et sâenthousiasmer pour le seul plaisir dâĂȘtre lyrique...Jules Renard Journal.Le 28 dĂ©cembre 1897 restera, je crois, une date dans nos annales dramatiques. Un poĂšte nous est nĂ© et ce qui me charme encore davantage, câest que ce poĂšte est un homme de théùtre. [...]Cyrano de Bergerac est une trĂšs belle Ćuvre, et le succĂšs dâenthousiasme en a Ă©tĂ© si prodigieux que, pour trouver quelque chose de pareil, il faut remonter jusquâaux rĂ©cits que nous ont faits des premiĂšres reprĂ©sentations de Victor Hugo, les tĂ©moins oculaires. Câest une Ćuvre charmante de poĂ©sie, mais câest surtout et avant tout une Ćuvre de théùtre. [...]Et ce qui me charme plus encore, câest que cet auteur dramatique est de veine française. il nous rapporte du fond des siĂšcles le vers de Scarron et de Regnard [...]. Il est aisĂ©, il est clair, il a le mouvement et la mesure, toutes les qualitĂ©s qui distinguent notre Sarcey, 3 janvier de Bergerac est le plus beau poĂšme dramatique qui ait paru depuis un demi-siĂšcle. [Edmond Rostand], Ă vingt-cinq ans, ouvre le vingtiĂšme siĂšcle dâune maniĂšre Ă©clatante et triomphale qui annonce une pĂ©riode nouvelle, sur qui lâEurope va avoir les yeux fixĂ©s avec envie sur la France, avec un ravissement dâorgueil et dâespĂ©rance. [...] Serait-ce vrai? ce nâest pas fini! Il y aura encore en France une grande Ćuvre littĂ©raire poĂ©tique digne de 1550, digne de 1630, digne de 1660, digne de 1830! Elle est lĂ ! Elle se lĂšve! Jâaurai vĂ©cu assez pour la voir! Je vais commencer Ă apprĂ©hender de mourir dans le souci de ne pas la voit toute entiĂšre! Ah! Quelle espĂ©rance et quelle crainte aussi dĂ©licieuse!Ămile Faguet, janvier nâĂ©tais pas Ă la premiĂšre du Timocrate, de Thomas Corneille, ni mĂȘme Ă celle des VĂȘpres Siciliennes, de Casimir Delavigne, oĂč la foule applaudit sans interruption tout un entracte. Mais il y a un fait Cyrano de Bergerac est, de beaucoup, le plus grand succĂšs que jâaie vu depuis bientĂŽt treize ans que je fais ce mĂ©tier de critique dramatique. Toute la âpresseâ du lendemain, et toute la âpresseâ de huit jours aprĂšs ont proclamĂ© Cyrano chef dâĆuvre. [...] Mais rĂ©signons nous Ă parler raisonnablement.[...] La piĂšce de M. Rostand nâest pas seulement dĂ©licieuse elle a eu lâesprit de venir Ă propos. Je vois Ă lâĂ©normitĂ© de son succĂšs deux causes, dont lâune la plus forte est son excellence, et dont lâautre est sans doute une lassitude du public et comme un rassasiement, aprĂšs tant dâĂ©tudes psychologiques, tant dâhistoriettes dâadultĂšres parisiens, tant de piĂšces fĂ©ministes, socialistes, scandinaves toutes Ćuvres dont je ne pense a priori aucun mal, et parmi lesquelles il y en a peu ĂȘtre qui contiennent autant de substance morale et intellectuelle que ce radieux Cyrano; mais moins dĂ©lectables, Ă coup sĂ»r et dont on nous avait un peu accablĂ©s dans ces derniers temps. Joignez que Cyrano a bĂ©nĂ©ficiĂ© mĂȘme de nos discordes civiles. Quâun journaliste Ă©loquent ait pu Ă©crire que Cyrano de Bergerac âĂ©clatait comme une fanfare de pantalons rouges*â et quâil en ait augurĂ© un rĂ©veil du nationalisme en France, cela montre bien que des sentiments ou des instincts assez Ă©trangers Ă lâart sont venus seconder la rĂ©ussite de cette exquise comĂ©die romanesque [...]Je serais plutĂŽt tentĂ© de croire que le mĂ©rite de cette ravissante comĂ©die, câest, sans rien âouvrirâ du tout au moins Ă ce quâil me semble, de prolonger, dâunir et de fondre en elle sans effort, et certes avec Ă©clat, et mĂȘme avec originalitĂ©, trois siĂšcles de fantaisie comique et de grĂące morale, - et dâune grĂące et dâune fantaisie qui sont âde chez nousâ. [...] Si bien que Cyrano de Bergerac, loin dâĂȘtre un renouvellement, est plutĂŽt une rĂ©capitulation, ou, si vous prĂ©fĂ©rez, est comme la floraison suprĂȘme dâune branche dâart LemaĂźtre, 1er fĂ©vrier 1898.*Couleur du pantalon des militairesJadis, aux environs de la Porte Saint-Martin, M. Edmond Rostand tint boutique [...]. LĂ se vendirent des bijoux plaquĂ©s, des gemmes en verroteries, des fleurs en papier, dâune haute nouveautĂ© genre trĂšs artiste ; les procĂ©dĂ©s dâexĂ©cution, rapides et peu coĂ»teux, permettaient de donner la marchandise Ă bon marchĂ©. [...] Au mĂȘme lieu, il ouvrit un magasin dâobjets de piĂ©tĂ© en plĂątre et en carton-pierre [La Samaritaine, 1896] [...] Il vient, Ă la porte Saint-Martin mĂȘme, de tenter une nouvelle entreprise. Câest un grand bazar oĂč se dĂ©ballent des articles Ă©minemment français, jouets connus depuis longtemps il est vrai, mais toujours agrĂ©ables Ă revoir, et dont le mĂ©canisme ne fatigue pas lâentendement. [...] Il faut pourtant ĂȘtre juste envers M. Edmond Rostand, et lui reconnaĂźtre un talent singulier il est un art, en effet, quâa perfectionnĂ© lâauteur de [...] Cyrano de Bergerac câest de mal Edmond Rostand est le plus excellent cacographe dont puissent, aujourdâhui, sâenorgueillir les lettres françaises, aussi commence-t-il Ă ĂȘtre comptĂ© parmi les poĂštes patriotes.[...]Le jeu merveilleux de M. Coquelin et son adresse comme metteur en scĂšne prĂȘtent quelque vie au drame de M. Rostand. [...] GrĂące Ă M. Coquelin, Cyrano de Bergerac peut donner lâillusion dâavoir quelque HĂ©rold, fĂ©vrier âbluffâ littĂ©raire le cas Edmond Rostand.[...] En voilĂ assez. [...] Si cette Ćuvre enchante une racaille Ă©lĂ©gante, elle mĂ©contente une partie considĂ©rable de la Foule quâil faut se garder de provoquer. Je veux parler de lâarmĂ©e impressionnante des Laborieux et des ExploitĂ©s, sans le consentement et la discipline de qui, il nây aurait ni richesse, ni civilisation, ni arts, ni sciences, ni parasites, ni dĂ©licats oisifs, ni rien, absolument rien de ce qui fait la joie de vivre pour un petit nombre. [...]Rostand, âle poĂšteâ?Alors que dâautres pays prĂ©sentent des Artistes et des Penseurs comme GĂ©rard Hauptmann, Ibsen, Bjornstjerne-Björnson, dâAnnunzio, DostoĂŻevsky, TolstoĂŻ, Gorki. etc., etc., tous Ă©crivains qui se sont penchĂ©s fraternellement sur les plaies de lâHomme contemporain, la France, pour tout potage, prĂ©sente aux affamĂ©s de sa lumiĂšre spirituelle Cyrano, lâAiglon et le panache de Rostand?FlĂ»te alors![...] Rostand, le PoĂšte?Vrai, je mâĂ©tais fait une autre idĂ©e des devoirs dâun PoĂšte Ă notre Ă©poque. [...] La mission traditionnelle du PoĂšte est de sâinquiĂ©ter des douleurs, des injustices, des misĂšres populaires de son Ă©poque et de sâen Ă©riger lâimpitoyable vengeur.[...] VoilĂ qui serait digne du âPoĂšteâ.Mais, lorsquâon en est dĂ©jĂ pourvu, gagner et entasser de nouveaux millions en lançant sur les planches des pantins en pelure dâoignon et des douleurs chimĂ©riques, ça nâest ni beau ni conscience mâobligeait Ă le proclamer et je ne suis pas fĂąchĂ© de lâavoir fait. Jehan Rictus, point de vue du style aucun de nos auteurs ne lâa Ă©galĂ© dans lâart dâĂ©difier, dâĂ©panouir et de faire Ă©clater la pĂ©riode Ă©tincelante. [...] Edmond Rostand sâadressait directement au public, Ă tous ses publics. Il pensait dâabord Ă lui, sâemparait de son attention, et forçait son suffrage dans une conclusion brillante, Gheusi, Coquelin, dit Coquelin aĂźnĂ©, le crĂ©ateur du 1841 - Suresnes 27 janvier de boulanger, il se passionne pour le Théùtre et, en 1859, entre au conservatoire dans la classe de Regnier. DĂšs 1860 il dĂ©bute Ă la ComĂ©die Française dans la plupart des rĂŽles du rĂ©pertoire classique. Sa brillante interprĂ©tation du Mariage de Figaro, de Beaumarchais, fait de lui Ă vingt trois ans 1862 lâun des acteurs les plus fĂȘtĂ©s de Paris... deux ans aprĂšs, il est sociĂ©taire de la ComĂ©die Française oĂč il reste jusquâen 1886. Cette annĂ©e lĂ , il se heurte Ă lâadministration de la Grande Maison, et la quitte. Interdit de reprĂ©sentations en France pour quatre annĂ©es, il entreprend une tournĂ©e triomphale Ă lâĂtranger. Entre 1890 et 1892, il retourne Ă la ComĂ©die Française il est pensionnaire. Mais Ă©pris de libertĂ©, il fonde une compagnie avec laquelle il sillonne la vieille Europe et le Nouveau-Monde. Enfin il entre au Théùtre de la Renaissance en 1895, puis dirige le Théùtre de la Porte Saint-Martin oĂč il crĂ©e Cyrano de Bergerac en 1897. Il est Cyrano, rĂŽle quâil portera plus de quatre cents fois. FidĂšle Ă lâĆuvre de Rostand, il joue lâAiglon, aux cĂŽtĂ©s de Sarah Bernhardt et meurt durant les rĂ©pĂ©titions de Chanteclerc... Jean-Yves PatteGrand valet ou premier rĂŽle de Drame, Coquelin fut toujours un comĂ©dien de la vieille roche ou de la vieille Ă©cole, Ă la diction savante et sonore, au jeu trĂšs Ă©tudiĂ©, un peu appuyĂ©, qui cherche lâeffet, et qui lâobtient, mais le sacrifie parfois au naturel oĂč Ă ce que nous considĂ©rons comme tel Ă prĂ©sent. [...] Coquelin, illustre vĂ©tĂ©ran, nâavait pas Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ© par ses Ă©mules les plus jeunes, et qui ont paru plus modernes? Il demeurait comme le plus admirable reprĂ©sentant dâun Ă©cole théùtrale qui avait eu du bon et dont le meilleur Ă©chappait aux variations de la mode. Paul Souday, de Bergerac les raisons dâun succĂšsA la fin du XIXe s., il paraĂźt difficile pour un auteur de faire du neuf, ou simplement de se faire admettre, car les critĂšres dâadmission aux grandes scĂšnes sont Ă©troits. Lâart théùtral semble appauvri et vit sur des engouements dĂ©jĂ anciens. Le théùtre bourgeois se coupe des sources mĂȘmes de la crĂ©ation, faisant sien encore le mot du XVIIIe s. par dessus les bouleversements de la RĂ©volution âEn France, on aime beaucoup ce que lâon a beaucoup entenduâ. Toute la consĂ©cration doit venir des salons, des rumeurs flatteuses. Avant de pouvoir accĂ©der Ă la scĂšne, il faut ĂȘtre soutenu, aimĂ© choisi, choyĂ©, avoir fait ses preuves⊠Alors, en attendant celui qui sera le hĂ©ros de demain, le public court les piĂšces anciennes, succĂšs Ă©prouvĂ©s oĂč les âmonstres sacrĂ©sâ â terme forgĂ© par Jean Cocteau â, par leurs seules prĂ©sences fascinent souvent, mĂȘme si ils rĂ©duisent, par des effets de grandioses auxquels ils sâattachent, la comprĂ©hension de la piĂšce. Nâa-t-on pas reprochĂ© maintes fois Ă Sarah Bernhardt de mettre en scĂšne sa propre vie et ses Ă©motions intimes avant de servir les textes des auteurs? De plus la carrure de tels âmonstres sacrĂ©sâ nâĂ©crase-t-elle pas le jeu des acteurs de second plan qui souvent ne passent plus que pour des faire-valoir?Le théùtre dâavant-garde sâessouffle un peu aussi. Antoine 1848-1943, crĂ©ateur du Théùtre Libre â et qui dirige alors lâOdĂ©on â Ă cĂŽtĂ© des grandes piĂšces du rĂ©pertoire crĂ©e des nouveautĂ©s â souvent taxĂ©es de âbrumeusesâ â dâIbsen, Strindberg ou Hauptmann. Mais il lasse parfois, malgrĂ© la grandeur de la tĂąche entrepriseâŠEt la ComĂ©die lĂ©gĂšre ne se renouvelle guĂšre, mĂȘme si lâĂ©ternelle histoire de la Coquette, son Mari et son Amant, amuse toujours un public frivole, amateur de âscĂšnes parisiennesâ! - car câest bien connu, de telle situations ne se rencontrent quâĂ Paris... DâoĂč vient alors le succĂšs de la piĂšce? Non seulement elle profite dâune faiblesse passagĂšre de lâhistoire du théùtre, mais encore elle fait Ă©cho Ă des prĂ©occupations qui âchatouillentâ lâĂąme française, la flattent aussi sans doute. Car la France, acceptant mal le âdĂ©sastre de 1870â et qui se voit de plus divisĂ©e par lâAffaire Dreyfus - Rostand est dâailleurs dreyfusard -, trouve soudain en Cyrano de Bergerac un baume apaisant. Le romantisme de âcape et dâĂ©pĂ©eâ, le panache, le courage stimulent un ârenouveau moralâ auquel des âphilosophesâ belliqueux, dont DĂ©roulĂšde, aspirent. La ânouvelle Franceâ, celle qui vaincra bien entendu, est Ă nouveau âdeboutâ. A lâopposĂ©, les esprits pacifiques y voient la rĂ©conciliation des vertus du courage et de lâabnĂ©gation, sources âdâune force moraleâ â encore! â qui prĂŽne la responsabilitĂ© de lâhomme et de son destin...Mais pour tous Cyrano de Bergerac incarne le renouveau de lâidĂ©al servi par la poĂ©sie et la de ce constat naissent de nouveaux dĂ©bats. On veut opposer Rostand Ă Antoine. Une piĂšce qui porte en elle une histoire âsimple et limpideâ semble devoir se dresser contre les âtranches de vieâ naturalistes, ouvrant vers des perspectives psychologiques alors jamais abordĂ©es. âQuel bonheur! Quel bonheur! Nous allons enfin ĂȘtre dĂ©barrassĂ©s des brouillards scandinaves et des Ă©tudes psychologiques trop minutieuses, et des brutalitĂ©s voulues du drame rĂ©alisteâ sâexclame Francisque Sarcey, au lendemain de la premiĂšre en par-delĂ tous ces dĂ©bats, la clef du succĂšs de Cyrano, comme celle dâailleurs de toutes les âbonnesâ piĂšces ne repose-t-elle pas dans cette constatation Ă©merveillĂ©e de Jack London, qui en 1898 assistait Ă la premiĂšre amĂ©ricaine de Cyrano, loin des Ă©tats dâĂąme français âPlusieurs morceaux semblent contenir mes propres pensĂ©es, mes propres sentiments.âJean-Yves Patte.© FRĂMEAUX & ASSOCIĂS SA, 1997 Le âvraiâ CyranoHercule-Savignien Cyrano de Bergerac 1619-1655 que lâon pourrait croire gascon ne lâest pas, mais le laissait entendre et le laissait dire profitant habilement dâune homonymie qui faisait passer sa modeste noblesse de robe pour une â plus brillante â dâĂ©pĂ©e... Car son Bergerac natal est un village dans les Yvelines, non en Dordogne! GrĂące Ă cette confusion, il entra comme Cadet dans le rĂ©giment des gardes sous la conduite du Capitaine de Casteljaloux... et sây distingua par sa bravoure. Puis il quitta le service, ayant reçu de profondes blessures, et se voua Ă lâĂ©criture. Mais grand duelliste, il mena une vie aventureuse qui le rĂ©duisit rapidement Ă la misĂšre. Lorsquâil meurt, ĂągĂ© de trente-six ans, il est certes auteur apprĂ©ciĂ©, MoliĂšre et Voltaire lui feront quelques emprunts, mais homme peu goĂ»tĂ©...En dehors dâune vie surprenante et digne de voir quelques uns de ses Ă©pisodes portĂ©s Ă la scĂšne, Cyrano de Bergerac fut aussi un visionnaire de gĂ©nie. Nâa-t-il pas entrevu une maniĂšre de phonographe? Sait-il jamais que son souvenir est enfermĂ© dans des sillons tĂ©moins du temps de sa renaissance, un certain 28 dĂ©cembre 1897?âA lâouverture de la boĂźte [de lâune des deux qui semblent ĂȘtre des volumes, lâun de diamant, lâautre de perle], je trouvais dedans un je ne sais quoi de mĂ©tal presque semblable Ă nos horloges, plein de je ne sais quels petits ressorts et de machines imperceptibles. Câest un livre Ă la vĂ©ritĂ©, mais câest un livre miraculeux qui nâa ni feuillet, ni caractĂšre; enfin câest un livre oĂč pour apprendre les yeux sont inutiles; on nâa besoin que des oreilles. Quand quelquâun donc souhaite lire, il bande avec grande quantitĂ© de toutes sortes de petits nerfs de cette machine, puis il tourne lâaiguille sur le chapitre quâil souhaite Ă©couter [...] Ainsi [il a Ă©ternellement autour de lui] tous les grands hommes morts et vivants qui [lâ] entretiennent de vive voix.âCyrano de Bergerac Les Ătats et les Empires de la Lune et du Soleil. DâaprĂšs la premiĂšre Ă©dition de grandes tiradesextraitsTirade du nezAh! non! c'est un peu court, jeune homme!On pouvait dire... Oh! Dieu!... bien des choses en somme...En variant le ton, - par exemple, tenez Agressif âMoi, monsieur, si j'avais un tel nez,Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse!âAmical âMais il doit tremper dans votre tasse Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!âDescriptif âC'est un roc!... c'est un pic... c'est un cap!Que dis-je, c'est un cap?... C'est une pĂ©ninsule!âCurieux âDe quoi sert cette oblongue capsule?D'Ă©critoire, monsieur ou de boĂźte Ă ciseaux?âGracieux âAimez-vous Ă ce point les oiseauxQue paternellement vous vous prĂ©occupĂątesDe tendre ce perchoir Ă leurs petites pattes?âTruculent âça, monsieur, lorsque vous pĂ©tunez,La vapeur du tabac vous sort-elle du nezSans qu'un voisin ne crie au feu de cheminĂ©eâPrĂ©venant âGardez-vous, votre tĂȘte entraĂźnĂ©ePar ce poids, de tomber en avant sur le sol!âTendre âFaites-lui faire un petit parasolDe peur que sa couleur au soleil ne se fane!âPĂ©dant âL'animal seul, monsieur, qu'AristophaneAppelle HippocampelephantocamĂ©losDut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os!âCavalier âQuoi, l'ami, ce croc est Ă la mode?Pour pendre son chapeau c'est vraiment trĂšs commode!âEmpathique âAucun vent ne peut, nez magistral,T'enrhumer tout entier, exceptĂ© le mistral!âDramatique âC'est la Mer Rouge quand il saigne!âAdmiratif âPour un parfumeur, quelle enseigne!âLyrique âEst-ce une conque, ĂȘtes-vous un triton?âNaĂŻf âCe monument, quand le visite-t-on?âRespectueux âSouffrez, monsieur, qu'on vous salue,C'est lĂ ce qui s'appelle avoir pignon sur rue!âCampagnard âHĂ©, ardĂ©! c'est-y un nez? Nanain!C'est queuqu'un navet gĂ©ant ou ben queuqu'melon nain!âMilitaire âPointez contre cavalerie!âPratique âVoulez-vous le mettre en loterie?AssurĂ©ment, monsieur, ce sera le gros lot!âEnfin parodiant Pyrame en un sanglot âLe voilĂ donc ce nez qui a des traits de son maĂźtreA dĂ©truit l'harmonie! Il en rougit, le traĂźtre!â- VoilĂ ce qu'Ă peu prĂšs, mon cher, vous m'auriez ditSi vous aviez un peu de lettres et d'esprit Mais d'esprit, Ă le plus lamentable des ĂȘtres,Vous n'en ĂȘtes jamais un atome, et de lettresVous n'avez que les trois qui forment le mot Sot!Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il fautPour pouvoir lĂ , devant ces nobles galeries,Me servir toutes ces folles plaisanteries,Que vous n'en eussiez pas articulĂ© le quartDe la moitiĂ© du commencement d'une, carJe me les sers moi-mĂȘme, avec assez de verve,Mais je ne permets pas qu'un autre me les ballade du duelCYRANO, fermant une seconde les yeux.Attendez!... je choisis mes rimes... LĂ , j'y suis,Il fait ce qu'il dit, Ă mesure.Je jette avec grĂące mon feutre,Je fais lentement l'abandonDu grand manteau qui me calfeutre,Et je tire mon espadon;ElĂ©gant comme CĂ©ladon,Agile comme Scaramouche,Je vous prĂ©viens, cher Mirmydon,Qu'Ă la fin de l'envoi je touche!Premiers engagements de fer.Vous auriez bien dĂ» rester neutre;OĂč vais-je vous larder, dindon?...Dans le flanc, sous votre maheutre?...Au coeur, sous votre bleu cordon?...- Les coquilles tintent, ding-don!Ma pointe voltige une mouche!DĂ©cidĂ©ment... c'est au bedon,Qu'Ă la fin de l'envoi, je me manque une rime en eutre...Vous rompez, plus blanc qu'amidon?C'est pour me fournir le mot pleutre!- Tac! je pare la pointe dontVous espĂ©riez me faire le don; -J'ouvre la ligne, - je la bouche...Tiens bien ta broche, Laridon!A la fin de l'envoi, je touche.Il annonce solennellement ENVOIPrince, demande Ă Dieu pardon!Je quarte du pied, j'escarmouche,Je coupe, je feinte...Se fendant.HĂ©! lĂ donc!Le vicomte chancelle; Cyrano salue.A la fin de l'envoi, je merci!Et que faudrait-il faire?...Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,Et comme un lierre obscur qui circonvient un troncEt s'en fait un tuteur en lui lĂ©chant l'Ă©corce,Grimper par ruse au lieu de s'Ă©lever par force?Non, merci. DĂ©dier, comme tous ils le font,Des vers aux financiers? se changer en bouffonDans l'espoir vil de voir, aux lĂšvres d'un ministre,NaĂźtre un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre?Non, merci. DĂ©jeuner, chaque jour, d'un crapaud?Avoir un ventre usĂ© par la marche? une peauQui plus vite, Ă l'endroit des genoux, devient sale?ExĂ©cuter des tours de souplesse dorsale?...Non, merci. D'une main flatter la chĂšvre au couCependant que, de l'autre, on arrose le chou,Et donneur de sĂ©nĂ© par dĂ©sir de rhubarbe,Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe?Non, merci! Se pousser de giron en giron,Devenir un petit grand homme dans un rond,Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames?Non, merci! Chez le bon Ă©diteur de SercyFaire Ă©diter ses vers en payant? Non, merci!S'aller faire nommer pape par les concilesQue dans des cabarets tiennent des imbĂ©ciles?Non, merci! Travailler Ă se construire un nomSur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres? Non,Merci! Ne dĂ©couvrir du talent qu'aux mazettes?Etre terrorisĂ© par de vagues gazettes,Et se dire sans cesse oh, pourvu que je soisDans les petits papiers du Mercure François?Non, merci! Calculer, avoir peur, ĂȘtre blĂȘme,PrĂ©fĂ©rer faire une visite qu'un poĂšme,RĂ©diger des placets, se faire prĂ©senter?Non, merci! non, merci! non, merci! Mais... chanter,RĂȘver, rire, passer, ĂȘtre seul, ĂȘtre libre,Avoir l'Ćil qui regarde bien, la voix qui vibre,Mettre, quand il vous plaĂźt, son feutre de travers,Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers!Travailler sans souci de gloire ou de fortune,A tel voyage, auquel on pense, dans la lune!N'Ă©crire jamais rien qui de soi ne sortitEt modeste d'ailleurs, se dire mon petit,Sois satisfait des fleurs, des fruits, mĂȘme des feuilles,Si c'est dans ton jardin Ă toi que tu les cueilles!Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,Ne pas ĂȘtre obligĂ© d'en rien rendre Ă CĂ©sar,Vis-Ă -vis de soi-mĂȘme en garder le mĂ©rite,Bref, dĂ©daignant d'ĂȘtre le lierre parasite,Lors mĂȘme qu'on n'est pas le chĂȘne ou le tilleul,Ne pas monter bien haut, peut-ĂȘtre, mais tout seul!Phonographie - Cyrano de BergeracPremier Acte Une reprĂ©sentation Ă l'HĂŽtel de Bourgogne. NavrĂ© des rodomontades de l'acteur Montfleury, Cyrano de Bergerac empĂȘche cet acteur de jouer. "Coquin, ne t'ai-je pas interdit pour un mois ?". Les PrĂ©cieux, petits marquis et pĂ©dants soutiennent l'acteur, et se fĂąchent. Le ton monte. Un vicomte - moins pleutre que les autres - se veut brave, mais se couvre de ridicule Acte I, scĂšne 4 "Attendez, je vais lui lancer un de ces traitsâŠ" [Il s'avance vers Cyrano qui l'observe, Ă©crit Rostand, et se campant devant lui d'un air fat.] "Vous⊠vous avez un nez⊠heu⊠un nez⊠trĂšs grand." C'est alors que Cyrano lui rĂ©plique AndrĂ© Brunot Tirade du Nez / 1938Disque Columbia L 850 / D 19 060AndrĂ© Brunot a fait ses dĂ©buts sur la scĂšne dans "Les PrĂ©cieuses ridicules", de MoliĂšre au Théùtre Sarah Bernhardt - Théùtre de la Ville -. Car, en 1900, la ComĂ©die Française ayant brĂ»lĂ©, sa troupe avait trouvĂ© sur cette scĂšne un refuge en attendant la reconstruction de nouveaux locaux. Puis en 1938, il est "le" Cyrano de la piĂšce de Rostand lorsque celle-ci est inscrite au rĂ©pertoire de la ComĂ©die Française. Enfin AndrĂ© Brunot se produit encore Ă l'OdĂ©on, marquant ainsi les scĂšnes de deux des théùtres parmi les plus actifs foyers de crĂ©ation de son temps. 2/ Denis d'InĂšs la Tirade du Nez / 1928Disque Gramophone BS 3681 / 31376 / P818AprĂšs des dĂ©buts remarquĂ©s en 1909 au Théùtre de l'OdĂ©on - dans la mort de Pan d'A. Arnoux -. Denis d'InĂšs entre Ă la ComĂ©die-Française sous le "proconsulat" d'Ămile Fabre - qui s'Ă©tend de 1915 Ă 1936 -. C'est une pĂ©riode difficile les attaques sont fĂ©roces "la ComĂ©die-Française a cessĂ© d'ĂȘtre un théùtre pour devenir un cimetiĂšre" proclame Pierre Brisson. Pourtant la "grande maison" qui reçoit une subvention misĂ©rable, conserve de rares artistes qui lui sont fidĂšles⊠Ceux-lĂ seront Ă la source mĂȘme du renouveau du Théùtre, comme Fernand Ledoux, Mary Marquet, Berthe Bovy, Madeleine RenaudâŠ3/ Camille DumĂ©ny la Tirade du Nez et commentaire. Disque 1254 et 1255 /1908Avant d'ĂȘtre "du Gymnase" ou "du Vaudeville", Camille DumĂ©ny est de l'OdĂ©on. LĂ il cĂŽtoie les plus grands sous la direction d'Antoine. On pense Ă De Max, bien sĂ»r, mais aussi Ă RĂ©jane aux cĂŽtĂ©s de laquelle il crĂ©e Amoureuse, de Georges de Porto-Riche, en 1899. MalgrĂ© son dĂ©part de l'OdĂ©on, il n'en reste pas moins un fidĂšle de cette maison. Il vient rĂ©guliĂšrement y donner des "causeries", oĂč il explique sa maniĂšre d'aborder un rĂŽle ou de comprendre un texte. Ces "causeries", selon le mot qu'il choisit lui-mĂȘme, sont si recherchĂ©es par un public mondain qu'il en diffuse les meilleurs moments par le disque !4/ Dessarneaux la Tirade du Nez / 1900Berliner 276 / 31 151. est Monsieur Dessarneaux ? Si lui aussi a Ă©tĂ© tentĂ© par l'humour et le regard amusĂ© que Cyrano porte sur lui-mĂȘme, pas une coupure de la presse de l'Ă©poque ne semble avoir retenu le nom de cet interprĂšte. Cet homme, si avare en traces historiques, est-il vĂ©ritable ? On sait en effet que les techniques d'enregistrement d'alors imparfaites et qui demandaient parfois Ă l'artiste de "forcer" son art - au risque de le trahir - rebutaient les plus grands acteurs ; mais l'un d'entre eux, tentĂ© par l'expĂ©rience phonographique, aurait-il choisi un pseudonyme ?5/ Paul-Joseph Duparc la Tirade du Nez /1 899Cylindre PathĂ© 2789Paul-Joseph Aye, dit Duparc, est aussi un acteur qui "monte" Ă Paris. Il fait ses dĂ©buts Ă Toulouse, en 1875-75, puis passe par Bordeaux avant de gagner Paris en 1877-78. Mais c'est pour mieux repartir vers Marseille, Alger, St-Ătienne⊠et revenir de nouveau Ă Paris en 1882-84, oĂč il semble se fixer. Il entre Ă l'OdĂ©on, en 1885 oĂč il fait toute sa carriĂšre, ce qui lui vaudra d'ĂȘtre nommĂ© Officier d'AcadĂ©mie en 1903. Sauf en 1898, oĂč il fait une saison Ă l'Ambigu, il est un des piliers de la troupe. LĂ , il occupe nombre de seconds rĂŽles et emplois de "Raisonneurs". Sans doute inspirĂ© par De Max, vĂ©ritable idole qu'il cĂŽtoie sur scĂšne, il enfle un peu sa diction, visant les effets dĂ©clamatoires sublimes du grand Victor Lejal la Tirade du Nez / 1899Cylindre Lioret. Sans ĂȘtre une des plus grandes figures du Caf'Conc', Victor Lejal n'en est pas moins un de ses meilleurs tĂ©moins, une vedette de la Scala. Ses imitations de Paulus, auxquelles comme beaucoup alors il se livre pour la plus grande joie de ses admirateurs, lui valent des ovations. Sa figure rĂ©jouie et son air dĂ©gourdi lui attirent les sympathies. On comprend dĂšs lors qu'il ait voulu Ă son tour endosser la truculente personnalitĂ© de Cyrano. L'a-t-il jamais dĂ©clamĂ© sur la scĂšne, ou l'a-t-il simplement gravĂ© pour les amateurs d'Edmond Rostand lors de quelques unes de ses sĂ©ances d'enregistrement chez Henri Lioret ?7/ Lombard la Tirade du Nez / 1898Cylindre carriĂšre de Lombard tĂ©moigne du parcours d'un artiste qui, venu de la province oĂč il a reçu sans doute une formation trĂšs classique, "monte" Ă Paris. Depuis le Théùtre de Rochefort oĂč il se produit vers 1881-82, il tente plusieurs scĂšnes parisiennes entre 1883 et 1885, avant de gagner Montmartre oĂč, Ă l'instar de nombreux autres artistes, il est diseur. Sans ĂȘtre l'Ă©gal des plus cĂ©lĂšbres, il campe un Cyrano plein de bonhomie et n'hĂ©site pas Ă teinter cette fameuse tirade d'un peu d'accent du Sud-ouest, ce qui ne manque pas de personnaliser un rĂŽle tout frais marquĂ© de la superbe de la plaisanterie n'est pas du goĂ»t du vicomte. Il se sent offensĂ©. Le ton monte encore, mais cette fois on ne rit plus c'est le duel inĂ©vitable [Acte I, scĂšne 4]. Fort de sa Tirade du Nez, Cyrano se propose de dĂ©pĂȘcher le vicomte en vers. "- Cyrano Je vais vous donner un petit coup charmant. - Le vicomte, mĂ©prisant PoĂšte !⊠- Cyrano Oui, monsieur, poĂšte ! et tellement, Qu'en fĂ©raillant je vais - hop - Ă l'improvisade Vous composer une ballade."8/ Jean Coquelin prĂ©sente l'interprĂ©tation historique de son pĂšre / 1943 ?Disque de l'Association Française de Gramophilie [ n° - Ă©ditĂ© en 1946 - Sur l'autre face de ce disque est prĂ©sentĂ© un repiquage "bricolĂ©" du cylindre "paradis" destinĂ© originellement au Phono-cinĂ©ma. Seules les acclamations ont Ă©tĂ© conservĂ©es et mixĂ©es au cylindre n°3341. Mais sur la premiĂšre face de ce disque, celui qui a créé Ragueneau, Jean Coquelin, se souvient de son pĂšre travaillant le rĂŽle de Cyrano. EnregistrĂ© avant 1944, annĂ©e de sa mort, la voix de Jean Coquelin rĂ©veille les Ă©chos d'heures fastes de l'histoire du théùtre français. 9/ Constant Coquelin, dit l'AĂźnĂ© la Ballade du DuelCylindre PathĂ© n° 3341 / 1903Le crĂ©ateur du rĂŽle ne pouvait manquer d'immortaliser cette Ćuvre Ă la mesure de son talent, Ă la dĂ©mesure mĂȘme sans aucune connotation pĂ©jorative. Une autre version de cette tirade a existĂ© - on en conserve un pĂąle reflet au travers d'un repiquage de 1946 - avec les acclamations de la foule sur un trĂšs gros cylindre "paradis" destinĂ©e au Phono-cinĂ©ma, ancĂȘtre du cinĂ©ma parlant. Mais le cylindre Ă©ditĂ©, seul survivant - l'unique "paradis", paraĂźssant assez altĂ©rĂ©, semble dĂ©sormais perdu - reste supĂ©rieur au repiquage ancien. La verve et la faconde de celui qui a donnĂ© son Ăąme au nouveau Cyrano Ă©blouissent de nouveau par delĂ le tĂ©moignage DeuxiĂšme La rĂŽtisserie des poĂštesDans la rĂŽtisserie de Ragueneau, PĂątissier-poĂšte, "l'affaire" du Théùtre de l'HĂŽtel de Bourgogne, et ses suites sont vivement commentĂ©es. Dans un coin, Cyrano Ă©coute ces flatteuses rumeurs, mais il a d'autres projets en tĂȘte. Il est amoureux de la belle Roxane, et n'ose lui confier sa flamme il se trouve trop laid. Cependant cette derniĂšre demande Ă le voir. Le cĆur de Cyrano s'enflamme⊠Sur ces entrefaits, son ami LigniĂšre est menacĂ© par "cent hommes" qui veulent lui faire rendre raison pour une mauvaise chanson satyrique. Cyrano, fort du rendez-vous accordĂ© par l'Ă©lue de son cĆur ne sent plus sa force et met en dĂ©route la troupe qui menaçait son arrive enfin. Mais il est déçu, c'est Christian qu'elle aime et elle tremble pour lui, car il vient d'entrer dans la compagnie des Cadets de Gascogne, rĂ©putĂ©s pour leur audace. Cyrano ne voudrait-il pas le protĂ©ger? Par amour pour Roxane, il y consent et rencontre les fameux Cadets de Gascogne qui l'accueillent. [Acte II, scĂšne 7]10/ Paul-Joseph Duparc Les Cadets de Gascogne Cylindre PathĂ© n° 2982 1901Mais aussitĂŽt, Cyrano se prend de querelle avec de Guiche qui avait fait placer des hommes pour dĂ©router LignĂšre. Cette altercation menace la car-riĂšre et la tranquillitĂ© de l'hĂ©roĂŻque bretteur. Le Bret, son fidĂšle ami, s'inquiĂšte pour lui et lui fait comprendre qu'il devrait chercher un protecteur puissant. Ainsi il pourrait laisser libre cours Ă son gĂ©nie littĂ©raire plutĂŽt qu'Ă sa querelleuse bravoure. Cyrano se rĂ©crie. [Acte II scĂšne 8]11/ AndrĂ© Brunot Non Merci ! / 1938Disque Columbia L 850 / D 19 06012/ Denis d'InĂšs Non Merci ! / 1928Disque Gramophone BS 3681 / 31376 / P81813/ Jules Leitner Non merci ! / 1902Disque Gramophone G&T 31 305Jules Leitner "de la ComĂ©die Française" est rĂ©putĂ© pour l'excellence de sa diction et la profondeur du travail de ses personnages. NommĂ© professeur de Diction au Conservatoire, il formera des gĂ©nĂ©rations de comĂ©diens Ă une attentive Ă©coute des mots, Ă l'acte tragique. Lorsqu'ilprend sa retraite en 1934, Louis Jouvet lui succĂ©de au Conservatoire. Deux mondes opposĂ©s⊠Jouvet prĂŽne la "dĂ©sincarnation de soi" pour "vivre une vie que l'on a pas vĂ©cue", tandis que Leitner reprĂ©sente encore "la vieille Ă©cole", l'aboutissement de l'art ancien de la tragĂ©die, de la dĂ©clamation qui avec "les monstres sacrĂ©s" Sarah Bernhardt, Mounet Sully, de Max⊠a alors atteint ses limites extrĂȘmes et magnifiques. 14/ Louis Gauthier Non merci ! /1901Disque Gramophone G&T 31 053AprĂšs un second prix de ComĂ©die, obtenu en 1887, Louis Gauthier entre Ă l'OdĂ©on la mĂȘme annĂ©e. Rapidement il se fait remarquer dans "Turcaret" de Lesage et comme interprĂšte des piĂšces de Louis de Curel, auteur moderne, l'un des pĂšres du théùtre d'idĂ©es du courant naturaliste. Puis il quitte l'OdĂ©on en 1892. S'ouvre alors devant lui une carriĂšre qui le conduit sur toutes les plus grandes scĂšnes, tant Ă Paris qu'en Province. Il joue au Grand-Théùtre, Ă l'Ambigu, aux Folies-Dramatiques, Ă la Porte Saint-Martin, au Gymase, au Vaudeville, Ă la Renaissance, au Théùtre FĂ©mina, au Théùtre RĂ©jane, Ă la ComĂ©die des Champs-ElysĂ©es, au ChĂątelet, au Théùtre Sarah Bernhardt, au Théùtre des Arts, au Théùtre Antoine, au Théùtre Pigalle, Ă l'Alhambra de Lille, au Théùtre Montparnasse⊠C'est aux VariĂ©tĂ©s de Marseille, en 1900, qu'il joue Cyrano. Acteur prolixe, il a jouĂ© environ six-cents piĂšces, dont soixante-huit crĂ©ations. En outre, grand sportif, il est l'auteur d'un traitĂ© de natation en 1919 aprĂšs avoir sauvĂ© deux enfants de la Charles Monval ? Non Merci ! /1898Cylindre de la Maison de la Bonne PresseLa Maison de la Bonne Presse distribue un rĂ©pertoire choisi, depuis l'OpĂ©ra jusqu'aux chansons "de bon ton" pour une clientĂšle aux goĂ»ts classiques. Elle fonde aussi sa rĂ©putation sur le moindre coĂ»t de ses produits des ouvrages pieux au phonographes. Ce choix entraĂźne nĂ©cessairement l'emploi d'artistes moins en vue que ceux des plus grandes scĂšnes. Sans cette politique "bon marchĂ©", Charles Monval qui occupe "les petits emplois" au Théùtre du Palais-Royal, aurait-il eu jamais l'occasion de revĂȘtir la cape de Cyrano ? ⊠et de laisser l'un des rares tĂ©moignage sonores de sa carriĂšre - le seul ?, puisqu'il meurt brutalement en 1899, Ă l'Ăąge de 57 ans - tĂ©moignage de son art et de celui des artistes qui, comme lui, ont des emplois Cyrano rencontre Christian. Celui-ci s'avĂšre plus que maladroit, et quelque peu Ă©cervelé⊠Mais il est beau, il plaĂźt Ă Roxane⊠et Cyrano a promis. Acte TroisiĂšme Le baiser de RoxanePeu Ă peu Cyrano offre Ă Christian tout l'amour qu'il portait Ă Roxane et dicte au jeune "sot" ses plus beaux serments. Ainsi, il se fond lui mĂȘme dans le bellĂątre, comme pour aimer sa belle au travers du sourire d'un autre, plus beau.[Acte III, scĂšne 8]16/ Mlle Clervanne et Roger Monteaux La scĂšne du balconDisque OdĂ©on XXP 6932 - / 1934Rien de bien rĂ©volutionnaire dans cette interprĂ©tation. La crĂ©ation de Coquelin et la reprise de Le Bargy en 1913 semblent avoir fixĂ© une tendance "historique", un style. Mlle Clervanne, de l'OdĂ©on, et Roger Monteaux, de la ComĂ©die-Française, donnent un fidĂšle reflet des stĂ©rĂ©otypes d'alors quand la ComĂ©die-Française restait hermĂ©tique Ă toute innovation. Cyrano fanfaronne un peu, quoique dans un registre tendre ce qui peut sembler paradoxal, et la douce Roxane est plus prĂ©cieuse que les PrĂ©cieuses de MoliĂšre ! Mais il faut ĂȘtre juste, c'est sans doute une des scĂšnes les moins faciles de la piĂšce⊠D'ailleurs c'est l'une des moins portĂ©es au disque aussi. La ruse rĂ©ussit si bien que ce mĂȘme soir Roxane Ă©pouse Christian. Mais il doit aussitĂŽt partir Ă la guerre. Acte quatriĂšme Les Cadets de guerre fait rage, les Cadets de Gascogne se battent Ă Arras. Roxane retrouve Christian au mĂ©pris du danger, et lui ouvre son cĆur. Christian comprend alors qu'elle aime plus les lettres et les mots dictĂ©s par Cyrano que lui-mĂȘme. DĂ©sespĂ©rĂ© il court au devant du feu ennemi et se fait tuer. Devant la douleur de Roxane, Cyrano cherche la mort, plutĂŽt qu'avouer la vĂ©ritĂ© que Christian avait demandĂ© Ă son ami de cinquiĂšme La Gazette de ans ont passĂ©. Roxane, pour trouver un apaisement Ă sa douleur, s'est retirĂ©e au couvent des Dames de la Croix. Cyrano vient souvent lui rendre visite. Un soir, Le Bret apprend Ă Cyrano que l'on veut attenter Ă ses jours. Ce dernier n'en a cure, mais Ă quelque distance de lĂ , une poutre de bois tombe sur sa tĂȘte. Il se fait porter mourant vers Roxane qui comprend, enfin, que son plus fidĂšle et vĂ©ritable amant est celui qu'elle Ă toujours cru son ami dĂ©vouĂ©âŠAinsi Roxane et Cyrano ne vieilliront pas ensemble. C'est pourtant ce que de tous ses vĆux Rosemonde GĂ©rard leur aurait souhaitĂ©. Mais Madame Rostand n'influence pas le cours de la vie de Cyrano! Pas plus d'ailleurs qu'elle n'a pu prophĂ©tiser la sienne. Edmond Rostand, n'a pas vieilli Ă ses cĂŽtĂ©s. Il a choisi d'autres amies avant de disparaĂźtre en 1918. La mort de l'Hiver, poĂšme d'Edmond Rostand, illustre la carriĂšre mondaine de cet auteur, connu d'abord pour ses textes dĂ©licatement ciselĂ©s. Lues ou dĂ©clamĂ©es dans les salons, ces poĂ©sies, destinĂ©es Ă toutes les oreilles, sont saluĂ©es de murmures flatteurs. Ce sont ces mĂȘmes murmures qui lentement ont portĂ© Edmond Rostand au devant de la scĂšne. LĂ , ils ont cĂ©dĂ© le pas aux ovations frĂ©nĂ©tiques. 17/ Charles Le Marchand La mort de l'Hiver Edmond Rostand / 1902Cylindre Edison n° 17 384 Charles Le Marchand n'est pas Ă proprement parler un artiste de premier plan. Il fit ses dĂ©buts au Théùtre Historique en 1890 avant d'intĂ©grer la troupe du Théùtre Sarah Bernhardt, fondĂ© en 1898, oĂč il tint des emplois de second rĂŽle. Sa voix aux incontestables qualitĂ©s phonogĂ©niques, sa diction claire lui permirent d'enregistrer de nombreuses fois des poĂšmes et des piĂšces de salons⊠comme cette "mort de l'hiver." 18/ Sarah Bernhardt Les Vieux [Madame Rostand Rosemonde GĂ©rard] Disque Gramophone G&T 31 172 / 1902On ne prĂ©sente plus Sarah Bernhardt, mythique actrice du théùtre du XIXe s. et du dĂ©but du XXe s. CrĂ©atrice de quelques-uns des plus beaux rĂŽle Ă©crits par Edmond Rostand - Ă©crits d'ailleurs pour elle - la "grande Sarah" n'est pas Ă©trangĂšre au succĂšs de Cyrano. Amie de Coquelin, elle a prĂ©sentĂ©, dit-on, les deux hommes. Elle a mĂȘme jouĂ© ce rĂŽle, prenant goĂ»t Ă se travestir, et faisant sans doute un Cyrano bien extravagant. Est-ce en amie de Rostand ou de Rosemonde GĂ©rard qu'elle enregistre ce poĂšme? Quoiqu'un peu oubliĂ©e aujourd'hui, la poĂ©tesse mondaine n'en reste pas moins l'auteur de la cĂ©lĂšbre formule que rĂ©pĂštent Ă l'envi tous les amoureux du monde qui s'aiment "aujourd'hui plus qu'hier et moins bien que demain"âŠJean-Yves Patte© FRĂMEAUX & ASSOCIĂS SA, 1997 Ecouter Cyrano de Bergerac d Edmond Rostand livre audio © FrĂ©meaux & AssociĂ©s / FrĂ©meaux & AssociĂ©s est l'Ă©diteur mondial de rĂ©fĂ©rence du patrimoine sonore musical, parlĂ©, et biologique. RĂ©compensĂ©s par plus de 800 distinctions dont le trĂ©s prestigieux "Grand Prix in honorem de l'AcadĂ©mie Charles Cros", les catalogues de FrĂ©meaux & AssociĂ©s ont pour objet de conserver et de mettre Ă la disposition du public une base musĂ©ographique universelle des enregistrements provenant de l'histoire phonographique et radiophonique. Ce fonds qui se refuse Ă tout dĂ©rĂ©fĂ©rencement constitue notre mĂ©moire collective. Le texte lu, l'archive ou le document sonore radiophonique, le disque littĂ©raire ou livre audio, l'histoire racontĂ©e, le discours de l'homme politique ou le cours du philosophe, la lecture d'un texte par un comĂ©dien livres audio sont des disques parlĂ©s appartenant au concept de la librairie sonore. frĂ©meaux, frĂ©maux, frĂ©mau, frĂ©maud, frĂ©mault, frĂ©mo, frĂ©mont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD Ă acheter, Ă©couter des vieux enregistrements, cours sur CD, entretiens Ă Ă©couter, discours d'hommes politiques, livres audio, textes lus, disques parlĂ©s, théùtre sonore, crĂ©ation radiophonique, lectures historiques, audilivre, audiobook, audio book, livre parlant, livre-parlant, livre parlĂ©, livre sonore, livre lu, livre-Ă -Ă©couter, audio livre, audio-livre, lecture Ă voix haute, entretiens Ă haute voix, parole enregistrĂ©e, etc.... Les livres audio sont disponibles sous forme de CD chez les libraires et les disquaires, ainsi quâen VPC. Enfin certains enregistrements de diction peuvent ĂȘtre Ă©coutĂ©s par tĂ©lĂ©chargement auprĂšs de sites de tĂ©lĂ©chargement lĂ©gal.
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